CLVI. Injection de 1 gr., une demi-heure après
CCXVI2. Injection de 0êr,6, un quart d'heure après. 5 480
Ces expériences nous montrent que les effets du chloroforme varient avec la dose et le moment où l'on en étudie les effets. A la dose de 1 gramme environ, injecté dans le nerf sciatique, le chloroforme produit une notable augmentation de chaleur (exp. CXXX, CXXXVIII, CCXVI). Il semble qu'il y ait une stimulation du système nerveux, stimulation analogue à celle que nous observerons en étudiant la piqûre du cerveau.
Le chloroforme ainsi injecté dans les tissus est absorbé avec une lenteur assez notable, de sorte que, même avec de fortes doses, on n'observe guère de phénomènes généraux immédiats. Le lapin de l'expérience CXXXIX, une demiheure après l'injection de la forte dose de 8 grammes de
1. Simultanément un autre lapin vivant, pris comme terme de comparaison, a donné 4 650 calories, soit, si l'on rapporte à 100 la chaleur du lapin normal, celle du lapin injecté au chloroforme a été de 118.
CALORIMËTRIE. 215
chloroforme, donnait encore un nombre de calories presque normal. Sa température, à la fin de l'expérience calorimétrique, élail de 38°; mais, deux heures après, la production en calories était notablement diminuée, puisqu'il ne produisait plus que "21 U) calories. Le lendemain l'animal vivait encore, très malade, tremblant, titubant, et sa température était de X\",H. Il n'a cependant produit que 2 740 et 2 .'{20 calories.
On ne peut donc attribuer l'abaissement de la températurc, dans le chloroforme, aune déperdition de chaleur exagérée ; la cause en est dans une production moindre. De même que la cocaïne, qui élève la température, élève la déperdition de chaleur, de même le chloroforme (à forte dose), qui abaisse la température, diminue la déperdition de chaleur.
J'ai cherché à voir alors si des substances irritantes, comme les essences, portées directement sur le nerf seiatique, auraient des effets stimulants analogues. Voici ces expériences :
Exp. CLVIII. Injection de 0sr,5 d'essence de thym; une demi-heure après, 4 480 calories1.
En prenant comme terme de comparaison des lapins intacts placés dans la boule calorimétrique voisine, nous trouvons les résultats suivants :
Calories.
Exp. CGX et CCXI. — Injection de
\ gramme d'essence de thym . 4 030
Exp. CCX1I et CGXI1I. — Mêmes
animaux, une heure après . . . 4150
Exp. CCX1V et CCXV. - Injection de 1 gramme d'essence de thym, une heure après 3 570
Exp. CCXXIV et CCXXV. — Injection de 0?r, 2 d'essence de tby in. 4 900
Exp. ccccxxxvi et ccccxxxvn.—
Injection de 1 gramme d'essence
de lavande 3150 97 23
1. Ce même lapin, une heure auparavant, avait donné 3 490 calories.
Rapport
Température
au
extérieure.
apin normal.
Degrés.
Rapport Températuri
Calories. au extérieure.
— lapin normal. —
— Degrés.
Exp. CCCCXLII el CCCCXLIII. —
Injection do i grammes d'acide
acélique 2 2i0 76 27
Exp. CCCCXLIV et CCGCXLV. — Mêmes animaux, deux heures après. • i 830 82 27
On ne peut donc guère conclure de ces expériences, sinon que l'injection d'essence est moins favorable pour produire de l'hyperthermie que l'injection de chloroforme. Il y a peutêtre même une diminution dans la production du calorique.
Il est possible, d'ailleurs, que les effets de stimulation thermique soient différents suivant la température extérieure. Les phénomènes physiologiques sont souvent d'une complication extrême, et celui-là en particulier; de sorte que l'on devrait, pour conclure rigoureusement, répéter ces expériences à des températures différentes ! .
vin
Influence du système nerveux central sur la production de chaleur.
La dernière partie de ces observations calorimétriques est aussi la plus longue et la plus difficile. Il s'agit de rendre compte des expériences nombreuses que j'ai faites sur la chaleur produite par les piqûres, les cautérisations et les traumatismes du cerveau -.
1. Je noterai pour mémoire qu'après une injection d'urine concentrée, injection qui a été extrêmement douloureuse (exp. CLXVI), un lapin m'a donné 4 320 calories. Le lendemain, sa température était de 10°, 7 ; il a donné 4 400 calories (exp. CLVII). Ce même lapin, avant l'injection, avait donné (exp. CLXIV et CLXV; 3 490 et 3570 calories.
2. Voyez notre première publication à ce sujet, du 31 mars 1884, Comptes
J'établirai d'abord < | n <- la piqûre du cerveau détermine
une élévali le température; en second lieu, je prouverai
que celle liyperthermie coïncide avec un»' production exagérée de calorique.
