TROISIÈME TABLEAU
ATASICIS
annuelles
de la classe
productive,
^Q/OOmUlions.
.2,454 mUlions.
.9\i\. de ^milliards.
AVANCIf
de la classe stériie,
1,114 mtf/toii#* .au lieu de l,9S0.
f\,i¥ItnUlions.
I au lieu de i,eoo*
.au lieu de t ,800-
Sommes qui senrenl à payer le revenu et les intérêts des avances / 1 ,1 14 miUions. primiUves. \ au U«u de i ,^!S0.
i,Ù0O miUions.
iA\^miUions.
Nau lieu de i ,iSO.
Dépense des avances annuelles. 2,000 miUions,
5,454 mi/liMJau I. de 6,000.
Total, 2,227 mi//iofu.
au Keu de tJBOO.
Il y a 130 millions de perle sur les avances de oette classe, qui emploie la moitié Je la recette pour remplacer les avanees.
On voit que la classe productive fait, il est vrai, retomber sur le revenu sa première perte de 546 millions; mais le revenu ne lui rapporte plus que 1,227 millions au lieu de 1,500 millions; c'esi 273 millùms de déficit , dont un tiers est en retranchement de frais, et par conséquent en diminution de salaires pour les ouvriers de cette classe.
Ainsi ils perdent 91 nUUions,
La classe stérile ne rapporte à la classe productive que 2,227 miUtofu , au lieu de 2,500 millions; c'est 273 millions de moins, dont im tiers est en diminution de salaires pour les
ouvriers de la classe productive. Ainsi ils perdent 91 millions.
La classe stérile ne reçoit que 2,227 millions , au lieu de 3,500 millions; c*9St 273 millions, dont la mcnitié est en diminution de salaires pour les agents de cette classe. Ainn ib perdent 136
Le Total de la perte sur les salaires est donc de . . . . 318 millions. Et la perte sur le revenu est de 5U6 millions.
Total 86/i millions.
Solution.
On a remarqué , dans les déductions précédentes , que les 500 mUlions d'impositions indirectes coûtent aux propriétaires des terres 235 millions de plus qu'ils ne leur coûteraient, s'ils étaient en impôt direct, ci 255 millions.
Que le souverain y perd 379 millions.
Nous trouvons, par le calcul du dernier tableau , un retranchement de salaires de '5\S millions.
Total général de la déprédation 932 millions.
Le souverain ne retire, comme on Ta vu ci-devant, que 121 millions des impositions indirectes qui causent une perte de 932 millions. Cet impôt coûte donc environ huit fois plus k la nation que les 121 millions que le souverain en retire. Et celui-ci, au lieu de recevoir les 500miï/toiM qui devraient former la plus grande partie de son revenu , n'en reçoit qu'un quart. Ainsi sur quatre il pert trois^ et pour tin qu'il reçoit il en coûte huit à la nation.
Les propriétaires des terres, qui d'abord ne semblaient payer, pour leur part de la masse des 800 millions d'impôt direct et indirect, que 545 millions^ et qui croyaient profiter en ne payant pas directement et immédiatement la totalité de l'impôt des 800 millions sur le poduit net de leurs terres, paient ou perdent réellement, par la forme d'imposition
1/ie Ql)£SniAY.
dont il s*agity tm milliards 55 milliatu^ tandis que la masse d'impôt de 800 millims ne rapporte au souverain que 421 millùm$.
En vain le souverain voudrait-il suppléer k un tel déchet par des augmentations d'impositions indirectes. Elle ne serviraient qu'à accroître le dépérissement de son revenu et de celui de la nation. Ainsi plus on augmenterait rimpôt direct, plus il faudrait augmenter Timpdt indirect, pour suppléer au dépérissement de Timpôt même.
Si , par exemple, le souverain voulait soutenir la recette de son impôt direct à 300 mtûtioiu, cet impôt qui n'était que le dixième du revenu de 3 miUiardê^ deviendrait le H^ilièmê de ce même revenu, qui se trouverait réduit k deax mUliards qtiaîreemi cinquante-quatre mî//tofw.CestaiiMi que rimpôtdirect empiéterait de plus en plus sur le revenu, sans augmentation de recette pour le souverain, k mesure que l'impôt indirect diminaerait la masse du revenu. C'est ainsi que l'impôt direct et l'impôt indirect existeraient ensemble sans règle, et que, par leurs accroissements progressifs et désordonnés, ils deviendraient l'un et l'autre désastreux pour le souverain et pour la nation.
