‹ PhysiocratesChapitre 58 sur 157 · XV. — EXPLOITATIONS ASSEZ ÉTENDUES · texte numérisé non relu

XV. — EXPLOITATIONS ASSEZ ÉTENDUES

Que les terres employées d la culture des grains soient réunies^ autant qu'il est possible, en grande fermes exploitées par de riches laboureurs ; car

leur attirent une imposition ruineuse. Alors, faute d'une quantité sufiBsante de bestiaux pour fournir les engrais à la terre, la culture dépérit, les frais des travaux en terres maigres absorbent le produit net et détruisent le revenu.

Le profit des bestiaux contribue tellement au produit des biens fonds , que Tun s'obtient par l'autre, et que ces deux parties ne doivent pas être séparées dans Tévaluation des produits de la culture calculée d'après le revenu des propriétaires ; car c'est plus par le moyen des bestiaux qu'on obtient le produit net qui fournit le revenu et Timpôt, que par le travail des hommes qui seul rendrait à peine les frais de leur subsistance. Mais il faut de grandes avances pour les achats des bestiaux, c'est pourquoi le gouvernement doit plus attirer les richesses à la campagne que les hommes : on n'y manquera pas d'hommes s'il y a des richesses; mais sansridiesses tout y dépérit, les terres tombent en non valeur, et le royaume est sans ressources et sans forces.

Il faut donc qu'il y ait une entière sûreté pour l'emploi visible des richesses à la culture de la terre, et une pleine liberté de commerce des productions. Ce ne sont pas les richesses qui font nattre les richesses qui doivent être chargées de l'impôt. D'ailleurs, les fermiers et leurs familles doivent être exempts de toutes charges personnelles auxquelles des habitants riches et nécessaires dans leur emploi ne doivent pas être assujétis, de crainte qu'ils n'emportent dans les villes les richesses qu'ils emploient à l'agriculture, pour y jouir des prérogatives qu'un gouvernement peu éclairé y accorderait par prédilection au mercenaire citadin. Les bourgeois aisés, surtout \t^ marchands détailleurs qui ne gagnent que sur le public, et dont le trop grand nombre dans tes villes est onéreux à la nation; ces bourgeois, dis-je, trouveraient pour leurs enfants, dans ragriciilture protégée et honorée, des établissements plus solides et moins serviles que dans les villes ; leurs richesses ramenées à la campagne fertiliseraient les terres, multiplieraient les richesses et assureraient la prospérité et la puissance de l'État.

Il y a une remarque à faire sur les nobles qui cultivent leurs biens à la campagne; il y en a beaucoup qui n'ont pas en propriété un terrain sufDsant pour l'emploi de leurs charrues ou de leurs facultés, et alors il y a de la perte sur leurs dépenses et sur leurs emplois. Serait-ce déparer la noblesse que de leur permettre d'affermer des terres pour étendre leur culture et leurs occupations au profit de l'ÉUt, surtout dans un pays ou la charge de l'impôt (devenue deshonnéte) ne serait plus établie ni sur les personnes, ni sur les cultivateurs ? Est-il indécent à un duc et pair de louer un hôtel dans une ville ? Le payement d'un fermage n'assujétit à aucune dépendance envers qui que ce soit, pas plus que le payement d'un habit, d'une rente, d'un loyer, etc. ; mais de plus on doit remarquer dans ragriculture que le possesseur de la terre et le possesseur des avantages de la culture sont tous deux également propriétaires, et qu'à cet égard la dignité est égale de part et d'autre. Les nobles, en étendant leurs entreprisés de culture, contribueraient par cet emploi à la prospérité de l'État, et ils y trouveraient des ressources pour soutenir leurs dépenses et celle de leurs enfants dans l'état militaire. De tout temps la noblesse et Tagriculture ont été réunies. Chez les nations libres, le fermage des terres, délivré des imi)osilions arbitraires et porsonnelle», est fort indifférent en lui-même; les n»dovance*4iKaché^»

il y a moins de dépense pour Tentretien et la réparation des bâtiments, et à proportion beaucoup moins de frais, et beaucoup plus de produit net dans les grandes entreprises d'agriculture, que dans les petites. La multiplicité de petits fermiers est préjudiciable à la population. La population la plus assurée, la plus disponible pour les différentes occupations et pour les différents travaux qui partagent les hommes en différentes classes, est celle qui est entretenue par le produit net. Toute épargne faite a profit dans les travaux qui peuvent s'exécuter par le moyen des animaux, des machines^ des rivières, etc., revient à l'avantage de la population et de l'État, parce que plus de produit net procure plus de gain aux hommes pour d'autres services ou d'autres travaux.

XVL — NUL OBSTACLE A L'EXPORtATION DES DENRÉES.

Que l'on n'empêche point k commerce extérieur des denrées du crû; car

TEL EST LE DÉBFr, TELLE EST LA REPRODUCTION ^

aux biens et auxquelles les nobles mêmes sont assujétis , ont-elles jamais dégradé U noblesse ni Tagriculture *.

■ SI on arrête le commerce extérieur dés grains et des autres producdons du crû, on borne Pagriculture à Tétat de la population^ au lieu d'étendre la population par ragricolture. La vente des productions du crû à TÉtranger augmente le revenu des biens fonds; cette augmentation du revenu augmente la dépense des propriétaires ; cette augmentation de dépenses attire les hommes dans le royaume ; cette augmen tatkm de population augmente la consommation des productions du crû ; cette augmentation de consommation et la vente à l'étranger accélèrent de part et d'autre les progrés de Tagriculture, de la population et des revenus.

Vu la liberté et la facilité du commerce extérieur d'exportation et d'importation^ les grains ont constamment un prix plus égal, car le prix le plus égal est celui qui a conrs entre les nations commerçantes. Ce commerce aplanit en tout temps TinégaHté annuelle des récoltes des nations, en apportant tour à tour, chez celles qui sont dans la pénurie, le superflu de celles qui sont dans Tabondance, ce qui remet partout et toujours les productions et les prix à peu près au même niveau. C'est pourquoi les nations commerçantes qui n'ont pas de terres à ensemencer ont leur pain aussi assuré que celles qui cultivent de grands territoires. Le moindre avantage sur le prix dans un pays, y attire la marchandise, et Fégalité se rétablit continuellement.

Or il est démontré qu'indépendamment du débit à l'étranger, et d'un plus haut prix, la seule égalité constante du prix augmente de plus d'un dixième le revenu des terres ; qu'elle accroît et assure les avances de la culture ; qu'elle évite les chertés excessives qui diminuent la population; et qu'elle empêche les non- valeurs qui font languir l'agriculture. Au lieu que l'interdiction du commerce extérieur est cause que l'on manque souvent du nécessaire ; que la culture, qui est trop mesurée aux besoins de la nation, fait varier les prix autant que les bonnes et mauvaises années font varier les récoltes ; que cette culture limitée laisse une grande partie des

' Tri^ époque , que celle qui avait besoin d'entendre l'apologie de pareilles vérités ! (E . D. )

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