‹ PhysiocratesChapitre 84 sur 157 · RESTE · texte numérisé non relu

RESTE

par arpent.

Abondante 7 liv.

Bonne 6

Moyenne s

10 liv.

70 liv.

60 liv. «

10 liv.

Faible . .

.Mauvaise. .

■Total pourU

38 5 années*. 25

* C'est un cinquième plus, par arpent, que la mesure de Tarpent donnée par M. de Vauban ; ainsi, les récoltes doivent produire, selon celte mesure, un cinquième de plus de grains que cet auteur ne Ta estimé par arpent. — Voyez la Dime royale,

ECONOMISTES FINANCIERS DU 18*^ SIÈCLE, p. 44, iW et 121.

L'arpent des eaux et forêts, que Qucsnay choisit pour mesure, est l'équivalent d'un peu plus de cinquante-un ares. ( K. D. )

■ Voyez plus haut, pour la contenance en mesures actuelles du septier et de l'arpent, les Notes y relatives, p. 222, 250, 254, et la Gn de la Note précédente.

* Le prix commun réglé, comme on fait ordinairement, sur les prix différents des années, sans égard aux frais, et au plus ou moins de récolte de chaque année, n>st un prix commun que pour les acheteurs qui achètent pour leur subsistance la même quantité de blé chaque année. Ce prix est ici le cinquième de 87 liv., qui est 17 liv. 8 8. C'est à peu près le prix commun de la vente de nos blés à Paris depuis longtemps; mais le prix commun pour les fermiers, qui sont les vendeurs, n'est qu'environ 15 liv. 9 s., h cause de l'inégalité des récoltes.

* On ne parle point ici des années stériles, parce qnollos sont fort rares, et que d'ailleurs on ne peut déterminer le prix qu'elles donnent aux blés.

* Voyez le détail de ces frais aux articles Fermiers et Fermes. — Le second de ces articles, qu'on peut consulter dans VEncyclofédie^ avait pour auteur M. Le Roy, lieutenant des chasses du [)arc de Versailles. (E. D. ].

Les 87 liv., total des cinq années, frais déduits, divisées en cinq années, donnent par arpent 17 liv. 8 s. de produit net.

Ajoutez à ces 17 Iîy. 8 s.

Les frais montant à 60 *

Cela donnera par chaque arpent, total t7 liv. 8 s.

Les cinq années donnent vingt-cinq septiers, ce qui Tait cinq septiers, année commune. Ainsi, pour savoir le prix commun de chaque sepiier, il faut diviser le total ci-dessus par 5, ce qui établira le prix commun de chaque septier de blé k 15 liv. 9 s.

Chaque arpent produit encore la dime, qui d'abord a été prélevée sur la totalité de la récolte, et qui n'est point entrée dans ce calcul. Elle est ordinairement le treizième en dedans de toute la récolte ou le ^onzième en dehors. Ainsi, pour avoir le produit en entier de chaque arpent, il faut ajouter à 77 liv. 8 s. le produit de la dlme, qui se prend sur le produit total de la récolte, semence comprise. La semence évaluée en argent est 10 liv. 6 s. qui, avec 77 liv. 8 s., font 87 liv. 14 s., donti pris en dehors pour la dime est 7 livres. Ainsi, avec la dime, le produit total, semence déduite, est 84 liv. 16 s. Ces 84 liv. 16 sous se partagent ainsi :

Pour la dîme 7 liv.» \ 1. % d.

Pour les frais. .;...., 60 » \84»»

Pour le produit 17 8 s. j

La culture de chaque arpent qui produit la récolle en blé, est de deux années. Ainsi , le fermier paie deux annnées de fermage sur les 17 liv. 8 s. du produit net de cette récolle; il doit aussi la taille de cette somme, et y trouver un gain pour subsister. Elle doit donc être distribuée à peu près ainsi : |. s. d.

