‹ Physiologie (volume 2)Chapitre 5 sur 203 · M. HERMANN · texte numérisé non relu

M. HERMANN

que par le fait. Dans cette admirable correspondance qu'on vient de publier, Darwin nous disait qu'il aimait à faire des expériences d'émbécile. J'ai donc l'autorité de Magennie et de Darwin pour me soutenir, si je fais une expérience absurde. Les idées théoriques, les savantes considérations ne m’intéressent pas. Un fait bien et complètement observé dans tous ses détails vaut toutes les théories du monde. Un étudiant de première année fera sur tel ou tel fait, qu’on lui a montré, les hypothèses les plus ingénieuses et les plus plausibles ; mais ce n’est pas là ce qui me touche. Toutes ces théories, ces spéculations, ces déductions ont été mille fois agitées; ce qui est nouveau, c’est le fait même et la manière dont on le démontre.

Débarrasser l’expérience de toutes les causes d’erreur, n'omettre aucun des détails qui se présentent, tel est Le rôle du physiologiste.

Ainsi, d’une part, une audace aventureuse et sans limite dans la conception des hypothèses; d’autre part, une rigueur illimitée dans l’expérimentation, et le souverain respect du fait, qui seul est vrai. Tels sont, pour ainsi dire, les deux pôles vers lesquels la science physiologique doit s'orienter.

En tout cas, il faut une indépendance d'esprit absolue. En effet, quand il s’agit d’une œuvre scientifique, la personnalité de l’auteur importe peu. Le plus grand savant, et le plus autorisé, est sur le même pied qu'un obscur étudiant. En fait de science, il n'y à ni principes, ni nationalité, ni école. Le président de la Royal Society de Londres ou le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Paris n’ont pas qualité pour renverser une opinion, s’ils ne donnent pas de preuves à l'appui; leur conviction ne fait rien à l'affaire, et ils auraient tort d'invoquer leur autorité. Les commissions nommées par des académies et des sociétés savantes ne peuvent décider si un fait est vrai ou faux: l’histoire est là

d2 CHARLES RICHET,

pour montrer à quel degré d'erreur et d’illusion elles ont pu parvenir.

Tout oser et tout regarder, sans parti pris, sans préjugé, sans théorie; ne pas accepter comme infaillible l'autorité du maitre : voilà la science. L'esprit scientifique est essentiellement révolutionnaire.

L'esprit médical, messieurs, est tout autre. Il ne s’agit pas de chercher quelque vérité perdue dans l'obscurité des choses, de démêler dans l’amas des phénomènes tel ou tel phénomène spécial. Non. C'est un autre devoir qui s'impose. Il faut agir. Pour le médecin, la recherche de la vérité n’est plus que secondaire. Un général, sur un champ de bataille, n’a pas à s'occuper des vérités tactiques et stralégiques ; l’homme politique, dans une situation embarrassée, ne va pas consulter les traités abstraits du droit des gens et de l’6conomie politique. Vraiment ils ont autre chose à faire. Ils ont, comme le médecin en présence de son malade, à prendre une détermination qui est un acte, non plus une opinion.

Voici une femme qui accouche. Le médecin est appelé. Il doit faire ce que ses maîtres lui ont appris. Or il existe des règles précises qu'il n’a le droit ni d'ignorer ni de ne pas appliquer. Il ne lui est pas permis de mettre en doute l'autorité de ses professeurs; car toute innovation aurait peut-être des conséquences graves.

En fait de science, on doit être révolutionnaire; mais, en médecine, il faut être conservateur. Qu'il s'agisse d’un accouchement, d’une fracture ou d’une fièvre typhoïde, vous, médecins, vous n'avez qu'à suivre les préceptes qu'on vous aura donnés ici. |

Est-ce à dire que la médecine ne doive pas parfois innover? Je ne le pense pas, car ce serait désespérer de son avenir. D'abord les physiologistes, en indiquant des expériences nouvelles, fourniront aux médecins matière à des tentatives nouvelles très légitimes; puis il y a des cas où

les ressources connues sont impuissantes. Alors le médecin est autorisé à tout essayer; alors non seulement il peut, mais encore il doit tout essayer. Quand Pasreur a fait sur le petit Joskex Mrsrer la première inoculation de virus rabique, il avait le droit d’oser cette redoutable expérience, car Meisrer était condamné, et la rage est une maladie qui ne pardonnait pas.

