‹ Physiologie de l'aéronauteChapitre 12 sur 52 · HÉMOSIOLITE RENE ER ER · texte numérisé non relu

HÉMOSIOLITE RENE ER ER

Sang de l'artère fémorale :

Nombre des globules rouges. . . .

Diamètre globulaire moyen . .

Lapin 2 (dératé, acclimatement difficile).

Sang de l’oreille :

Nombre des globules rouges , HÉMOSIObINE RE EEE RES

Sang de l'artère fémorale :

Nombre de globules rouges. .

Diamètre globulaire moyen Lapin 3 (sain).

Sang de l'oreille :

Nombre des globules rouges , . .

HÉMOSIODINO PEER Sang de l'artère fémorale :

Nombre des globules rouges

Diamètre globulaire moyen

Lapin 4 (sain).

Sang de l'oreille :

Nombre des globules rouges . .

Hémoglobine

Sang de l'artère fémorale :

Nombre des globules rouges .

Diamètre globulaire moyen

« Des résultats de ces examens il apparaît clairement qu’un séjour de neuf jours à l'altitude de 1.500 mètres a produit chez les animaux sains et chez les animaux privés de rate une polyglobulie évidente. Mais, si nous comparons les chiffres des globules des animaux sains et ceux des animaux privés de leur rate, nous voyons que l'augmentation globulaire a été beaucoup plus faible chez ces derniers. Tandis que l'augmentation a été de 2.000.000 globules chez les animaux sains, elle n’a été que de 1.600.000 globules chez les animaux splénectomisés, dans des conditions identiques de séjour et de régime.

« Les renseignements fournis par l'examen des diamètres globulaires nous ont permis de constater des différences encore plus appréciables. Tandis que chez les lapins sains les diamètres moyens étaient de 6:32 et de 6,35, chez les lapins n'ayant

plus de rate, ils étaient de 6% 74 et 7:16. Le sang des deux ani- |

maux privés d’un organe hématopoiétique, présentait des modifications de nombre et de diamètre des globules. Il était donc évident que la rate, en tant qu'organe hématopoiétique, jouait un rôle important dans l’acclimatement et l'adaptation à l’altitude, puisque le sang des animaux qui en étaient privés, non seulement était moins riche en globules rouges, mais encore présentait des modifications morphologiques appréciables.

« L'augmentation de diamètre notée était relativement considérable, d'autant plus que normalement la polyglobulie des altitudes ne s'accompagne généralement pas d’un accroissement du diamètre globulaire, cette augmentation ne pouvant être que le résultat d’un trouble apporté à la réaction fonctionnelle du sang.

«Privé d’un organe hématopoiétique important, l'organisme n'avait pu produire une quantité de globules suffisante dans le même espace de temps et ces globules avaient augmenté de vo-

et mere

RE lume par un phénomène de compensation analogue à celui noté par Vaquez au cours de la polyglobulie accompagnant la cyanose congénitale. »

Pour conclure, Quiserne déclare que la polyglobulie due à la modification de la pression atmosphérique n'est pas relative, c'est-àdire causée par la simple diminution de la quantité du plasma sous l'influence d’une sécrétion exagérée ou d’un phénomène vasomoteur ; les polyglobulies relatives sont toujours de moyenne intensité,se produisent et disparaissent brusquement,sans modification de la forme, du volume et de la composition chimique du sang. L’altitude détermine au contraire une polyglobulie vraie, plus marquée, progressive, pouvant causer, si elle se fait trop lentement, des accidents de mal des montagnes ou de mal en ballon. Elle est accompagnée d’une légère diminution dans le diamètre des hématies, et d'une augmentation du taux de l'hémoglobine. C'est une réaction fonctionnelle de l'organisme qui cherche à s’adapter au milieu nouveau grâce à la néoformation globulaire.

