‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 108 sur 168 · TOME H · texte numérisé non relu

TOME H

C'est sur celte série de métaux qu'ont porté mes expériences ^

J'aurai peu de choses à dire des recherches qui ont été faites précédemment sur ces mêmes substances.

D'abord, pour les sels de potassium et de sodium, un nombre considérable de travaux a été fait. Je no saurais les analyser ici, car ils n'ont point été entrepris au point de vue qui nous occupe en ce moment. Depuis le beau travail de BoucHARDAT (1846), OU Sait très bien que le potassium est beaucoup plus toxique que le sodium. C'est un point qui est hors de contestation, et sur lequel il est inutile d'insister, car tous les expérimentateurs ont vérifié le fait. Mais dans les expériences qui ont été pratiquées jusqu'ici, on a négligé d'établir quelle est, par rapport au poids de l'animal, la dose toxique limite de métal injecté. De plus, on n'a pas toujours expérimenté avec des sels ayant un même radical acide, de sorte que les résultats ne sont pas exactement comparables. C'est ce qui nous a mis dans la nécessité de faire quelques recherches rigoureusement comparatives sur les sels de potassium et de sodium -.

Pour les sels d'ammonium, il en est de même. On connaît bien leur action physiologique; on sait qu'ils sont toxiques et

1. R.VHUTEAU, dans im autre travail, a rangé le lilliium dans la série magnésienne. Mais la plupart des chimistes, sinon tous, sont d'accord pour mettre le lithium dans la série alcaline. D'ailleurs, dans quelque série qu'on place le lithium, il n'en faudra pas moins admettre, ainsi qu'on le verra par la suite, d'une part qu'il est toxique, à faible dose; d'autre part qu'il a un poids atomique très petit; le plus petit de fous les corps simples connus. Notons tout de suite que le bismuth, dont le poids atomique est le plus élevé de tous les corjis, paraît peu otfcnsif, tandis que le lithium, dont le poids atomique est le plus petit de tous, est très toxique. Cotte seule considération devrait faire douter de la loi susdite.

2. Il ea est ainsi bien souvent en physiologie. Quelque précises que soient les expériences des devanciers, on est souvent forcé de les répéter, car elles n'ont presque jamais été faites exactement au point de vue qu'on étudie, de sorte que beaucoup de détails nécessaires échappent.

convulsivants, beaucoup moins toxiques que le sodium, et à peu près aussi toxiques que le potassium, sinon plus toxiques. Mais la relation pi-écise n'a pas été établie.

Si les travaux entrepris sur l'action toxique du potassium, du sodium et de l'ammonium sont considérables, en revanche un tout petit nombre de recherches ont été faites sur les autres métaux alcalins.

Pour le lithium, ses oxydes et ses sels, le travail principal est le travail de M. Husemann, cité plus haut. Ce physiologiste pense que le lithium est à peu près trois fois plus toxique que le potassium, à poids égal; et cela chez les animaux à sang chaud, comme chez les animaux à sang froid. En outre, le lithium aurait une action physiologique analogue à celle du potassium. C'est un poison qui, selon M. Husema?sN, paralyse le cœur. Il diminue le nombre des pulsations cardiaques, et arrête le cœur en diastole, alors que l'excitabilité des nerfs, des centres nerveux et des muscles est conservée. Cet arrêt du cœur paraît dû à l'excitation bulbaire transmise par le pneumogastrique.

Rabuteau ^ a vu survenir la mort d'un chien après des injections de 3 à 4 grammes de sulfate de lithium. Il a observé un flux intestinal, des vomissements et des convulsions tétaniques soudaines. Ces symptômes diffèrent donc notablement de ceux qu'a observés M. Husemann.

M. Valentin ^ plaçant des grenouilles dans les solutions de divers sels métalliques, a vu que les grenouilles meurent aussi vite dans les solutions contenant 100 grammes par litre de chlorure de lithium que dans des solutions contenant les mêmes proportions de chlorure de potassium. Le chlorure d'ammonium paraît être plus toxique, tandis que les chlorures des métaux alcaline-terreux amènent la mort beaucoup plus tard.

1. Traité élémentaire de chimie médicale, p. 412, l^e partie.

2. Zeitschrift filr Biologie, t. XIV, p. 320, d'après la Revue des sciences méd., t. XIII, p. 129.

Souvent les médecins ont employé le bromure de lithium, lui attribuant des effets hypnotiques supérieurs à ceux du bromure de potassium; mais je ne connais pas d'expérience physiologique faite sur ce sujet, et en général on a prescrit les divers sels de lithium sans connaître Faction physiologique de ces substances.

