‹ PhysiocratesChapitre 44 sur 157 · SEPTIÈME OBSERVATION SUR LE TABLEAU ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME OBSERVATION SUR LE TABLEAU ÉCONOMIQUE

somme de pécule beaucoup plus considérable que les nations riches; car ccUes-ri s'en passent très bien dans la plus grande partie de leur commerce , ce que celles-là ne peuvent faire. Une somme de pécule égale à celle du revenu des terres est beaucoup plus que suffisante pour une ^nation agricole. — Il ne faut pas confondre le pécule des membres de la république commerçante avec celui des nations. Le pécule des commerçants est leur patrimoine absolument séparé dé celui des nations, et auquel elles ne peuvent participer. 11 se forme et s'accrofl aux dépens des nations. Celles-ci ne doivent pas s'occuper de ce petit objet, qui va de lui-même. Leur seul intérêt est d'avoir la plus grande reproduction possible de richesses propres à la jouissance des hommes.

Nous n'avons point parlé de la masse d'argent monnayé qui circule dans le commerce de chaque nation, et que le vulgaire regarde comme la vraie richesse des Étals , parce qu'avec de r argent on peut acheter^ dit-on, tout ce dont on a besoin. Mais on ne se demande pas avec quoi on peut se procurer de l'argent; cependant cette richesse ne se donne pas pour rien, elle coûte autant qu'elle vaut ii celui qui l'achète. C'est le commerce qui l'apporte aux nations qui n'ont pas de mines d'or ou d'argent ; mais ces nations mêmes n'auraient ni or ni argent, si elles n'avaient pas de quoi les payer, et elles en auront toujours autant qu'elles voudront en acheter, ou qu'il leur conviendra d'en acheter, si elles ont des productions \i donner en échange.

Je dis autant qu'il leur conviendra d'en acheter ; car l'argent n'est pas la richesse dont les hommes ont besoin pour leur jouissance. Ce sont les biens nécessaires k la vie et h la reproduction annuelle de ces biens mêmes qu'il faut obtenir. Convertir des productions en argent pour soustraire cet argent aux dépenses profitables h l'agriculture, ce serait diminuer d'autant la reproduction annuelle des richesses. La masse d'argent ne peut accroître dans une nation qu'autant que cette reproduction ellemême s'y accroît; autrement, l'accroissement de la masse d'argent ne pourrait se faire qu'au préjudice de la reproduction annuelle des richesses. Or, le décroissement de cette reproduction enlralnerait nécessairement, et bientôt, celui de la masse d'argent et l'appauvrissement de la nation ; au lieu que la masse d'argent peut décroître dans une nation sans qu'il y ait décroissement de richesses chez cette nation, parce qu'on peut en bien des manières suppléer a l'argent quand on est riche, et

séquence , puisque le prix des choses est toujours proportionné à la quantité d'argent, de sorte que sous le règne de Henry VU on faisait autant avec un écu, qu'aujourd'hui avec une livre sterUng. U n'y a que l'État à qui l'abondance d'argent toit avantageuse , soit dans les guerres , soit dans les négociations avec les puissances élrangère9, (Troisième dise, polit, sur l'argent,) »

Hume semble icfne pas apercevoir que l'abondance d'argent ne pouvait ré.sullor que de l'abondnnce dos produits. (E. D.)

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qu'on a un comnierce facile et libre; mais rien ne peut suppléer, sans perte, au défaut de reproduction annuelle des richesses propres k la jouissance des hommes. On doit même présumer que le pécule * d'une nation pauvre doit être à proportion plus considérable que celui d'une nation riche; car il ne leur en reste à Tune et à l'autre que la somme dont elles ont besoin pour leurs ventes et pour leurs achats. Or, chez les nations pauvres on a beaucoup plus besoin de l'entremise de l'argent dans le commerce ; il faut y payer tout comptant, parce que l'on ne peut s'y fier à la promesse de presque personne. Mais chez les nations riches il y a beaucoup d'hommes connus pour riches, et dont la promesse par écrit est regardéecomme très sûre et bien garantie par leurs richesses; de sorteque toutes les ventes considérables s'y font à crédit, c'est-à-dire par l'entremise de papiers valables, qui suppléent à l'argent et facilitent beaucoup le com* merce '. Ce n'est donc pas par le plus ou le moins d'argent qu'on doit juger de l'opulence des États: aussi estime-t-on qu'un pécule, égal au revenu des propriétaires des terres, est beaucoup plus qae suffisant pour une nation agricole où la circulation se fait régulièrement, et où le commerce s'exerce avec confiance et une pleine liberté '.

Quant a la république commerçante universelle répandue dans les différents pays, et quant aux petites nations purement commerçantes qui ne sont que des parties de cette république immense, et qui peuvent en être regardées comme les villes capitales, ou , si l'on veut, comme les principaux comptoirs, la masse de leur argent monnayé est proportionnée à l'étendue de leur commerce de revente; elles augmentent cette masse, autant qu'elles peuvent, par leurs profils et par leur épargne, pour ac-

• La somme du numéraire métallique.

' La mémo remarque est encore faite par Boisguiilebcrt à Tendroit précité.

' On remarque que le pécule d*Anglelerre reste fixé à peu près à cette proportion, qui, dans l'état présent de ses richesses , le soutient environ à 26 millions sterlings, ou à 11 millions de marcs d'argent. Cette richesse en argent ne doit pas en imposer dans un pays où le commerce de revente et de voilurage domine, et où il faut distinguer le pécule des commerçants de celui de la nation. Ces deux parties n'ont rien de commun, si ce n'est qu'autant que les commerçants veulent bien vendre à intérêt leur argent à la nation qui a fondé ses forces militaires sur les emprunts , ce qui n'est pas ime preuve de la puissance réelle d*un État. Si cette nation s'est trouvée exposée par ses guerres à des besoins pressants et à des empnints excessifs, ce n'était pas par le défaut de l'argent , c'était par les dépenses qui excédaient le revenu public. Plus les emprunts suppléent aux revenus, plus les revenus se trouvent surchargés par les dettes ; et la nation se ruinerait , si la source même des revenus en souffrait un dépérissement progressif, qui diminuât la reproduction annuelle des richesses. C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager l'état des nations , car c'est par les revenus du territoire qu'il faut juger de la prospérité et de la puissance réelle

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