‹ PhysiocratesChapitre 81 sur 157 · OBSERVATIONS SUR LES DIALOGUES PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES DIALOGUES PRÉCÉDENTS

meot à la production , et lui prête un concours sans lequel la richesse n'aurait jamais pris aucun développement. Mais, de ce que cette assertion est incontestable, iaut-il en conclure que leur action tout indirecte ne doive pas être soigneusement distinguée de l'action directe de ceux qui créent toutes les choses propres à la satisbction de nos besoins physiques, moraux et intellectuels. Peut-on méconnaître que les agriculteurs (nous prenons ce mot dans toute l'étendue de son acception économique) et les n^anufacturiers , les seuls à qui la nature des choses ah départi ce privilège, y compris , bien entendu , sous cette double dénomina> tion ceux dont l'intelligence dirige les travaux agricoles et industriels S comme ceux dont les bras les exécutent, jouent au point de vue économique un rôle qu'on ne saurait confondre avec celui des créateurs de produits immatériels , dans la catégorie desquels J.-B. Say aurait dû placer les conunerçants ? N'est-ce pas des mains de ceux-là que sort toute la richesse brute et manufacturée existant dans le monde, laquelle compose le capital et le fonds de consommation de la société, laquelle rétribue les services de toutes le^ autres classes, depuis le plus futile comme celui du danseur, jusqu'au plus important de tous comme celui du souverain ? Seraitil donc sans importance spéculative et pratique de constater bien nettement d'où sait le revenu social , quels sont ceux qui le créent , et quels sont ceux qui, bien que légitimement , pourvu néanmoins que de mauvaises lais positives n'en* gendrenipas P effet contraire^ se bornent à en prendre leur part? Eclaircissons notre pensée par un exemple.

La France paie annuellement 168 millions pour les frais de perception de l'impôt C'est là un service nécessaire, qui a de la valeur en usage, et dont les agents du fisc touchent le prix à bon droit, en admettant qu'il ne puisse être rendu à . meilleur compte. Supposons actuellement qu'O lui en coûte la même sonune pour transformer en drap la laine qu'elle recueille chaque année sur son territoire. Yerra-t-on donc là-dedans deux faits économiques de même nature ! Dans ce cas on se tromperait fort , car le premier a pour conséquence d'occasionner au pays une perte sèche de 168 millions, tandis que le second, sans lui causer aucune perte, lui procure toute Futilité qui réside dans la transformation de la laine en ch-ap. Le résulut du travail des manufacturiers, c'est de reproduire matéricDement la valeur de toutes leurs consommations, cl le résultat du travail des percepteurs de l'impôt, c'est d'anéantir tout à fait cette valeur, ou, ce qui revient au même, de ne donner en échange rien de matériel à la société. Or, ce que nous disons des agents du fisc, on peut le dire des commerçants, qui n'ajoutent rien à la valeur intrinsèque de la richesse brute et manufacturée, et en général de tous ceux dont le travail ne se fixe sur rien qui puisse devenir l'objet d'un échange. Objecter que ce dernier genre de travail est presque aussi nécessaire que le travail agricole et in-

' En considérant les chot es sous cet aspect , rien ne s'oppose à ce que , sous le rapport économique, on range dans la classe des manufacturiers les savants et les gens de lettres, auteurs de la valeur principale qui fait des livres une richesse, ainsi que tous ceux dont le travail intellectuel aboutit à la production de choses matérielles utiles à la société. Il serait absurde, à coup sûr, de réputer producteurs de richesse les ouvriers nui fabriquent une machine , et de refuser cette qualification à l'ingénieur qui en a donné le plan.

dustrid ; que souvent S réclame une capacité bien snpéiienre 3i celle qu'etige fe précédent» et qu'il concourt d'une manière indirecte 3i la proincticm de h richesse, c'est avancer des dioses très vraies sans doute, mais aussi sans aucun rapport avec h question qui nous occupe en ce moment H n*y aundt dans le monde personne peut-être qu'on ne dût r^ter producteur, si Tanalyse économique tvail besoin de rechercher toutes les causes qui contribuent d*une manière indirecle à la production»

En résumé, tous les travailleurs s(Mit utilesàla sodéié; ^, de ce point de vue, il n'existe pas phis de travail siMfe sdon rexpresrioD des Phynocrates, que de trand non produciifÈekm cdle d'Adam Smith. Mais, tout travail n'étant pas nécessairement productif de richesse , il est opportun d'adopter, à l'égard des traviilleurs, une classification qui mette ce fût en évidence, ou qui iasie ressortir l'utilité distmcte que le travail procure, selon qu'il s'identifie ou ne s'identifie pas aveclamatière. Or, sous ce rapport, il n'en est pas de ^us simple et de plus cfadre que celle qui consiste à partager les travailleurs en producteun decho$e§ êtes produeieun de iervicei. En substîtuam, à ces mots choies et eervieeêt les lermes de produits nuUériels et de produits imnuMrieISt on a retracé d'abord beaucoup moins nettement à l'eqivrit les idées qu'il s'agissait de traduire» et de phis on a fort embrouillé les notions, si impcnrtantes, de la richesK, de Tutilité et de la valeur. Puis, par amtre-coup, on est tombé, même des économistes d'mi mérite éminent , en ce qui touche les véritables effets de l'industrie mann&ctorière et commerciale, l'évaluation du revenu de la société et le mécanisme de sa distribution, dans des erreurs spéculatives qui portent leur fruit dansI'applicatiQB, c'est-à-dire qui y engendrent , comme toute doctrine fausse, les conséquences les plus funestes ^ (E. D).

• Les lectears qui trouveraient quelque intérêt dans la question que nous venons de traiter, ne sauraient[mieux Tapprofondir qu'en étudiant Touvrage de Turgot sur la Formation et ta distribution de la richesse^ et les leçons xii et xni du tome I du Cours d^économie politique de M. Rossi.

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