DE LA GRENOUILLE
Par MM. J.-E. Abelous et P. Langlois
I. — Malgré les très nombreuses recherches dont les capsules surrénales ont été l’objet depuis le mémoire crucial de Browx-SéquarD jusqu'aux travaux de T1zZONr, STILLING, ALEZAIS et Arnaun, etc., la physiologie de ces organes est encore pleine d’obscurités. Ce qui rend cette étude très difficile sur les mammifères, c’est la difficulté de séparer les troubles “consécutifs à l’ablation ou à la destruction des conséquences du traumatisme opératoire lui-même. Nous avons cru pouvoir éviter cet écueil en étudiant les effets de la destruction des capsules surrénales sur les grenouilles, car ces animaux supportent, on le sait, très bien les opérations les plus graves. Nous avons été, d'autre part, séduits par la nouveauté du sujet, car, malgré des recherches bibliographiques minu-
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tieuses, nous avons constaté qu'aucune étude physiologique de ces organes n'avait encore été faite chez la grenouille.
D'ailleurs, même au point de vue anatomique et histologique, nous n'avons trouvé aucun renseignement précis, sauf dans l’Anatomie de la grenouille d'Ecxer, où cet auteur consacre une dizaine de lignes aux capsules surrénales. Voici le passage, que nous reproduisons textuellement : « Bien que n'étant pas en relation embryogénique avec l'appareil urogénital, il nous faut dire un mot des capsules surrénales à cause de leurs rapports avec les reins. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de faire une étude suffisante de ces intéressants organes.
« Sur la face ventrale de chaque rein, parallèlement à leur grand axe, mais inclinant un peu vers le bord externe, on voit à l'œil nu, mais mieux encore à la loupe, un organe en forme de bande ou tractus, en connexion étroite avec le réseau des venæ revehentes et le rein lui-même. Cet organe à l’état frais est d’un jaune franc et se détache nettement sur le fond rouge foncé du rein. Il est constitué par une série de tubes étroitement accolés les uns aux autres, lui donnant un aspect bosselé. Ces corps sont remplis en partie’ d'une substance jaunâtre, en partie d’un revêtement épithélial. Nous n'avons aucune donnée sur les rapports qui existent entre le sympathique et les capsules surrénales *. »
On le voit, il n’y a là d'indications précises ni sur la structure ni sur le développement de ces organes, Quoi qu'il en soit, c’est leur physiologie que nous avons voulu étudier d’abord, nous proposant de faire bientôt quelques recherches histologiques sur ce sujet.
Nos expériences ont porté sur un très grand nombre de grenouilles (150 environ) : la plupart de ces expériences ont été faites en été, c’est-à-dire sur des grenouilles en pleine activité physiologique.
4. Ecxvr, Die Anatomie des Frosches, Abtheïlung I, p. 46, 1882.
II. — Technique opérätoire. — Étantdonné l’adhérence des capsules surrénales aux reins, on ne peut songer ni à les exciser, ni à les arracher avec des pinces. Aussi comme procédé de destruction avons-nous employé la cautérisation ignée, et pour cela nous nous sommes simplement servis d'une boucle en fil de fer ou en platine portée au rouge. On peut ainsi localiser avec beaucoup de précision la lésion, et ne pas toucher autre chose que la capsule. Après incision de la paroi abdominale un peu en dehors de la veine médiane pour éviter toute hémorragie, on enlève les viscères et on découvre ainsi la face antérieure des reins avec les capsules qu’on cautérise alors. Sur les grenouilles mâles, cette opération ne présente pas de difficultés; mais sur les femelles on est souvent gêné en été par la présence des œufs et en hiver par l’énorme développement des oviductes. En outre, mieux vaut opérer sur des grenouilles d’élé que sur des grenouilles d'hiver, car chez ces dernières les capsules sont beaucoup moins apparentes à cause d’une diminution notable dans la quantité du pigment jaune qu'elles contiennent. Ces organes paraissent même subir une certaine atrophie pendant l'hibernation.
Généralement la cautérisation des capsules ne donne pas lieu à une hémorragie sérieuse. L'opération terminée, on suture la paroi abdominale d’abord, puis la peau, avec de la soie fine en faisant des points de suture assez serrés pour éviter la hernie des viscères.
Les suites immédiates de l’opération sont très simples, et jamais nous n’avons constaté de choc post-opératoire. Bien qu'une antisepsie rigoureuse ne soit pas nécessaire comme chez les animaux supérieurs, il est toujours prudent d’employer, soit pour éponger la cavité abdominale, soit pour faire tremper les instruments, une solution antiseptique faible.
