TOME I
114 A.NT. BREGUET KT Cil. RICHET.
couleurs succède à la perception lumineuse d'une excitation de couleur, et qu'au début la sensation lumineuse existe seule, nous n'avons pu vérifier ce fait. Si on interpose devant la source lumineuse des verres rouges, bleus, verts, enfumés, on reconnaît toujours, même lorsque la durée de l'éclair est extrêmement courte, sa coloration. Cependant, comme cette durée était au moins d'un millième de seconde, nous ne pouvons infirmer les observations des auteurs qui ont expérimenté avec des durées plus courtes encore.
6. C'est avec le rouge que l'on observe le plus nettement le phénomène de l'addition latente. Avec le bleu, et surtout la lumière blanche, l'expérience est plus difficile à faire.
7. Comme on peut le supposer, nous avons cherché à préciser le nombre d'interruptions nécessaires pour permettre à l'addition latente de s'établir; mais nous avons bientôt reconnu que toute détermination positive serait illusoire. En effet, il ne faut pas croire qu'entre la perception et la non-perception il y ait un hiatus infranchissable. Au contraire, le moment où on commence à apercevoir la lumière, est très près du moment où on ne voit rien, et il faut une grande attention pour le déterminer avec certitude. Ainsi que cela a été remarqué depuis longtemps (Aubert, Brùcke, etc.), la fatigue de la rétine a une très grande influence sur son excitabilité. L'œil exposé quelque temps à la lumière est bien moins sensible que l'œil qui est resté dans l'ombre.
Aussi, avant de faire nos observations, avions-nous soin de rester pendant quelque temps dans l'obscurité, de manière à donner à la rétine son maximum d'excitabilité.
Même avec cette précaution, il y a encore, pour l'excitabilité de la rétine, à divers moments et chez des individus différents, de telles variations, que l'on ne peut arriver à préciser exactement l'instant où la perception visuelle commence à s'exercer.
Nous pensons toutefois que lorsque les interruptions ne
DURÉE ET INTENSITÉ LUMINEUSES. n:.
sont pas plus que de 20 à 30 par seconde, il n'y a pas d'addition latente; au contraire, avec un diapason vibrant cenl fois par seconde, les résultats d'addition latente sont très nets.
6. En résumé, nous avons pu démontrer que l'opinion générale relative à la perception des lumières très brèves n'est pas exacte, et que, s'il est vrai qu'une lumière très courte et intense provoque toujours une perception, une lumière très courte et très faible ne peut pas vaincre l'inertie de la ré-
Fig. 56. — Addition latente dos excitations visuelles.
tine et l'appareil cérébral de la vision, aussi n'est-elle pas perçue.
Représentons par un schéma les phénomènes que nous venons de démontrer. Soit kt, la ligne des temps ; soit A, le moment où l'excitation se produit.
D'après la plupart des auteurs, la courbe de l'excitabilité rétinienne est" telle que Ile maximum de l'excitabilité ne survient qu'un certain temps, après l'excitation (0",18 d'après Bkucke), temps variable, d'ailleurs, suivant la couleur et l'intensité de la lumière. Mais les auteurs qui ont traité la question ne se sont pas occupés du moment de la perception première.
Or, si on représente par Ma la ligne de la perception, on verra que le point M', où commence la perception, ne coïncide pas avec le point A, et qu'un certain temps a dû s'écouler entre le moment de l'excitation (A) et le moment de la perception (M').
AXT. BREGUET ET CH. HICHET.
Cela étant, toutes les excitations ne parviennent pas à atteindre la ligne MM' a de la perception. Cesont les excitations lumineuses faibles qui ne sont pas perçues (AA'A"). Elles excitent néanmoins faiblement la rétine ; on peut démontrer qu'elles ne sont pas inefficaces (comme elles semblent l'être) en les répétant un certain nombre de fois (vibrations du dia-
Fig. 56 bis. — Vue d'ensemble de l'appareil.
pason : 100 par seconde). La courbe E" finale, rencontrera en M' la ligne de perception et sera perçue alors, car elle s'ajoutera à la première, tandis que les deux oscillations isolées, c'est-à-dire séparées par un plus long intervalle, n'auraient aucun effet.
Sans doute ces théories ne sont que des hypothèses, mais elles sont appuyées sur des faits particuliers qui avaient passé inaperçus jusqu'ici ; et dorénavant, dans toute théorie de la sensation visuelle, il faudra tenir compte de la période d'inertie des organes percepteurs, période qu'on avait considérée