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Zeitschr. f. Immunit atsfovscliung , Réf., i

L'ANAPHYLAXIE ALIMENTAIRE. 405

d'une part, et moi-même de l'autre (ou mes élèves, Gh. Ri- CHET fils, G. Laroche, Saint-Girons, Ed. Lesné et L. Dreyfus, Barnathan ) , nous avons pu établir cette anaphylaxie alimentaire que Arthus et Besredka n'avaient pu retrouver pour confirmer les expériences de Rosenau et Anderson'.

Comme nous l'avons vu plus haut, nous classons Tanaphylaxie alimentaire en trois genres :

A. A. Ingestion préparante alimentaire (A.) et ingestion déchaînante alimentaire (A.);

A. I. Ingestion préparante alimentaire (A.) et injection veineuse déchaînante (I.) ;

I. A. Injection veineuse préparante (1.) et ingestion déchaînante alimentaire ;

Les expériences de Rosenau et Anderson sont donc du genre A. I.

J'ai fait d'abord (en 1911) sur des chiens des expériences du même genre (A. L), Les résultats ont été absolument négatifs pour trois chiens nourris au lait".

Sur trois chiens nourris à l'albumine d'œuf, puis injectés à l'albumine d'œuf, un seul a eu quelques symptômes, un passager et léger prurit. Sur les trois chiens nourris à la viande de cheval, puis injectés 40 jours après le début de cette alimentation avec du sérum musculaire de cheval, un seul a eu des symptômes anaphylactiques; mais ils furent très nets; fatigue extrême, avec prostration et à peine la possibilité de marcher. En outre l'animal a présenté un

']. Voici les indications bil)liographiques de ces divers travaux : Barn^than (L.), De l'anaphylaxie alimentaire, Th. de Paris 1911, p. 80. — Bouteil (M.), Des voies d'introduction des substances anaphylactiques, Th. de Paris, 1909. Lesné (Ed,) et Dreyfus (L.), Sur-la réalité de l'anaphylaxie par les voies digestives; rôle de l'acide chlorhydrique, du suc gastrique et du suc pancréatique. But. de laSoc. de Biol. 28 janvierd911. —G. Laroche, Gh. Richet fils et Saint-Girons, Anaphylaxie alimentaire lactée, Arch. de méd. expe'r., nov. 1911 a[ia.r\esRicnET:,L' Anaphylaxie, 1911, 1 vol., 12°, Alcan, pp. 216-18. — De l'Anaphylaxie alimentaire par la crépitine,^n?i. de Vlntitut Pasteur, 1911, xxv, 580- 92. — G. Wells et Th. Osborne, The Biological Reactions of the Vegetable Proteins, Journ of Infections Diseases, 1911, viii. No. 1, 66-124.

2. Exp. rapportées dans mon livre sur l'Anaphylaxie, 1911, 216-18.

phénomène qui permet vraiment de conclure; c'est que, pendant fiiijection même il s est rétabli, et que l'int€7isité des 'phénomènes n'a pas augmenté avec la dose; ce qui est la caractéristique de la vraie anaphylaxie.

Il résultait de ces expériences, les premières, croyonsnous, qui aient été faites sur l'anaphylaxie alimentaire du chien, que l'ingestion alimentaire amène quelquefois, mais non toujours, un léger degré d'anaphylaxie

J'ai essayé alors d'aborder le même problème par une voie un peu différente. Des expériences antérieures m'avaient appris que les animaux en état d'anaphylaxie (par la crépitine) gardaient pendant près de six mois une leucocytose marquée (18 000 au lieu de 10 000 globules blancs par millimètre cube). Alors j'ai essayé de voir, avec P. Lassablière, comment se comportaient des chiens nourris à la viande crue au point de vue de la leucocytose digestive.

La comparaison est d'autant plus légitime que la digestion de la viande cuite et celle de la viande crue se font dans des conditions presque identiques. Soit m viti^o, soit in vivo, on ne peut guère les différencier pour la rapidité ou la qualité des processus digestifs.

Jusqu'alors on admettait que tout travail digestif produit un certain degré de leucocytose ; mais on n'avait guère distingué la digestion de viande crue ou de viande cuite. Gh. CoT, dans sa très bonne thèse inaugurale*, avait constaté, sans y insister, que la viande de bœuf, surtout quand elle est crue, provoque une forte leucocytose digestive ; mais il ne donnait pas de chiffres comparatifs.

En reprenant cette étude avec P. Lassablière, nous pûmes constater que, six heures après l'ingestion de viande crue, la leucocytose était très accentuée; on ne l'observait après la digestion de viande cuite que si les quantités étaient considérables.

1. Contribution à l'étude de la leucocytose digestive chez le cJiien normal et chez le chien splénectomisé, Th. de Lyon, 1903.

L'ANAPHYLAXIE ALIMENTAIRE.

Soit 100 le nombre moyen de leucocytes (et ce chiffre est très exact en valeur absolue par centième de millimètre cube de sang de chien, en moyenne) on a trouvé :

Viande crue.

Nombre d'expériences.

Quantité de viande

(de cheval)

(en grammes)

ingérée par kilogramme

d'animal.

Nombre moyen

de leucocytes

par centième

de millimètre cube.

De 15 à 20

De 30 à 50

De 80 à 150

Viande cuite.

De 30 à 50

De 125 à 160

Dans une autre série de dix expériences on a donné la même quantité de viande (60 gr. par kil.) à des chiens, et on a trouvé les chiffres leucocytaires suivants :

Cuite.

Crue.