Nous nous sommes servis presque exclusivement d’une solution de sublimé au 20,000°.
TIL.— Destruction des deux capsules surrénales. — La des-
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truction de la totalité des deux capsules entraîne fatalement la mort. Immédiatement après l'opération, les animaux ne présentent aucun trouble; ils sautent et réagissent avec leur vivacité habituelle. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que se produisent des troubles qui ont la mort pour conséquence. Mais la durée de la survie est variable.
Elle varie tout d’abord selon la saison, selon que l’on a affaire à des grenouilles d’été ou à des grenouilles d'hiver. Nous avons vu des grenouilles en hibernation vivre douze et treize jours après l'opération. Il n’en est pas de même pour les grenouilles d'été. La durée moyenne de leur survie diminue notablement, et de douze à treize jours elle peut s’abaisser à trois.
Les troubles qui suivent la destruction des deux capsules consistent essentiellement en une paralysie progressive débutant par les membres postérieurs, se généralisant ensuite et amenant la mort. — Le jour même de l'opération, l'animal ne présente aucun phénomène anormal. Ce n’est généralement que de la 24° à la 30° heure que des troubles se manifestent. Tout d'abord, on remarque une incoordination assez nette dans les mouvements des pattes postérieures, quand la grenouille saute. En outre, les animaux se fatiguent très vite, et l’affaiblissement musculaire s’accentue de plus en plus. Cette paresse frappe d’abord les fléchisseurs et les adducteurs, et en dernier lieu les extenseurs. Bientôt la paralysie des pattes postérieures est complète; la grenouille ne peut répondre aux excitations même les plus douloureuses que par de faibles mouvements de son train antérieur. Les pattes antérieures se prennent à leur tour, et l'animal reste absolument inerte, dans la résolution complète. La respiration devient de plus en plus lente, la pupille se rétréeit et l'animal meurt. — Si, au lieu de laisser la grenouille au repos après l'opération, on l’irrite de temps à autre, de façon à provoquer de fréquents mouvements réactionnels, on remarque que la paralysie se produit beaucoup plus vite, et la
survie peut être notablement abrégée. — De ces faits on peut déjà conclure que la longueur de la survie est en raison Imverse de l’activité des échanges chimiques de l’animal. Plus ces échanges sont actifs, comme chez les grenouilles d'été, et plus la mort arrive rapidement.
Exrériences. -- Le 23 août, à 7 h. 30 du matin, six grenouilles rousses (quatre mâles et deux femelles) sont opérées : après l’opération, les grenouilles réagissent vigoureusement et paraissent absolument normales.
Pendant la journée du 23, pas de troubles.
Le 24, dans la matinée, deux grenouilles sont déjà paralysées de leur train postérieur, les quatre autres grenouilles présentent une parésie marquée : quand on les retourne sur le dos, elles ne peuvent reprendre que très difficilement leur attitude normale.
À 4 heures, deux grenouilles sont mortes; les quatre autres meurent à 5 heures.
Aulopsie. — Rien de particulier du côté des viscères abdominaux, pas d’hémorragie, pas de congestion.
Cœur : en diastole sur quatre grenouilles et en systole sur les deux autres.
Centres nerveux : rien de particulier.
On voit que ces grenouilles n’ont pas survécu 36 heures.
Comme exemples de survie prolongée, nous citerons les suivants :
Le 12 novembre, à 2 heures de l’après-midi, par une température extérieure très basse, deux grenouilles mâles rousses de la taille moyenne sont opérées. Ces grenouilles sont en hibernation : leurs mouvements sont lents el paresseux. Les capsules, très peu pigmentées, sont à peine apparentes. Hémorragie assez abondante pendant la cautérisation.
Après l'opération, réactions normales.
Les grenouilles sont laissées dans une salle où on ne fait pas de feu et où la température est très basse (3° au-dessus de 0).
Jusqu'au 23 novembre, pas de troubles apparents. Le 24 novembre, les réactions sont moins vigoureuses. Quand on les retourne sur le dos, les grenouilles ne peuvent reprendre leur position normale.
Le 24 novembre au matin, les grenouilles sont paralysées et meurent dans l’après-midi.
A l’autopsie, on constate que la cautérisation a porté non seulement sur les capsules, mais aussi un peu sur le rein. Rien du côté des centres nerveux. Cœur en diastole.
Le 12 octobre, à 9 heures du matin, deux grenouilles mâles de taille moyennes sont opérées. Vessie vide. Capsules peu pigmentées,
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Jusqu'au 13 octobre, dans l'après-midi, pas de troubles, La sécrétion urinaire paraît se faire normalement, car, en saisissant une des grenouilles, elle émet un jet d'urine,
Le 13 octobre, à 5 heures du soir, la faiblesse musculaire est très marquée.
