‹ Physiologie (volume 2)Chapitre 57 sur 203 · VELI · texte numérisé non relu

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Pancréas et son action sur l’amidon, sur les matières albuminoïdes, et sur les matières grasses.

Chez les Sélaciens et les poissons cartilagineux, le pan= créas n'est pas disséminé; mais il se présente sous la formes d’une petite glande blanchâtre bien distincte . = Comme on connaît peu de chose de ses propriétés physio” logiques dans cette classe, j'ai essayé de comparer ses fonc tions avec celles du pancréas des vertébrés supérieurs.

Le pancréas des mammifères agit, comme on le sait depuiss les belles expériences de Craune Berxarn sur les aliments albuminoïdes, sur les matières amylacées et sur les matièress grasses. |

Or le pancréas des Scyllium et des Galeus (car je ne vous drais pas trop généraliser les résultats obtenus) m'a paru dépourvu de toute action sur les matières azotées.

Si l’on prend le pancréas d’un squale, qu’on le broye dans un mortier avec de l’eau et du sable, puis qu'on filtre le: mélange, on a une sorte de suc pancréatique artificiel, dé”

pourvu de toute action sur la fibrine.

1. Chez un Scyllium de 5 kilogrammes, le pancréas pesait 48r,5.

…. Nien solution acide, ni en solution neutre, ni en solution fhiblement alcaline, je n'ai pu obtenir la moindre digestion par l'action de ce suc pancréatique artificiel, même quand expérience durait quatre jours. Dans les solutions alcalines “ou neutres, la fibrine restait indissoute; elle se dissolvait à la Jongue cependant, ce qui paraît dû plutôt à la putréfaction par “des ferments organisés qu'à une peptonisation vraie par la trypsine.

En mettant de nombreux fragments du pancréas au contact de la fibrine ou de l’albumine, je suis de mème arrivé à un résultat négatif.

Si le pancréas des Scyllium ne contient pas de trypsine, “en revanche il possède une diastase dont l’activité est assez notable :

1° Suc pancréatique et empois d’amidon avec traces de cyanure de potassium. Le lendemain, la réaction sucrée est extrèmement nette.

2° Fragments de rate broyée avec de l’eau etempois d’amidon avec traces de cyanure de potassium. Ni le lendemain, ni le surlendemain, il n'y a formation de sucre.

3° Fragments de rate broyée avec de l’eau et empois d’amidon, sans cyanure de potassium. Au bout de deux heures, nulle formation de sucre, mais le lendemain la liqueur est putréfiée, et contient des quantités considérables de sucre.

Ces expériences servent en quelque sorte de contrôle pour montrer que la saccharification de l’amidon n’est pas produite par tous les tissus, quels qu'ils soient; mais qu’il y a une sorte de spécificité d'action et qu'il faut un ferment particulier pour que la saccharification ait lieu.

Quelques auteurs ont aussi soutenu que tous les liquides “animaux peuvent, à la longue, sans qu'il y ait fermentation “par des organismes inférieurs, opérer la saccharification de

lempois d’amidon. Il ne me paraît pas que cette opinion soit

1. Nile tissu de la rate, ni le tissu du pancréas ne contiennent de glycose.

exacte, puisque le suc gastrique, ainsi que nous l'avons vu plus haut, est dépourvu de toute influence saccharifiante.

4° 05° 2 de pancréas ont transformé en deux heures à froid (à 15° environ) une grande quantité d’empois d'amidon.

5° À chaud (40°), en moins de quatre minutes un suc pancréatique artificiel a saccharifié l’'empois d'amidon.

6° A chaud (40°), en une heure, ce suc pancréatique artificiel a saccharifié l’empois d’amidon, en présence d’un grand excès de cyanure de potassium.

1° Pancréas et amidon cru. Au bout d’une heure, il n'v à pas de sucre. Il en est de même le lendemain et le surlendemain, quoique la liqueur soit mise à l’étuve. |

Il y a là une différence, qui mérite d’être notée, entre Je pancréas des squales et celui des mammifères ‘ |

L'action du pancréas sur les graisses m'a paru aussi évi-" dente que son action sur l’empois d’amidon.

