Voy. plus haut
POLYPNÉE THERMIQUE. 443
de même taille n'est guère que do 2600 calories. C'est donc une perte totale de près de '{ MO calories.
Cette perte suffit pour expliquer le retour du chien à la température normale. En effet, pour un kilogramme de chien, en prenant, comme toutes les déterminations antérieures nous y autorisent, la chaleur spécifique de corps égale à 0,8, nous avons, de 13 à 39°, une perte en calories de 3 200, ce qui ne diffère pas trop du chiffre de 3 800, qui représente l'excès de la perte de chaleur par refroidissement sur la production normale.
Nous sommes forcés d'admettre que, s'il y a dans la respiration pulmonaire évaporation d'eau, passage de l'état liquide à l'état gazeux, il y a perte de chaleur. C'est une conséquence nécessaire d'une des lois les plus précises de la physique. Assurément une démonstration directe serait intéressante à entreprendre. J'ai tenté de la faire, mais je n'ai pas encore réussi.
Voici comment je la comprends : il faudrait mettre un chien clans un milieu à 40° environ, milieu absolument saturé de vapeur d'eau ; mais c'est cela même qui est très difficile à réaliser. Dans l'étuve que j'emploie, malgré la projection d'une grande quantité de vapeur d'eau, je n'ai pu arriver à saturer d'eau l'atmosphère de l'étuve. A l'hygromètre, je ne pouvais dépasser 75 ou à grand'peine 80 p. 100. On comprend que, dans ces conditions, le refroidissement par la polypnée puisse encore avoir lieu. De fait, même dans l'étuve à 45°, avec de la vapeur d'eau projetée en abondance, un chien, au bout d'une heure, ne s'échauffait pas sensiblement.
Malgré cette grave lacune et cette absence de démonstration directe, ou peut, je pense, regarder eomme acquis que l'évaporation d'eau à la surface pulmonaire entraîne un refroidissement corrélatif à la quantité d'eau évaporée. De même que la transpiration cutanée, la transpiration pulmonaire amène le refroidissement. Ces deux fonctions sont régies par le bulbe rachidien qui commande, soit la sécrétion sudorale, soit la polypnée.
444 CHARLES HICHET.
Mon but ici est surtout de montrer à quel point cette polypnée est indépendante de la respiration proprement dite. A l'état normal, la respiration est déterminée par le besoin de respirer, c'est-à-dire par le défaut d'oxygène ou l'excès d'acide carbonique dans le sang-, et, par conséquent, dans le bulbe; mais, pour la polypnée de réfrigération, il y a un autre stimulus qui détermine les respirations. Ce stimulus, c'est tantôt l'excitation cutanée, qui agit par voie réflexe sur le bulbe, tantôt réchauffement même du sang et du bulbe.
Donc c'est bien là, ainsi que l'indique le titre même de ce mémoire, une nouvelle fonction du bulbe. La fonction respiratoire proprement dite n'y est pour rien.
Nous avons dans ce cas l'exemple remarquable d'un appareil — l'appareil respiratoire — qui sert à deux effets distincts :
1° La respiration proprement dite, phénomène chimique avec échange gazeux ;
2° La polypnée , phénomène physique avec exhalation d'eau et refroidissement.
D'ailleurs, l'altération soudaine, etpresque sans transition, du rythme respiratoire, indique bien qu'il s'est produit un fait nouveau dans l'organisme. Les chiens, au moment où leur température centrale s'élève, ou bien au moment où l'excitation cutanée agit sur leurs centres bulbaires, ont presque subitement une respiration plus rapide. Ce n'est pas graduellement qu'ils se mettent à respirer aussi vite, c'est tout d'un coup. De 60, 70, 80 respirations par minute, leur rythme monte brusquement à 300 et 350. Après quelques essais de polypnée, essais plus ou moins prolongés, soudain la polypnée s'établit l.
1. L'expérience est surtout saisissante sur les animaux dont les pneumogastriques ont été coupés. Alors le rythme respiratoire est très lent : environ 10,12, 16 respirations, au maximum, par minute. S'ils sont exposés au soleil et échauffés, ils ne sont pas moins polypnéiques, 300 ou 3j0 respirations par
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C'est cet état physiologique, nécessaire ù la polypnée, que nous allons étudier.
La polypnée ne peut avoir lieu que si les pressions à l'inspiration et à l'expiration sont nulles.
En 18(55, dans un mémoire important1, M. Marey a démontré la loi suivante, qui régit le rythme respiratoire. Plus la pression à vaincre V effort d'inspiration est forte, plus le rythme respiratoire est ralenti. De même, la pression à l'expiration ralentit l'expiration. M. Bert\ puis, plus récemment, M. Langendorff3, ont repris cette expérience, et l'ont confirmée. M. Langendorff croit avoir en outre prouvé que le phénomène est d'ordre réflexe, car il n'aurait plus lieu après la section des deux nerfs pneumogastriques, nerfs sensibles des poumons.
Comme la glotte est un orifice, plus ou moins resserré, offrant une certaine résistance, il s'ensuit que la respiration se faisant par la glotte est plus ralentie que lorsqu'elle se fail par la trachée. C'est ce qu'on vérifie facilement en faisant respirer un chien tantôt par la trachée ouverte, tantôt par la glotte. Dès qu'on ouvre la trachée, sa respiration, même normale, s'accélère. Afin de pouvoir reproduire l'expérience à volonté, j'ai employé l'artifice suivant. J'ai fait construire par M. Yerdin une canule trachéale, en forme de T. Un bout est
minute; mais, fait remarquable, il n'y a pas de gradation, de transition, entre ces deux rythmes divers. Le rythme passe subitement de l'extrême fréquence à l'extrême lenteur. Ce sont deux respirations tout à fait distinctes, et on comprend qu'il s'agit de deux besoins de l'organisme qui sont bien différenciés : besoin d'oxygène pour la respiration lente, besoin de refroidissement pour la polypnée.
1. Journal de l'anatomie et de la physiologie, t. II, 1865, p. 42o.