Nous terminons, avec ce travail, l'étude des premières expériences effectuées en ballon et contrôlées par les examens de sang au laboratoire ou dans les stations d'altitude. La question de l'hyperglobulie est loin d’être tranchée à cette époque. Si les observations deGaule, si la thèse de Quiserne font croire à l'hypothèse de la néoformation, les conclusions de Bensaude, Jolly, Victor Henriet Calugareanu en France,d'Abderhalden,Schr tter et Zuntz à l'étranger sont moins favorables à cette idée. Ces auteurs déclarent, après leurs premières ascensions, que de nouveaux examens semblent indispensables si l'on veut connaître et expliquer la constance et la valeur de cette hyperglobulie.

} 3° Les phénomènes périphériques et l'hyperglobulie relative.

La grande confusion qui régnait avant les ascensions en ballon ne s'était pas entièrement dissipée à la suite des premiers voyages. Mais il avait été possible d'entrevoir le rôle de certains facteurs, le froid, la sécheresse, l'humidité, sur la concentration du sang et l'accumulation des globules. Peut-être se trouvait-on en présence de deux phénomènes successifs, une polyglobulie relative du début, à laquelle faisait suite une polyglobulie par néoformation. Il fallait, pour éclairer cette question, renouveler les expériences. C'est ce que se proposent, en 1902, Armand- Delille et André Mayer, qui, frappés de cette incertitude, utilisent un séjour dans les Alpes pour étudier la teneur du sang en hématies.

À côté de la pression atmosphérique, les causes influant sur la vasomotricité doivent modifier la richesse en globules. Dominici, Hallion, Lapicque et André Mayer ont déjà indiqué le rôle du froid, qui peut même pour Dominici, déterminer l'apparition d'hématies nucléées. La fatigue, le régime alimentaire sont des facteurs négligés jusque-là. Désormais les études sur l'hyperglobulie des ascensions devront tenir compte de ces données nouvelles.

Armand-Delille et André Mayer ont recours aux numérations et à l'examen histologique des préparations de sang sec. Pour comparer les prises de sang périphérique et central, ils s’adressent à des animaux, ce qui leur permettra de mettre en regard les chiffres obtenus dans les deux régions vasculaires. Pour ne pas être forcés de sacrifier l'animal, ils ponctionnent le sang du

cœur, au travers de la paroi thoracique, avec la seringue de Pravaz. Les lapins, les cobayes supportent très bien cette piqüre que nous avons répétée nous-même. Enfin, l'examen des organes hématopoiétiques terminera cette série de recherches.

Les auteurs prennent sur dix cobayes le sang périphérique recueilli par piqüre d'une veine de l'oreille etle sang central aspiré dans le cœur. Ce sang est ensuite dilué avec du liquide de Hayem dans un mélangeur Potain, puis placé dans de petites pipettes \ scellées à la lampe.

«Les cobayes que nous avons examinés étaient adultes, pesaient en moyenne 350 grammes. Ils avaient vécu jusque-là à l'altitude de 375 mètres (Genève). Le 24 juillet, on a fait pour tous l'examen du sang périphérique. Le 29, deux des cobayes ont été laissés à Randa comme témoins. Les 8 autres ont été transportés à la cabane du Festi (2.936 mètres) en # heures. Après cette dénivellation de 1.500 mètres, on a recueilli le sang d'un des cobayes. Ce sang examiné (en même temps que tous les

autres), le 31 juillet, dans l'appareil Malassez, a donné les chiffres suivants :

Cobaye C :

à Randa, le 28. Sang périphérique 4.840.000 Sang central %4.500.000 au Festi, le 28. — 5.290.000 — 4.400.000

« Ce cobaye, ainsi qu'un autre, a été laissé comme témoin à la cabane du Festi. Les 6 autres ont été transportés, le 30, au sommet du Don der Mischabelhærner (4.554 mètres), en 10 heures. Malheureusement, le froid y était tel que deux des cobayes, sortis du sac capitonné qui les contenait, succombèrent immédiatement. Le sang recueilli dans le cœur d’un troisième se congela dans la seringue de Pravaz, et, enfin, le sérum de Hayem fut trouvé congelé dans le flacon qui le contenait. Force nous fut donc de redescen-

dre. Nous pûmes nous arrêter dans les rochers du col du Hohberg, près du point coté 3.900 mètres, etfaire des prises de sang à deux cobayes (13 heures après le départ du Festi). Voici les chiffres trouvés :

1° A Randa, le 28. Sang périphérique 4.690.000.