Le 1% octobre, à 10 heures du matin, une des grenouilles est mourante. L'autre est paralysée, elle meurt le soir seulement à 6 heures.
Le 25 août, à 8 heures du matin, deux grenouilles mâles subissent la destruction totale de deux capsules. Après l'opération, réactions normales.
Au bout de deux ou trois heures on les irrite de façon à provoquer des réactions énergiques.
On remarque que les mouvements, d’abord très vifs, s’affaiblissent rapidement.
À 2 heures d’intervalles, on renouvelle les excitations : la faiblesse musculaire paraît avoir augmenté considérablement, les grenouilles rampent, mais ne sautent plus.
À 9 heures du soir, la parésie a encore fait de grands progrès.
À 10 h. 30, la paralysie est complète; les grenouilles meurent dans la nuit.
IV. — La destruction d'une seule capsute n’entratne pas la mort. — Les animaux ne présentent aucun trouble; leur attitude et leurs réactions sont absolument normales.
Expériences. — Le 21 août, à 8 h. 30 du matin, sur 6 grenouilles (> mâles et une femelle), toutes de taille moyenne, on détruit complètement par cautérisation la capsule gauche.
Les grenouilles paraissent absolument normales après l’opération : les jours suivants, aucun trouble n'apparaît.
Le 10 septembre, c’est-à-dire vingt jours après l’opération, on ne constate pas le moindre trouble.
On sacrifie les animaux pour constater l’état de la capsule intacte. . On ne remarque pas (en apparence au moins) d’hypertrophie de la capsule droite.
V. — Destruction complète d'une capsule et de lux majeure partie de l'autre. — I] faut considérer deux cas : 1° Si on détruit la presque totalité de la deuxième capsule, les grenouilles meurent généralement, mais leur survie est toujours plus longue que celle des grenouilles dont les deux capsules ont été totalement détruites. Au moment de la mort, on observe
souvent des secousses convulsives et une respiration dyspnéique ;
2 Si on laisse intact un fragment notable de la seconde capsule, la survie est la même que pour les grenouilles dont on n’a détruit qu'une capsule.
VI. —- L'insertion sous la peau, dans le sac lymphatique dorsal, de fragments de reins avec les capsules attenantes pris à une grenouille normale prolonge la survie.
Dans ce cas, la survie est en effet plus longue que celle des grenouilles dont on a détruit simplement les deux capsules. Elle est le double au moins. Nous avons vu des grenouilles d'été ainsi traitées vivre cinq à six jours. A l’autopsie on remarque que les fragments des reins insérés dans le sac dorsal ont subi une altération très apparente ; ils sont décolorés et paraissent réduits de volume. De plus, le pigment des capsules a complètement disparu, et on ne peut plus distinguer que difficilement ces organes. Les fragments du rein n'ont contracté aucune adhérence. Il ne s’agit donc pas là d’une greffe.
EXPÉRIENCES. — Le 29 août, à 7 h. 30, sur quatre grenouilles mâles, A, B, C, D, on détruit les deux capsules. Sur deux de ces grenouilles, C et D, on insère dans le sac lymphatique dorsal (en fendant la cloison aponévrotique latérale) les deux reins, avec leurs capsules attenantes, pris à deux grenouilles normales qui viennent d’être sacrifiées.
Le 31 août au matin, on trouve les deux grenouilles À et B mortes ; les deux grenouilles C et D ne présentent pas de troubles.
Le 1° septembre au soir, pas de troubles encore.
Dans la journée du 2 septembre, leurs mouvements paraissent affaiblis.
Dans la malinée du 3 septembre, on trouve les deux grenouilles mortes.
VIL. — Nous avons aussi essayé de prolonger la survie en injectant aux grenouilles opérées un extrait aqueux fait avec les capsules surrénales.
Pour cela, nous avons pris des fragments de reins avec
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leurs capsules, et nous les avons broyés dans une solution physiologique de sel marin. Nous avons injecté cet extrait. mais nous devons dire que la survie n’a jamais été très prolongée. Peul-être cela tient-il à un défaut dans la préparation des extraits aqueux, préparation difficile à cause du petit volume des organes. En tous cas, les survies obtenues n’ont pas dépassé de plus de vingt-quatre heures la survie de grenouilles dont les deux capsules avaient été simplement détruites. |
VNIIL — L'injection intraveineuse et sous-cutanée du sang d’une grenouille mourante, à la suite de la destruction de ses deux capsules, à une grenouille qui a récemment subi la même opération entraîne une paralysie rapide et la mort.
