III. — RECHERCHE ET ÉTUDE DU POISON PRURITANT OU THALASSINE
Les expériences précédentes ont montré que les actinies renferment un principe pruritant parliculièrement actif, soluble dans l'alcool, non altérable par la chaleur et qu'il était peut-être possible d'isoler, soit par précipitation par l'acide phosphotungstique, soit par purifications successives des solutions alcooliques. Nous avons désigné ce produit sous le nom de Thalassine.
a) Extrachion du produit pruritant par l'alcool. — L'extraction par l'alcool des produits solubles dans ce réactif, renfermés dans les Lentacules d’actinies, doit être pratiquée tout d’abord de la façon la plus méthodique.
Étant donnée la non-altérabilité du produit pruritant par la chaleur, on doit, pour faire un extractif total, faire bouillir les tentacules d’actinies avec l'alcool au contact duquel ils se trouvent.
On filtre, on ajoute une nouvelle proportion d'alcool et
on effectue de la même facon un deuxième extractif. L'alcool qui constitue ce deuxième extrait est encore fortement coloré. Il a dissous la totalité de la matière colorante rouge qui restait encore dans la masse actinienne, il dissout même une certaine quantité de la matière colorante verte. Le résidu de ces épuisements se présente alors sous la forme d’une fongine élastique fortement colorée en vert.
L'éther enlève de cette fongine la totalité de la matière colorante verte et une petite quantité de graisse. Le deuxième extractif alcoolique est encore extrêmement actif. En eflet, dilué au 1/5 sans évaporation d'alcool, il est injecté.
Série G.
I. — Sur un chien mouton de 20#,500. L'injection de 5 cc. provoque déjà quelques manifestations de prurit qui augmentent rapidement avec la dose.
Avec 30 cc. les phénomènes sont extraordinaires. L'animal secoue furieusement la tête et les oreilles, démangeaisons frénétiques. Il sautille sur ses pattes de derrière repliées, en éprouvant la plus grande difficulté pour avancer; il se plaint sans cesse.
Une nouvelle injection de 20 cc. provoque encore un redoublement d'intensité des phénomènes : défécation et vomissements.
On lui injecte alors en deux fois 30 cc. du liquide alcoolique initial
débarrassé de son alcool par évaporation, dilués dans deux fois leur volume d’eau. Le chien est mourant, se couche, meurt dans la soirée.
Une autre indication de la valeur relative de ces extraits nous est encore donnée par leur richesse en azote. Celle-ci est en moyenne par litre :
grammes.
LEE ORPANRE PSM RL CN NS 00 à — m'a ma lie a ris
Or, 1 kilog. d'actinies correspond à 1 lit. 250 du premier extractif et à 1 litre du second, de telle sorte que par kilog. d’actinies, l’azote extrait correspond à :
grammes.
LE ERIDACUL, MERE A oc AIS SG 2e — RES OS
Soit austotal. =. ie. on E0Ed'azote.
Comme nous le verrons plus loin, ces 52,50 d’azote correspondent à environ 26 grammes de matières organiques.
Il semble d’ailleurs y avoir identité de composition au
moins qualitativement entre le premier et le second extractif.
Nous avons essayé de nous rendre compte de l'influence de hautes doses de ces extraits alcooliques et nous avons constaté alors la diminution des effets et même leur disparition.
Les extraits alcooliques totaux effectués systématiquement d'une petite quantité d'actinies conservées dans le chloroforme, sont débarrassés, par distillation dans le vide, de la plus grande partie de l'alcool qu'ils contiennent. On amène alors le volume à être tel que 1 cc. correspond à { gramme d’actinies.
I. — Chien de 13K8,500. Reçoit 1 ce. de ce produit. Démangeaisons très intenses, éternuements, l’animal se roule par terre. Des injections successives du même produit par 5 ec. à la fois ne produisent rien. Au contraire, après une injection totale de 26 cec., l'animal, qui avait été très agité au début, semble se calmer, il bâille et paraît hébété.
L'injection de 50 nouveaux ce. ne produit rien. L'animal survit et 10 jours après présente encore des démangeaisons.
Nous reviendrons ultérieurement sur cette influence des hautes doses.
