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II. — DES EFFETS ANTITOXIQUES PARALLÈLES AUX EFFETS ANAPHYLACTIQUES

Ce qui complique singulièrement le problème, c'est que la puissance anaphylactique du venin des Actinies est associée à une autre action antagoniste qui produit l’immunité.

On a donc dans le même liquide deux effets tout opposés, dus probablement, ainsi que je le dirai tout à l'heure, à deux substances distinctes. Il y à immunité de l’animai d’une part, et d'autre part sensibilité plus grande; prophylaxie et anaphylaxie tout à la fois.

if Voyez sur les détails de préparation, que je ne puis pas aborder ici, les mémoires pré sentés à la) Sociélé de Biologie de Paris, ainsi que divers mémoires qu'on trouvera plus loin dans ce volume.

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Ce qui frappe d'abord dans les effets anaphylactiques, c'est leur soudaineté. À peine l'injection est-elle terminée, comme nous l'avons vu pour Neptune et Pierrette, les accidents éclatent, formidables, irrésistibles.

Le 29 avril, on injecte à # chiens les doses suivantes :

Fracasse. . . . . . 0,15 anaphylactisé au 74° jour. Angélique : … . .,. 0,16 — au 72 —- Hernani , . . . . . 0,20 chien témoin.

Dofla Sol:2s. à: 2°, 0,45 —

Hernant et Doña Sol sont à peine malades. Hernant est un peu engourdi et endormi. Doña Sol a des démangeaisons modérées et une soif vive; elle est à peine malade.

Au contraire, tout de suite après l'injection, Fracasse et Angélique sont mourants. Fracasse, une minute après l’injection, a des vomissements intenses. La respiration est difficile, anhélante, mêlée d'écume. Il s'étend sur le flanc, immobile et insensible, sans réactions, ni réflexes. Il urine sous lui, et paraît mourant. Un quart d'heure après l’injeclion, il se relève pour déféquer des matières liquides, muqueuses, sanguinolentes, avec un ténesme rectal intense. Il meurt trois heures et demie après l'injection.

Pour Angélique, les symptômes sontles mêmes que pour Fracasse, aussi immédiats et aussi intenses. Une demi-heure après l'injection, elle est mourante, sur le flanc, avec des tremblements demi-convulsifs et une diarrhée sanguinolente profuse; ténesme rectal intense. Elle meurt dans la nuit, et n'a probablement survécu que quelques heures.

Les doses de 0,20 (pour Æernani) et 0,15 (pour Doña Sol) ont été cependant mortelles pour ces deux animaux; mais la mort n'est survenue que tardivement, de sorte que ce qui caractérise surtout l'anaphylaxie, c’est la soudaineté et la violence des accidents, plus que la diminution de la dose mortelle. Le 30 avril, Doña Sol paraît bien portante. Son poids, de 54,4 le 24 avril, est de 5 kilogrammes

le 4% mai; elle ne paraît pas trop malade; elle meurt le 4 mai. Quant à Hernani, qui avait reçu une dose plus forte que Fracasse et Angélique, le 30 avril, il est un peu engourdi, comme fatigué, mais ne parait pas malade. Le 1° mal cependant, il est assez malade, titubant, ne mangeant plus, ayant une soif très vive (T—37,5). Le 2 mai, il est mourant, inerte, et il meurt dans la nuit du 2 au 3 mai. L'expérience la plus caractéristique est la suivante. Le 24 mars 1902, on injecte quatre chiens, dont deux témoins et deux injectés antérieurement.

Gorgibus, chien témain . . . . . 0,13 Don Luis, — RER TR LL Arlequine, injectée 4 fois. . . . . 0,11 Colombine — RS

Immédiatement après l'injection, Ar/equine et Colombine sont extrêmement malades, et de la même manière. Elles sont couchées par terre, ne se relevant que pour défécations sanglantes, avec ténesme rectal intense, et vomissements réitérés. Au contraire, Gorjibus et Don Luis sont à peine malades. Gorgibus n'a que des démangeaisons sans vomissements. Don Luis, après une courte période de vomissements alimentaires, paraît tranquille et nullement malade. Mais, malgré cette apparente immunité, Don Luis el Gorgibus meurent les Jours suivants (Don Luis le quatrième jour; Gorgibus le neuvième jour). Quant à Arlequine et à Colombine, Arlequine meurt au bout de quatre heures; mais Colombine survit.

Voici encore un autre cas dans lequel il y a eu à la fois anaphylaxie et prophylaxie

Deux chiens, Argante et Anemonio, ont recu des injections antérieures, non pas tout à fait de l’extrait glycérique, mais d'un virus actinique un peu diversement préparé; (Argante, 6T jours auparavant, Anemonio, 58 jours aupara-

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vant). Ils reçoivent les mêmes doses 0,15 du même liquide qui a été injecté à Fracasse et Angélique, Doña Sol et Hernani; mais le 30 avril au lieu du 29 avril. Ils sont tout de suite malades. Argante, immédiatement après l'injection, est comme foudroyé. Insensibilité presque complète. Il tombe sur le flanc. Défécation, diarrhée, ténesme. Il n’a pas la force de se trainer, et va sous lui. L’urine, les vomissements et la défécation se mélangent. Dix minutes après l'injection, il est mourant. Cependant, il se relève en titubant, dans une attitude de demi-hypnose et de demi-contracture. Le lendemain, il est à peine malade (30 avril, 13ke,5 — 2 mai, 12k4r,8 — 6 mai, 126,2 — 15 mai, 13 kilogr.); finalement il survit. Anemonio est presque aussi malade qu’Argante. Il tombe sur le flanc, immédiatement après l'injection. Respiration anhélante, difficile. Mais il survit.

