L'INTERSYSTOLE DU CŒUR CHEZ LE CHIEN
Par V. Pachon.
. Outre les manifestations actives qui surviennent pendant la pause ventriculaire au moment de la présystole, et correspondant à la contraction de l'oreillette, il existe un second ordre de phénomènes actifs de la pause ventriculaire, sur lesquels A. Chauveau a attiré tout spécialement l'attention dans ces dernières années'. Ces phénomènes, découverts et décrits par Chauveau sur le cheval, ont lieu dans une phase que Chauveau dénomme V intersystole, parce que, d'une part, ils s'intercalent entre le battement auriculaire et le battement ventriculaire d'une même révolution cardiaque, et que, d'autre part, ils doivent être nettement distingués des phénomènes actifs de la présystole représentés par la contraction auriculaire.
Cette notion, à peine incorporée à la physiologie classique, n'a pas encore pénétré la médecine. Sa généralisation présenterait donc une grande importance. Les documents de cardiographie intra-cardiaque que je présente ici ont juste-
1. A. Chauveau, L'intersystole du cœur. Journ. de physiol. et de path. ge'n., Il, 125-153, 1900. — Voir aussi Cours inédit du Muséum, 1903.
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ment pour but de fournir la démonstration expérimentalede l'intersystole chez le chien.
Comme de tels documents — ainsi, d'ailleurs, que tous les documents graphiques — valent ce que valent les conditions dans lesquelles ils ont été pris et repérés, je donnerai sur celles-ci des détails circonstanciés.
Moyens cVétude. Repérage des tracés. — La cardiographie iutra-cardiaque présente chez le chien quelques difficultés. Les modèles réduits des sondes de Chauveau et Marey, utilisés chez cet animal, ne donnent très souvent que des tracés insuffisants comme amplitude et comme forme. Aussi bien divers expérimentateurs se sont-ils ingéniés à apporter à la sonde originelle de Chauveau et Marey des modifications variées^ la rendant soit d'introduction plus facile, soit de sensibilité plus grande. Des essais comparatifs répétés m'ont convaincu que la technique de L. Frederigq représentait — et de beaucoup — la méthode d'étude la meilleure dont nous disposions actuellement pour la cardiographie intra-cardiaque chez le chien. J'ai donc utilisé l'outillage instrumental et ce que j'appellerai le c< tour de main » de L. Frederigq. Au lieu de se servir d'une sonde double (comme la sonde de Chauveajj et Marey) pour l'exploration des cavités auriculaire et ventriculaire du cœur droit, ce physiologiste se sert de deux sondes simples : l'une destinée à l'oreillette, l'autre au ventricule. La sonde destinée au ventricule est introduite la première par une jugulaire; la sonde destinée à l'oreillette est introduite par l'autre jugulaire. C'est là le tour de main.. II est précieux, car il permet l'utilisation de sondes dont l'ampoule exploratrice communique directement à plein canal avec la lumière du tube qui lui est soudé. A cette heureuse particularité correspondent, à mon sens, deux bénéfices importants : plus grande sensibilité (amplitude) et plus grande exactitude (forme)'.
Les appareils explorateurs (ampoules des sondes fermées par une membrane de caoutchouc mince) et récepteurs (tambours à levier) avaient un temps perdu qui ne présentait pas de différence appréciable au 1/100 de seconde. Les tubes de transmission (tubes de caoutchouc à paroi épaisse) avaient un diamètre intérieur de 5 millimètres et une longueur de 0",50. La multiplication du levier des tambours de Marey était de 10, obtenue par la combinaison : petit bras du levier, 12 millimètres ; longueur totale du levier, 12 centimètres.
Les repères ont été pris de la façon suivante : une fois le tracé inscrit, et les leviers inscripteurs étant soigneusement laissés en place, on soulève tous les leviers ensemble pendant que l'on déroule sous eux le
1. Cf., pour le détail des sondes, L. Frederigq, Arch. intern. de physiol..,. Y, 7-8; 1907.