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RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LA POLYURIE

Par MM. R. Moutard-Martin et Charles Richet.

Historique.

Les anciens auteurs avaient déjà remarqué que la quantité d'urine s’accroît avec la quantité des boissons. Copa potus multum ad urinam facit'. Ils avaient vu en outre que cette quantité est extrêmement variable : Copra ejus quæ sano homini competit vix potest definiri”. Malgré cette incertitude dans lappréciation exacte de la quantité d'urine, plusieurs auteurs, cités par Hazcer, ont pu donner le chiffre moyen de l'urine rendue en 24 heures par un homme adulte : soit 1,250 grammes. Les auteurs modernes sont arrivés à la même conclusion, de telle sorte que l’on peut regarder le chiffre rond de 1,250 grammes comme exprimant la quantité d'urine émise communément en 24 heures par un homme adulte et bien portant.

1. Hazer, Elementa physiologiæ, t. VII, p. 390. 2. HALLer, ibid., p. 389.

D'ailleurs on ne trouve ni dans Harrer, ni dans les auteurs qui l'ont presque immédiatement suivi, le récit d'expériences relatives à la diurèse. Les médecins avaient cependant, et de tout temps, reconnu que certaines substances sont diurétiques : la digitale, la scille, le nitre, ete.; mais ils n'avaient pas franchi la distance qui sépare les notions médicales empiriques de la connaissance d'un phénomène physiologique, avec une relation établie entre l’effet et Ja cause.

Un des premiers auteurs qui paraissent s'être occupés de la question au point de vue expérimental, c'est Sécaras »'Ercux- PARE . Il observa que l’urée introduite dans les veines d’un chien en est éliminée très promptemant, qu’elle est un puissant diurétique, et qu’elle n’a pas d'action bien nuisible sur l’économie. Et il fait remarquer, dans une note, que, sur l’homme, l’urée paraît agir aussi comme un diurétique.

Quelques temps après, Wücuer? fit sur la sécrétion urinaire des expériences très précises. D’après lui, les sels qui sont éliminés par l'urine (carbonates, chlorures, azotates, sulfates de potassium et de sodium, matières colorantes, etc.) activent la sécrétion de l’urine. Il attribue au rein la fonction d'éliminer non seulement l’urée et l’acide urique, mais encore toutes les substances solubles non volatiles.

Macexnie* vit que, toutes les fois qu’on injecte dans le sang une certaine quantité d’eau, l'urine devient albumineuse et sanguinolente.

LuowiG donna de la sécrétion urinaire, vers 1844, une théorie sur laquelle il est inutile d’insister. Cette théorie a provoqué de nombreuses expériences sur la sécrétion urinaire. Cependant peu de recherches ont trait directement à la polyurie.

Les expériences de Go‘ et LunwiG établirentqu'il y a une

1. Journal de physiologie expérimentale et de pathologie de Magendie, 1822,

t. II, p. 354 à 363.

2. Mémoire trad. dans les Archives de Médecine, 1824, t. VII, p. 571. 3. Cité par CL. BérnarD, Leçons sur les liquides de l'organisme, t. IL, p. 139. 4. Vurrran, Leçons sur l'appareil vaso-moteur, t. 1, p. 523 et suivantes.

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relation entre la pression du sang dans les artères et la sécrétion de l'urine. La saignée, qui diminue la pression sanguine, diminue aussi l'excrétion. L’excitation des pneumogastriques agit de même. Ces expériences, répétées par beaucoup d’auteurs, firent adopter comme générale la théorie de la dépendancemutuelle delasécrétionurinaireetdelatension artérielle.

Il résulte doncdes expériences de Würner d’une part, et de LuowiG d'autre part, que la production de la polyurie est soumise à deux influences :

4° La composition du sang; et c'est ce point spécial que nous nous proposons d'étudier ;

2° La pression du sang, soit dans le système circulatoire général, soit dans le système rénal. Mais la question ne sera pas traitée par nous à ce dernier point de vue, et nous nous contenterons de mentionner cette influence et de rappeler qu'un grand nombre d'expériences ont été faites pour déterminer l’action directe ou indirecte du système nerveux sur la fonction rénale.

Venons maintenant aux expériences où les modifications de la composition du sang ont déterminé un accroissement de la sécrétion urinaire.

KieruLzr", en répétant les expériences de Magennie sur l’injection d'eau dans les veines, vit qu'après une injection de 500 grammes d’eau distillée pour un gros animal, l’urine devenait albumineuse, rougeûtre, sanguinolente, et que la quantité d'urine était plus considérable.

Genru* fit remarquer que l’ingestion [d’eau augmente la quantité durée excrétée et que le chlorure de sodium, l’urée elle-même, et l'acide phosphorique ont le même effet sur l’excrétion d’urée.

Moscer * admet que l’ingestion d'eau augmente l’éliminaton de l’urée et des sels.

1. Cité par CL. Bernann, loc. cit., t. II, p. 139. 2. Cité par Carpenter, loc. cit., p. 521.

3. Cité par CarPENTER. Principles of human Physiology, 8e édition, p. 101.

Craune Bernar' cite une expérience relative aux effets de l'introduction d’eau dans les veines. Il injecta à un tout petit chien pesant 2,500 grammes le tiers de son poids d’eau, soit 800 grammes. « Les sécrétions ne parurent d'abord pas modifiées; puis, à mesure qu'on injecta plus d’eau, elles diminuèrent peu à peu. » Ce résultat était absolument contraire aux conclusions de Kierurr.

Usrmowircx? a consigné dans un mémoire très important les résultats de ses expériences sur la sécrétion urinaire, Il a cherché le minimum de pression nécessaire pour que la sécrétion puisse encore s'effectuer. Il admet que, dans le cas où le sang n’est pas modifié par l'introduction de substances étrangères, ce minimum correspond chez un chien à environ 50 millimètres de mercure. Mais, st l’on injecte de l'urée ou du chlorure de sodium, quoique la pression soit au-dessous de 50 (entre autres l'expérience 3, page 211, où il y eut 1,08° d'urine par minute avec une pression de 40 millimètres), il y a cependant persistance de la sécrétion. Il admet que le curare ralentit la fonction rénale (p. 224), de telle sorte que, si l’on injecte ensuite de l’urée ou du chlorure de sodium, la sécrétion est moins abondante que sur l'animal non curarisé. |

Fazcr * a injecté du chlorure de sodium dans le sang et a constaté que ce sel est éliminé par l’urine sans que ce liquide devienne sanguinolent ni sucré.

D'autres sels que le chlorure de sodium ont été étudiés dans leur action sur la sécrétion urinaire : ainsi les azotates de potassium et de sodium sont diurétiques et rapidement éliminés par les reins. Il en est de même pour les sels de manganèse et de magnésie lorsqu'ils sont pris à dose modérée*.

4. Leçons sur les liquides de l'organisme, 1859, t. I, p. 32.

2. « Experimentelle Beitrâge zür Theorie der Harnabsonderung. » Comptes rendus du Laboratoire de Leipzig, 1810, p. 198.

3. « Ein Beitrag zur Physiologie des Chlornatriums. » Vérchow's Arch., t. LVI, p. 315 à 344.

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