Byperthermie produite par la piqûre du cerveau. En 1837, un médecin anglais, Brodie, publia un cas de lésion de la moelle cervicale, suivie d'une élévation de température considérable, i3°,9 '.Des cas analogues ont été signalés par Billroth, qui vil une température de \T :1. après une fracture de la sixième vertèbre cervicale; par Simon, qui vit la température s'élever à 14°; par Frerichs qui, après une fracture des cinquième et sixième vertèbres cervicales, vit une température de 43°,8; par Werer, Fischer, Quinke et
NlEDEN "'.
Ainsi la blessure de la moelle épinière, surtout dans la région cervicale, peut, dans certains cas, provoquer une hyperthermie générale considérable.
rendus de l'Acad. des se, L884, t. XCYIII, p. 820. D'autres faits ont été ensuite publiés par moi sur le même point. Comptes rendus de l'Ac. des se., 13 avril 1S85, i. ('. p. 1021, et Bulletin de la Société de biologie, 29 mars 1884. p. 189; ibid., p. 209. 655, 707, et 1885, ibid., p. 2.
Je tiens surtout à rappeler la première date de la publication, 31 mars 1884 : car l'expérience de l'hyperthermie provoquée par la piqûre du cerveau a été répétée récemment, en Allemagne, par MM. Aronsohn et Sachs, sans qu'ils aient eu vraisemblablement connaissance de mes recherches, dans le laboratoire de M. Kronecker, à Berlin [Ver. der Phys. Ges. zu Berlin, 31 octobre 1884; in Arch., fur Physiolog., 1885, p. 166, et Verein fur Innere Medizin, Berlin, 15 décembre 1884; in Deutsche Medic. Zeitung, n° 103, p. 621, 23 décembre 1884).
Ces physiologistes ont vu que la piqûre du cerveau, au niveau de la confluence des sutures sagittales et coronaires, à droite ou à gauche du siuus longitudinal, élevait d'une manière permanente la température des lapins ou des chiens.
Je donnerai, dans le cours de ce travail, de nombreux exemples de faits analogues que j'ai vus et publiés avant MM. Aronsohn et Sachs.
Il y a donc, ce semble, quelque injustice à mettre au même rang les travaux de MM. Aronsohn et Sachs et les miens, car leurs expériences n'ont fait que confirmer les miennes. Certes ils en ignoraient l'existence ; mais cette ignorance ne donne pas, que je sache, droit à La priorité ni même à l'égalité.
1. Hkumann'.v Handbuch der Physiologie, t. IV, 2e part., p. 430, et Lorain, Etudes de médecine clinique, t. I, p. 499.
2. Cités par Rosenthal et Loraix, loco citato.Je ne mentionne pas le cas de
Expérimentalement on a pu réaliser ce même phénomène. M. Fischer a vu la piqûre de la moelle cervicale augmenter ha température de 1°,7; mais ce sont surtout MM. Na'i/nvn et Quincke qui ont fait sur des chiens des expériences démonstratives à cet égard. L'expérience suivante ' peut servir de type :
(( A un chien, dont la température est de 40°, on fait, lo « 10 mai, l'écrasement de la moelle cervicale; sa température « monte en cinq heures à 41°, 7; le lendemain, elle est de <c i2°,3. »
MM. Bhucr et Gunter 2, M. Tscheschiscuin 3, M. Lewizky \ M. Schreiber5, M. Kussner 6, M. Peyrani7, ont étudié l'influence des lésions du mésocéphale sur la production de chaleur et sur la température; tous ils ont vu que la piqûre du bulbe et du mésocéphale provoque souvent de Thyperthermie.
Mais si l'accord existe au point de vue de la température, au point de vue de la production de chaleur les résultats sont tout à fait discordants, ainsi que le reconnaît M. Rosenthal8.
Il résulte des nombreuses expériences faites par les auteurs dont j'ai rapporté plus haut les noms, que les destructions ou les piqûres du mésocéphale exercent une influence considérable sur la température du corps. Après la section du pont de Yarole sur un lapin, MM. Bruck et Gunter ont vu 42°, 5; sur un veau, après ablation de la couche optique gauche, M. Peyrani a vu la température périphérique monter de 3°, 2. Sur deux chiens, la température périphérique, d'après
M. Tealk, qui paraît fort contestable, puisqu'il s'agit d'une température de ,:iii",ii. Plus récemment, M. Breadbury, dans un cas de paraplégie cervicale, a observé des oscillations remarquables de la température qui variait entre 35° e( 12° » Brit. med. Journ., 1S85, 2e sern., p. 66).