Pour le propriétaire. . . • g- ou 10 7 7

Pour la taille 7 ou 5 9 6

Pour le fermier. . j ou 3 9 6 •

6i> liv. de frais, et 15 liv. 18 s. 6 d. pour le propriétaire et pour la taille , font 75 hv. IH s. 6 d. pour un arpent de blé qui , portant année

commune cinq septiers , met le coût du septier pour le fermier à, . 14 15 8

Les années abondantes, Tarpent portant sept septiers à 10 liv. le "^

septier, le fermier perd par septier 0 112-

Ou par arpent 5 18 6

Les bonnes années, Tarpent portant six septiers à 12 liv., le fermier

perd par septier 065

Ou par arpent 1 18 6

* Nous ne nous réglons pas ici sur Timposition réelle de la taille ; nous supposons une imposition qui laisse quelque profit au fermier, et un revenu au propriétairt, qui soutienne un peu les richesses de la nation et Teutretien des terres.

S'il paye plus de taille qu'il n'est marqué ici, et s'il paye pararpent pour chaque année de fermage plus de 5 liv. 5 s., ses pertes sont plus considérables, à moins que ce ne soient des terres très bonnes « qui le dédommagent par le produit. Ainsi, le fermier a intérêt qu'il n'y ait pas beaucoup de blé, car il ne gagne un peu que dans les mauvaises années : je dis un peu, parce qu'il a peu k vendre, et que la consommation qui se fait chez lui k haut prix, augmente beaucoup sa dépense. Les prix des différentes années, réduits au prix commun, de i5 liv. 9 s., le fermier gagne année commune 14 s. par septier, ou 3 liv 18 s. par arpent.

La sole de deux millions d'arpents en blé donne en total, à cinq septicrs par arpent et la dlme y étant ajoutée, 10,944,416 septiers, dont la valeur en argent est 169,907,795 liv.

De cette somme de 169,907,795 liv., il y a :

Pour la taille. . . . 7,000,000 J

Pour les propriétaires. 21,000,000 > &5,000,000

Pour les fermiers. . 7,000,000 f

Pour la dlme . . . 14,907,795 Pour les frais. .

Produit total 169,907,798

Il y a aussi par la grande culture deux millions d'arpents ensemencés chaque année en avoine, ou autres grains de mars. Nous les supposerons tous ensemencés en avoine, pour éviter des détails inutiles qui nous ramèneraient à peu près au même produit, tous ces grains étant k peu près de la même valeur, et étant vrai aussi que l'avoine forme effectivement la plus grande partie de ce genre de récolte. On estime qu'un arpent donne, dime prélevée , deux septiers d'avoine, double mesure du septier de blé. Le septier est évalué 9 liv. Il faut retrancher un sixième des deux septiers pour la semence: reste pour le produit de l'arpent 15 liv., ou

* Les gros fermiers qui exploitent de grandes fermes et de bonnes terres qu'ils cultivent bien, gagnent davanlage, quoique de bonnes terres soient affermées à un plus haut prix ; car une terre qui produit beaucoup, procure un plus grand bénéSce sur les frais et sur la semence. Mais il s^agit ici d'une estimation générale du fort au faible, par rapport à la différente valeur des terres, et aux différents états d*aisance des fermiers. On verra ci-après, dans les détails, les différents rapports des revenus des terres avec les frais de culture : il est nécessaire d'y faire attention, pour juger des produits de Tagriculture relativement aux revenus des propriétaires, aux profits des fermiers, à la taille et à la dlme ; on apercevra, à raison des divers produits, des rapports fort différents.

un seplier et deux tiers. Ajoutez la dîme, le produit total

10 s., dontilya:

Pour le fermage d'une année. 5 51

PourlaUille a »\ 10 >»

Pour le fermier 3 15)

Pour les frais • * ' 1 6 10

Pourladime - ^ ^Q)

est 16 liY.

Les deux millions d^arpents en avoine donnent, y compris la dlmeet

la soustraction faite de la semence, 3,675,000 septiers qui valent en

argent 33,550,535 liv. 7 s., dont il y a :

Pour les propriétaires. 10,500,000 j

Pour la taille. . . . 4,000,000 J 20,000,000

Pour les fermiers. . . 5,500,000 ) Pourladtme. . . . 5,000,000) .-^^.