On est autorisé à tout faire, à tout tenter en présence d’un infortuné que les traitements ordinaires ne peuvent guérir; par exemple, un tuberculeux arrivé à la dernière période de consomption, ou un typhique qui agonise, où un cancéreux qui voit devant lui la mort prochaine. Alors tout est permis, et, pour ma part, je vous conseillerais une thérapeutique bien plus téméraire que celle qu'on pratique d'habitude quand on a affaire à ces malheureux.

Mais le médecin a une autre mission que celle de guérir. Son premier devoir est évidemment le traitement du malade; son second devoir est de connaître la nature, la forme, la marche de telle ou telle maladie. Quand il a fait œuvre de médecin, il doit faire ensuite œuvre de savant, et alors il redevient révolutionnaire comme le savant. Il doute des opinions classiques, il cherche les symptômes qui n’ont pas été vus avant lui, il analyse toutes les conditions étiologiques, même celles qui sont invraisemblables, il conteste les médications qu'il emploie, les juge, les contrôle, les discute, de manière à pouvoir, dans telle ou telle occasion, profiter de ce qu'il vient de voir. Tout cela suppose une faculté d’observation bien remarquable et une curiosité toujours en éveil : Ja curiosité du savant.

Mais cette curiosité du médecin doit être limitée : elle ne doit jamais compromettre la vie ou la santé du malade. Au

contraire, pour Je savant, la curiosité et l’audace doivent être sans limites.

Vous, messièurs, qui avez l’heureuse fortune d’être très

jeunes, vous avez le devoir d’être aussi très curieux. Dès votre initiation à la médecine, les problèmes les plus intéressants se sont posés en foule devant vous; et il faut que vous les trouviez intéressants, sous peine de ne rien comprendre. Plus tard, quand vous serez médecins, vous aurez d’autres devoirs; il vous faudra le respect de la vie humaine. Votre mission, souvent payée d'ingratitude, est d'éviter à vos semblables la douleur et la maladie. Je vous dirai donc, quoique le mot soit quelque peu démodé : « Aimez l'humanité. Pour les misères, morales ou physiques, des hommes, soyez bons ét pitoyables, et vous aurez réalisé l’idéal du vrai médecin, si, avec l’amour de l'humanité, vous avez l'amour de la science. »

Par M. Charles Richet

J'ai l'intention de vous faire, sur la respiration, quelques leçonsassez développées. Vouspourrezainsicomparer une leçon classique, élémentaire, dans laquelle on se contente d'exposer les données certaines, les acquisitions définitives de la science, et une leçon non classique, où se donne le détail des expériences qui ont servi à établir les faits, où se montre comment il convient de combiner la méthode expérimentale et la méthode critique, c'est-à-dire bibliographique. Alors, en effet, ne se bornant pas aux résultats acquis, on insiste sur les difficultés du sujet et on indique les désidérata et les expériences à faire.

Jai choisi la respiration pour vous faire ces leçons détaillées, parce que la fonction respiratoire est une des plus importantes qu'ait à étudier la physiologie. Par sa généralité, par Sa constance, cette fonction peut être vraiment considérée

1. Ces leçons, comme le précédent article, sortent aussi quelque peu du cadre généralement adopté pour les travaux du laboratoire. Cependant on trou-

vers dans ces leçons quelques idées nouvelles, de sorte que ce travail peut être considéré comme un mémoire original.

d6 CHARLES RICHET.

comme l'équivalent de la vie. Tout ce qui vit respire, et tout ce qui respire vit.

La respiration, on le sait depuis Lavorsir, est une fonction physico-chimique. Elle consiste essentiellement en une absorption d'oxygène et une exhalation d'acide carbonique; autrement dit, c’est une combustion.