Au col, le 29. — 4.970.000. Sang central 4.090.000 20 À Randa, le 28, — 4.720.000.

Au col, le 29. — 4.730.000. Sang central 4.777.000

«De retour à la cabane du Festi,16 heures après le départ, nous

avons fait des prises de sang aux deux cobayes demeurés témoins.

C au Festi, le 29. Sang périphérique 5.200.000 D à Randa, le 28. Sang central. 4.850 000 Au Festi, le 29. — 4.950.000

« Enfin voici la numération des cobayes demeurés témoins à Randa.

A le 28. Sang périphérique 4.850.000. Sang central 4.210.000

le 30. — 4.800.000. — 4.300.000 B le 28. — 6.000.000. — le 30. = 6.140.000. on 5.260.000

« Les expériences précédentes ayant été faites après des ascensions de longue durée et à des températures très basses, nous les avons renouvelées dans les conditions suivantes : nos cobayes ont été montés par chemin de fer de Zermatt (Valais), 1.620 mètres, au Gornergrat, 3.136 mètres, en une heure et demie, et examinés dans une chambre chauffée, à l'hôtel du sommet. »

4er cobaye :

Zermatt. Sang périphérique. 4.520.000.

Gornergrat. — 4.610.000. Sang central. 4.410.000. 2° cobaye :

Zermatt. Sang central. 4.760.000 . Gornergrat. — 4.770.000

Soubies

3° cobaye :

Zermatt. Sang périphérique. 5.170.000.

Gornergrat. — 4.900.000. Sang central. 4.940.000. 4° cobaye :

Zermatt. Sang périphérique. 3.470.000.

.130.000. Sang central. 3.510.000.

Gornergrat. —

Cinq des cobayes ramenés à Paris le 2 août, ont été examinés le 18 octobre :

A. Sang périphérique. 4.140.000. Sang central. 3.970.000 B. — 4.870.000. — 4.460.000 1% — 4.330.000. — 4.430.000 2e — 4.060.000. — 3.820.000 4e — 4.060.000. — 4.040.000

De ces nombreuses expériences, il semble ressortir que cette hyperglobulie est moins régulière qu'on ne l'avait dit jusque-là : elle n’est pas proportionnelle à l'altitude, elle peut même faire complètement défaut. De plus, l'écart entre les chiffres trouvés aux grandes altitudes pour le sang périphérique et le sang central est parfois considérable : le sang de la circulation centrale ne paraît pas avoir subi de modifications, même par un grand froid comme celui du Festi; enfin, cet écart entre le chiffre des globules dans les circulations centrale et périphérique est bien plus fort en montagne qu'à Paris. Le dernier tableau donne en effet, à Paris, des chiffres presque égaux dans les deux circulations.

Ces expériences très curieuses au point de vue de l'hyperglobulie des altitudes présentent un intérêt tout particulier dans la question de la physiologie en ballon. On s’est adressé en effet à des animaux que l'on portait, et dont le sang a été prélevé dès l'arrivée au sommet. Leurs efforts ont été très restreints, limités à quelques secousses, surtout pendant le voyage en funiculaire

de Zermatt au Gornergrat. Il y a là un moyen terme entre l’as-

cension en ballon, douce et säns fatigue, et l'escalade d'une montagne qui nécessite une grande dépense d'énergie musculaire.