Pour les frais 10,000,000| "''"^'"^

LOOO

Produit total 55,000,000

Total des produits de la récolte du blé et de celle de Tavoine, traité» par la grande culture.

Pour les propriéla Pour la taille.

Pour les fermiers Pour la dlme .

lires.

Pour les frais.

ai

\Blé. .

^Avoine.

Uié. .

\ Avoine.

(Blé. .

( Avoine.

S Blé. .

\ Avoine.

iBlé. .

(Avoine.

Produit total 205,000,000

120,000,000) ,5o,ooo,ooo(

Etat de la petite culture des grains. Nous avons observé, a rarticle Fermiers déjà cité, que, dans les provinces où Ton manque de laboureurs assez riches pour cultiver les terres avec des chevaux, les propriétaires, ou les fermiers qui font valoir les terres, sont obligés de les faire cultiver par des paysans auxquels ils fournissent des bœufs pour les labourer.

* On ne met ici que les frais de moisson, parce que les frais de culture sont compris avec ceux du blé. Voyez Tart. Fermiers,

Nous avons yu que les frais qu'exige cette culture ne sont pas moins considérables que ceux de la culture qui se fait avec les chevaux, mais qu'au défaut de Targent qui manque dans ces provinces , c'est la terre elle-même qui subvient aux frais. On laisse des terres en friche pour la pâture des bœufs de labour, on les nourrit pendant l'hiver avec les foins que produisent les prairies; et, au lieu de payer des gages ^ ceux qui labourent, on leur cède la moitié du produit que fournit la récolte.

Ainsi, excepté l'achat des bœufs, c'est la terre elle-même qui avance tous les frais de la culture, mais d'une manière fort onéreuse au propriétaire, et encore plus à l'État; car les terres qui restent incultes pour le pâturage des bœufs, privent le propriétaire et l'État du produit que Ton en tirerait par la culture. Les bœufs, dispersés dans ces pâturages ne fournissent point de fumier; les propriétaires confient peu de troupeaux à ces métayers ou paysans chargés dé la culture de la terre, ce qui diminue extrêmement le produit des laines en France. Mais ce défaut de troupeaux prive les terres de fumier; et, faute d'engrais, elles ne produisent que de petites récoltes qui ne sont évaluées, dans les bonnes années, qu'au grain cinq, c'est-h-dire au quintuple de la semence, ou environ trois septiers par arpent, ce qu'on regarde comme un bon produit. Aussi, les terres abandonnées à cette culture ingratey^nt-elles peu recherchées ; un arpent de terre qui se vend 50 ou 40 liv. dans ce pays-lh, vaudrait 2 ou 300 liv. dans des provinces bien cultivées. Ces terres produisent à peine l'intérêt du prix de leur acquisition, surtout aux propriétaires absents : si on déduit, des revenus d'une terre assujétie à cette petite culture, ce que produiraient les biens occupés pour la nourriture des bœufs; si on en retranche les intérêts au denier dix des avances pour l'achat des bœufs de labour, qui diminuent de valeur après un nombre d'années de service, on voit qu'effectivement le propre revenu des terres cultivées est au plus, du fort au faible, de ^ ou 50 sous par arpent. Ainsi, malgré la confusion des produits et les dépenses de cette sorte de culture, le bas prix de l'acquisition de ces terres s'est établi sur des estimations exactes vérifiées par l'intérêt des acquéreurs et des vendeurs.

