SEPTIÈME OBSERTATION SUR LE TABLEAU ÉCONOMIQUE
croître le fonds de leur commerce ; l'argent est leur patrimoine; les commerçants ne remploient dans leurs achats que pour le retirer avec hé^ néfice dans leurs ventes. Ils ne peuvent donc augmenter leur pécule qu'aux dépens des nations avec lesquelles ils commercent ; il est toujours en réserve entre leurs mains ; il ne sort de leurs comptoirs et ne circule que pour y revenir avec accroissement; ainsi cet argent ne peut faire partie des richesses des nations agricoles toujours bornées à leur reproduction, sur laquelle elles payent continuellement les gains des commerçants. Ceux-ci, en quelque pays que soit leur habitation , sont liés k différentes nations pour leur commerce ; c'est leur commerce même qui est leur patrie et le dépôt de leurs richesses ; ils achètent et vendent où ils résident et où ils ne résident pas; l'étendue de l'exercice de leur profession n'a point de limites déterminées et point de territoire particu-
d*un empire. Le pécule est toujours renaissant dans une nation où les richesses se renouvellent continuellement et sans dépérissement.
Pendant près d'un siècle, c'est-à-dire depuis 1444 jusqu'à 1525, il y a eu en Europe une grande diminution dans la quantité de l'argent , comme on peut en juger par le prix des marchandises en ce temps-là ; mais cette moindre quantité de pécule était indifférente aux nations ; parce que la valeur vénale de cette richesse était la même partout, et que, par rapport à l'argent, leur état était le même relativement à leurs revenus , qui étaient partout également mesurés par la valeur uniforme de Targent. Dans ce cas, il vaut mieux, pour la commodité des hommes , que ce soit la valeur qui supplée à la masse, que si la masse suppléait à la valeur.
11 n'est pas douteux que la découverte de l'Amérique a procuré en Europe une plus grande abondance d'or et d'argent; cependant leur valeur avait commencé à baisser très sensiblement par rapport aux marchandises, avant l'arrivée de l'or et de Targent de l'Amérique en Europe. Mais toutes ces variétés générales ne changent rien à l'état du pécule de chaque nation, qui se proportionne toujours aux revenus des l)iens fonds ; abstraction faite de celui qui fait partie du fonds du commerce extérieur des négociants, et qui circule entre les nations, comme celui d'une nation circule entre les provinces du même royaume.
Le pécule de ces négociants circule aussi entre la métropole et ses colonies, ordinairement sans y accroître les richesses de part ni d'autre ; quelquefois même en les diminuant beaucoup , surtout lorsqu'il y a exclusion de la concurrence des commerçants de tout pays. Dans ce cas le monopole accroît le pécule des commerçants qui l'exercent sur la métropole et sur les colonies), et diminue celui des colonies et de leur métropole. Celle-ci néanmoins oublie que les négociants ne lui donnent pas leur argent pour rien, et qu'ils lui revendent au contraire, toute sa valeur, cet argent qu'ils ont gagné à ses dépens ; elle se laisse persuader que, comme ses négociants sont nationaux, c'est elle-même qui proûte du monopole qu'on exerce sur elle et sur SCS colonies, et qui diminue leurs richesses et le prix des productions de son propre territoire. Ces idées perverses et absurdes ont causé depuis quelques siècles on grand désordre en Europe.
Dans le siècle précédent, sous Louis XIV, le marc d'argent monnayé valait 28 liv. Ainsi 18,600,000 de marcs d'argent valaient alors environ 500 millions. C'était a-