‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 70 sur 168 · Cité par Semelaigne, loc. cit. , p · texte numérisé non relu

Cité par Semelaigne, loc. cit. , p

Autre chose est de manger peu et de ne pas manger du tout. Je crois que ces malades ont mangé, mais qu'elles n'ont mangé que le minimum indispensable à l'entretien de la vie spéciale : un peu de pain, un peu de biscuit trempé dans de l'eau, par exemple.

Lasègue' a raconté l'histoire de cette jeune hystérique qui ne connaissait pas le sentiment de la faim et qui vécut uniquement de thé coupé de lait avec un peu de café au lait, dans lequel elle trempait des morceaux de cornichon. Elle mangeait de temps en temps; mais, pendant presque un an, elle ingéra à peine ce qui aurait été nécessaire à notre alimeatation pendant deux jours.

Ce qui est caractéristique dans les cas de ce genre, c'est la perversion extraordinaire du sentiment de la faim. Chez certains malades, il y a boulimie; chez les autres, il y a anorexie. De même qu'il existe une perversion de l'appétit sexuel, de même il existe une perversion de l'appétit des aliments, et un des caractères de l'hystérie est précisément ce sentiment bizarre.

En même temps que ces goûts fantasques, on observe une résistance exceptionnelle par sa puissance et par sa durée.

Il y a eu pendant longtemps, à la Salpétrière, une femme nommée Etcheverry ; elle avait de l'hémiplégie d'un côté et une contracture de l'autre côté. Il semblerait que l'hystérie aurait dû provoquer une dénutrition générale. Point du tout. Elle ne se nourrissait pas et on était obligé de recourir à l'emploi de la sonde œsophagienne. Pendant trois mois, elle n'a rendu que quatre grammes d'urée; et non seulement dans les urines, mais encore dans les vomissements, la quantité trouvée a été minime. Le poids d'urée a été dosé par M. Regnard. Il n'y a pas eu de simulation, car à côté d'elle il y avait deux infirmières qui la surveillaient constamment. M. Charcot admet du reste que. chez les hystériques, il y a

1. Études médicales : de l'anorexie huslcrique, t. II. p. 45.

anurie, c'est-à-dire suspension complète de la production de l'urée.

Dans une expérience précise, j'ai pu observer la diminution extraordinaire des pliénomènes de la nutrition chez les hystériques. Avec M. Hanriot, nous avons étudié la respiration de deux hystéro-épilepliques de la Salpétrière, et nous avons trouvé que la ventilation était réduite à un minimum. Là encore, aucune simulation n'est possible; on ne peut pas simuler quand on est sous le masque, avec les appareils de dosage. Pendant seize minutes, cette malade en léthargie n'a introduit dans ses poumons que quatre litres d'air. Pendant trente-six minutes, elle n'a fait que huit inspirations. Or il suffit d'essayer sur soi-même pour voir que le minimum de nos inspirations en trente- six minutes est de trois cents litres d'air environ.

Ventilation ï'roduction pulmonaire. de C0-.

État normal 532 11,7

Léthargie 152 5,8

Dans une autre expérience, en 36 minutes. Gr. n'adonné que 4 lit. 75 pour sa ventilation, soit cinquante fois moins que l'état normal.

Il y a donc eu un ralentissement énorme, presque invraisemblable, des phénomènes respiratoires, et ce ralentissement est dû sans doute à une absence de stimulation ou à une action inhibitoire du système nerveux. A de certains moments, le système nerveux des hystériques peut donc être comparé à celui des animaux hibernants.

Il y a plus : on connaît dans la science des observations d'une maladie qu'on appelle la maladie du sommeil. M. CharcoT en a publié récemment un cas; M. Semelaig>'e et M. Géli- NEAu ontpublié aussi une observation de ce genre'. Un engourdissement irrésistible s'empare de ces individus, qui ne tardent pas à s'endormir; tous les phénomènes de la nutrition

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