I[I. — DE LA VIRULENCE DE LA TUBERCULOSE INJECTÉE
Il eùtété très désirable que les bacilles tuberculeux (en bouillon liquide) injectés (tuberculose humaine) eussent possédé toujours une virulence égale; mais il ne nous a pas été possible d'obtenir cette identité. Même, dans quelques cas, bien malgré nous, les cultures ont été très atténuées.
Pourtant cette atténuation de la tuberculose a eu un avantage, encore que nous ne l’ayons pas cherché : c'est que l'étude a pu être faite des effets de l'alimentation dans les cas de tuberculose à modérée intensité. Il est tout aussi intéressant, en effet, d'étudier les tuberculoses atténuées que les tuberculoses très virulentes; et, quoique moins éclatante, l'influence de l'alimentation sur la marche de la maladie n’en est pas moins considérable.
Ilest inutile de rappeler ici que la tuberculose du chien est tout à fait différente, par son évolution, de la tuberculose chez l’homme. C'est de la granulie pulmonaire, sans formation d’abcès et de cavernes. Toujours le poumon est pris: et, dans 80 p. 100 des cas, le poumon est seul atteint. Dans d’autres cas, relativement fréquents, 20 p. 100 environ, il y a de la tuberculose hépatique; le rein, le cerveau, les os, les articulations ne sont qu'assez rarement atteints.
III. — pu NOMBRE DE CALORIES NÉCESSAIRES PAR UNITÉ DE SURFACE
La première question qu'il s’agit de résoudre, c’est de savoir combien 1l faut de calories, quelle que soit l'origine alimentaire de ces calories, pour entretenir la vie des chiens tuberculeux.
Le tableau suivant, dans lequel ont été sériés les animaux tuberculisés, d'après le nombre des calories ingérées (calculées par décimètre carré et par jour), donnera une bonne idée de la qualité nécessaire.
Calories Calories
Nom Calories Calories de de du chien. ingérées. consommées. dénutrition, fixation. Observations. L, Ninive. ; .-+ 6,7 14,4 1,1 » Mort le 23° jour. D Céour... à»: "Ta 12,9 5,4 » — 21 — 3. Rhamsès. , 7,8 12,1 4,3 » — 15 — 4. Nabuch. . 8,1 43,3 k,1 1 Survit le 36° — 9. ANSEers . . 8,6 12,4 3,8 » Mort le23e — sd Décrus.., . 9,1 12,9 3,8 » 18e — 7. Babylone . 10,0 14,4 4,4 » Survit le 369 — 8. Bordeaux . 10,6 11,8 1,2 » — 35° — 9. Sésostris. . 10,9 12,3 1,4 » —— 33° — 20. Horatius. . 12,2 9,5 » a1 —— 55° — 11. Marseille. . 12,6 11,8 » 0,8 — 60° — A CGaius. . . “12,7 149 » 1,4 — 55° — B Blois . :. .: 1%:0 13,0 » » a 43e —
Ces chiffres nous montrent que, quand la ration n’a pas atteint un chiffre supérieur à 12 calories par décimètre carré, il y à eu amaigrissement de l'animal, autophagie et dépérissement. Les neuf chiens dont la ration a été inférieure à 11 calories par décimètre carré avaient cependant à leur disposition une nourriture abondante et une ration bien suffisante; s'ils n'ont pas mangé, c'est que l'appétit leur a fait défaut.
Certes, il serait très intéressant de savoir s'ils ont été malades (et s'ils sont morts) parce qu'ils n’ont pas mangé; ou si c'est parce qu'ils étaient malades qu'ils n’ont pas mangé. Des expériences sont en cours d'exécution pour essayer de résoudre la question, au moins partiellement. Mais, actuellement, nous constatons simplement ceci, c'est que, si la ration ingérée n’atteint pas ce minimum de onze calories, quelle que soit d’ailleurs la cause pour laquelle il n'y à pas ingestion de onze calories, l'animal dépérit et meurt. Il se dégage donc de cette expérience une première conclusion fort importante, à savoir, que le nombre des calories par décimètre carré de surface doit être au moins supérieur à 11, pour que l'animal puisse survivre.
Mais, pour savoir la quotité moyenne — et non pas mi-
nimale — des calories dépensées, nous allons étudier, sur les 30 chiens dont nous relatons ici l’histoire, la moyenne générale des calories consommées.
Nous éliminerons de cette moyenne :
1° Les chiens ayant reçu plus ou moins de viande crue (Horatius, Caius, Nevers, Tiberius, Titus, Roanne, Virgile, Tacite);
2° Les chiens ayant reçu un excès de sel dans leur alimentation (Blois, Orléans, Tours, Gien);
3° Les chiens témoins (Lohengrin, Albérich, Hagen);
%° Les chiens n'ayant pas reçu une quantité suffisante d'azote (Paris, Darly, Darlem).
Voici les noms de ces autres chiens, sériés comme plus haut, d’après les calories ingérées, par unité de surface :
Calories Calories Nom Calories Calories de de du chien. ingérées. consommées. dénutrition. fixation. Observations.