Voici l'état d'une terre qui produit année commune, pour la part du propriétaire, environ 3,000 liv. en blé, semence prélevée, presque tout en froment. Les terres sont bonnes, et portent environ le grain cinq. Il y en a quatre cents arpents en culture, dont deux cents arpents forment la sole de la récolte de chaque année; et cette récolte est partagée par moitié entre les métayers et le propriétaire. Ces terres sont cultivées pr dix charrues tirées chacune par quatre gros bœufs; les quarante bauFs

valent environ 8,000 liv. dont l'intérêt, mis au denier dix k cause des risques et de la perte sur la vente de ces bœufs, quand ils sont vieux et maigres, est 800 liv. Les prés produisent cenl-trente charrois de foin qui sont consommés par les bœufs ; de plus, il y a cent arpents de friches pour leur pâturage : ainsi, il faut rapporter le produit des S,OQO liv. en blé pour la part du propriétaire:

A rintérét du prix des bœufs 800^

A rintérét de 1000 liv. de blé choisi pour le premier fonds de

la semence avancée par le propriétaire 80 ^1,050 liv.

A SOO liv. de frais particuliers faits par le propriétaire, sans

compter les réparations et les appointements d'un régisseur. . âOOj

A cent trente charrois de foin, le charroi à 10 liv 1,500 \

A cent arpents de pâtureaux, à 15 sous Tarpent 78 \ 1,980 liv.

Reste pour le produit de quatre cents arpents de terres cultivées. 678 J

Total 5,000 liv.

Ainsi, ces quatre cents arpents de bonnes terres ne donnent pas, par arpent, 1 liv. 10 s. de revenu ■. Mais, dans le cas dont il sera parlé ciaprès, chaque arpent serait affermé 10 liv., et les quatre cents arpents rapporteraient au propriétaire 4,000 liv. au lieu de 575. Aussi, ne devra-ton pas être étonné de la perte énorme qu'on apercevra dans les revenus des terres du fbyaume.

Les terres médiocres sont d'un si petit revenu que, selon M. Dupré de Sainl-Maur [Essai sur les monnaies), celles de Sologne et du Berry, au centre du royaume, ne sont guères louées que sur le pied de 15 sous l'arpent, les prés, les terres et les friches ensemble ; encore faut-il faire une avance considérable de bestiaux qu'on donne aux fermiers, sans retirer que le capital à la fin du bail, a Une grande partie de la Champagne, de la Bretagne, du Maine, du Poitou, des environs de Bayonne, eltî., dit le même auteur, ne produit guère davantage *. » Le Languedoc est plus cultivé et plus fertile; mais ces avantages sont peu profitables, parce

^ 11 faut même supposer de bonnes années, et que le prix du foin ne dépasse pas 10 liv., ou que la longueur des hivers n'en fasse pas consommer par les bœufs une plus grande quantité ; car un peu moins de produit, ou un peu plus de dépense, anéantit ce petit revenu.

* On peut juger de là combien est mal fondée l'opinion de ceux qui croient que la campagne est dépeuplée, parce que les grands propriétaires se sont emparés de toutes les terres, en sorte que les paysans ne peuvent pas en avoir pour cultiver à leur profit : on voit que le fermage des terres est à si bas prix, qu'il leur sérail très facile (Ven affermer autant qu'ils en voudraient ; mais il y a d'autres raisons qui s'y opposent, et que nous examinerons dans la suite, car il faut dissiper des préjugés vulgaires qui voilent des vérités qu'il est intéressant d'approfondir.

que le blé, qui est souvent retenu dans la province, est sans débit; et il y a tt peu de commerce que, dans plusieurs endroits de cette province comme dans beaucoup d'autres pays, les ventes et les achats ne s*y font que par le troc ou réchange des denrées mêmes.

Les petites moissons que Ton recueille et qui, la plupart, sont en seigle *■ , fournissent peu de fourrages , contribuent peu k la nourriture des bestiaux, et on n'en peut nourrir que par le moyen des pâturages ou des terres qu'on laisse en friche : c'est pourquoi on ne les épargne pas. D*aiUeurs les métayers, toujours fort pauvres, emploient le plus qu'ils peuvent les bœufs que le propriétaire leur fournit à faire des cbarrois k leur proGt pour gagner quelque argent, et les propriétaires sont obligés de tolérer cet abus pour se conserver leurs métayers : ceux-ci, qui trouvent plus de profit k faire des charrois qu'k cultiver, négligent beaucoup la culture des terres. Lorsque ces métayers laissent des terres en friche pendant longtemps, et qu'elles se couvrent d'épines et de buissons, elles restent toujours dans cet état, parcequ'elles coûteraient beaucoup plus que leur valeur k esserter et défricher.