Lorsque l’on poursuit systématiquement l'extraction par l'alcool des principes pruritants renfermés dans les tentaeules d’actinies, on doit, pour ne pas trop compliquer Îles opérations, réunir après filtration la totalité des alcools constituant le premier et le second extractif. Ceux-ci laissent alors quelquefois déposer un précipité peu abondant, formé de matières azotées coagulées.
On filtre à nouveau et on distille les alcools dans le vide, afin que la température ne soit pas trop élevée.
Bien que la thalassine ou produit pruritant résiste à la chaleur, nous aurions craint, en distillant à la pression ordinaire, d'altérer nos produits par la persistance de cette température pendant le temps nécessaire à la distillation de
grandes masses d'alcool. | La distillation devient difficile à la fin de l'opération. Il
se fait des mousses et les dernières quantités d'alcool sont,
longues à éliminer.
L’extrait aussi desséché que possible représente environ
pour 1000 grammes d’actinies, 26 grammes de matière
organique et 29 grammes de matière minérale.
D'autre part, d'après nos analyses plus haut rapportées, la composition des actinies est, pour 1000 grammes, de ‘49 grammes de matière organique et 33 grammes de matière minérale. En comparant l'un et l’autre :
Soluté
alcoolique
Actinies. primitif.
Matière organique. . . . . . 49 26 Matière minérale . . . . . . 93 29
nous voyons que la presque totalité des matières minérales est dissoute et qu’il se dissout environ la moitié des matières organiques.
La partie organique soluble des actinies dans l'alcool est done de 25 grammes par kilog. de ces animaux.
Les produits solides peuvent alors être redissous dans l’eau, additionnée d’un mélange de benzine et de chloroforme de même densité que l’eau pour empêcher toute altération; conservées dans cet état, les solutions ont alors pour
composition, par exemple : | Il I
P. 100. P. 100 Matières organiques.. . . . . 5,81 SM) Matières minérales. , . . . . 2,25 205
Elles sont d’une très grande activité. En effet, diluée dans 50 fois son volume d’eau après élimination de benzine
et de chloroforme, la solution I a donné les résultats suivants ‘.
UT. — 6 kilag. Reçoit 1 cc., démangeaisons très nettes, court sur
le sol, s’'ébroue, etc. Une nouvelle injection de 2 cc. fait apparaitre des démangeaisons frénétiques.
IV. — 11 kilog. Reçoit 2 ec. de la même solution préalablement diluée dans 20 fois son volume d’eau, soit 2 ce. de la solution primitive au millième.
Aucun effet. On injecte alors 3 ce. de la même solution. Quelques démangeaisons nettes, mais faibles (par kilog 0,0006).
On injecte alors de nouveau 10 ce., les démangeaisons deviennent frénétiques.
C'est avec ces produits particulièrement actifs, que nous avons recherché d’une part l'action des injections intrapéritonéales, d'autre part s’il n'y aurait pas lieu de considérer une action 2x vitro des sérums de chiens ayant subi antérieurement une injection de thalassine.
Le même liquide enfin injecté à un lapin de 2 kilog., à la dose de 50 cc., n'a produit aucun effet.
Les essais faits avec la solution Il ont donné des résultats absolument analogues. Le liquide est dilué de telle facon que 1000 cc. contiennent 1 gramme de matière orga-
nique.
IV. — (Déjà injecté.) 11 kilog. Au bout de 7 cc. de ce produit a des démangeaisons très nettes qui deviennent de plus en plus fortes : il a alors reçu 0,0002 de matière organique par kilog. Une nouvelle injection de 10 ce. fait redoubler les phénomènes.
V. — 8 kilog. Présente déjà après injection de 1 ce. une vive agitation, des éternuements répétés, mais une dose élevée ne provoque pas chez lui de phénomènes de prurit.
VI. — (Déjà injecté.) 6 kilog. Recoit 3 cc. de cette solution, soit
1. Nous avons essayé avec ce même produit les effets de l’injection intrapéritonéale. Ils ont toujours été négatifs; ainsi : PA
Un chien de Tkilog. reçoit dans le péritoine 2 cc. de liquide initial dilué au 1/50° sans autres effets que quelques vomissements passagers. On injecte alors 5 ce. de la solution primitive non diluée; au bout d'un quart d'heure, aucun effet; l'animal survit le lendemain et se porte bien.
