‹ Physiologie; (volume 5)Chapitre 39 sur 93 · TOME VII · texte numérisé non relu

TOME VII

CHARLES KICHET.

Cairina moschata. . . . 0,34 0,39

Phalacrocorax vigua. . . 0,38 0,40

Zebrilus pumilus .... 0,32 0,35

Plotus anhinga 0,39 0,40

Aramides chiricota . . . 0,35 0,38

Moyenne. . . . 0,358 0,384

Voilà donc de gros oiseaux dont les rapports R et R' sont très faibles. Ils compensent la faiblesse de leur surface par ia rapidité de leur battement d'aile, et ils ne planent que très rarement.

On peut d'ailleurs démontrer autrement que ce n'est pas par la taille, mais par la nature de leur vol, qu'il y a chez les divers oiseaux un rapport différent.

Si en effet nous prenons des oiseaux d'espèces différentes, mais de formes assez liomogènes quant à la nature de leur vol, les hérons, cicognes, grues, ardéas, etc., nous avons des poids très ditférents et des rapports très semblables.

Herodias

Leucophoyx

Il n'y a donc p

It.

)as, chez les oiseaux de mêmes groupes

adonnés au même genre de vie, et par conséquent pratiquant

le même mode de vol, de différence inhérente à la différence

de taille.

En comparant à nos cbiftres ceux qu'ont obtenus d'autres auteurs pour des oiseaux de la même famille, nous trouvons :

Crus Ciconia

Ardea

Ibis

Ardetta

(De Lucy) 4,4

(Légal et Reigiiel) . . 4,3

(Mouillaed) »

(Le.ndeM'Eld 5,3

(Mouillard) »

Moyenne de il = 4,7 — Jî' = 5,3

OBSERVATIONS liELAïfVES AU VOL DES OISEAUX. 211

Ces chiffres sont exactement corroborés par les nôtres et permettent (le donner la formule de surface des Ardéacés :

Pour les oiseaux de proie, nous trouvons aussi des chiffres bien homogènes :

Urubu.

Heterospizias Pulsatrix . .

Urubutinga.

Rupiornis .

Milvago, . .

Glaucidiuin .

Moyenne

En prenant quelques-uns des chiffres donnés 'par les autres Jauteurs, nous retrouverons le coefficient élevé des oiseaux de proie, et toujours sans qu'on puisse le voir influencé par la taille de l'animal.

Otogyps

(Mouillard) .

Gyps

Haliaetus

(Mullenhoff).

Vultur

(Mare y).. . .

Neophron

(Mouillard) .

Buteo

(Mullenhoff)

Astur

Milvus

(Mouillard).

Strix

(Mullenhoff)

Accipiter

Falco

(Marey). . .

Moyenne de il = — R' =

En prenant la moyenne générale; on a, pour les oiseaux de proie, en chiffres ronds :

R =5,0 il' = 5,5

212 CHAULES IJICIII-T.

On pouvait supposer a priori que chez les oiseaux de proie le rapport serait très élevé. En elî'ot il est évident t[ao l'oiseau qui poursuit les autres doit voler plus rapidement qu'eux. Sans cela il ne parviendrait jamais à les saisir, et mourrait de faim. De l'ait le petit oiseau, menacé par les rapaces, ne se risque jamais dans les espaces de l'air. Il n'affronte pas une lutte de vitesse où il serait certainement vaincu, et échappe aux agresseurs en se cachant dans les branches des petits arbustes ou le feuillage touffu des arbres ; car, pour ne pas endommager ses ailes (qui lui sont nécessaires dans leur intégrité), l'oiseau de proie se hasarde rarement à attaquer les oiseaux Ijranchés au milieu des feuilles.

On remarquera que les oiseaux nocturnes, Glaucidium, Stryx, se signalent par une voilure plus grande peut-être que celle des rapaces diurnes. Est-ce parce ([ue le mouvement de leurs ailes doit être silencieux et, par conséquent, plus lent ?

Le rapport cliez les hirondelles est très (''levé aussi :

Moyenne. . . . 4,3") 4,9

Marey a trouvé /î =r l,â, et Lendenfeld, pour six cLHermiaations d'hirondelles pesant "ÏO grammes a trouvé 4,0.