Cette combustion se fait dans l'intimité des tissus, par l'intermédiaire du sang, qui arrive dans le poumon chargé d'acide carbonique, et en revient chargé d'oxygène. Pour cette double fonction, le sang emploie d’ailleurs des éléments différents : les globules, pour véhiculer l'oxygène, et le sérum, pour véhiculer l’acide carbonique. Dans l'un et l’autre cas, le mode de fixation est de nature chimico-physique. L’oxygène se fixe sur l'hémoglobine des globules; l’acide carbonique se combine avec la soude libre du sérum sanguin.

Donc, tous les êtres vivants respirent; mais, chez les êtres inférieurs, unicellulaires, la respiration consiste seulement en une sorte d'imbibition par les gaz dans le milieu ambiant, imbibition plus ou moins analogue à l’absorption des gaz par un corps poreux inerte; au contraire, cette fonction, chez les êtres supérieurs, ne peut s'effectuer qu'à l’aide d'un mécanisme spécial, souvent très compliqué, dont le but est d'apporter l’air au contact du sang. Cette mécanique de la respiration se fait, naturellement, par des mouvements musculaires, en lesquels consistent l'inspiration et l'expiration.

Le mécanisme respiratoire est très variable : il n'est pas le même, par exemple, chez les mammifères plongeurs que chez les autres mammifères, chez les poissons que les gre nouilles, ete. La complication et la variété de ces divers appareils sont considérables.

Mais nous laisserons cet exposé pour n’étudier qu'un seul point de la mécanique respiratoire, à savoir le rythme. Les mouvements respiratoires, en effet, sont intermittents,

comme tous les mouvements vilaux; mais l’intermittence est plus ou moins régulière, rythmée : c'est ce rythme que nous allons surtout considérer”.

La question du rythme respiratoire paraît être une des plus faciles de la physiologie; elle soulève cependant des difficultés nombreuses.

Nous supposerons démontré que le rythme est réglé par le système nerveux; car tout se passe comme s'il existait quelque part, dans le bulbe, un centre nerveux commandant les divers actes de la respiration, donnant l'impulsion aux muscles inspirateurs et expirateurs.

Or cette influence du système nerveux est prodigieusement variable. On peut même dire qu'elle n’est jamais identique à elle-même. Elle se modifie, en effet, suivant la température extérieure ou intérieure, suivant la proportion des gaz contenus dans le sang, suivant le rythme cardiaque, suivant les influences réflexes innombrables ; de sorte que, si l’on veut prendre le rythme de la respiration à l’état normal, on se heurte tout de suite à cette première difficulté : la détermination de ce que l’on doit appeler l’état normal.

- L'individu normal est en effet multiple. A cinq heures du soir, notre température est supérieure d’un degré et demi à ce qu'elle était à cinq heures du matin; l’état d’une personne qui a marché ou qui a mangé est bien différent de celui d’une personne au repos ou à jeun. De mème l’état de veille diffère profondément de l’état de sommeil. Toutes ces conditions, et d’autres encore, mulliplient l’état dit normal.

1. Le mot rythme n'est pas tout à fait le mot propre, car il ne veut pas dire que les respirations sont rapides ou rares; il faudrait pour cela dire fréquence des respirations; mais rythme a été si souvent pris dans ce sens de fréquence qu'on peut l'employer sans inconvénient, et qu’on est compris par tout le monde. On dit d'ailleurs rythme lent, rythme rapide, c'est assez inexac tement dit; mais cela passe dans la langue courante.

