‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 160 sur 168 · CuviER, Leçons d'anatomie comparée, t. II, p. liQ · texte numérisé non relu

CuviER, Leçons d'anatomie comparée, t. II, p. liQ

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deux phénomènes; et, pour tuer uu animal, il faudra une quantité de cocaïne d'autant moindre que le cerveau sera plus développé,

La preuve en a été donnée par nos expériences sur les animaux à sang chaud. Toutefois nous avons été heureux de voir que les résultats obtenus par nous sur des animaux à sang froid venaient encore confirmer la loi de M. Cn. Ricniix. Ainsi la grenouille et la tanche, chez qui le poids de la masse cérébrale rapporté au kilo d'animal est sensiblement le même, ont à peu près la même dose mortelle : 0,08 à 0, 10. An contraire la tortue, dont la masse cérébrale est moindre, est tuée par 0,20 de cocaïne.

Nous ne poursuivrons pas plus loin notre étude physiologique sur les animaux. Ce que nous avons appris va nous permettre de comprendre l'action de la cocaïne sur l'homme, et d'aborder immédiatement après l'étude critique des empoisonnements publiés jusqu'à ce jour.

ACTION DE LA COCAÏNE S L' U l'hOMME

La cocaïne produit chez l'homme des elfets locaux identiques à ceux que nous avons observés sur les animaux. Le mécanisme de l'analgésie est absolument le même : il se fait toujours une action chimique locale qui suspend les fonctions physiologiques des cellules sensitives.

Les effets généraux seront également faciles à comprendre. 11 faut noter cependant qu'ils sont excessivement variables dans leur évolukion : aujourd'hui on observera tel phénomène, et demain un phénomène pour ainsi dire opposé. Il semble que la cocaïne dans son action générale n'est pas comparable à elle-même. Aussi l'empoisonnement par cette substance peut-il se présenter sous mille formes diverses.

Cependant, et d'une façon générale, l'intoxication se manifeste par une extrême pâleur de la face, une accélération des battements du cœur, respiration fréquente et super-

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ficielle, angoisse précordiale, perte incomplète de connaissance avec sentiment de lin prochaine, en un mot collapsus voisin du coma.

Beaucoup de ces phénomènes peuvent être observés sur les animaux, quand on ne dépasse pas ce que nous avons appelé la dose physiologique. De là une première similitude d'action. Et cette similitude se poursuit lorsqu'on emploie une quantité plus forte de cocaïne, c'est-à-dire lorsqu'on atteint la dose convulsivante. Alors, comme pour l'animal, on obtient presque sans symptômes prémonitoires des soubresauts qui deviennent ou qui sont d'emblée des mouvements convulsifs.

Cette dose convulsive ne saurait être déterminée d'une façon absolument précise. Nous l'avons fixée (voir ci-dessus) à 0,002 ou 0,003 par kil., ce qui donne pour un adulte le chiffre de 0,20. Et en effet l'ensemble des observations publiées jusqu'à ce jour semble prouver que cette quantité de cocaïne en injection sous-cutanée est susceptible de donner des convulsions.

Si maintenant nous prenons, un à un, ces phénomènes, nous voyons que tous peuvent être expliqués par l'action de la cocaïne sur le système nerveux, et, plus spécialement, par une excitation de l'axe encéphalo-médullaire. Or cette excitation, variable suivant la dose d'alcaloïde, donnera naissance à des phénomènes également variables dans leur évolution, c'est-à-dire plus ou moins graves.

Dans l'intoxication légère, la moelle sera la première et souvent la seule prise. D'où la pâleur de la face et des téguments; car c'est dans la moelle que se trouvent principalement les origines du grand sympathique, et l'on sait, d'après les travaux de M. Dastre, que les phénomènes de la circulation se trouvent sous la dépendance de ce système sympathique. On conçoit alors que l'excitation de la moelle, due à la cocaïne, se manifeste, grâce aux filets vaso-constricteurs, par une diminution notable du calibre des vaisseaux. En effet la

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pâleur des téguments est quelquefois poussée à l'extrême.

On comprend que, sous cette même influence, la circulation de l'encéphale soit modifiée. Schilling* en a eu la preuve directe : dans un cas d'em])oisonnement il a examiné le fond de l'œil à l'oplithalmoscope, et il a trouvé que les vaisseaux de la rétine étaient à peine visibles.

Ce fait d'anémie cérébrale est à retenir; car c'est là, croyons-nous, la véritable cause de certains accidents qui ne manqueront pas d'éclater, si une circonstance, insignifiante en elle-même, vient favoriser leur éclosion. Que le sujet à opérer reste debout, qu'il soit en proie à une anémie profonde, ou qu'il se trouve sous le coup d'un état émotif accentué, dont l'effet est de ralentir la circulation du cerveau, anémié déjà par la cocaïne, on comprendra, avec M. Dujardin-Beaumetz *, qu'on se trouve en présence d'accidents vertigineux, de lipothymies, de tendances à la syncope, ou même d'une syncope.

Ces symptômes dus à une simple anémie cérébrale sont plus effrayants que dangereux. 11 suffira souvent de faire respirer au malade deux ou trois gouttes de nitrite d'amyle pour ramener à l'état normal la circulation cérébrale, et faire disparaître du même coup les phénomènes de syncope.

C'est encore à l'influence prédominante de la cocaïne sur l'axe médullaire que sont dus les troubles circulatoires. Car l'excitation de la moelle cervico-dorsale, dans laquelle le sympathique prend ses fibres cardiaques, produit une précipitation des battements du cœur, qui les ^imène au taux de 150 à 160 par minute. On comprend de même que la pression sanguine s'élève dans les premiers moments pour baisser bientôt, car les battements du cœur, quoique nombreux, sont très petits, perdant en force ce qu'ils gagnent en vitesse. (Loi de Marey.)

Cette excitation du grand sympathique peut encore expliquer bien des phénomènes. Sous son influence tous les orga-

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