Dans trois expériences, j'ai constaté une émulsion presque parfaite, en agitant deux ou trois gouttes d'huile d’olive avec le suc pancréatique artificiel obtenu comme il a été dit précé-s demment.

En comparant cette émulsion avec celle que donnaient, d'autres tissus, comme la rate, on voit bien qu'il y a dans le pancréas une action émulsivante spéciale; car au bout de quelques minutes l'huile surnage quand elle a été agitée avec le tissu de la rate, tandis qu’elle reste pendant plusieursk heures suspendue, à l’état de fines gouttelettes Imperceptibles, qui rendent la liqueur blanchâtre, quand il s’agit du tissu dus pancréas *.

4. M. KRUKENBERG dit que chez les squales (Scyllium et Acanthias) le pancréas contient de la trypsine et non de la diastase. Je ne puis m'expliquer son opinion. En effet, j'ai cru trouver précisément le contraire, c'est-à-dire pas dem trypsine, mais de la diastase. |

2, CLaunE BERNARD a constaté sur le pancréas d’une Raie qu'il saccharifiait H l'amidon, et qu’il acidifiait les graisses. — Leçons de physiologie expérimentale, t. Il, pp. 483-484.

Lymphe et son action sur l’amidon.

Ce n’est pas seulement le pancréas qui contient un ferment diastasique. En effet, la sérosité péritonéale semble posséder aussi des propriétés saccharifiantes.

- En ouvrant l’abdomen d’un squale vivantencore, on trouve

que les viscères abdominaux plongent dans un liquide peu

abondant, très transparent, qui ne contient pas de sang, quand - on le recueille avec précaution.

Ce liquide incolore ne peut guère être assimilé à La lymphe: car l’ébullition ne détermine aucun coagulum; et ni l'acide azotique, ni l’acide acétique ne provoquent de précipité albumineux.

En outre cette soute ne contient pas de sucre.

Dans une expérience, la sérosilé péritonéale, additionnée de cyanure de potassium, a saccharifié en seize heures l'empois d'’amidon.

Dans une autre expérience, une quantité minime de sérosité, mise au contact d'empois d’amidon, l’a saccharifié en moins de trois heures.

D’autres expériences m'ont donné le même résultat. On doit donc admettre que la sérosité péritonéale a la propriété de saccharifier l'amidon, et qu’elle contient une diastase !

1. Je n’ai pas alors recherché la présence de microbes dans cette sérosité. Les observations faites sur les Serranus, lulis, Crenolabr us, Labrus, Scorpæna, “mautorisent à supposer qu'il se trouve aussi des microbes dans la sérosité péri- (onéale des squales, et que c'est aux substances chimiques qu’ils sécrètent qu'est due l’action diastatique de ce liquide.

Foie des poissons cartilagineux

Le foie des poissons cartilagineux est très chargé de graisse. Il est volumineux relativement au poids de l’animal, Un squale de 3500 gr. avait un foie pesant 232 gr., soit 66 grammes de foie par kilogramme l'animal.

Je n’ai pas recherché l’action du foie ou de la bile sur les aliments ; mais j'ai pu vérifier une assertion de Craune Ber- NARD’ relative à la teneur du foie en glycogène et en sucre.

Dans un cas, le foie contenait une forte quantité de sucre, soit 145,3 par kilogramme de tissu hépatique. Ce chiffre est très voisin des chiffres qu’a trouvés CLaune BErnarD dans le foie des chiens ? (19-14-17-13-13-18-8-15).

Dans un autre cas, je n'ai trouvé que des traces de sucre et de glycogène.

Dans deux autres cas, je n'ai pu trouver ni sucre, ni glyco= gène.

Or ces différences s'expliquent par l’état physiologique des poissons que j'ai examinés.

Le Scyllium dont le foie contenait du sucre était très vis

vant encore quand il m'a été apporté. Son cœur battait avec force : et ses mouvements respiratoires étaient réguliers.