Ainsi, voici deux chiens dont l’état a été de suite absolument grave, mais qui se sont remis, alors que Doña Sol et Hernant, qui avaient reçu la même dose et qui n'étaient presque pas malades, sont morts. Argante et Anemonio étaient anaphylactisés, ce qui est évident par l'intensité et la soudaineté des accidents immédiats; mais ils étaient aussi prophylachisés, comme cela apparaît par leur survie.

Avant de tenter l'explication de ces faits, d'apparence paradoxale, je dois mentionner une autre expérience, dans laquelle il est prouvé que des doses différentes ont une même action anaphylactique, mais n’ont pas la même action prophylactique.

Le 15 mai, on injecte à trois chiens témoins’ 0,15 d’actünotoxine pour chacun, et 0,15 aussi à deux chiens : Caro, ayant reçu antérieurement le 30 avril 0,15 d’actinotoxine, et Bassetle, ayant reçu le 15 avril 0,10 d’actinotoxine. Caro et Bassette sont tout de suite très malades, tandis que les

1. Deux de ces chiens témoins avaient antérieurement recu en injection un liquide organique, que nous savons maintenant être inactif (corps des Velella : c'étaient Loustica et Jaunet.

trois autrès, sauf quelques vomissements, paraissent indemnes. Caro tombe sur le flanc, vomit, est presque Insensible, et ne peut se relever. Bassette est encore plus malade ; elle est mourante, respirant à peine, si bien qu'on peut la croire morte. Cependant, un quart d'heure après l'injection, elle se relève avec diarrhée profuse, sanguinolente, et ténesme rectal. Elle meurt dans la nuit. Au contraire, Caro survit; et on peut se demander si, après ces effets anaphylactiques éclatants, la survie ne serait pas due à ce que Ja dose antérieure d’actinotoxine a été plus forte pour lui que pour Bassette. Peut-être est-ce aussi dû à un intervalle de temps moins considérable; trente jours d’anaphylaxie pour Bassette, el quinze jours pour Caro.

. IV. — coNcCLUSIONS ET THÉORIE

I n'est pas difficile d'expliquer le double effet, anaphylactique et prophylactique, de la toxine actinienne, si l’on suppose que les tentacules des Actinies cèdent à la glycérine deux poisons différents; l’un anaphylactique, l’autre prophylactique.

J'ai été assez heureux pour séparer ces deux poisons et reconnaitre à l’un et à l’autre des propriétés chimiques et physiologiques très différentes. Les physiologistes auraient probablement, bien avant moi, réussi à faire cette même séparation pour les autres virus et venins, s'ils avaient eu à leur disposition des quantités suffisantes: mais je ne sache pas qu'on ait eu 40 kilogrammes d’un venin (dans la glycé- «ine) assez actif pour tuer un chien à la dose de 0c,05 par kilogramme. Aussi suis-je convaincu que, jusqu’à présent, on ne possède pas de produit plus avantageux que le virus des Actinies pour faire l'étude méthodique des venins.

Les deux substances qui s’y trouvent (parmi plusieurs autres que je n'ai pas réussi à isoler) sont la {halassine et la congestline.

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La thalassine, que j'ai pu extraire cristallisée, est une amine complexe, soluble dans l'alcool à 60 p. 100; insoluble dans l'alcool absolu, résistant à l'ébullition, assez peu toxique, mais provoquant, à la très faible dose de 0,0003 par kilogramme des démangeaisons intenses, quelquefois même, chez certains chiens sensibles, elle agit à la dose de 0,0001 par kilogramme. Elle est prophylactique, c'est-à-dire qu'elle confère aux animaux une immunité relative. Elle contient 10 p. 100 d'azote.

La congestine, insoluble dans l'alcool à 50 p. 100, est détruite par la chaleur. C'est une albumine qui à les réactions des albumines (16 p. 100 d'azote). Injectée à des chiens, elle tue à la dose de 0,001 (environ) par kilogramme et provoque des congestions intenses de tout l'appareil vasculaire intestinal. C'est très probablement la substance qui produit l’anaphylaxie.

Nous avons donc dans le virus des Actinies à la fois la toxine (c’est-à-dire la congestine) et l'antitoxine (c’est-à-dire la halassine.

Il est inutile, semble-t-il, d'insister sur l’importance de ce fait, car jusqu’à présent on n'avait pas pu obtenir d’antitoxine cristallisée ; et, malgré tous les travaux faits sur les propriétés des antitoxines, il est permis de dire qu'on n’en avait jamais vu encore.

Peut-être alors, quand on aura chimiquement séparé la toxine de l’antitoxine, pourra-t-on constater dans toutes les toxines des effets nettement anaphylactiques; car, tant que l’antitoxine est mélangée à la toxine, c’est un mélange de deux actions antagonistes qu'on observe.

Quant à l’explicationde l’anaphylaxie, elle n’est probablement pas simple. Pour le moment, nous devons nous borner à en constater les modalités, sans oser en donner une explication satisfaisante. Deux mois ou trois mois après l'injection d’un virus, l'organisme est devenu sans défense. L'injection antérieure a modifié les cellules nerveuses de telle

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