Dans ces provinces, les paysans et manouvriers ne sont point occu-^ pés, comme dans les pays de grande culture, par de riches fermiers qui les emploient aux travaux de l'agriculture et au gouvernement des b^tianx; les métayers, trop pauvres, leur procurent peu de travail. Ces paysans se nourrissent de mauvais pain fait de menus grains qu'ils cultivent eux-mêmes, qui coûtent peu de culture, et qui ne sont d'aucun profit pour l'État

Le blé a peu de débit faute de consommation dans ces pays; car, lorsque les grandes villes sont suffisamment fournies par les provinces voisines, le blé ne se vend pas dans celles qui en sont éloignées. On est forcé de le donner k fort bas prix ou de le garder pour attendre des temps plus favorables pour le débit ; cette non valeur ordinaire des blés en fait encore négliger davantage la culture ; la part de la récolte qui est pour le métayer devient k peine suffisante pour la nourriture de sa famille; et, quand la récolte est mauvaise, il est lui-même dans la disette : il faut alors que le propriétaire y supplée. C'est pourquoi les récoltes qu'on obtient par cette culture ne sont presque d'aucune ressource dans les

* Ceux qui sont assujétis à la petite culture, sont peu attachés au fourrage que produit le froment, parce qu'ils en font peu d'usage ; et ils préfèrent volontiers la culture du seigle, parce qu*il vient plus sûrement dans les terres maigres. D'ailleurs, il y a toujours quelque partie de la sole des terres ensemencées qui porte des grains de mars , que nous confondrons ici avec le blé , pour éviter de petits détails peu utiles. On peut compenser la valeur de ces différents grains par un prix commun un peu plus bas que celui du ftroment.

années de disette, parce qoe, dans les mauvaises années, elles saffisent à peine pour la subsistance du propriétaire et du colon. Ainsi, la cherté du blé dans les mauvaises années ne dédommage point de la non valeur de cette denrée dans les bonnes années; il n'y a que quelques propriétaires aisés, qui peuvent attendre les temps favorables pour la vente du blé de leur récolte, qui puissent en profiter.

Il faut donc, à Fégard de cette culture, n'envisager la valeur du blé que conformément au prix ordinaire des bonnes années. Mais le peu de débit qu'il y a alors dans les provinces éloignées de la capitale, tient le blé à fort bas prix : ainsi, nous ne devons l'évaluer qu'à 12 liv. le septier, froment et seigle, dans les provinces où les terres sont traitées par la petite culture. C'est en effet dans ces provinces que le prix du blé ne peut soutenir les frais pécuniaires de la grande culture ; qu'on ne cultive les terres qu'aux dépens des terres mêmes, et qu'on en tire le produit que l'on peut en les faisant valoir avec le moins de dépenses qu'il est possible.

Ce n'est pas, parce qu'on laboure avec des bœufs, que l'on tire un si petit produit des terres; on pourrait, par ce genre de culture, en faisant les dépenses nécessaires, tirer des terres k peu près autant de produit que par la culture qui se fait avec les chevaux; mais ces dépenses ne pourraient être faites que par les propriétaires , ce qu'ils ne feront pas tant que le commerce du blé ne sera pas libre, et que les non valeurs de cette denrée ne leur laisseront apercevoir qu'une perle certaine.

On estime qu'il y a environ trente millions d'arpents de terres traitées par la petite culture; chaque arpent, du fort au faible, produisant année commune le grain quatre^ ou trente-deux boisseaux non compris la dime; de ces trente-deux boisseaux il faut en retrancher huit pour la semence. II reste deux septiers qui se partagent par moitié entre le propriétaire et le métayer. Celui-ci est chargé de la taille et de quelques frais inévitables.