Le Scyllium dont le foie ne contenait que des traces de glycogène vivait encore ; mais le cœur ne battait plus, et les mouvements respiratoires étaient rares, faibles et irréguliers: Évidemment il avait été pêché depuis longtemps, et l’asphyxie à laquelle il avait été soumis durant plusieurs heures avait. déterminé la destruction du glycogène et du sucre hépatique:

1. Leçons sur les phénomènes de la vie, t. II, pp. 98 et suiv. 2, Leçons de physiologie expérimentale, t. I, p. 93.

Des deux autres Scyllium dont le foie ne contenait pas

» de sucre, l'un était mort; l’autre était très vivant. Mais ce der-

nier provenait de l'aquarium. Il avait vécu en captivité, depuis un mois. Son tube digestif était absolument vide, et son corps était presque exsangue.

Ces faits confirment complètement l'opinion de CLauDE Brvarp: d’une part, que le glycogène et le sucre du foie disparaissent très vite après la mort, et même pendant la mort

- (quand elle est lente); d'autre part, que des animaux placés “ans un état de misère physiologique ne peuvent plus faire de “slycogène.

Digestion intestinale.

L’acidité extrême des sues de l'estomac fait que les liquides intestinaux conservent pendant la digestion encore quelque acidité. Toutefois cette acidité est faible, et dans quelques cas le liquide intestinal est tout à fait neutre. Je ne l’ai jamais trouvé alcalin.

Chez les poissons, par suite de la brièveté extrême du tube intestinal, la digestion intestinale est peu importante. D’ailleurs, il en est ainsi chez la plupart des carnassiers.

A plusieurs reprises, j'ai examiné les produits de la digestion intestinale : c’est une masse pulpeuse, blanchâtre, et nullement liquide : je n’y ai pu trouver traces de sucre.

Il est vraisemblable que le sucre, au fur et à mesure qu'il est formé, est absorbé et disparaît.

L'action des liquides intestinaux sur les matières albuminoïdes m'a paru êlre tout à fait nulle. Ni en solution acide, ni en solution alcaline, ni en solution neutre, il n’y a peptonisation de la fibrine ou de l’albumine. Ce fait prouve que dans

Pintestin la pepsine disparaît. Comment se fait cette dispari- TOME I, 17

tion? Cette recherche serait importante à poursuivre; car elle nous renselgnerait sur un des points les plus obscurs de l'histoire de la digestion; c'est-à-dire le sort ultérieur de la pepsine, après que les malières alimentaires à demi chymifiées ont quitté l'estomac.

Sur la plupart des sujets, les matières intestinales broyées avec de l’eau et de l’empois d’amidon n’ont aucune action saccharifiante. Cependant, sur un Acanthias, il y a eu rapidement formation de sucre, même en présence d’une quantité notable de cyanure de potassium.

On peut supposer, vu l’activité diastasique du pancréas, que ces matières intestinales contenaient encore du suc pancréatique, qu’en général ce suc pancréatique disparaît rapidement, mais que dans quelques cas on peut encore en retrouver des traces.

Foie des crustacés et des mollusques. Son action sur l’amidon.

Je dirai, en terminant, quelques mots des propriétés digestives du foie de quelques invertébrés, crustacés (Uarcinus mœnas) et échinodermes (Asteria aurantiaca).

Le foie des crabes ne m’a pas paru contenir de sucre; mais seulement du glycogène en petite quantité.

Il en est de même du foie des astéries, qui, le premier jours ne contenait pas dettraces de sucre, alors qu'examiné le len-m demain, il en contenait d'assez notables quantités, dues pro= bablement à la transformation du glycogène en sucre.

Ni le foie des crabes, ni le foie des astéries, ne m ont paru contenir de trypsine, soit en solution alcaline; soit en solu-

tion neutre. | Au contraire, l’un et l’autre, et surtout le foie des erabes,®

contiennent un ferment diastasique énergique. Quelques parcelles d’un foie de crabe, mises en contact avec de l’empois d’amidon, l’ont saccharifié à froid, en cinq minutes.

Une transformation analogue, quoique moins rapide, a eu lieu avec le tissu hépatique, si volumineux, des astéries.

Enfin cette saccharification a pu être obtenue, même en présence d’un grand excès de substances antifermentescibles, cyanure de potassium, dans un cas, et chloroforme dans l’autre.

Ainsi le foie des crustacés et des échinodermes contient un ferment diastasique puissant.

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