DANS QUELQUES CAS DE TUBERCULOSE HUMAINE
Par M. Charles Richet
Avec la collaboration de MM. P. LASSABLIÈRE, Ep. LESNÉ et CHARLES RICHET fils.
A l’aide de quelques observations de diététique clinique prises sur les malades tuberculeux, nous examinerons à quel point les données établies sur les chiens peuvent s'appliquer à l’homme.
Nos observations n’ont rien de comparable avec les mesures détaillées et précises que de nombreux expérimentateurs ont prises sur l’alimentation humaine. Dans les recherches, en effet, que d’éminents physiologistes ont poursuivies sur les individus normaux, non seulement les aliments étaient rigoureusement analysés, pesés; mais encore les excreta (matières fécales et urines) étaient chaque jour analysés, de sorte que le bilan de la ration nutritive pouvait être en toute rigueur établi.
Sans mentionner les travaux anciens, nous indiquerons seulement, à titre de document, les derniers travaux, les plus | exacts peut-être, ceux de O0. Arwarer.
Voici le tableau que donne Arwarer du bilan nutritif chez l’homme en repos. (Experiments on the metabolism of malter and'enerqy in the human body, 1890-1900, par Arwamer et G. Bexenicr. US. Department of Agriculture. Bulletin n°109, Washington, 1902, p. 126, tabl. 143.) Nous ne rapportons ici que les chiffres se référant à ceux que nous donnerons pour les malades observés, et que nous avons précédemment donnés pour les chiens.
Il s’agit d’un homme adulte, E. O., assistant du laboratoire, àgé de 32 ans, el pesant 70 kilogrammes.
La moyenne de 69 jours a donné (par jour) :
Azote des aliments. . . . . . .. 188,8 Calories des'aliments. . . .. .:.96081ucal:
Matières protéiques totales, . . . LA
Si nous introduisons la notation par décimètre carré, telle que nous l'avons précédemment décrite, en admettant un chiffre de 190 décimètres carrés pour un homme de 70 kilogrammes, nous trouvons (par Jour) :
Atote par. décimètre: carré . . , . … ,1, 08,40 Calories ingérées par décimètre carré. . 148,1
Mais nous n'avons pas là le caleul des calories de fixation. D'après les chiffres d’Arwarer (dosage de l'azote excrété et du carbone consommé sous forme de CO*), il y a eu chez O.S. un gain (en calories) de 173 pour la graisse, et une perte en calories pour l’albumine de 32; soit au total une fixation de 141 calories.
Les calculs d'Arwarer et BENEDICT ne peuvent se comparer absolument aux chiffres que nous allons donner. Car ces auteurs tiennent compte, avec raison, de la capacité calorique des matières fécales et de l'urine. Comme nous n'avons pas fait cette évaluation, nous avons dû diminuer la valeur
thermodynamique des aliments, d'après les corrections de Ruaner, et, entre autres, assigner à l’albuminoïde une valeur thermodynamique correspondant à la transformation en urée, et non en C0? et H°0. L'ingestion a été de 2681 calories, mais il n'y a eu que 2 280 calories (aliments avec déduction des excreta) qui ont été réellement dépensées. De fait la calorimétrie directe a donné 2272 calories.
Le gain en graisse a été de 173 calories ; la perte en albuminoïde de — 32 calories; finalement il y a eu fixation de 141 calories. On aurait alors :
Calories ingéréesf. . . . . 2413 — dépensées. . . . . 2272 PER 2 280 Moyenne : 2276 — defixation. . . . . 141 Ce qui donne par décimètre carré :
Calories ingérées . ue 084 == 0, HÉDENSÉES EN OM, 98 — defixation. . . . . 0,74
Nous adopterons donc ces derniers chiffres et nous aurons finalement comme bilan nutritif quotidien d’un individu normal de 70 kilogrammes, âgé de 32 ans, étudié pendant 69 jours de repos :
Surfaces : .1, 4.2. 0 400rdéc. "carrés.
Arote LOI 188,8
Matières protéiques . . 1176r,5
Azote par déc. carré, . 02,100
Calories ingérées . . . 128,70 (par déc. carré). — dépensées. . . 4148r,98 — — de fixation . . O8r,70
En comparant ces chiffres de calories, obtenus sur l’homme, avec ceux qui ont été obtenus sur les chiens (normaux), nous voyons qu'ils sont tout à fait de même ordre. D'après Perrer, le chien a une dépense moyenne en calories de 11,2 en été; 16,5 en hiver, soit une moyenne de 13,8.
1. Cette correction de 2 681 à 2413 est nécessaire pour que nous puissions comparer les chiffres d'ArwaTer avec nos chiffres.
On peut donc établir une véritable assimilation entre la dépense en calories des chiens, et la dépense en calories de l'homme. Cette analogie n'est possible que si l'on rapporte les calories à la surface, et ce n’est pas là un des moindres avantages de cette méthode de notation.
Si l’analogie est possible pour le calcul des calories ingérées ou dépensées, elle est tout à fait interdite pour la consommation d'azote. Les herbivores, omnivores et carnivores se comportent à ce point de vue d’une manière différente : avec 0,10 d'azote le patient d’Arwarter a pu se maintenir en parfait élat de santé, et même engraisser notablement.
Assurément il serait très désirable que, sur des malades, des expériences aussi précises fussent faites que sur des individus normaux. Mais jusqu'à présent nous n'avons rien de tel, et nos recherches n'ont pas la prétention de combler cette lacune. Toutefois elles fournissent des documents un peu plus exacts que ceux qui sont connus ; car, dans Les publications relatives à l'alimentation des tuberculeux, on ne trouve que des données vagues, etdes compilations nuageuses. (Voyez G. SÉE, Régime alimentaire ; M. Rousseau, Régime alimentaire des tuberculeux, thèse de Paris, 1902; SaLLe,
Le Bricanri, 20id., 1903).