AUTRES DOMMAGES plu8 redoutables causés par T impôt indirect^ et qui
restent à observer.
Ou doit faire attention que nous avons fait abstraction de quatre genres de dommages que nous allons indiquer, et qui doivent entrer « lorsqu'on peut les évaluer chacun en détail , dans la supputation des pertes que causent les impôts indirects.
Premier genre de dommage. Les détériorations qu'ils causent dans une progression fort rapide :
Telles sont, l'aies détériorations successives des biens-fonds, lesquelles sont une suite du dépérissement que l'impôt indirect nécessite dans le revenu des propriétaires des terres : dépérissement qui retranche à ces propriétaires les facultés d'entretenir et d'améliorer leurs biens.
Telles sont, 2° les détériorations successives des entreprises et des travaux fructueux auxquels on n'ose employer des richesses ostensibles, dont l'estimation , toujours hasardée, sert de base à l'assiette de l'impôt indirect arbitraire.
Telles sont, S"" les détériorations successives et dans une progression géométrique , causées par la spoliation des avances de la culture : ce qui est une suite funeste des additions d'impositions indirectes, arbitraires et anticipées, qui se lèvent, ou qui retombent sur les fermiers pendant le cours de leurs baux.
Second genre de dommage. Les fortunes pécuniaires, qui se multiplient par les profits des financiers qui afferment les impositions indirectes;
SECOND PROBLÈME ÉCONOMIQLE. i/,l
ce qui arrête ou intervertit la circulation de Targent et en empêche le retour annuel à Fagriculture.
TroUiême genre de dommage. La résidence des riches financiers dans la capitale : ce qui éloigne la consommation des lieux de la production. D'oà résulte de grandes dépenses de charrois qui retombent en perte sur le prix des productions à la vente de la première main, et par conséquent sur les revenus des propriétaires des terres; lesquels eux-mêmes, surtout s*ils sont de familles distinguées , se retirent pareillement à la capitale dans la vue de participer par leur crédit aux grâces de la cour , pour se dédommager en partie, par les libéralités du souverain , du dépérissement de leurs revenus.
Quatrième genre de dommage. La multiplication des mendiants ; laquelle est une suite des impositions indirectes qui anéantissent les salaires ou la subsistance , en éteignant une partie de la reproduction des richesses annuelles de la nation. Cette multiplication des mendiants est une surcharge considérable sur les cultivateurs , parce qu'ils n'osent refuser Taumône , étant trop exposés aux dangers que peut leur attirer le mécontement des mendiants vindicatifs. Et cette surcharge retombe sur le revenu des propriétaires, qui, seuls, peuvent subvenir au dédommagement des cultivateurs, et qui sont forcés à ce dédommagement par la nature même de leur propriété , et des conventions qu'ils ne peu- Tent passer que librement avec ceux qui exploitent leurs terres.
Nous n'avons pas compris, dans les calculs du Problème que l'on vient de résoudre, ces quatre genres de dommages: les données en sont trop variées et trop multipliées pour qu'on puisse s'en former une idée précise. On ne pourra les assujétir au calcul que par uiîe suite de travaux particuliers et fort étendus. Il nous suffit d'avoir indiqué la voie que Ton peut tenir, pour les amener toutes aux même ordre de supputation, lorsqu'elles seront connues plus exactement.
Résultats. On peut demander în présent aux propriétaires fonciers, s'il n'est pas de la dernière importance pour eux de satisfaire complètement à l'impdt direct, qui fixe et assure l'état de leur propriété; et de ne pas engager, par un intérêt mal entendu, les souverains à recourir, pour les besoins de l'Etat, à des ressources aussi ruineuses pour le revenu des propriétaires, pour les souverains eux-mêmes, pour le corps entier de la nation, que le sont les impôts indirects.
FIN DL SECOND l»lU)BLk\iE LCO.NOJilQLE.