À la suite de cette première série de recherches, Armand-Delille et André Mayer établissent, en 1903, un nouveau programme. Les expériences précédentes leur ont donné les chiffres des arrivées aux sommets.Il s'agit maintenant d'étudier les conditions du séjour à de grandes altitudes. L'étude, au microscope, de préparations de sang sec, va indiquer si l’on se trouve en présence d'une néoformation manifestée par la présence d’hématies nucléées, de poikilocytes,d’éléments polichromatophiles,ces mêmes variétés globulaires que Gaule avait observées dans deux ascensions en ballon. Enfin, des préparations d'organes hématopoiétiques feront vérifier les résultats obtenus avec le sang.

Les expérimentateurs transportent, en 24 heures, 6 lapins de même âge, de Paris au Lantaret (2.070 mètres). Les animaux y restent 7 semaines pendant lesquelles ils peuvent circuler sous un abri couvert. La nourriture est la même pour tous, le poids reste égal. De ces lapins, un est renvoyé à Paris après une journée ; deux autres sont sacrifiés au 15° et au 51° jour.

« L. — En examinant les chiffres rapportés dans le tableau et, en particulier,ceux des numérations du sang du cœur, on voit, écrivent les auteurs, qu'après 15 jours, un des animaux (A) présentait à peu près le même nombre de globules ; 3 présentaient une hyperglobulie sensible, un seul présentait de l'hypoglobulie. Mal heureusement cet animal est mort et n’a pu être autopsié. Après 51 jours, des trois animaux qui restaient en expérience, un seul avait de l’hyperglobulie : c’est lui que nous avons sacrifié ; les autres ne montraient pas de modification sensible ; enfin, de retour à Paris, nous n'avons noté aucune diminution :ily a même augmentation pour l'animal B. L'animal F, qui n’a passé

que 24 heures au Lantaret, n’a pas sensiblement varié.

DÉPART 152 Jour 51° sour RETOUR

T.+A0cà +92%|T.: 230 — 1801T.: 140 — 170 T.+ 59 + 5°

LAPINS Pression bar. | Pression bar. | Pression bar. | Pression bar. 155-122 ram 585 mx 583-586 mm 765-767 mm A-P (sang dela pé-| 6.150.000 5.730.000 5.790.000 6.360.000 riphérie).

dd ee 5.590 000 5.820.000 5.660.000 5.625.000 B-P 5.520.000 4.620.000 5.490.000 6.900.000 G 5.320 000 4.680 000 5.670 000 6.030.000 C-P 6.080.000 4.800.000 Sacrifié C 5.950.000 4.950.000 = D-P 5.200.000 5.880 000 Mort UC 4.710.000 5.820.000 = E-P 6.390.000 4.830.000 7.200.000 Sacrifié.

C 5.130.000 4.590.090 6.120.000 5 Retour à Paris LEUR le 2e jour.

«IE. — Toutes les fois que nous avons pratiqué des numérations de globules, nous avons fait en même temps des préparations de sang sec (étal sur lame à l’aide de la lame rodée). L'examen de ces préparations ne permet de constater sur aucune d'elles la | présence de microcytes, de poikilocytes et de globulins. 1] n'existe pas non plus d’hématies nucléées en quantité appréciable, et l'on sait que la moindre saignée provoque l'apparition dans le sang circulant d'un nombre assez considérable de ces éléments, Enfin nous n’avons pu déceler la présence d'éléments polychromatophiles.

«EE. — L'examen histologique des organes hématopoiétiques a été fait sur des pièces préparées suivant la technique de Dominici (pièces fixées au biiodure de Hg naissant et formol, inelusions à la paraffine Damaige à 48°. Colorations par l'hématéine-éosine et par l’éosine orange-bleu de toluidine).