Viande de porc

Viande de mouton

Viande de cheval

HO

Viande de bœuf

Viande de veau

Moyennes. .

Ainsi l'expérience directe prouve qu'il y a leucocytose après l'ingestion de viande crue, et qu'il n'y a pas leucocytose après l'ingestion de viande cuite.

Alors nous séparâmes dans la viande crue les albumines solubles (jus de viande) et les albumines insolubles (viande lavée, fibrine musculaire) ; et il fut facile de constater que le jus de viande provoque une évidente leucocytose.

408 CHARÏ.ES RICHET.

Quantité de jus

de viande

(de cheval)

Nombre

(on grammes)

Nombre moyen]

d'expériences.

par kilogramme.

de

leucocytes.

De 50 à 70

De 165 à 200 Viande lavée.

De oO à 200

Tous ces faits, parfaitement cohérents, comportent une conclusion presque évidente; c'est que les albumines solubles, quand elles sont introduites par l'alimentation dans le tube digestif, ne sont pas toutes, sans exception, transformées parles sucs digestifs. Il en est quelques-unes qui échappent, et celles-là, passant dans le sang, déterminent une réaction leucocytaire.

On peut donc faire l'hypothèse suivante, non seulement vraisemblable, mais presque nécessaire : ces albumines non-transformées par la digestion, qui passent dans le sang, deviennent des antigènes, et sont alors aptes à provoquer l'état anaphylactique tout aussi bien qu'une injection intraveineuse.

Avec le lait et l'œuf, sur le cobaye, des résultats très nets ont été obtenus par G. Laroche, Gh. Richet fils et Saint- Girons (de 1911 à 1913).

En soumettant des cobayes à une alimentation composée exclusivement d'une bouillie de pain (150 gr.) et de lait (900 gr.), ces auteurs ont pu constater la sensibilisation anaphylactique dans une proportion de 25 à 80 pour cent selon les séries. Mais c'était toujours la modalité A. 1. ; c'est-à-dire ingestion alimentaire d'abord, puis injection déchaînante (péritonéale).

Le lait cru et le lait cuit ont à peu près la même action : Besredka, faisant des essais d'anaphylaxie lactée par des injections sous-cutanées ou veineuses, avait d'ailleurs admis que l'ébullition du lait ne détruit pas les albumines anaphylactiques.

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La spécificité de l'anaphylaxie n'a pas été absolue. Des cobayes ayant reçu dans leur alimentation du lait de vache, ont réagi à une injection déchaînante de lait de femme, de lait d'ânesse.

De même pour l'albumine. En nourrissant pendant plusieurs jours des cobayes avec un à deux œufs par animal, mêlés à leurs aliments, ces auteurs ont vu l'injection déchaînante intra-péritonéale provoquer des anaphylaxies très nettes. Mais, de même que Rosenau et Anderson pour la viande crue, il fallait donner des quantités fortes.

En même temps que se publiaient ces divers travaux en Europe, Wells et Osborne, à la suite de recherches excellentes, constataient en Amérique à peu près les mômes phénomènes.

Gedeon Wells et Th. Osborxe, au 1*='' janvier 1911, étudient avec une grande précision et dans des expériences nombreuses l'action anaphylactisantc et immunisante des albumines végétales (très purifiées et extraites de Zea Mays, Cannabis sativa, Bicinus communis, Cuciirhitamaxima^ etc.).

L'anaphylaxie alimentaire totale (A. A.) n'a pas été étudiée; mais seulement le type A. L Dans ce cas on obtient quelques effets, mais assez peu marqués. Des cobayes nourris à l'avoine, recevant la protéine de l'avoine en injections (péritonéales) à la dose de Os%l, furent légèrement malades [after onehour or longer seemed slightly ill, inclined to lie doion, and the coat became rough), sans que les troubles paraissent ressembler à une anaphylaxie véritable. Toutefois Wells et Osborne arrivèrent à cette importante conclusion que ces alimentations spéciales avec des albumines végétales produisent une vraie immunité, beaucoup plus facile à constater que l'anaphylaxie, qui est douteuse, si tant est qu'elle existe, quand l'albumine végétale est donnée par le tube digestif.

D'autre part ils ont obtenu de très belles et constantes anaphylaxies en faisant des injections péritonéales, même à

de petites doses. Mais d'après eux, si en général l'on neconstate pas l'anaphylaxie alimentaire, c'est parce qu'il se produit de l'immunité à la suite d'une lougue et prolongée alimentation. Et, en effet, en nourrissant des cobayes avec du lait de vache, du sang de bœuf, et de l'ovalbumine, G. Wells et Osborne ont pu sensibiliser des cobayes. Au bout d'un mois ces cobayes étaient plus sensibles qu'au bout de deux mois, de sorte que vraisemblablement un commencement d'immunité commençait à s'établir. Si, avec des albumines végétales, en aliments, l'immunité apparaît, c'est qu'on peut continuer beaucoup plus longtemps, chez le cobaye, l'alimentation végétale que l'alimentation animale.

Avec la crépitine, j'ai pu étudier dans ses trois modalités l'anaphylaxie alimentaire (A. A., A. I., 1. A.).

A. A. Ingestion alimentaire préparante ; ingestion alimentaire déchaînante. Il y eut des anaphylaxies moyennes, évidentes. Quand un animal ingère pour la première fois de la crépitine, jamais il ne vomit. Quand il en ingère (après un intervalle de trois semaines) pour la seconde fois, il vomit toujours. C'est le vomissement anaphylactique protecteur.

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