ET
n s'est élevé beaucoup de contestations sur la division de la société en Crois classes de citoyens, savoir : la classe productive, celle des propriétaires^ et h classe stérile. Cette division, exposée dans le Tableau économique, a surpris et fâché plusieurs personnes renfermées dans la troisième classe. La ptapart des agents du conunerce, des arts et des fabriques, se sont trouvés offensés d*y avoir été compris. Cependant, des hommes d'un état plus distingué, les magistrativ ks militaires, etc. , n*ont pas cru au-dessous de leur dignité d*ôtre rapportés à cette classe ; aucun d*eux ne s*est pLdmi de n*avoir pas été compté dans la classe productive. On a senti qu'il n'était pas possible de peindre la distribution annuelle d es richesses, sans commencer par remonter jusqu'à la production, qui ne saurait être confondue avec la dépense et la circulation. Il a paru nécessaire, sim[Je et naturel, de distinguer les hommes payants, qui tiennent leurs richesses immédiatement des productions de la nature, d'avec les hommes payés qui ne peuvent en acquérir que comme une récompense des ser>lccs utiles ou agréables qu'ils rendent aux premiers. Mais les protecteurs du luxe et les artisans mêmes qu'il emploie , ainsi que la plupart des négociants et des entrepreneurs de manufactures, se sont élevés avec chaleur contre c^tte distinction. Ils ont regardé la dénomination de classe stérile comme injurieuse pour eux. Ils n'ont point vu que ce terme n'exprimait qu'une propriété physique qui ne fait rien à la dignité; que, dans les sciences physiques, il faut que toutes les expressions soient d'une justesse rigoureuse ; qu'on ne ))ouvait pas en employer mie autre pour désigner la classe des citoyens purement salariés , dont les dépenses et les travaux ne font point naître de productions, ce qui les dislingue de la classe des propriétaires qui viv(»nt du revenu que leurs terres fournissent, et qui contribuent à la production de ce revenu par des dépenses foncières en bâtiments, dessèchements, défrichements, plantations, etc. ; et ce qui les distingue encore plus de la classe des cultivateurs qui font renaître leur propre rétribution, le revenu d(;s propriétaires, et les salaires des agents du commerce et des fabriques. Ces derniers n'ont pas
^ (>t avis est lie Dupont 'Je NcmouiN.
pris garde que si, comme ils ont paru le désirer, on avait nommé %ndu8trim$e, au lieu de stérile, la classe dont ils font partie, on aurait employé un terme impropre, puisque Vindustrie n*est pas un attribut distinctif de leurs professions. Ils ignoraient peut-être que les agents de la classe productive ont pour le moins autant de connaissances, de génie et dHndustrie, qu^ils trouvent à employer dignement et complètement dans la direction et dans l'exécution bien entendues de la multitude de travaux raisonnes et dispendieux qu'exigent les différentes parties de Tagriculture, et qui demandent à être variés selon la diversité des terres, des circonstances et des saisons. Ce qu'il y a de plus surprenant est que des négociants, et des bonunes qui se disaient leurs protecteurs, n'aient pas voulu entendre, quoiqu'on le leur ait répété et démontré plusieurs fois>, que la distinction dont ils s'offensaient est entièrement à l'avantage du commerce, des manufactures et des arts de toute espèce, puisque, dès qu'elle sera universellement admise, son effet direct dœt être d'affranchir le commerce, les fabriques et leurs agents de toute contribution^ de tout in^t, de toute gêne, et de toutes vexations.
Parmi les prétendus défenseurs du conunerce qui se sont opposés avec tant de ▼éhémoice à une doctrine aussi évidemment favorable aux succès du conunerce, il en est sûrement un très grand nombre qui l'ont combattue de boime foi , et qui se sont laissé entraîner, avant d'avoir réfléchi, par le premier mouvement que leur a inspiré une distinction à laquelle ils n'étaient point accoutumés et qu'ils ne comprenaient pas , mais dont il avait néanmoins été indiq)ensable de se servir pour s'énoncer avec précision dans une science nouvelle. Peut-être en est-il d'autres plus pénétrants et moins sincères qui, s'embarrassant assez peu de l'avantage du commerce en général, et très occupés de leur intérêt personnel et momentané, ont trouvé la dénomination de classe stérile moins prévenante en leur faveur qu'ils ne l'auraient désiré, et peu propre à engager le gouvernement à leur accorder les privUèges exclusifs qu'ils avaient toujours obtenus avec facilité, dans le temps où l'on croyait que le commerce et les manufactures, réservés exclmt" vtment aux commerçants et aux manufacturiers regnicoles, étaient par cette exc fanion même une source de richesses pour la nation. Ceux-ci se voyant appuyés par le préjugé dominant qui formait un titre pour soutenir que leurs professions sont productives, favorisés encore par l'équivoque de [dusieurs expressions vagues reçues dans les discours vulgaires et familiers, étayés de plus par le secours de ceux d'entre leurs confrères qui mettaient à cette affaire un point d'honneur dii^ fidie à comprendre, n'ont pas été des moins ardents dans ces combats très extraordinaires dont on peut voir la suite dans les journaux de l'agriculture, du commerce et des finances de l'année 1765 et 1766, et où l'on remarquera sansdoute avec étonnement que tous ceux qui prét^idaient être les protecteurs du commerce et des manufactures, sollicitaient des monopoles, des exclusions, des règlements, des gênes, des lois prohibitives, et que les philosophes économistes, qui demandaient pour le commerce, pour les commerçants et pour tous leurs agents» facilité^ sûreté j considération , mtUs surtout uberté et frânchisk, étaient
* Voyez le Journal de l'Agriculture^ du Commerce et des Finances^ dot^ mois de février et d'avril i766 ; le premier^ page 75 et suivantes, et Tautre page 59. Voyez \ presque tous les autres volumes de la même année et de la préréaenie.