On sacrifie une grenouille mourante, on lave son appareil arculatoire par une solution physiologique de sel marin, soit par la veine médiane abdominale, soit en introduisant une canule dans le bulbe artériel et une autre dans le sinus veineux, et on recueille le liquide qui s'écoule. On peut encore décapiter la grenouille, exciser son cœur et recueillir ainsi quelques gouttes de sang ; mais la quantité recueillie ainsi est toujours minime. [ vaut mieux laver l'appareil circulatoire, on a ainsi un mélange de sang et de solution saline. On injecte 5 centimètres cubes de ce mélange, soit dans la veine abdominale, soit dans les sacs lymphatiques d’une grenouille dont les capsules ont été récemment détruites et qui ne présente pas le moindre trouble. Immédiatement après l'injection, la grenouille réagit normalement, mais, au bout de quinze à vingt minutes, les mouvements s'affaiblissent considérablement, et bientôt la paralysie est complète. Mais la grenouille vit encore quelque temps, et ce n'est qu'au bout de cinq à six heures que le cœur cesse de battre.
La même injection faite à une grenouille normale ne produit que des troubles très légers et très passagers.
Tels sont les faits que nous avons observés dans une première série de recherches, faits que nous avons communiqués à la Société de Biologie’.
De ces faits nous avons conclu : 1° Que la mort qui se produit fatalement à la suite de la destruction des deux capsules est bien le résultat de la suppression d'organes essentiels, et non point le résultat du choc opératoire, d’une inhibition, pour mieux dire. Ceci est surabondamment prouvé par les faits suivants :
a. Les grenouilles ne présentent que des troubles tardifs ;
b. Ces troubles sont encore plus tardifs après la destruction de la presque totalité des deux capsules, bien que l'opération soit aussi grave que la destruction totale des deux;
c. L'insertion sous-cutanée de fragments de reins avec les capsules attenantes prolonge la survie. Cette opération serait évidemment sans effet sur des phénomènes d’inhibition ;
2° La mort n’est donc plus la conséquence d’un trouble de la fonction rénale.
En effet : a. Nous avons remarqué que la miction pouvait se faire parfaitement chez des grenouilles privées de leurs deux capsules ;
b. On peut cautériser le rein en dehors des capsules, et très largement, sans que cette opération amène la mort des aniMAUX ;
c. Nous avons sectionné entre deux ligatures le segment inférieur des deux reins, supprimant ainsi la fonction de ces organes. Dans ce cas, les grenouilles survivent beaucoup plus longtemps qu'après la destruction des deux capsules. La survie a été en moyenne de cinq jours.
Quelle est donc la cause de la mort après la destruction des deux capsules surrénales ?
1. J.-E. Agecous et P. LanGrors, Note sur les fonctions des capsules sur-
‘Es chez la grenouille (Comptes rendus de la Société de Biologie, 1891, p. 192). ;
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D'une part, le fait que le sang d’une grenouille paralysée et mourante est toxique pour une grenouille récemment opérée el entraîne une paralysie et une mort rapide ; d'autre part, le fait que l'insertion de fragments de reins avec les capsules attenantes prolonge la survie, nous permettent de dire d’abord que la mort des grenouilles privées de leurs deux capsules est la conséquence d’une intoxication résultant de l’accumulation dans le sang d'une ou plusieurs substances toxiques de nature inconnue ; et ensuite que les capsules surrénales paraissent préposées à l'élaboration d’une substance qui en neutralise les effets toxiques. Plus les échanges nutritifs sont actifs, et plus les poisons sont élaborés en grande quantité. C’est pourquoi les grenouilles d’été ou les grenouilles chauffées artificiellement meurent beaucoup plus vite que les grenouilles en hibernation.
Nous devons ajouter qu'au cours de ces expériences nous n'avons pas observé de troubles apparents dans la pigmentation.
Une seconde série de recherches nous a permis de constater des faits qui sont appelés, croyons-nous, à jeter un jour nouveau sur les fonctions des capsules surrénales*. |
Nous avons, en effet, remarqué, sur les grenouilles qui venaient de succomber à la suite de la destruction des deux capsules et sur les grenouilles paralysées à la suite de l’injection de sang des grenouilles acapsulées mourantes, que l'excitation faradique, même avec des courants très forts, du sciatique ou des nerfs lombaires ne produisait plus aucune contraction musculaire, alors que l’excitant électrique appliqué directement aux muscles déterminail encore des réactions manifestes.
