VIII INTRODUCTION
que leur plume a mission de défendre? Mais, de tous ces réformateurs, soldés ou non soldés, dont les uns tiennent pour la monarchie pare^ les autres pour la monarchie représentative, les autres encore pour la république, qui prend la peine de rechercher s'il n'existe pas certaines lois immuables en vertu desquelles les nations naissent, se développent et périssent, quelle que soit la forme de leur gouvernement? Qui se demande pourquoi sont institués les gouvernements? quels sont leurs droits et leurs devoirs ? quelle est, pour chaque peuple, la r^le légitime de toutes les relations sociales intérieures et extérieures, ou le critérium du juste et de Tinjuste? quels sont, enfin, les avantages de se conformer, à cette règle, et les maux qu'entraîne son infraction ? — S'il faut répondre, aucun, tout Thonneur d'avoir formulé le grand problème du juste pt de l'injuste, dont la solution est la condition sine quâ non de la paix du monde, parce qu'il embrasse tous ses intérêts matériels et moraux, revient donc à Quesnay, qui, le premier, souleva et discuta métbo* diquement ces diverses questions. Que les principes qu'il a posés et les conclusions qu'il a prises, paraissent, ou non, complètement à l'abri de la critique , toujours demeurera-t-il que de ses méditations est née la science dont le progrès importe le plus au bonheur du grand nombre; la science, qui, embrassant tout à la fois les pereannes et les choses^ ce que n'avaient fait, jusqu'alors, ni la politique, ni la religion, ni la philosop)iie, a pour objet de déterminer rationnellement dans l'avenir tous les rapports des hommes entre eux, c'est-à-dire de les régler d'après les lois immuables instituées par l'Être-Supréme. Le terme de politique aurait pu sufSre pour désigner cette science nouvelle, s'il eût alors signifié autre chose que l'art de gouverner par la force ou par la ruse ; mais, comme telle était son acception générale, Quesnay eut recours à celui d'économie polUique^ expression tirée de l'assemblage de trois mots grecs dont la traduction littérale est : règle de la maison politique^ on de la société. Plus tard, pour mieux caractériser encore la doctrine de son maître, et indiquer qu'elle reposait sur l'observation, Dupont de Nemours employa le terme de pkysiocratie^ qui veut dire : gouvernement de la nature des choses.
Comme on le voit par ces considérations, la science dont Quesnay entendit jeter les bases, fut celle du gouvernement, science qui peut
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être infinie dans ses détails, mais qui n'en part pas moins, comme les pins vastes, des vérités les plus simples. En rasseyant sur la justice, qui est la même chose que VHUéréi général^ selon la définition d*Aristote, aceeptée par tout le inonde, ce philosophe n'énonça pas un principe Booveau, car personne ne conteste que la mission des gouvernements ne soit de sauvegarder la justice ou l'intérêt général. Maisce qui distingue sa doctrine de toutes lea vues spéculatives jémises précédemment ou concnrremment avec les siennes , ce par quoi même elle devient doctrine, système ou corps d'observations véritablement scientifiques, c'est qu'elle fournit la règle pour distinguer le juste de l'injuste, ce qui est conforme à l'intérêt général de ce qui ne l'est pas, et qu'elle vérifie cette règle par l'analyse des Taits sociaux du passé et du présent Comme l'a fiiit observer avec raison un écrivain dont les idées sont diamétralement contraires à celles des Physiocrates, on est fort peu renseigné sur la nature de la justice, quand on a entendu les philosophes de toutes les écoles 8*écrier en chœur : c C'est un instinct divin , une immortelle et céleste iroix, un guide donné par la nature, une lumière révélée à tout homme venant au monde, une loi gravée dans nos cœurs; c'est le cri de la conscience, le dictamen de la raison, l'inspiration du sentiment, le penchant de la sensibilité; c'est l'amour de soi dans les autres, l'intérêt bien ealendu, etc., etc. ^ » Il est certain, ainsi qu'il l'ajoute, que cette litanie, qui pourrait se prolonger indéfiniment, n'avance pas beaucoup la solution du problème du juste et de l'injuste. Après tout ce verbiage, la question reste précisément au même point où l'avaient laissée la définition d'Aristote et celle des légistes romains ijustitia est cmulant et perpétua 9otunia$ iuum euique iriiuendi , la justice e$t la volonté pennauente de rendre à chacun ce qui lui appartient. Quant à cette maxime morale, aussi vieille que le monde : ne fait pae à autrui ce que tu fu voudrais pa$ fu^cn te fit à toirmêmcy l'on aperçoit facilement que, si elle est un guide sûr en ce qui touche les relations individuelles, elle n'est pas assez explicite pour empêcher l'esprit de s'égarer, quand il s'agit des relations qui sont Tobjet du droit civil, public ou international. Que la justice soit identiqueavec l'intérêt général, qu'elle ait pour but de rendre^ chacun ce
* F.-J. Proodbon, Qu'est-ce que la propriétéT p. 1S7.