0,055 de matière organique. On observe des démangeaisons frénétiques.
G VI. — 1% kilog. Présente des phénomènes de prurit à la dose de 0,004 par kilog.
Sur une fraction du liquide primitif nous avons essayé d'augmenter la sensibilité des animaux aux phénomènes de prurit par l'addition de différents sels, en particulier de carbonate de soude et de chlorure de sodium.
Pour cela, on élimine par distillation l'alcool et on le remplace par une solution de l’un ou de l’autre de ces sels, et on ramène à la même concentration en matière organique.
Préparé dans ces conditions, avec le carbonate de soude, le liquide semble avoir perdu une partie de ses propriétés pruritogènes.
G VIL — 11 kilog. au bout de 1 cc. présente une certaine agitation, mais l'addition de 7 ce. ne fait pas apparaître de démangeaisons très nettes.
G VIT. — 56,400, dans les mêmes conditions, présente des phénomènes incomplets, éternuements, agitation : l’animal se secoue; mais ne se gratte pas.
G IX. — 12K6,500, reçoit 10 cc. d’une solution salée à 1 p. 100, L'animal présente des phénomènes de prurit intense : il se roule par terre, se gratte, se frotte le nez sur le sol, s’agite frénétiquement, éternue violemment et fréquemment.
La dose pour ce chien a été, au plus, de 0,0008.
G VII. — 5K5,400, injecté la veille avec la solution de carbonate de soude, donne avec la solution salée des démangeaisons tardives, mais qui deviennent de plus en plus fortes.
G IT. — Ancien chien de 6 kilog. reçoit 0,005 de thalassine salée : ses démangeaisons sont extrêmement fortes.
b) Essai de précipitation de la thalassine par l'acide phosphotungstique. — Ayant constaté dans nos essais antérieurs que les précipités obtenus par l'acide phosphotungstique, repris par des liqueurs alcalines, semblaient donner les réac-
tions physiologiques de la thalassine, nous avons essayé d'isoler ce corps en employant ce réactif; 24,500 de tentacules d’actinies sont mis en contact avec 2k,500 d’alcool à 95°, le liquide final contient environ 35 p. 100 d'alcool; on filtre et on obtient d’une part une masse solide que l’on met en contact avec une solution de fluorure de sodium à 4 p. 100 afin d'en extraire les autres poisons actiniens, d'autre part un liquide alcoolique rougeâtre parfaitement limpide.
En rapportant la toxicité du liquide à la quantité d’actinies correspondante nous voyons que la toxicité du produit est, après évaporation de l'alcool, de 0,25 d’actinies par kilog.
G X. — 17 kilog., meurt par arrêt du cœur, après injection d’une quantité de liquide correspondant à ce poids d’actinies.
Le liquide ainsi obtenu est alors traité par de l'alcool à 95° dans la proportion de 25 p. 100 du liquide, pour 75 p. 100 d'alcool à 95°. IL se forme un précipité, on filtre et l’on recherche la toxicité du nouveau liquide après évaporation de l'alcool.
G XI. — 10 kilog., présente dès le début de l'injection des démangeaisons et des éternuements ; puis devient inerte, meurt par arrêt du cœur à une dose correspondant à 0,50 d'actinies par kilog.
Le précipité par l'alcool, redissous dans l’eau et injecté à un chien, paraît presque inactif : pas de démangeaisons; ne tue pas, même à ces doses très élevées.
Le liquide dont la toxicité a diminué de moitié est séparé de l’alcool qu'il contient, par distillation dans le vide. Le liquide aqueux est précipité par l'acide phosphotungstique; on lave à fond le précipité; les eaux de lavage ne paraissent pas toxiques.
On traite alors ce produit par la baryte et on met la masse en contact avec un mélange d’éther et d'alcool à parties égales.
