‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 80 sur 168 · INFLUENCE DES PRESSIONS EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES PRESSIONS EXTÉRIEURES

SUR LA VENTILATION PULMONAIRE Par MM. P. Langlois et Ch. Richet.

Introduction.

On sait depuis longtemps que, si l'on respire (inspiration ou expiration) à travers une colonne de mercure, on est forcé de développer un effort considérable. Pour peu que la colonne de liquide soit un peu haute, toute respiration devient impossible.

Un homme adulte, vigoureux, peut pendant quelques instants respirer à travers une colonne de mercure haute de 8 centimètres ; mais les forces s'épuisent bientôt à ce rude travail. Quelques individus peuvent, il est vrai, franchir 10 centimètres et même 15 centimètres de mercure (ce dernier chiffre étant tout à fait un maximum). En tout cas, c'est

seulement pour peu de temps qu'un pareil effort peut être exercé ; et la fatigue survient très vite quand la pression à vaincre dépasse o centimètres de mercure.

Même une pression de 2 centimètres devient à la longue insupportable, et on peut dire que, pour une respiration facile, la pression à vaincre doit être nulle ou à peu près.

Il est clair que le fait de respirer à travers une longue colonne d'eau doit changer les condition de la ventilation pulmonaire. C'est cette étude que nous avons entreprise '.

Méthode expérimentale.

Notre méthode expérimentale était très simple. Le chien trachéotomisé respirait à travers une soupape de Miller. Cette soupape, construite par M. Alvergniaï sur nos indications, est d'une seule pièce; un orifice inférieur permet d'ajouter ou d'enlever du liquide, tantôt à l'expiration, tantôt à l'inspiration, sans que ce changement de pression modifie quoi que ce soit au tube trachéal et aux autres appareils de l'expérience.

Pourmesurer la ventilation, il suffit d'adapter un compteur à gaz quelconque aux soupapes, soit de l'inspiration, soit de l'expiration.

Pour mesurer exactement la pression, nous avons adopté le dispositif suivant :

Soit un tube en T, interposé entre la canule trachéale et la

1. Peu de travaux sont relatifs à cette intiuence de la pression.

Marey. Pneuniographie ; études ^^raphiques des mouvements respiratoires et des influences qui les modifient [Jour», de l'anat. et de la phijs., t. II, p. 4:i2; 18G:j et Méthode graphiijue, p. 553). — P. Bert, Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, p. 408. — Ewald, Archives de Pflïifjer, t. XX, p. 2G2, 187!). Les travaux de Hutcuinson et de Kramer sont surtout relatifs à la physiologie humaine.

VENTILATION PULMONAIRE ET PRESSION. 33o

soupape : il est clair que toutes les variations de pression vont se transmettre par ce tube; si alors on met une des branches du T en rapport avec un manomètre à eau, la hauteur de la colonne manométrique mesurera exactement la pression, et une simple lecture indiquera la pression à l'inspiration et la pression à l'expiration.

On pourra aussi inscrire toutes les variations en adaptant à la branche libre du manomètre, soit un flotteur, soit plus commodément un tube en caoutchouc avec un tambour à levier.

Avec quelques points de repère très faciles à prendre, le graphique indique des valeurs absolues de pression en centimètres d'eau de hauteur.

Une précaution indispensable, c'est de déduire de la colonne d'eau qui indique la pression en centimètres le coujp de bélier, qui tend à donner un chiffre toujours trop fort; surtout dans les inspirations et les expirations un peu énergiques ^

Limites de pression compatibles avec les efforts respiratoires.

Il faut dès l'abord distinguer la hauteur qui peut être franchie dans quelques respirations énergiques^ et la hauteur qui peut être franchie d'une manière régulière, permanente, permettant à la respiration normale de s'établir sans menace d'asphyxie.

Yoici quelques expériences qui peuvent servir de type :

Expérience I. — Chien de 19 kilogrammes; franchit 0™, 47 (expir.), et respire sans asphyxie pendant une demi-heure ; franchit 0™,o6 (expir.), mais au hout de treize minutes s'asphyxie.

1. Nos chiffres de pression seront donc toujours évalués en colonnes d'eau. On sait que 0™,01 d'eau représente 0™, 00014 de mercure.

P. LANGLOIS ET CH. lUCHET.

Expérience II. — Chien de 12 kilogrammes; ne franchit pas 1 mètre; ne franchit pas 0'",72 ; franchit 0™,4o, mais menace de s'asphyxier; franchit 0™,33, et la respiration devient régulièrp.

rt !^

tî es

a cs o

2 fl

" -ci t-

Expérience III. — Chien basset de llki',oO; franchit 0'^;6(i, mais menace de s'asphyxier; franchit 0-^,24, et ne s'asphyxie pas.

Ces trois expériences, confirmées par quantité d'autres qu'il est inutile de rapporter ici en détail, nousmoutrent :

1° Que les chiens ne peuvent franchir une colonne d'eau supérieure à 0™,70 ;

2° Que, de 0™,70 à 0"',40, la respiration, quoique ayant commencé à s'établir, ne peut se prolonger pendant longtemps;

3° Que, au-dessous de 0°',40, l'animal peut respirer longtemps et régulièrement.

Bien entendu, il ne faut pas regarder ces chiffres comme absolus. Il y a de nombreuses exceptions. Ainsi, dans une expérience, un chien vigoureux de 12 kilogrammes a pu franchir une pression de 1™,28; mais c'est là un chiffre absolument exceptionnel, et je doute fort qu'on retrouve souvent des chiens aussi vigoureux.

Dans une autre expérience, un chien de 17 kilogrammes, non chloralisé, s'est asphyxié en respirant à travers une colonne de 0°',30, alors qu'en général un chien peut respirer pendant longtemps quand la résistance à vaincre n'est que de 0'",30.

Les chiffres que nous venons de donner s'appliquent à l'expiration; mais ils sont vrais aussi pour l'inspiration, comme le prouve l'expérience suivante :

De quelques Influences modifiant la force de la respiration.

L'effort respiratoire, nécessaire pour vaincre la pression d'une certaine colonne d'eau, est évidemment sous la dépendance des divers états physiologiques, mais il faut de très graves perturbations pour que la puissance en soit notablement diminuée. Autrement dit, tant que l'animal n'est pas trop déprimé, il conserve toute sa force d'inspiration et d'ex piration.

Page 1