45. Annibal. . 13,7 413,7 » » Mort le 23e jour. 20. Nemrod... 14,2 13,1 » 4,1 A survécu.
21. Toulouse . 14,5 14,8 0,3 » = 22. Günther. . 14,6 14,1 » 0,5 = 25. Scipion. . 145,7 14,6 » 1,1 — 26. Voltaire. . 16,0 18,0 230 » 3 20, ENS. 2". 017,8 17,8 0,8 » == 31. Sand . . . 18,4 117 » 0,7 — 32. Régulus. . 18,4 17,2 » 1,8 —
33. Buffon. . . 18,9 19,5 0,6 » ou 9%, Lyon... 19,2 18,7 » 0,5 — 35. Asdrubal.. 19,2 21,2 2,0 » =
o01 Pigurd. . . . 49,5 17,4 » 1,8 = OA UINIOTt. » , 209 21,9 1,0 » == 39Scévola, . 21:0 21,0 » » —
40. Quinet . . 21,6 23,8 2.2 » — Bi. AUS. . . 21,7 23,9 2,2 » — 42. Parsifal. . . 22,4 22,4 » » == 43. Raspail. . 23,0 26,0 3,0 » 44. Brunehild. 23,1 22,6 » 0,5 —
45. Vercngétorix. 25,9 27,0 4,1 » — 46. Dumont. . 26,0 26,4 0,4 » —
La moyenne des calortes consommées a été dans ces cas
complexes, y compris les neuf chiens précédents, de 17 calories par décimètre carré. On doit rapprocher ce chiffre du chiffre de 16,9 que j'avais indiqué antérieurement pour les chiens tuberculeux; et cela d'autant plus que Dumont (46) et Raspail (43) ont reçu à quinze jours de distance l’un et l’autre une seconde injection de culture tuberculeuse; or, leurs chiffres en calories sont parmi les plus forts de la série.
Nous pouvons donc dire qu'en moyenne la dépense des calories par décimètre carré pour les chiens tuberculeux varie entre 19,4 (minimum) et 97,5 (maximum), oscillant autour d'une moyenne de 17 calories par décimètre carré.
En appliquant ces données à l’homme, ce que nous pouvons faire, grâce au principe de la proportionnalité à la surface, sachant que pour un homme de 70 kilogrammes (ayant une surface moyenne de 190 décimètres carrés) la quantité absolue de calories est au minimum de 2400 (repos), et au maximum de 3800 calories (travail), nous trouvons, par décimètre carré, un chiffre minimum de 12,5 et un chiffre maximum de 20 calories : ce qui concorde absolument avec les résultats obtenus sur le chien.
En apparence, ce chiffre de 18 calories parait concorder très bien avec le nombre des calories calculées d’après les quantités de carbone brûlé. Mais cette concordance n'est qu'apparente, comme je vais essayer de le montrer.
J'ai prouvé (Travaux du Laboratoire, 1893, p.563) que la proportion du CO* exhalé est, pour un chien, de 27 centigrammes par décimètre carré et par heure; ce qui nous donne par 24 heures 13 cal. 92 pour la combustion de carbone. En supposant que l'oxygène combiné au carbone est la cinquième partie de l’oxygène combiué à l'hydrogène (quotient respiratoire 0,8), cela ferait 3 cal. 46 pour la formation de l’eau; au total 17 cal. 38, chiffre tout à fait voisin de celui qui représente la moyenne des calories dépensées par le chien tuberculeux.
Toutefois cette assimilation serait bien inexacte; car le chiffre de CO? de 0,27 (et par conséquent de 17 cal. 38) s'applique à des chiens éveillés et en état de grande activité musculaire; état qui ne peut être comparé à celui d'un chien à la niche pendant 24 heures, qui dort une bonne partie de ce temps et qui a des échanges bien plus faibles.
I vaut mieux comparer ce chiffre à ceux que j'ai obtenus, par la méthode calorimétrique indirecte, sur des chiens normaux (voir, plus haut, le mémoire de A. PERRET, p. 60, et Travaux du Laboratoire, V, 1902, p. 521).
Nous avons eu les chiffres suivants pour les chiens nourris à la viande cuite et pâtée.
Été (IV). Moyenne — 12,15 Automne (XII). . . Moyenne — 15,10 Hiver IV)... . . , Moyénge—1#,80
Or, chez nos chiens tuberculeux, nous trouvons une moyenne bien différente; c’est-à-dire 18,6. Et encore faut-il remarquer :
1° Que la plupart de ces chiens ont été observés en été (juin, juillet, août 1904);
20 Que le minimum de consommation, sauf le cas de Marseille (11,4), a été de 12,4 pour Bordeaux, c'est-à-dire supérieur à la moyenne de consommation des chiens normaux.
Nous croyons donc avoir le droit de conclure ce fait très important, que À. Perrer a bien indiqué plus haut, à savoir que laconsommation des chiens tuberculeux, par rapport à celle des chiens normaux, passe de 13,5 à 18,5 (en chiffres ronds), soit s'élève de 95 p. 100, à peu près.
I semble qu'on ait le droit de conclure de là que, dans la tuberculose du chien, la suralimentation est nécessaire.
La conclusion générale de ces premières considérations est qu'il faudra donner à un chien tuberculeux (à tuberculose de modérée toxicité), pour le maintenir en bon état de santé, au moins 18 calories par décimètre carré.