Chez les mouettes, goélands,'nous avons trouvé :

P- H. If.

281 Larus ridibundus .... 4,5 4,9

194 Larus atiisella 4,3 4,7

Moyenne 4,6 '6,0

D'autres autours ont donné :

Diomedea exukins '

(Pettigbew). . . .

Lnrus melanocephalus

(Mouillard) . . .

— argentatus

(Harïixg)

— ridibundus

La ni s canus

(Légal etREicHEL) .

Procellaria giganlea

(Mocillard). . . .

]*ufnnus kuhlii

il6

Slerna hirundo

(Légal et Reichel) .

— minuta

— cantiaca

Moyenne de R =4,25 — R'=5,00

Les moueltes et les hirondelles ont donc très sensiblement le même rapport, et il est intéressant de constater que leur vol est très semblable.

:Chez les palmipèdes au contraire le rap)port est très faible :

Cairina moschata 3,4 3,9

Plialacrocorax vigua.. . . . 3,8 4,0

Zebriliis pumilus 3,2 3,5

Plotus anhinga . 3,9 4,0

Aramides chiricota 3,5 3,8

Moyenne 3,58 3,84

Les cliilTies des autres auteurs sont encore plus faibles :

Anser cinereus

An a s

— boscbas

— crecca

— cljpeaia

— querquedula

(Mouillard) . . .

(Légal et Reighel) (Mullenhoff) (Harting) .

(Mouillard)

Moyenne.

Ce sont là des clii tires manifestement plus faibles encore que les nôtres, et qui semblent prouver que chez les Palmi-

1. C'est l'Albatros; l'oiseau volât eur le plus lour'l qu'on connaisse.

pèdes ce sont les canards qui ont le moins de surface alaire ou troncale par rapport à leur poids.

Nous pouvons à un certain point de vue grouper les oiseaux, d'après leur vol, de la manière suivante :

a surtout planeurs p surtout rameurs Y indifféremment rameurs et planeurs.

Notons que tous les oiseaux planeurs sans exception peuvent être des rameurs. Ils sont forcés d'être des rameurs quand ils ont à monter vite, ou en l'absence de vent, ou quand ils veulent s'enfuir. Mais le vol ramé est chez eux si laborieux qu'ils ne peuvent le soutenir longtemps. L'Urubu, par exemple, excellent type de planeur, donne bien rarement plus de 3 ou 4 ou 5 battements d'aile successifs. Après ces 5 battements d'aile, il a acquis assez de vitesse pour planer, et il plane.

Les oiseaux de proie donnent 'des battements d'aile assez longtemps; ils sont cependant surtout planeurs, tandis que le héron est surtout rameur.

La mouette et l'hirondelle, quand il n'y a pas de vent, rament ; mais, dès que le vent est assez fort, elles usent du vent, et par des variations angulaires de leur surface de sustentation se dirigent là oîi elles veulent.

Quant aux petits oiseaux, ils planent rarement. Mais, s'il y a du vent, tous, sans exception, peuvent planer, quoiqu'ils en usent rarement.

Los canards et palmipèdes ne planent pas.

On voit que, pour planer, c'est-à-dire pour se maintenir dans rair, sans battements d'ailes, contre le vent, et avec un vent faible, il faut, selon toute vraisemblance, un rapport assez élevé, plus élevé que pour la moyenne des divers oiseaux, rapport que nous dirons, en chiffres ronds, égal à 0,S0.

Quant au minimum de surface, il est, bien évidemment,

OBSERVATIONS RELATIVES AU VOL DES OISEAUX. 2i5

assez variable, suivant la rapidité du battement des ailes. Lïnsecte a des ailes très petites, et il compense la faiblesse de cette surface par une extrême rapidité dans le battement d'ailes . L'oiseau-mouche bat des ailes si rapidement qu'on ne peut compter leurs battements ; c'est-à-dire que le nombre dépasse 10 par seconde : la persistance (sur la rétine) de l'image des ^iles en mouvement fait qu'on voit l'oiseau comme entouré d'un léger nuage. Il demeure immobile au-dessus des fleurs, comme enveloppé par cette gaze légère [que forme le frémissement onduleux de ses ailes. Nous avons vu des oiseauxmouches, mais nous n'avons pas pu en avoir à notre disposition, sa.ui ÏEupotomen amacrura, qui est de taille relativement élevée, quoiqu'il appartienne à la famille des oiseaux mouches. Il a un rapport normal de 0,42.