MM. RoMiER et CoRvisART ' ont injecté une solution de carbonate de lithine dans le rectum, et ils en ont conclu que la lithine est absorbable. M. Bordier dit à ce propos que la lithine est diurétique, et que son emploi intempestif est loin d'être inoffensif.

M. Charcot ^ dit aussi que le carbonate de lithine ne doit pas être donné à des doses supérieures à 4 ou 5 grammes, sous peine de provoquer des accidents sérieux de dyspepsie.

Enfin, M. Runge, dans un travail fait à un tout autre point de vue, rapporte qu'il a fait ingérer à des lapins, par l'estomac, 1 gramme de carbonate de lithine, et que cette dose a entraîné la mort '\

Pour le rubidium, il n'y a, ce me semble, que quatre expériences qui aient été faites. Deux sont dues à M. Gran- DrAL'\ qui constata que O.fJC) de chlorure de rubidium n'ont pas empoisonné un lapin, et qu'un gramme du même sel n'a j)as empoisonné un chien. Rabuteau" a ingéré 2o centigrammes d'iodatc de rubidium sans éprouver aucun trouble physiologique. En outre, il a fait ingérer oO centigrammes de ce sel à un chien sans observer aucun effet.

Quant au césium, il n'y a à ma connaissance aucune expérience qui ait été faite sur l'action physiologique de ce métal rare.

1. Cités par M. Bordier, Journal de thérapeulique, 1878, t. Y, p. 100.

2. Cité dans l'article « Lithium, » du Dirt. encyclop. des Se. in('d. :j. Avckiv fiir experimeidelle Patholof/ie, t. X, p. 341.

4. (( Expèrionces sur l'action physiologique des sels de potassium, de si)dium et de l'ubidium. >- Journal de l'anal, et de la physiol., 1867, p. ■'i78. ."i. Éléments de chimie minérale, p. 409.

TOXICOLOGIE DES MÉTAUX ALCALINS. 40c

Avant d'entrer dans l'exposé de mes propres recherches, je voudrais indiquer autant que possible quelle est, d'après les expériences antérieures, la toxicité relative des métaux alcalins.

Mais, pour que la comparaison soit irréprochable entre l'action physiologique de deux métaux, il faut n'envisager que les sels d'un même acide. Car, dans un sel qui contient un radical électro-nég-atif et un radical électro-positif, il peut exister des différences tenant à l'un ou à l'autre. Il est certain, par exemple, qu'un oxalate sera plus toxique qu'un acétate, et que les effets de l'iodure de sodium ne sont pas identiques à ceux du chlorure de sodium.

Comme on ne peut employer ni des sels insolubles, ni des sels 011 l'acide est plus ou moins toxique, comme les azotates, les bromures, etc., il n'existe guère, en définitive, que trois sortes de sels commodes pour l'étude physiologique; les acétates, les chlorures, les sulfates. Mais le sulfate de potasse est peu soluble, et, si l'on veut poursuivre ces recherches pour la série des métaux alcalino-terreux, on se heurte à de nombreuses difficultés, car les sulfates de baryum, de strontium, etc., sont insolubles.

Pour cette cause, le choix ne peut être fait qu'entre les acétates et les chlorures. J'ai préféré ces derniers sels, car ils se prêtent plus facilement à la purification et à l'analyse ; en outre, ils sont bien plus stables que les acétates, et ils n« se décomposent pas dans l'économie.

J'ai pensé qu'il était utile de rapporter le poids du métal au poids de l'animal mis en expérience. En outre, comme les animaux à sang chaud et les animaux à sang froid ont des propriétés physiologiques tout à fait différentes, il sera bon de séparer complètement les expériences faites sur les gre-

nouilles et animaux à sang froid, et les expériences faites sur des animaux à sang chaud.

Relativement au chlorure de potassium, les expériences de MM. RiNGER et Murrell' nous montrent que le chlorure de potassium-, à la dose de 1 gramme pour 1098^'', a paralysé complètement une grenouille en ÎÎ5 minutes, soit à la dose de 0,308 de métal par kilogramme du poids de l'animal. Ce chiffre ne représente probablement pas le minimum de la dose toxique, car les auteurs se sont préoccupés seulement, dans ce travail que nous citons, de lapersistance plus ou moins longue de l'irritabilité musculaire après l'empoisonnement parle potassium.

MM. AuBERT et Deux ont fait un travail important pour déterminer la dose toxique du chlorure de potassium et de quelques autres sels du même métal. Leurs nombreuses expériences, faites sur des chiens, les ont conduits aux résultats suivants que nous reproduisons intégralement.

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