RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS
Dans les ouvrages, notices, discours qui viennent d'être publiés sur la vivisection, et généralement contre la vivisection, je trouve diverses assertions erronées qu'il importe de relever. Je le ferai brièvement.
Cependant il en est une qui me paraît assez juste, c'est que, dans les traités de physiologie, on ne parle pas assez de la vivisection, de ses limites et de ses abus. On devrait, au début d'un traité de physiologie, nettement déclarer qu'il y a toujours quelque cruauté dans une vivisection, faite sans chloroforme; et que le chloroforme doit être administré le plus souvent possible, c'est-à-dire presque toujours. Il est bon qu'avant d'initier les élèves en médecine à l'étude de la vie on leur enseigne aussi le respect de la douleur animale. Apprenons-leur qu'il faut toujours agir avec assez d'humanité pour que l'animal ne souffre pas ou presque pas.
Je reconnais volontiers que l'absence de ce premier précepte moral est une lacune dans la plupart des traités de physiologie.
Mais voilà à peu près tout ce que je peux accorder aux antivivisecteurs ; car vraiment ils se livrent à des affirmations si baroques qu'on en est déconcerté.
Il en est qui prétendent que les physiologistes devraient se prendre eux-mêmes comme objet de vivisection ! Torturer un chien, c'est tout aussi criminel que de torturer un enfant, d'après eux : et la douleur de l'animal est aussi respectable que la douleur de l'homme! Mais vraiment ce paradoxe ne peut être pris au sérieux. Si l'on admet cela, évidemment, la cause est entendue. Mais on ne peut pas l'admettre, et toute notre argumentation repose sur ce principe, qui paraît évident, qu'il y a une différence de hiérarchie entre les êtres vivants.
Supposons une ville assiégée et réduite à la famine. Vat-on prétendre qu'il faut sacrifier les soldats avant les chevaux, les ânes, les mulets? Cependant le cas est le même : c'est pour éviter la mort à des êtres humains qu'on met à mort des souris et des cobayes.
Nier la hiérarchie des êtres vivants, c'est nier l'évidence.
Une grenouille est un animal plus noble qu'un oursin : un chien est un animal plus noble qu'une grenouille : un homme est plus noble qu'un chien : car il y a des degrés dans l'intelligence, par conséquent dans la capacité à la douleur, et dans la qualité de la douleur, chez ces quatre groupes animaux; Toursin, la grenouille, le chien et l'homme.
Les antivivisecteurs n'admettent pas les mouvements réflexes (qu'ils n'ont pas bien compris, d'ailleurs), et ils s'apitoient sur les chiens de Goltz et d'EwALo, lesquels ont subi des mutilations cérébrales qui leur enlèvent toute spontanéité intellectuelle, et les empêchent de manger spontanément. Mais chez ces chiens, précisément, comme il n'y a plus de spontanéité, il n'y a plus de conscience de la douleur. Ils sont donc, de tous les êtres de la création, ceux qui méritent le moins d'être plaints; car ils sont protégés contre la douleur par l'ablation même du cerveau, centre de la douleur.
C'est par couardise, disent-ils encore, par une lâche peur des maladies, que l'on ferait des vivisections. Mais vraiment avoir peur de la maladie (pour soi ou les siens, ou ses compatriotes, ou même des hommes quelconques) ce n'est pas de la couardise. Je ne suis ni poltron, ni couard; mais je serais très fâché d'être atteint de tuberculose ou de cancer. Je ne rougis pas de dire qu'il me serait fort désagréable d'être pendu; quoique la pendaison soit beaucoup moins pénible que la tuberculose ou le cancer. J'aimerais mieux, s'il fallait à toutes forces un pendu, que ce fût un lapin plutôt que moi ; et je ne tendrais pas le cou pour éviter ce supplice à un chien.
L'état d'âme des antivivisecteurs me paraît d'ailleurs bien singulier, puisqu'ils n'ont pas peur pour l'homme des maladies, mais qu'ils les redoutent pour l'animal. Si la douleur n'est qu'un vain mot, suivant la célèbre phrase de Zenon, pourquoi n'applique-t-on pas cette belle maxime à l'animal?
78 CHARLES RIGHET.
Sir James THORNTO^' [The imncipal daims on behalf of vivisection. London (1907) a tenté de dresser la liste des contradictions qui se trouvent dans les traités de physiologie. Il aurait pu beaucoup allonger ce chapitre ; car les contradictions sont innombrables; ce qui prouve, non que la vivisection est inutile, mais qu'elle est difficile. Que diraient les chimistes si on venait leur soutenir que l'analyse chimique est absurde, parce qu'il y a des contradictions entre les chimistes? Ils continueraient, et avec raison, à faire des analyses; car ils savent que c'est un instrument nécessaire, quoique imparfait : de même nous continuerons à faire des vivisections, tout en sachant fort bien que c'est un instrument nécessaire et imparfait.