Nous avons alors essayé de savoir, si Ton ramène la surface totale de l'oiseau à un rectangle, dont le grand côté serait égal à l'envergure, quel serait le petit côté de ce rectangle. Mais, pour rendre la comparaison facile, il faut faire égal à I le grand côté.

Appelons A le grand côté du rectangle alaire, et B le petit côté :

g nous avons S (surface totale) =] AB- Par conséquent B = — . En le

comparant au rectangle semblable dont A' est égal à 1, nous avons

jI'= n/- -■i- P'ir définition étant 1, nous avons A = -rp : a ou

B' =: -- ; et par conséquent B' = —, . Donc, en divisant la surface A " A"

totale par le carré de l'envergure, on a le petit côté du rectangle

alaire dont le grand côté égale un mètre.

Nous avons mensuré à ce point de vue o3 individus. Soil le grand

■côté du rectangle (envergure) = 1 mètre, le petit côté do rectangle

a été en moyenne de 0,223, avec un maximum de 0, 354 {Ortalis giit-

tata) et un minimum de 0,092 chez la mouette.

Nous ne pouvons donner ici, brevitatis causa, les chifl"res où est indiqué le rapport entre la surface alaire et la surface caudale. Il est extrêmement variable, puisqu'il

'2\^ chari.es richet.

va de 2,i à 47,4. Si nous avions eu des paons, la queue eût été plus grande encore, ou des dindons, ou des oiseaux de paradis. Aussi bien paraît-il évident que la queue n'est pas uniquement un organe destiné au vol. Elle constitue chez nombre d'espèces une décoration, un attribut sexuel, dorncment et de parure.

Restent alors les nombreuses autres espèces, présentant un rapport moyen de 9,2. C'est-à-dire que, si la surface des ailes est de 100, la surface caudale sera voisine de 9.

Toutefois il sera bon de ne prendre que les oiseaux bons voiliers, qui nous intéressent plus particulièrement à cause de l'aviation, et il faudra éliminer les oiseaux volant mal. et plus ou moins incapables de voler en planant pendant longtemps. i

Ne prenons donc pour établir le rapport de la queue aux ailes que les oiseaux dont le rapport (entre la surface alaire et le poids) est supérieur ou égal à 0,48. Nous avons les chiffres suivants :

Rapport de la queue

Rapport de la queue

Jî.

aux ailes.

aux ailes.

La moyenne, qui résulte d'ailleurs de chiffres très peu homogènes, est de 6,8. Chiffre intéressant qui nous indique à peu près quelle doit être la surface de la queue, ■envisagée uniquement comme gouvernail, chez les grands et les petits oiseaux.

Il s'ensuit cette conséquence que, si Ton veut construire une machine volante se rapprochant plus ou moins de la machine volante naturelle, admirable, qu'est l'oiseau, il faudra pour 100 de surface alaire adopter une surface de 6,8 pour le gouvernail.

Nous avons vu plus haut que le rapport de la surface totale à la surface alaire est de 100 à 84. Si donc on l'ait la

Or.SERVAÏIONS RELATIVES AU VOL DES OISEAUX. 217

surface caudale = 7, on a à peu près 9 pour la surface tron- Ciile. Telles seront donc à peu près les proportions de surl'ace chez l'oiseau bon voilier.

Surface totale = 100 Surface troncale = 9

caudale = • 7 ^ ^ — alaire =:84

11 n'est donc pas de relation entre la plus ou moins grande surface alaire, et la largeur du rectangle alaire.

Au contraire il semble bien que les ailes étroites soient l'attribut des volateurs dont le vol est souple et apte à de fréquents virages. Les mouettes et les hirondelles évoluent avec une vitesse et une mobilité exceptionnelles, changeant de direction à chaque instant pour la poursuite d'une proie, proie fugace et mobile aussi, et qui échapperait toujours, si l'oiseau qui poursuit ne pouvait faire de rapides et audacieux virages.