Nous avons été naturellement conduits à nous demander si la substance toxique ou, pour ne rien préjuger, les sub-
4. J.-E. Agezous et P. Lanarois, La mort des grenouilles après Ja destruction des capsules surrénales (Comptes rendus de la Sociélé de Biologie, 1891, p. 855).
stances toxiques qui s'accumulent dans l'organisme après la destruction des deux capsules n’agiraient pas sur les terminaisons motrices à la facon du curare.
__ Pour résoudre cette question, le moyen le plus simple était de répéter l'expérience classique de Cr. Bernarn sur le curare, c'est-à-dire de mettre à nu le sciatique d’un côté et, en appliquant au-dessous du nerf une ligature serrée sur le membre, d'interrompre la circulation en ne laissant subsister que la continuité nerveuse de la patte avec le tronc.
Nous avons pris une grenouille dont nous avions détruit les capsules trois heures auparavant : cette grenouille était encore très vivace et réagissait vigoureusement. Nous avons mis à nu un sciatique, et au-dessous du nerf nous avons lié très fortement le membre au niveau du tiers moyen de la cuisse.
Immédiatement après, nous avons recueilli le sang et lavé l'appareil circulatoire d’une grenouille mourante à la suite de la destruction des deux capsules et nous avons injecté 5 centimètres cubes de mélange de sang et de solution saline à la grenouille dont une patte avait été liée.
Immédiatement après l'injection, la grenouille réagit avec vigueur et saute avec vivacité. Mais au bout de quinze minutes elle présente des troubles parétiques très nets. C’est avec beaucoup de peine qu’elle fléchit le membre postérieur intact. En revanche, la mobilité des membres antérieurs paraît encore intacte.
Nous mettons à nu le sciatique gauche. Une heure après l'injection, il n’y a plus aucune contraction apparente dans la patte non liée; l’autre patte réagit par des contractions musculaires faibles, mais nettes. Si à ce moment on excite par un courant faradique très faible, presque insensible à la langue, le sciatique de la patte non liée, on obtient quelques faibles secousses du gastrocnémien. Les contractions sont beaucoup plus fortes dans la paite liée.
Au bout de deux heures, avec un courant de moyenne
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intensité, on obtient des contractions très énergiques dans la patte liée, des secousses à peine apparentes dans la patte opposée. À ce moment les mouvements respiratoires sont très ralentis.
Trois heures après l'injection, même avec un courant très fort (la bobine induite au 0), on n'obtient rien dans la patte non liée, tandis qu'un courant beaucoup plus faible, très supportable à la langue, donne lieu à d’énergiques réactions dans la patte liée.
Donc le nerf de la patte non liée ne donne plus de con-
tractions musculaires sous l’influence d’un courant faradique. même très fort. Cependant les muscles de cette même patte réagissent encore avec un courant de moyenne intensité. appliqué directement sur eux; les muscles de la patte liée.
réagissent avec un courant plus faible.
Nous trouvons donc dans ces faits une analogie remar-
quable avec les phénomènes de l’intoxication curarique. Sans doute les effets toxiques sont plus lents, ce qui peut être dû à la faible quantité de poison injecté. Mais les résultats définitifs sont les mêmes, à cette différence près que l’irritabilité musculaire paraît plus affaiblie que dans l’intoxication par le curare.
Ces faits que nous avons pu constater nombre de fois. viennent heureusement compléter les faits observés dans une
première série de recherches et nous permettent de préciser
davantage nos conclusions en disant :
4° Que la mort des grenouilles à la suite de la destruction de deux capsules surrénales est bien due à l’accumulation dans le sang d’une ou plusieurs substances toxiques ;
9° Que ces substances sont des substances principalement curarisantes, c’est-à-dire agissant sur les terminaisons motrices et un peu aussi sur les muscles eux-mêmes.
Quelle est l'origine de ce poison ou de ces poisons? Nous !
ne pouvons encore le dire. Nous inclinerions pourtant à
penser d’après des recherches en cours d'exécution que ces.
substances toxiques sont élaborées au cours de la contraction musculaire, mais nous ne pouvons pas être plus affirmatifs pour le moment.
Le rôle des capsules surrénales consisterait donc (cela découle naturellement de nos recherches) à élaborer par une sécrétion interne des substances que neutraliseraient ou détruiraient ces poisons. Ces organes mériteraient ainsi d’être placés au rang des organes les plus importants de l’économie. Ce sont bien des organes essentiels à la vie.
Il est toujours téméraire de conclure de certains faits observés sur les animaux inférieurs à l'existence de faits semblables chez les animaux plus élevés dans l'échelle zoologique.
Cependant des expériences entreprises par nous sur les mammifères ‘ tendent à confirmer cette opinion,