Trente millions d'arpents de terre traitées par la petite culture, sont divisés en deux soles, qui produisent du blé alternativement. 11 y a quinze millions d'arpents qui portent du blé tous les ans, excepté quelques arpents que chaque métayer réserve pour ensemencer en grains de mars ; car il n'y a point par celte culture de sole particulière pour ces grains. Nous ne distinguerons point, dans les quinze millions d'arpents, la petite récolle des graines de mars de celle du blé ; l'objet n'est pas assez considérable pour entrer dans ce détail. D'ailleurs, la récolte de chaque arpent de blé est si faible, que ces deux sortes de récoltes diflerenl peu l'une de l'autre pour le produit. Chaque arpent de blé donnant du fort au faible (juatre pour un, ou

deux septiers , semence prélevée et non compris la dime , le septier à i21iv., année commune, froment et seigle, le produit en argent pour les deux septiers est 24 1* s.

Ajoutez un ^ en dehors, qui a été enlevé pour la dlme

prise sur toute la récolte, semence comprise 2 13

Total 26 15

Les 24 liv. ou les deux septiers, se distribuent ainsi :

Aa propriétaire . poar les intérêts de ses avances, pour quelques autres frais, pour le dédommagement des fopds occupés pour la nourriture des bœufs de

labour 9^

. Pour lui tenir lieu de deux années de fermage, à 1 liv. 10 s. par chaque S 19

.onée s)

' Au métayer, pour ses frais, son entretien et sa subsistance. ... 101

Four le payement de sa taille 1\ IS

Pour ses risques et profits ij

Le produit total de 26 liv. 15 s. par chaque arpent se partage donc ainsi :

Pour le fermage de deux années. 5 1. s.

Pour la taille 1 »

Pour le métayer 1 »

Pour la dfme S 15

Pour les frais Id »

Produit total 26 15

La récolte en blé des quinze millions d'arpents traités par la petite culture, donne, la dime comprise et la semence prélevée, 55,150,000 septiers, qui valent en argent 597,802,040 liv., dont il y a : Pour la taiUe . . . 15,000,0001 Pour les propriétaires. 45,000,000 Pour les métayers. . 15,000,000 Pour la dlme . . . 57,802,040 Pour les frais. . . . 285,000,000 î

Produit total 597,802,040

Produit total de la grande et de la petite culture réunies.

Pour 1«8 propriétaires, j J""de culture. 51,»00,000) j^^^\ ^ ^ (PeUte culture. . 45,000,000) ' * j

PourlattiUe. . . . Grande culture. «,000,000 j ^^^^f (Petite culture. . 15,000,000 ) [

Pour les fermier. . . { J^^de culture. 12,500,000) ^,^^\ (Petite culture. . 15,000,000) *'î*'^^''^y

Pour la dlme. . . . Jurande culture. 18.000,OOo} ^

( Petite culture. . 52,000,000 J ^'^'^^

Pour les f^ais.

Grande culture. 150,000,0001 ( '

Petite culture. . 285,000,000 J^*'^^^^^)

Produit toul des récoltes actuelles en grains 595,000,000

26/i QUESNAY.

Etat (Tune banne culture des grains. La gène dans le commerce des grains, le défaut d'exportation, bi dépopulation, le manque de richesses dans les campagnes, Timposition indéterminée des subsides, la levée des milices, Texcès des corvées, ont réduit nos récoltes à ce petit produit Autrefois, avec un tiers plus d^habitants qui augmentaient la consommation, notre culture fournissait à l'étranger une grande quantité de grains. Les Anglais se plaignaient en 1621 de ce que les Français apportaient chez eux des quantités de blé si considérables et à si bas prix, que la nation n'en pouvait soutenir la concurrence dans ses marchés ^ Il se vendait alors en France 18 liv. de notre monnaie actuelle; c'était un bas prix dans le siècle. Il fallait donc que nos récoltes produisissent dans ce temps-lk au moins soixante-dix millions de septiers de blé; elles en produisent aujourd'hui environ quarante-cinq millions; un tiers d'hommes de plus en consommait vingt millions au-delà de notre consommation actuelle, et le royaume eu fournissait encore abondamment & l'étranger: cette abondance était une heureuse suite du gouvernement économique de M. de Sully. Ce grand ministre ne désirait, pour procurer des revenus au' roi et k la nation, et pour soutenir les forces de l'État, que des laboureurs, des vignerons : et des bergers.