U/i AVIS DE L'ÉDITEUR.
publiquement traités (rennemis, de contempteurs, et de détracteurs du commerce et des arts.
Au milieu de ces disputes orageuses élevées sur les privilèges eidusife, il a donc fallu discuter à fond la justesse de la division qui sert de base à la formule arithmétique du Tableau économique , et qui formait le sujet ou le préteite de la mauvaise humeur de quelques-uns des agents de la classe stérile. L'objet de cette discussion est si essentiel à la certitude des principes de la science économique, qu'il était indispensable de faire é\iEinouir tous les doutes, de dissiper toutes les équivoques, de répandre la lumière sur tous les préjugés établis. C'est de la contradiction qu'on devra toujours espérer cet avantage ; la contradiction seule a le privil^e de porter d'une main le flambeau de l'évidence, et de déchirer de l'autre le voile qui cache les vérités nouvelles aux yeux du vulgaire. Personne n*a jamais mieux connu le prix de cette contradiction secourable que l'auteiu* du Tableau économique. On l'a vu se mêler tantôt parmi ses adversaires sous le nom de M. H. *, et tantôt parmi ses partisans sous celui de M. N., de M. Nisaqgeou de M. de l'Isle*. Et on lui doit la justice de convenir que, dans ces deux personnages si opposés, il s'est également trouvé à la tête des uns et des autres. Pour terminer enfin cette contestation importante, il faUait poursuivre l'erreur jusque dans ses derniers retranchements ; mais l'erreur ne saurait avoir une marche réglée et uniforme ; ses attaques, qu'elle varie continuellement, ne peuvent être assujéties à aucun ordre, à aucun plan régulier et général. C'est pourquoi M. H. et M. N. , après s'être combattus de loin, ont été en quelque façon obligés de s'attaquer corps à corps, ou, pour m'exprimer plus clairement, c'est pourquoi l'auteur, qui les faisait parler l'un et l'autre, a cru devoir préférer la forme du Dialogue, afin de rassembler, par le moyen dCvS incx)nséquences et des écarts ordinaires dans les cx)nversations, tous les raisonnements spécieux fondés sur des apparences séduisantes et sur des équivoques de langage qui obscurcissent les idées, et qui ne se sont établies que dans les temps mêmes où les connaissances étaient bornées à des notions imparfaites, vagues et incertaines.
Ces Dialogues, actuellement très importants, seront quelque jour la partie la moins lue de ce Recueil. On aura peine à croire alors qu'il ait fallu réfuter sérieusement des opinions aussi absurdes que celles des adversaires de la science économique. Les oppositions que cette science éprouve passeront pour une partie fabuleuse de son histoire. Je puis attester cependant qu'elles ne sont aujourd'hui que trop réelles. Peut-être est-il utile qu'il en reste dans ce Recueil un léger monument Il apprendra aux hommes bons et sages faits pour aimer la vérité, pour la chercher, pour la reconnaître et pour la dire, qu'il ne faut Jamais se flatter qu'elle ait d'abord un rapide succès. Il apprendra, aux hommes intéressés et vains qui oseraient hii résister, et qui s'efforceraient de l'étouffer avant que l'évidence lui ait assuré la conquête du genre humain, qu'on ne saurait remporter sur la force invincible qui lui a été donnée parDieu même, et cpie, si l'on pouvait gagner quelque chose à la combattre, ce ne serait que la perpétuité de la honte d'en avoir été l'ennemL
• Dans les joiirneaiix «le novembre 1705 et d'avril 1766.
• Dans les journaux do janvier, de février, d'avril, de Juin e! de novembre 1766.