Or chez les mouettes et les hirondelles, le petit côté du rectangle alaire est petit : 0,1 chez les mouettes; 0,17 chez les hirondelles. Il est petit aussi chez les palmipèdes [Zebrilus, Phalacrocorax, Plolus) : chez les Ardéacés il semble assez petit aussi.

Chez les oiseaux de proie nous avons les proportions suivantes :

Glaucidium 0,246

Urubu 0/210

Urubu 0,206

Urubu tinga 0,202

Heterospizias. . . . 0,183

Rupiornis ..... 0,176

Pulsatrix 0,169

Moyenne. . , 0,199

soit de 0,20, alor-i que chez les autres oiseaux il est 0,23 environ.

Nous pouvons aussi établir les données suivantes pour la largeur de l'aile chez les palmipèdes :

Canards 0,186

Plotus 0,129

Phalacrocorax . . . 0,150

Zebrilus 0,098

Moyenne. . . 0,14 ce qui nous donnera :

Moyenne générale. 0,225 Palmipèdes. . . . 0,140

Oiseaux de proie . 0,200 Moueltes 0,100

Hirondelles. . . . 0,170

En résumé l'oiseau pour voler a un rapport moyen de 0,43. Il peut voler, grâce à des battements d'ailes rapides, avec 0,30 de rapport de surface. Mais pour planer il lui faut près de 0,50, avec une surface caudale représentant 7 p. 100 de la surface alaire.

Ce sont ces chiffres que les aviateurs devront bien considérer dans la construction de leurs machines, certainement moins parfaites que les machines animales.

L'HUMORTSME ANCIEN ET L'HUMORISME MODERNE

(23 septembre;! 9 10)

Lorsque notre famille de physiologistes se trouve réunie dans un congrès un peu solennel comme celui-ci, après une absence de trois ans, nous avons beaucoup de choses à nous dire, car l'activité de la recherche physiologique est intense, et il faudrait mentionner les réels progrès qui ont été accomplis après trois ans de labeur. Il serait donc désirable que dans cette première séance les faits nouveaux établis par les physiologistes fussent exposés devant vous. Aussi, lorsque votre illustre président m'a fait le grand honneur de me désigner pour prendre la parole le premier, ai- je tout d'abord pensé à vous donner un rapide compte rendu des travaux effectués depuis 1907. Mais bien vite je me suis dit qu'une telle exposition serait plutôt une revue analytique

220 CHARLES IIICHET.

qu'un discours académique cl relèverait du livre plus que de la parole.

Alors j'ai préféré — ce qui n'est pas moins téméraire — remplacer une analyse technique par une étude de synthèse, une vue d'ensemble sur les tendances de la physiologie contemporaine.

De même que le voyageur, au cours de sa route, après avoir terminé une assez longue étape, s'arrête un instant pour regarder en arrière, mesurant des yeux l'espace qu'il a franchi, et le chemin qui lui reste à parcourir encore; de même nous pouvons nous demander où nous sommes arrivés et d'où nous sommes partis. Nous avons le droit, — le devoir même, — de chercher dans quelles voies va évoluer la science qui nous est si chère, la physiologie, si utile au bonheur de l'homme, la physiologie à laquelle tous ici nous consacrons notre enseignement et nos recherches.

Or il m'a paru, tout bien considéré, que les conceptions physiologiques d'aujourd'hui pouvaient s'exprimer par un mot très ancien, et un peu démodé peut-être, Vhumorisme.

Nous sommes tous à l'heure actuelle, consciemment ou inconsciemment, des humoristes; c'est-à-dire que nous regardons la constitution chimique de nos humeurs comme étant la base de tous les phénomènes biologiques, et nous entendons ce mot d'humeurs dans le sens le plus général ; car nous ne pensons pas seulement aux humeurs circulantes ou sécrétées, comme le sang, la bile, le lait, l'urine et le suc gastrique; mais encore aux liquides qui entrent dans la composition de nos tissus, autrement dit à toutes les substances chimiques dissoutes dont l'organisme vivant se compose.

C'est par l'évolution chimique des substances contenues dans les liquides plasmatiques que se constitue la vie des êtres. Et, en concevant la vie sous cette forme, nous ne l'ai-

Page 1