TOME I
cutanée, emploient pour se maintenir à leur niveau normal de température, quand le milieu extérieur est très élevé .
Chez le lapin et le cobaye, ce procédé de refroidissement est le même que chez le chien. Aussi, quand on place un lapin ou un cobaye dans un milieu très chaud, voit-on aussitôt le poids diminuer rapidement, conséquence de l'cvaporation pulmonaire très active qui a lieu alors.
grammes.
Lapin normal 1,75
Lapin dans l'étuve 6,0
grammes.
Chien de 2 500 grammes, normal. 1,75
Le même chien dans l'étuve 3,1
Cobaye de 203 grammes dans l'étuve. Première heure. . . . 48,0
— De la 2e à la 6e heure.. 19,6
De la 16e à la 18e heure.. 11,8
Ce petit cobaye, qui pesait 205 grammes, a perdu en poids absolu 52 grammes au bout de dix-huit heures de séjour à l'étuve, de sorte que son poids, après dix-huit heures d'étuve, n'était plus que de 153 grammes. Cette énorme perte de poids est en somme un phénomène de déshydratation par l'intermédiaire principalement de l'évaporation pulmonaire.
Voici des expériences, faites sur des cobayes, qui montrent, quoique avec quelque irrégularité, l'influence de la taille, influence dont j'ai déjà parlé plus haut :
grammes.
Cobaye de o2 grammes 10,9
— de 103 grammes 3.0
— de 122 grammes 4,9
— de 185 grammes 8,2
— de 750 grammes 3,1
Citons encore des mesures faites sur un chien de 2 500 grammes et sur un jeune chat de 1 870 grammes.
grammes.
Chien, état normal. 1,75
— remuant 2,3
EXPÉRIENCES SUR LE POIDS DES animai IX. 278
grammes.
Chien tranquille l,c>
— couché et dormant 1,4
Chat, remuant.. I .:t
— couché ri calme 0,9
— calme 1,0
L'expérience est plus démonstrative encore sur des chiens placés au soleil. En général, quand un chien est exposé au soleil, sa température ne s'élève pas sensiblement, car, presque aussitôt, sa respiration s'accélère de telle sorte qu'il se refroidit. Dans ce cas, on voit simultanément survenir une perte de poids considérable, comme l'indiquent les chiffres suivants :
gramme
("bien normal de 2 800 grammes, très calme. . . . 0,9o
Le même, très calme, au repos J,68
Mêmes conditions 1(10
Le même, au soleil tamisé par une toile 2,38
Le même, à l'ombre, par une température élevée. 2,38
Le même, au soleil 5,23
Dans cette dernière expérience il y a eu deux périodes, l'une pendant laquelle il y a eu une anhélation, pas très marquée, avec une déshydratation de ()8T,7^; l'autre, avec une anhélation forte et une déshydratation de 10sr77o.
Examinons la valeur de ces nombres au point de vue de la perte de chaleur. La chaleur de volatilisation de l'eau est, a 37°, de 575 environ, d'après Regnault. Si nous prenons, comme moyenne de nos chiffres de déshydratation au soleil, le nombre de 8 grammes par kilogramme d'animal, cela nous donne pour notre chien, par kilogramme, une perte de 4 600 calories, perte énorme, qui est supérieure à la production normale de chaleur chez un chien de ce poids.
C'est là un fait intéressant, d'ailleurs facile à expliquer. Un chien exposé au soleil, même s'il ne produisait pas de
chaleur, devrait s'échauffer comme s'échaufferaient tous les objets inertes. Il doit donc, pour ne pas mourir d'hyperthermie, se refroidir, et il se refroidit en évaporant de l'eau par ses poumons. L'intensité de ce refroidissement est extrême, et nous est bien indiquée par ce chiffre de 4 G00 calories par kilogramme et par heure.
Ainsi, avec la balance enregistrante, nous pouvons mesurer avec une assez grande approximation un phénomène thermique, la perte de chaleur par l'évaporation pulmonaire. Cette évaluation mesurerait la perte de chaleur totale subie par l'animal, et serait irréprochable si la température ambiante était égale à la température de l'animal, et si le rapport de l'oxygène absorbé à l'acide carbonique dégagé était toujours de 0,7, comme c'est le cas le plus fréquent. Il y a là toute une série d'expériences intéressantes à faire, sur lesquelles, pour le moment, je me contente d'appeler l'attention '.