On peut cependant tourner la difficulté en considérant ce qu'onnommeunindividumoyen.Leprocédéconsiste àobserver un grand nombre d'individus de conditions, de nationalités, de taille, de sexe, d’âges différents, et à prendre la moyenne de toutes les observations. Ainsi avait fait Querezxr, le célèbre économiste belge, qui, à l’aide de très nombreuses mensurations dont il avait pris la moyenne, avait déterminé l’Aomme moyen. Cet homme moyen est évidemment un être de raison, qui n'existe pas, mais qui n’en est pas moins scientifiquement vrai. |

Si l’état normal est assez difficile à définir, ilest également difficile à obtenir, car la volonté, l'émotion, la fatigue, l’attention ont une influence manifeste sur toutes les fonctions organiques, en général, et sur le rythme respiratoire, en partieulier. L'influence de l'attention est telle, par exemple, ‘qu'il suffit, alors qu’on enregistre sa propre respiration, de regarder le graphique qui s'inscrit pour en modifier immédiatement la forme, et ne plus pouvoir alors obtenir une respiration normale, régulière. Si l’on prévient une personne dont on se dispose à observer la respiration, on en altère immédiatement le rythme; et cette influence est telle qu’on est obligé d’avoir recours à des subterfuges pour éviter ces diverses perturbations, et pouvoir observer une respiration d'homme avec une forme et un rythme vraiment normaux.

En tenant compte de toutes ces difficultés, et en prenant la moyenne de chifires nombreux obtenus comme nous venons de le dire, on constate que le rythme respiratoire a des relations manifesies avec un certain nombre de conditions individuelles.

Il y a d’abord l'influence de l’âge; et celle-ci est très remarquable. Plus l'individu est âgé, plus la respiration est lente.

Ainsi, tandis qu’un nouveau-né respire 44 fois par minute, un enfant d'un an respire 32 fois, un enfant de cinq ans 96 fois, un adolescent de quinze ans 20 fois, et le nombre normal des respirations d’un adulte de vingt-cinq ans est de 46 par minute :

Nombre des respirations

Age. par minute.

Nouveau-né. . 44 AO sue 28 ER 26 GS 2e 26 29 PA ES CEE 18 DOM nee. jen lsQUE" de 16

Si l’on traçait une courbe, en répartissant les âges sur la ligne des abscisses, et le nombre croissant des respirations sur l’ordonnée élevée au point zéro de cette ligne, représentant le moment de la naissance, on obtiendrait, comme presque toujours lorsqu'il s’agit des phénomènes naturels, une courbe ayant la forme d’une parabole.

De ce rapport du nombre des mouvements respiratoires avec l’âge des individus il ne faudrait pas cependant conclure que le ralentissement de la respiration est dû à l’âge. En réalité, il est dû à l’augmentation de la taille de l'individu. Mais, comme il s’agit ici d'une loi importante : rapport de la respiration avec la surface de l'être vivant, nous devons entrer dans quelques développements.

Si, au lieu de la courbe précédente, on en dressait une autre où les chiffres des âges seraient remplacés par les Et des tailles, on obtiendrait un graphique très anaogue.

C’est ce qu'a fait Querezer : en comptant les respirations

chez 100 femmes de taille différente, il a obtenu les chiffres suivants :

Taille Nombre moyenne. moyen

Groupes — des respirations

répartis suivant la taille, Centimètres. par minute.

DEAR EDS, EC NAS 21,05 RDA ECS AIO 19,55 AA MOD ae: 2 158,7 19,10 GDPMPEOT. ! … 1566 18,70

Ainsi les femmes adultes soumises à l'observation respiraient d'autant plus lentement qu’elles étaient de taille plus élevée.

La même observation, faite sur soixante-dix enfants de même âge, mais de taille différente, a encore donné le même rapport.

Groupes d'enfants Nombre répartis suivant la taille. Taille. des respirations. DEMER20 04827 22,19 101 802.1 00428;6 22,73 20 40%... 124,8 22,60 40 à 50. . . . 120,75 22,45 DO AN7,30 23,60 DORMO RE TUST2 24,90

Ici encore, on le voit, le nombre des respirations est inversement proportionnel à la taille. Mais ce rapport, quelque bien établi qu'il soit, est encore une donnée brute, insuffisante, et, pour en trouver la loi, il faudrait connaître le rapport exact de la taille avec la surface. On est ainsi amené à chercher une méthode pour déterminer la surface d’un être vivant, ce qui permettrait d'établir la relation qui relie entre eux ces trois éléments fondamentaux de notre constitution individuelle : la taille, le poids et la surface.