Dans une conférence contradictoire sur la vivisection, une voix s'est élevée pour dire que Lister était a brute. Après cela il faut, comme on dit, tirer l' échelle : ce qui veut dire qu'on ne peut rien imaginer de plus inepte.
Hélas! quelque chose de plus inepte a cependant été dit; et je livre cette prodigieuse et audacieuse assertion au jugement de tout homme de cœur et de sens. Il s'agit de la bactériologie. L'auteur, après avoir osé dire que les microbes ne sont pas la cause des maladies, se réfugie derrière l'opinion de Lawson Tait (cité par Mon a Cairo. 2'he inquisition of science, p. 20).
« Such experiments never hâve succeeded and never can; and they hâve, as in the cases of Koch, Pasteur and Lister, not only hindered true progress, but theij hâve covered our profession with ridicule l »
Voilà, n'est-il pas vrai, de quoi on peut être confondu ; et je crois bien que Koch, Pasteur et Lister, ces grands bienfaiteurs, pourraient dire en réponse. « Pardonnez-leur : ils ne savent pas ce qu'ils disent! »
En résumé les objections des vivisecteurs seront irréfutables quand on aura prouvé : 1° que l'homme n'a pas le
droit de tuer l'animal; 2° que la souffrance d'un animal est aussi respectable que la souffrance d'un homme ; 3° que le malheur d'un individu est chose aussi sacrée que le malheur de cent mille individus,
A ces trois assertions qui, selon moi, offensent le bon sens le plus élémentaire, il n'y a pas d'autre réponse à faire que de les mentionner dans toute leur nudité.
Quant à la polémique des antivivisecteurs sur l'inutilité de la phj^siologie, les contradictions des physiologistes, ce n'est qu'un tissu d'erreurs et d'ignorances.
Par H. Busquet et V. Pachon.
L'action suspensive qu'exercent sur l'action cardio-inhibitrice du vague les solutions isotoniques de sels de sodium, employées comme liquides de circulation artificielle à travers le cœur\ peut recevoir de multiples interprétations. L'irrigation saline sodique peut agir par simple effet de lavage, entraînant la ou les substances nécessaires à la manifestation de l'effet inhibiteur. Ou bien elle peut constituer pour la fibre musculaire (dans la conception myogène) ou pour les appareils moteurs des diverses parties de l'organe cardiaque (dans la conception neurogène) une excitation chimique de nature spéciale, vis-à-vis de laquelle l'appareil d'arrêt non adapté se trouve impuissant. Ou bien encore la solution sodique est directement toxique pour cet appareil. Il s'agit là, on le voit, de phénomènes complexes, qu'une seule interprétation n'englobe pas nécessairement.
Mais quelle que soit l'interprétation que l'on doive définitivement retenir, ou bien que les diverses causes envisa-
1. H. Busquet et V. Pachon, Inhibition cardiaque et sels de sodium. Comptes rendus de la Société de Biologie^ LXV, 571.
gées s'associent entre elles, il ressort, pour le moins, que les solutions de sels de sodium que nous avons examinées, et, en particulier, l'eau salée physiologique, sont inaptes à assurer le fonctionnement de l'appareil inhibiteur cardiaque. Le milieu intérieur contient donc, à l'état normal, des éléments, ou peut-être même un élément, dont la présence à côté du sodium est nécessaire pour permettre le fonctionnement de l'appareil d'arrêt du cœur. Guidés par le point de vue général que nous avons exposé au début de notre précédente note, nous avons recherché tout d'abord l'influence propre des éléments inorganiques du sang. Cette étude analytique nous a révélé V importance capitale du calcium dans la production de C inhibition cardiaque.
Technique. — La technique générale suivie a été celle indiquée dans notre note précédente. Pour les recherches actuelles, nous devions seulement satisfaire à un desideratum particulier : pouvoir comparer rapidement et facilement entre elles — et sur le même cœur — diverses solutions, à un moment donné de l'expérience. Pour ce, la canule fixée à la veine cave ascendante de la grenouille est mise en communication avec un système de burettes multiples disposées en tubes de Mariotte, contenant les diverses solutions en expérience, et qu'un jeu approprié de robinets permet de substituer immédiatement l'une à l'autre, c'est-à-dire de faire passer alternativement et à volonté dans le cœur. Les liquides pénètrent à l'orifice de la veine cave sous une pression constante de 2 centimètres et demi d'eau. Les excitations du pneumogastrique et du sinus sont faites pendant le passage de chacune des solutions respectives, et répétées à divers moments de ce passage.
I. — Nos expériences nous ont tout d'abord permis de constater que les solutions isotoniques de sels de Na que nous avons étudiées (NaCl, ClO^Na, AzO'^Na, Nali, inaptes par elles-mêmes à maintenir la fonction cardio-inhibitrice, acquièrent cette faculté par addition de chlorure de calcium.
En effet, alors que le passage de 2 à 6 centimètres cubes de solution sodique suffit ordinairement à abolir l'action modératrice du vague, 33 à 40 centimètres cubes d'une solu-