Conclusions.
Si maintenant nous reprenons ces faits dans leur ensemble, nous retrouvons une loi générale qui s'en dégage.
C'est d'abord que tout animal à sang chaud, par cela seul qu'il vit et qu'il respire, perd à chaque instant une certaine quantité de son poids. C'est une perte perpétuelle, alors que l'augmentation est intermittente, pendant les repas.
En analysant les causes de cette perte de poids, nous avons vu que c'est une perte d'eau par les poumons, le gain
1. M. d'Arsonval (Bull. Soc. Biol., 27 décembre 1884, p. 7G7) a appelé coefficient de partage thermique le rapport entre la quantité de chaleur perdue par le poumon et celle qui est perdue par la peau, dans le même temps. Plus la température extérieure s'élève, plus la quantité de chaleur perdue par la peau est faible; par conséquent, plus le coefficient s'élève; si la température extérieure est plus élevée que celle de l'animal, la quantité de chaleur perdue par la peau devient négative, c'est-à-dire qu'elle devient une augmentation de chaleur.
d'oxygène compensant à peu près (en poids) la perte d'acide carbonique.
Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette perte d'eau est réglée par la respiration.
Toute cause qui accélère la respiration accélère aussi la déshydratation pulmonaire, que ce soit la petite taille de l'animal, ou un exercice violent, ou une alimentation copieuse. Ainsi le bulbe, qui règle la quantité d'acide carbonique à éliminer ou d'oxygène à absorber, est aussi l'appareil qui règle les proportions d'eau qui vont être éliminées par les voies aériennes.
Mais cette perte d'eau, bien plus considérable chez les oiseaux que chez les mammifères, n'a pas en elle-même une très grande importance, puisque le rein peut suppléer à l'élimination aqueuse. Ce qui lui donne de l'importance, c'est qu'elle est l'agent actif du refroidissement. Plus un animal respire vite, plus il se refroidit, plus il perd de son poids. Il y a entre ces faits simultanés une étroite relation, des plus intéressantes à étudier, qui montre à quel point tous les phénomènes physiologiques sont liés les uns aux autres.
Voici un animal, je suppose, dont la température est de 40°. Sa respiration ayant lieu 30 fois par minute, il perd 2 grammes d'eau par heure. Mais s'il vient à faire des mouvements précipités, sa température tendra à s'échauffer, et même ira à 41°, s'il ne se produit quelque cause de refroidissement. Il faut donc qu'il puisse se refroidir, et c'est précisément l'exhalation pulmonaire qui produit ce refroidissement. Ainsi, par le fait d'un rythme respiratoire qui de 30 monte à 60, je suppose, l'animal conservera sa température normale, malgré réchauffement considérable que les contractions musculaires plus actives provoquent dans l'organisme entier.
En même temps il perdra de son poids, il se désassimilera plus vite, et il aura besoin de réparer ses forces, ses pertes en carbone et en eau, par une alimentation plus abondante.
C'est le système nerveux qui est le grand régulateur de ces actions admirablement harmoniques. Le bulbe rachidien, qui excite les mouvements de l'inspiration, est plus ou moins actif selon la teneur du sang en acide carbonique et en oxygène, selon la température du sang, et aussi selon la température du milieu extérieur. Quand l'animal est immobile, il fait peu de chaleur, et alors il n'a pas besoin de se refroidir. Aussi les respirations sont-elles peu fréquentes, la perte de poids minime, et le refroidissement, dû à l'évaporation pulmonaire, réduit à son minimum. Au contraire, quand l'animal se meut, et quand il fait des mouvements violents, il s'échauffe beaucoup,, produit beaucoup d'acide carbonique, consomme beaucoup d'oxygène; la respiration devient alors très active, et, par cette ventilation plus énergique, le sang ne dépasse pas son niveau normal de température, perd l'excès d'acide carbonique, et prend l'excès d'oxygène, dont il a besoin pour suffire à une consommation plus forte.
Ainsi, c'est la respiration qui règle à la fois la proportion des gaz du sang et la température du sang. Il semble que la nature ait prévu que, toutes les fois qu'il se forme plus d'acide carbonique, la température du corps tend à s'élever; de sorte qu'elle a chargé la même fonction organique, à savoir la ventilation pulmonaire, de produire à la fois ces trois phénomènes : le refroidissement, l'absorption d'oxygène et l'exhalation d'acide carbonique.