Le liquide éthéro-alcoolique dissout un produit d’une …
odeur agréable. On évapore l’éther et on obtient un liquide aqueux dont 1 cc. représente 9 grammes d’actinies. G XII. — 7 kilog., recoit 2 cc. et présente immédiatement des
démangeaisons; il titube, puis somnole et devient insensible. Enfin, diarrhée et vomissements.
Une nouvelle injection de 2 cc. amène une insensibilité complète
et une congestion intense de la muqueuse buccale. . Une troisième injection de 4 cc. entraîne la mort par arrêt du cœur.
G XIII. — 9K6,5, recoit 5 cc. du même produit dilué dans 10 fois son volume d’eau soit 08,50 d’actinies par kilog.
L'animal présente des démangeaisons extrêmement vives.
En revanche le produit insoluble dans l'alcool éthéré débarrassé de la baryte par filtration et précipitation est beaucoup moins toxique.
G XIV. — 14k6,200, reçoit 5 cc. correspondant à 128,5 d’actinies, le \
produit n’amène pas de démangeaisons et seulement quelques vomis-
sements; 5 nouveaux cc. amènent quelques démangeaisons, des éter-
nuements, de la diarrhée; 7 ce. provoquent des éternuements intenses.
Enfin ce même liquide insoluble dans l’éther et l’alcool laisse sur le filtre un résidu traité par l'acide acétique. Il semble se dissoudre une certaine proportion de substance. La masse insoluble est redissoute dans l'alcool.
La solution acétique filtre très mal. Par addition de carbonate de.soude, elle se clarifie et filtre bien. On neutralise
presque complètement par le carbonate de soude. Le liquide est injecté à deux chiens.
G XV. — 15 kilog., après avoir présenté quelques démangeaisons »
paraît abattu puis meurt par arrêt du cœur.
A l’autopsie on trouve un caillot dans le cœur.
G XVI. — 5%5,6, présente des phénomènes analogues et meurt aussi par arrêt du cœur.
Le soluté alcoolique est filtré, traité par l’eau, additionné d'une goutte de potasse, injecté à
G XVII. — 15 kilog. présente des démangeaisons extrêmes et pas de
phénomènes toxiques: meurt néanmoins 4 jours après et montre à l’autopsie des intestins très congestionnés.
Si nous cherchons à résumer schématiquement cette expérience, nous voyons que la précipitation par l'alcool diminue de moitié la toxicité du liquide initial, sans que les produits toxiques soient entraînés. D'autre part l'acide phosphotungstique donne un précipité qui entraine avec lui les substances pruritogènes. La baryte les met en liberté et l'alcool-éther les dissout. Il y a là encore dans ces diverses opérations perte d’une certaine quantité de produit. En outre les produits toxiques (action sur le cœur) sont également entraïinés dans ces conditions. Il reste encore dans les produits insolubles dans l’alcool-éther une certaine quantité de thalassine et de produits toxiques.
c) Séparation des différents produits toxiques précipités par l'acide phosphotungstique.
Le produit alcoolique évaporé est simplement repris par l'eau. On ajoute une goutte d'acide fluorhydrique et on provoque ainsi la formation d'un précipité abondant. On neutralise par du carbonate de chaux et on filtre.
Le liquide limpide est essayé sur un chien et constaté extrèmement actif.
On ajoute alors au produit un peu d’acide phosphotungstique et on filtre. Le précipité très pur, blanc, adhérent au filtre, très bien lavé, est mis en contact avec de la baryte et l’on constate encore le dégagement de cette odeur particulière et éthérée. On reprend par l’eau, on filtre, on ajoute du carbonate de soude, on filtre. On obtient ainsi un liquide clair peu coloré.
G XVIII. — 18 kilog., avec une quantité de liquide correspondant à environ 100 grammes d’actinies présente des effets éclatants de thalassine ; il tousse, éternue, se gratte sans interruption, se roule par terre, rougeur intense aux yeux, aux lèvres. La peau du ventre, un quart d'heure après l'injection, présente de véritables pustules érythémateuses. La face est toute gonflée et par suite l’animal est presque aveugle. Une
heure après, les phénomènes tendent à s’amender. Ils ont presque disparu le lendemain.
Néanmoins les quantités de liquide obtenues dans ces