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QUI GOUVERNE

LA TOXICITÉ DES CORPS SIiMPLES

Par M. Charles Richet.

Exposé.

La relation entre la toxicité des corps simples et leurs propriétés chimiques n'a pas été trouvée encore. Mes recherches de 1881-1886, après les tentatives de Blake et de Rabuteau, sont restées infructueuses. De même, les recherches plus récentes de Mathews et de Robertson' n'ont abouti à aucun résultat pouvant être présenté sous la forme d'une loi.

Il m'a semblé qu'on pouvait trouver la raison de cette toxicité, non pas dans les propriétés chimiques des corps,

1. Voir pour la bibliographie : T. Bkailsford Robertson. Ueber die Verbindungen der Protéine mit anorganischen Substanzen und ihre Bedeutung fur die Lebensvorgànge. Ergebnisse der Physiologie, X, 1910, 322.

mais dans leurs relations avec la vie des êtres. Il est des substances très répandues dans la nature, dans les eaux et dans la terre : elles sont inoffensives. Il est d'autres substances plus rares, ou tout à fait insolubles : elles sont toxiques.

Autrement dit, les corps abondants sont innocents. Les corps rares sont offensifs. Nous examinerons à la fin de ce mémoire quelles conclusions téléologiques on en peut tirer. Nous voulons dabord établir le fait lui-même.

Méthode.

La méthode est très simple. Il ne s'agit pas, en effet, de mesurer le pouvoir toxique en étudiant Faction d'une substance sur un organisme complexe, pourvu d'un système nerveux plus ou moins perfectionné, et de cellules très différenciées : de pareilles déterminations conduiraient à des conclusions assez étranges, et ne comportant pas de loi générale. Par exemple l'oxyde de carbone n'est toxique que pour les animaux possédant de l'hémoglobine; la strychnine n'agit que sur les êtres pourvus de cellules nerveuses. II faut prendre des organismes simples monocellulaires, pour pouvoir conclure à une action toxique qui soit générale.

Le ferment lactique a de grands avantages à cet effet ; car le dosage de l'activité du ferment est un simple dosage acidimétrique, très rapidement et correctement effectué, et on peut admettre comme évident que l'activité vitale du ferment est exactement proportionnelle à l'acidité de la liqueur.

On peut faire, en mettant 25 centimètres cubes de lait dans chaque tube, une cinquantaine d'expériences par jour; et par conséquent très vite avoir des chiffres nombreux et exacts.

La liqueur lactée était du lait ordinaire non bouilli, non

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stérilisé, mélangé à son volume d'eau distillée, additionné de 0 01 par litre de phénolphtaléine, et de quelques gouttes de lessive de potasse en quantité suffisante pour donner à la liqueur une teinte nettement rose pâle.

Le dosage se faisait, au bout d'un temps variable, par une solution de soude contenant 2 grammes de NaOH par litre.

La disposition de l'expérience est très simple aussi. Soit

un corps dont on recherche la toxicité, sans la connaître

déjà : le lait non dilué est mélangé avec une solution de

titre A. La solution est ■^-. Puis ce lait est additionné de

son volume de tait dilué : le titre sera -r ; et ainsi de suite.

Le dosage de ces liqueurs, au bout de vingt-quatre heures, donnera une première indication approximative sur la toxicité de A, et on pourra ensuite, par des expériences ultérieures, préciser davantage la dose toxique.

J'ai pris comme mesure (très arbitraire) de la toxicité la quantité de sel diminuant de moitié l'activité de la fermentation.

Soit le tube témoin ayant une acidité de 100; si, pour du lait mélangé à des quantités variables de sulfate de cobalt, par exemple, nous trouvons

pour 25 de cobalt Acrr=0

— 12 — Ac = 25

— 6 — Ac = 45 3 — Ac = 90

nous conclurons que la limite de toxicité est entre 6 et 3 :

même on peut supposer qu'entre 6 et 3 la progression de

45 à 90 est régulière, et que de 6 à 3 de cobalt par litre il y a

une acidité croissant de 45 à 90, soit de 45 pour 3 de cobalt,

soit 1 d'acide répondant à rrr de cobalt. Alors lacidité de ^ 45

SO, encore qu'elle n'ait pas été mesurée directement, sera

voisine de 6 — tt; X S, c'est-à-dire 6 — 0,33; ce qui per-

mettra de dire que la dose toxique limite du cobalt est 5,66.

Mes travaux déjà anciens sur la toxicité des métaux alcalins, et toutes les recherches contemporaines sur l'osmose, ont établi en toute évidence que les actions chimiques sont proportionnelles aux poids moléculaires; par exemple qu'on peut et même qu'on doit comparer l'action de 42 grammes de chlorure de lithium (LiCl) à Faction de 74 grammes de chlorure de potassium (KCl). La seule difficulté qui se présente est de savoir si, quand la molécule a deux atomes de métal K^SO'% on peut la comparer à la molécule n'ayant qu'un atome de métal. Cependant, afin de rendre tous nos chiffres homogènes, nous prendrons toujours le poids moléculaire comme unité, même quand il y aura un, deux ou trois atomes de métal dans la molécule.

A vrai dire, dans l'étude que nous faisons ici, cela est sans grande importance ; car la comparaison ne peut porter que sur des métaux ayant même atomicité.

Il importe de séparer les données relatives tantôt à une fermentation de 12-16 heures, tantôt à une fermentation de 40-44 heures, et même plus prolongée. De là, deux séries de chiffres que nous ne confondrons pas.

Les quantités d'acide lactique formé, évaluées en poids absolu de NaOH, varient entre l^"", 5 et 5 grammes par litre.

Tous les chiffres donnés pour indiquer les concentrations des solutions employées sont exprimés en dix millièmes de molécules gramme par litre de la liqueur lactée. Ainsi, le poids de la molécule de LiCl étant 42, si j'écris LiCl (5 000),

cela veut dire , „ ^„„ de molécule gramme, soit 0 mol. 5 par 10 000 ° ^

litre, soit 21 grammes de LiCl par litre de lait.

Je ne donnerai pas ici tous les chiffres obtenus, pour ne

pas allonger inutilement ce mémoire. D'abord je me contenterai de citer quelques exemples, choisis parmi les plus nets ; puis je donnerai la moyenne des diverses expériences qui permettent d'établir la toxicité comparée des divers sels. (Je rappelle que, par définition arbitraire, je dénommerai dose toxique la dose qui diminue de moitié l'acidité de la liqueur lactée, et par conséquent l'activité vitale du ferment lactique.)

Exemples comparatifs*. ,

{L'acidité des témoins est toujours supposée égale à 400.)

Exemple I

Dose moléculaire

par litre.

Ca (C2H302)^.

Si

Exemple 11

Zn (SO*).

Cd (SO*).

Exemple III

Pb (Az03)2.

Tl (Az03)2.

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