Le rétablissement de notre culture suppose aussi l'accroissement de la population; les progrès de l'un et de l'autre doivent aller ensemble; le prix des grains doit surpasser les frais de culture. Ainsi, il faut que la consommation intérieure et la vente à l'étranger entretiennent un profit certain sur le prix des grains. La vente à l'étranger facilite le débit, ranime la culture, et augmente le revenu des terres; l'accroissement des revenus procure de plus grandes dépenses qui favorisent la population , parce que l'augmentation des dépenses procure des gains à un plus grand nombre d'hommes. L'accroissement de la population étend la consommation; la consommation soutient le prix des denrées qui se multiplient par la culture à proportion des besoins des hommes, c'està-dire à proportion que la population augmente. Le principe de tous ces progrès est donc l'exportation des denrées du crû, parce que la vente k l'étranger augmente les revenus ; que Taccroissement de la population augmente la consommation; qu'une plus grande consommation augmente de plus en plus la culture, les revenus des terres et la population, car l'augmentation des revenus augmente la population et la population augmente les revenus.

' Traité des avantages cl des désavantages de la Grande-Bretagne. — Cet ouvra^j'c, public à Londres en 1700, est de Th. Mun ; mais le véritable litre est : Avantages cl désavangcs du commerce étranger de l'A ngleicrre. (E. D.)

Mais tous ces accroissements ne peuvent commencer que par Taugmentation des revenus. Voilà le point essentiel et le plus ignoré ou, du moins, le plus négligé en France : on n'y a pas même reconnu, dans remploi des hommes, la différence du produit des travaux qui ne rendent que le prix de la main-d'œuvre d'avec celui des travaux qui payent la main-d'œuvre, et qui procurent des revenus. Dans cette inattention, on a préféré l'industrie à l'agriculture, et le commerce des ouvrages de fabrication au commerce des denrées du crû : on a même soutenu des manufactures et un commerce de luxe au préjudice de la culture des terres.

Cependant il est évident que le gouvernement n'a point d'autres moyens pour faire fleurir le commerce, et pour soutenir et étendre l'industrie, que de veiller à l'accroissement des revenus; car ce sont les revenus qui appellent les marchands et les artisans, et qui payent leurs travaux. Il faut donc cultiver le pied de l'arbre, et ne pas borner nos soins à gouverner les branches; laissons-les s'arranger et s'étendre en liberté; mais ne négligeons pas la terre qui fournit les sucs nécessaires à leur végétation et à leur accroissement M. Colbert, tout occupé des manufactures, a cru cependant qu'il fallait diminuer la taille, et faire des avances aux cultivateurs, pour relever l'agriculture qui dépérissait, ce qu'il n'a pu concilier avec les besoins de l'État; mais il ne parle pas des moyens essentiels, qui consistent k assujétir la taille k une imposition réglée et k établir invariablement la liberté du commerce des grains. L'agriculture fut négligée; les guerres qui étaient continuelles, la milice qui dévastait les campagnes, diminuèrent les revenus du royaume; les traitants, par des secours perfides, devinrent les suppôts de l'État; la prévoyance du ministre s'était bornée k cette malheureuse ressource, dont les effets ont été si funestes k la France \

La culture du ble est fort chère ; nous avons beaucoup plus de terres qu'il ne nous en faut pour cette culture: il faudrait la borner aux bonnes terres, dont le produit surpasserait de beaucoup les frais d'une bonne culture. Trente millions d'arpents de bonnes terres formeraient chaque année une sole de dix millions d'arpents qui porteraient du blé: de bonnes terres bien cultivées produiraient au moins, année commune, six septiers par arpent semence prélevée. Ainsi, la sole de dix millions d'arpents, donnerait, la dime comprise, au moins soixante-cinq millions de septiers de blé*. La consommation intérieure venant k augmenter,

> Voyez le Financier ct*loy«n, chap. m et iv.