Quand il s’agit d'animaux, dont les formes sont toujours très compliquées, la mesure directe de la surface est presque impossible, et il faut se contenter d’approximations indirectes, très imparfaites.

Supposons que nous ayons des sphères différentes dont nous connaîtrions le volume, et dont nous voudrions avoir la surface : l'opération serait fort simple, et on aurait :

Mais les êtres organisés ne sauraient ètre complètement assimilés à des sphères, et leur surface n’est pas exactement la racine cubique du carré de leur poids. Il y a une variable, constante sans doute pour chaque espèce, qu’il faudrait déterminer, et cette étude n’a pas encore été faite. Aussi une méthode directe qui permettrait de mesurer la surface d’un animal autrement que par une formule mathématique, forcément approximative, est-elle encore à trouver.

Quelques auteurs admettent un chiffre, variant entre 10 et 12, auquel ils sont arrivés par tâätonnement, qui est le multiple de la formule P?, pour exprimer le rapport du poids à la surface d’un animal. Aïnsi un animal de 1 kilogramme aurait une surface de 110 centimètres carrés; un éléphant de 2000 kilogrammes aurait une surface de 17 mètres carrés, et un homme de 64 kilogrammes aurait une surface de 1"°,99. Mais ce sont là des chiffres fictifs, approximatifs seulement dans des limites étendues.

Cependant, quelque imparfaite que soit la méthode, dans l’ensemble elle suffit, et elle fournit des chiffres intéressants. Calculons alors le nombre de centimètres carrés de surface correspondant à un kilogramme d'animal d’une espèce don-

née. Nous établirons ainsi une sorte d'échelle, qui montre l'existence d’une véritable fonction mathématique :

Poids. Pour — un kilogr.

Animaux, Kilogr. Surface. quelle surface! Eléphant, . 2000 17040 8 Bone... 650 8910 11 ANOLee 400 6504 13 Homme., , 64 1920 24 Mouton... 40 1416 28 Chien, ....4 2% 996 33 TR PR 16 810 37 Es de 41 600 42 SALE 8 480 48 — 6 41% 52 NÉE 4 306 61 lapin en 2 165 T6 re 4442 127 88 Ce 0,80 103 103 Cobaye. . . 0,40 100 130

On pourrait tracer un graphique avec ces chiffres, et on aurait une courbe parabolique.

En somme, ces chiffres nous apprennent qu'il y a chez les différents animaux une sorte de constante physiologique, qu'on pourrait nommer le coefficient d'activité physiologique, dont la signification me paraît être la suivante. Nous savons, depuis Newrox, que le refroidissement d’une masse est fonction de sa surface. Eh bien! les animaux n'’échappent pas à cette loi physique, et ils se refroidissent aussi proportionnel-

Jement à leur surface, c’est-à-dire d'autant plus vite qu’ils ont

une surface plus étendue relativement à leur poids. Or évidemment les petits animaux se comportent au point de vue. de la perte de chaleur comme les petites sphères, et c’est pour eux par l'unité de poids que le coefficient de refroidissement est le plus élevé.

Mais, pour lutter contre un refroidissement rapide, il faut faire beaucoup de chaleur en peu de temps. Or nous savons que les combustions organiques ont pour condition indispen-

sable le fonctionnement du mécanisme respiratoire, qui est chargé de fournir le comburant. Donc l’activité de ce mécanisme respiratoire se mettra en rapport avec les exigences de la calorification ; autrement dit, il variera en proportion inverse de la taille des animaux.

C'est ainsi que nous verrons

Le cheval respirer 10 fois par minute.

L'homme — {6 — Le chien — 2 — Le lapin — 50 — La souris — 150 —

Les deux échelles de la respiration et de la surface sont presque parallèles, et nous pouvons en conséquence admettre que chez les animaux de taille différente le rythme respiratoire — nous ne considérons ici évidemment que la fréquence des respirations — est bien proportionnel à la surface.

