SEPTIÈME OBSERVATION
On n'a point fait entrer dnns le Tableau la masse d'argent monnayé circulant dans le commerce de la nation. Les nations qui n'ont point de mines, n'ont d'argent qu'autant qu'il leur convient d'en acheter. Si elles voulaient augmenter leurs pécule sans que la reproduction annuelle de leurs richesses fût augmentée , elles diminueraient leur reproduction et bientôt leur pécule même. Le pécule peut décroître sans que les richesses diminuent, parce qu'il est aisé de suppléer au pécule. Les nations pauvres ont proportionnellement à leur reproduction une
« 11 en est de ceux-ci comme de la corde d'un puits et de l'usage qu'on en fait , qïii ne sont point la source de l'eau qui est dans le puits ; tandis qu'au contraire c'est l'eau qui est dans le puits, jointe à la connaissance et au besoin qu'on en a, qui est la cause de l'usage qu'on fait de la corde. Les hommes éclairés ne confondent pas les causes avec les moyens.
' Avant 0"csnay, Boisguillcbert avait signalé la terre comme le principe de la richesse, et combattu, de même que lui, l'erreur funeste, base du système mercantile, qui portait les esprits à en voir l'élément principal dans l'accumulation des métaux précieux. (Voyez Économistes financiers du XVIW siècle^ p. 396 et suiv.).
Canlillon, dans son remarquable Essai sur la nature du commerce^ qui parut en i755 , ne partage pas davantage ce préjugé , et analyse très bien, dans le ehap. 17 de la première partie de ce livre , la valeur propre de l'or et de l'argent, ainsi que les causes qui la déterminent. Mais celte erreur maîtrisait, jusqu'à un certain point, ^'esprit de David Hume, qui écrivait en 1734, comme le prouve le passage suivant : « L'argent n'est pas, à proprement parler, une marchandise ; mais c'est seulement un instrument pour le négoce ; et par un consentement imanime, on est convenu qu'il servirait à faciliter l'échange d'une denrée pour une autre. Ce n'est pas proprement la roue qui fait aller le commerce, mais c'est le vieux-oint dont on frotte la roue pour qu'elle roule avec plus de vitesse et d'aisance. Si nous considérons chac|ue royaume en soi , il est évident que le plus ou le moins d'argent n'est pas d'une grande con-