* Nous supposons que chaque arpent produise six septiers» semence prélevée : nous savons cependant qu'un bon arpent de terre bien cultivée doit produire davantage. Nous avons jugé à propos, pour une plus grande sûreté dans Testimation,

et la liberté du commerce du blé étant pleinement rétablie, le prix de chaque septier de blé, année commune, peut être évalué k 18 liv., un peu plus ou moins, cela importe peu ; mais, à 18 liv., le produit serait de 108 liv. non compris la dlme.

Pour détenniner plus sûrement le prix commun du blé, l'exportation étant permise, il faut faire attention aux variations des produits des récoltes et des prix du blé selon ces produits. On peut juger de Fétat de ces variations dans le cas de l'exportation, en se réglant sur celles qui arrivent en Angleterre, où elles ne s'étendent, depuis nombre d'années, qu'environ depuis 18 jusqu'à 32 liv. Il est facile de comprendre pourquoi ces variations y sont si peu considérables : l'agriculture a fait de très grands progrès dans ce royaume; les récoltes, quelque faibles qu'elles y soient, sont toujours plus que suffisantes pour la subsistance des habitants. Si notre agriculture était en bon état, nous recueiHerions, dans une mauvaise année, à peu près autant de blé que nous en fournit aojourd'hui une bonne récolte. Ainsi , on ne pourrait, sans des accidents extraordinaires , éprouver la disette dans un royaume où les moindres récoltes, jointes à ce qui resterait nécessairement des bonnes années, seraient toujours au-dessus des besoins des habitants. On peut ea jnger par l'exposition que nous allons donner des variations des récoltes qoe produit une bonne culture, selon la diversité des années. On y remarquera qu'une mauvaise récolle de dix millions d'arpents donne quarante millions de sepliers de blé, sans la récolle d'une même quantilé d'arpents ensemencés en grains de mars.

de nous fixer à ce produit ; mais, afin qu'on puisse juger de ce que peut rapporter nu arpent de terre dans le cas dont il s'agit ici, nous en citerons un exemple tiré de l'article Ferme, donné par M. Le Roy, lieutenant des chasses du parc de Versailles. « J'ai actuellement, dit l'auteur, sous les yeux une ferme qui est de plus de trois » cents arpents, dont les terres sont bonnes, sans être du premier ordre. Elle!» » étaient, il y a quatre ans, entre les mains d'un fermier qui les labourait assez » bien, mais qui les fumait très mal, parce qu'il vendait ses pailles, et nourrissait » peu le bétail. Ces terres ne rapportaient que trois à quatres sepliers de blé par » arpent dans les meilleures années ; il s'est ruiné, et on l'a contraint de remettre » sa ferme à un autre cultivateur plus industrieux. Tout a changé de face ; la dépense » n'a point été épargnée; les terres, encore mieux labourées qu'elles n'étaient, ont » été couvertes de troupeaux et de fumier ; en deux ans elles ont été améliorées au » point de rapporter dix scptiers de blé par arpent, et d'en faire espérer encore )> plus par la suite. Ce succès sera répété toutes les fois qu'il sera tenté. Multiplions » nos troupeaux , nous doublerons presque nos récoltes. Puisse cette persuasion » frapper également les fermiers et les propriétaires ! Si elle devenait générale, si » elle était encouragée, nous verrions bientôt l'agriculture faire des progrès rapi- » des, nous lui devrions l'abondance avec tous ses effets. »

AimtfBS.

Sb'PTlERS.

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