UN NOUVEAU TYPE D'AN APH YLAXIE
est impuissant à provoquer quelque changement dans la proportion des leucocytes du sang, mais qu'il agit puissamment sur les tissus pour y déterminer des altérations, de sortequecesontces produits d'altération qui sont anaphylactisants. M. Bouchard, il y a longtemps, a déterminé les conditions de la néphrite chloroformique (1876-1884), môme après de petites doses de chloroforme (0^^5 pour un lapin) {Gaz. hebd. de Médecine et de Chirurgie, 1884). Plus tard de nombreux expérimentateurs ont établi que les cellules hépatiques étaient altérées par l'intoxication chloroformique. Il faut donc admettre que par des inhalations de chloroforme il se fait une désintégration des albumines hépatiques et rénales, et que, par suite de cette altération, il passe dans le sang certaines albumines hétérogènes qui se comportent comme de véritables antigènes vis-à-vis du sang. L'inhalation de chloroforme est comparable à des injections d'albumine hétérogène, qui se feraient vers le deuxième ou troisième jour ^
6° Alors il semble que tout devienne simple. La première chloroformisation équivaut à nne injection d'albumine hétérogène faite vers le deuxième jour (injection préparante). Cette albumine, probablement assez peu offensive, est insuffisante pour déterminer de la leucocytose-, mais suffisante pour anaphylactiser. Aussi, quand l'animal a été chloro-
1. Pour les travaux relatifs aux altérations hépatiques, on consultera au point de vue bibliographique Nicloux et Fourquier, L'anesthésie chloroformique [Presse médicale, G juillet 1912).
E. Vidal, il y a plusieurs années, a étudié méthodiquement, dans mon laboratoire, les effets chimiques à longue dislance des inhalations chloroformiques : Influence des inhalations chloroformiques su?' les phénomènes chimiques de l'organisme (Trav. du Laboratoire de Physiologie de la Faculté de Médecine de Paris, IV, 1898, 412-361).
2. 11 se fait cependant une perte de poids vif appréciable. Après la première chloroformisation, les animaux perdent en 15 jours 4 ou S pour 100 de leur poids en moyenne. La seconde chloroformisation est sans effet sur le poids : c'est probablement parce que ces chiens avaient pei-du, lors de la première chloroformisation, à peuprès tout le poids corporel qu'ils pouvaient perdre sans dommage ; poids de luxe, de quelques auteurs.
formé une seconde fois, comme cette seconde chloroformisation entraîne une seconde dislocation d'albumine, et par conséquent équivaut à une seconde injection hétérogène, observe-t-on, du deuxième au dixième jour, un symptôme anaphylactique éclatant, qui est la leucocytose.
Le chloroforme n'a donc pas agi par lui-même, mais par les albumines du protoplasme qu'il a disloquées, et dont les produits ont été déversés dans le sang : la première fois sans effet autre que Aq préparer l'état anaphylactique ; la seconde fois pour déchaîner l'anaphylaxie.
Ce n'est donc pas une anaphylaxie directe, mais une anaphylaxie indirecte.
7° En résumé, il me paraît qu'on peut maintenant ranger les substances anaphylactisantes en deux groupes : 1° les substances qui provoquent immédiatement l'anaphylaxie, en quelques minutes, voire en quelques secondes; car, dès qu'elles pénètrent dans le sang, elles amènent brutalement le choc anaphylactique : c'est l'anaphylaxie immédiate, directe, la seule d'ailleurs que l'on connaît jusqu'à présent : et ces substances sont toujours des matières colloïdes ; 2° les substances qui provoquent tardivement l'anaphylaxie. Elles n'agissent pas directement sur le sang, mais indirectement, en altérant les albumines normales des tissus. Une première action passe inaperçue, elle n'est que préparante; mais la seconde action est offensive, elle est déchaînante : c'est l'anaphylaxie tardive. Elle est indirecte, car les effets ^anaphylactiques semblent dus au passage de ces albumines hétérogènes dans le sang et non à l'action directe du chloroforme sur le sang.
Il est possible qu'en pathologie cette anaphylaxie indirecte joue un rôle aussi important, quoique inconnu encore, que l'anaphylaxie directe.