M. Ramzaux ! a établi, de son côté, une formule permettant de calculer le rapport qui existe entre le nombre des respirations et une des dimensions d'un animal. Soit » le nombre des respirations, v le volume des poumons et 4 la dimension des poumons. Si l’on admet que la quantité d’air introduite dans les poumons est proportionnelle à la déperdition de chaleur, celle-ci étant d'autre part proportionnelle à la surface de l’animal, on a :

nm ® nu 4 et d'autre part

d’où l’on tire

1. RAMEAUX, « Des Lois suivant lesquelles les dimensions, etc... » (Mém. de l'Acad. royale de Belgique, t. XXIX, 1857; tirage à part, 64 pages.)

et finalement

= . . Q e e LA Ue qui veut dire que le nombre des respirations doit être inversement proportionnel à la taille.

Cette loi n’est cependant pas absolue, et la question n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire d’après ce qui précède. Pour établir les courbes dont nous venons de parler, il a fallu en effet laisser de côté un certain nombre de faits contradictoires ; mais, par cela même qu'ils sont contradictoires, ils sont fort intéressants.

La première exception est présentée par les animaux herbivores, qui ne rentrent pas dans les séries que nous avons établies. Ainsi le bœuf respire autant que l’homme et que les gros chiens. Les antilopes ont 95 respirations par minute; les cerfs, les lamas, 20 respirations par minute; les buffles, 18 respirations par minute : tous les ruminants, en un mot, respirent beaucoup plus souvent qu'ils ne devraient le faire d’après la seule considération de leur taille.

Si l’on observe, à ce point de vue, le chat et Le lapin, deux animaux de poids assez comparables, on trouve encore la même différence : le chat respire 20 fois par minute, et le lapin 50 fois.

Il est donc manifeste que les herbivores respirent plus activement que les carnassiers. Il y a certainement dans leur organisation un élément qui modifie la loi des rapports de la surface et de la respiration, et qui nous est inconnu.

Mais il y a encore d’autres écarts. Les mammifères plongeurs respirent avec une extrème lenteur : les chasseurs de baleine savent que cet animal peut rester une demi-heure sous l’eau : de même les hippopotames peuvent rester long-

RYTHME. DE LA RESPIRATION. 6à

temps sans respirer, alors qu'à l'état normal ils respirent aussi fréquemment que le bœuf. Grariozer en cite un qui plongeait pendant quinze minutes. Cet auteur cherche, d’ailleurs, à expliquer ce fait par l'existence d’un sphincter de la veine cave à l’entrée du cœur; mais cette particularité anatomique n’explique pas très bien le fait physiologique dont nous parlons ici. De même, M. Rerrerer attribue à la grande masse relative de son sang l'aptitude de la baleine à rester longtemps sans avoir besoin de renouveler sa provision d'oxygène : l'hypothèse est vraisemblable; mais, en attendant que des observations directes aient été faites et que des mensurations comparatives aient été produites — opérations qui ne seront assurément pas faciles — nous avouerons notre ignorance sur le mécanisme de cette aptitude curieuse des animaux plongeurs.

Puis, il y a les oiseaux chez lesquels nous ne trouvons des chiffres absolus différents quoique il existe toujours un étroit rapport entre le poids de l’animal et la fréquence de sa respiration.

Chez les oiseaux, la respiration est beaucoup plus lente, relativement aux mammifères, que ne l'indique le poids. Ainsi le condor respire moins que l'éléphant : le pigeon respire quatre fois moins que le cobaye. Voici, d’ailleurs, quelques chiffres à cet égard :

Poids. Nombre

— de respirations Espèces. Kilogr. par minute.

CasoaR. : . 50 2 Pélicans dep 8 4 Condor, , . : $ 6 COM Sas. CR 12 Canard. 1. + - À 18 Pigeon. . . .. (0, 300 30 Moineau . . . 0,020 100

La respiration des oiseaux, on le sait, est adaptée aux conditions du vol, et se fait dans des conditions toutes spéciales. La lenteur du rythme serait-elle due au volume relativement

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