2 = °x Ù L Nr 084 \ 50 « L'examen des pièces de l'animal sacrifié après 15 jours, c’està-dire au moment où il aurait\dù être en pleine néoformation sanguine, n'a montré dans aucun organe aucun indice de réaction

normoblastique ; il existait un léger état irritatif, se traduisant

dans la moelle par de nombreux myélocytes à protoplasma ba-

sophile, et, dans le ganglion, par des cellules de Flemming assez nombreuses.

« Chez l'animal E, sacrifié après sept semaines et paraissant présenter de l’hyperglobulie, on note dans la rate une très légère réaction normoblastique, caractérisée par la présence d’hématies nucléées et de noyaux libres un peu plus nombreux que de coutume ; dans fa moelle, on peut noter une légère poussée de polynucléaires ; dans le ganglion, le même état légèrement irritatif se traduit par la présence de mononucléaires à protoplasma basophile plus nombreux qu’à l'état normal. D'après Dominici, cet aspect des coupes se rencontre assez fréquemment chez le lapin, et dénote un léger état infectieux de cause banale. Il ne

correspond en rien à la véritable néoformation sanguine. »

Ces nouvelles expériences indiquent donc l'absence assez fré- ; quente de la polyglobulie, signalée jusque-là comme constante :

et souvent considérable dans les hautes altitudes. Nulle part, Armand-Delille et André Mayer n'ont vu de modification appréciable, même après un séjour de sept semaines, Le seul animal ayant de l'hyperglobulie présentait des symptômes d'infection légère qui expliquaient ce phénomène.

D'autre part, si, dans les premières expériences, les cobayes présentaient à leur arrivée à de grandes altitudes, des augmentations du nombre des hématies, ces augmentations mêmes étaient inégales suivant les cas. Enfin elles ne correspondaient pas à des polyglobulies des vaisseaux centraux. Quant aux préparations de sang sec effectuées dans la seconde série de recherches, à diver-

E mere ©

: ve . ; 11, L ses périodes du séjour, elles ne contenaient en aucun cas d’hématies nucléées nécessaires pour affirmer la néoformation.

Il paraît donc résulter de ces travaux que la pression baromé-

”trique n’est pas le principal facteur de l'hyperglobulie. Armand-

Delille et André Mayer ajoutent que la notion même de cette hyperglobulie ne leur paraît rien moins qu'assurée. Il leur semble que « l'invoquer uniquement pour expliquer le mécanisme de l’acclimatement à l'air des hauts lieux, c’est s'exposer peutêtre à ne point se trouver d'accord avec les faits ».

Nous voici bien loin des premières théories de l'hyperglobulie des ascensions. Déjà à cette époque, certains auteurs avaient remarqué le côté un peu factice des statistiques anciennes. Cependant Quiserne croyait, en 1902, à la polyglobulie des altitudes, par néoformation. Voici qu'Armand-Delille et André Mayer mettent en doute le rôle de la pression, qui servait de base à l'hypothèse de Paul Bert, et, de son côté, Foa conclut que cette hyperglobu-

lie est due à une stase du sang dans les vaisseaux périphériques

\ dilatés. Les travaux suivants vont nous expliquer l’action d’autres

facteurs.

Dans la même année 1903, Lapicque et André Mayer présentent à la Société de Biologie,une note relative à l'hyperglobulie périphérique sous l'influence du froid. Les auteurs indiquent que les résultats des expériences précédentes, effectuées par Armand- Delille et André Mayer, et si peu concluantes en ce qui concerne l'action de la dépression barométrique, s’interprètent beaucoup mieux si l'on rapporte au froid les phénomènes observés. Pour vérifier cette hypothèse, Lapicque et André Mayer étudient au laboratoire, pendant une journée très froide,la richesse globulaire dans le sang périphérique d’un animal qu'ils mettent ensuite au grand air pour contrôler l'apparition de l'hyperglobulie.

L'animal choisi est un cobaye : le sang est recueilli sur une

veine de l'oreille et sa richesse globulaire est recherchée à la fois par la numération et par l'hématocrite (méthode de Hédin- Gaertner).

& prises de sang sont faites :

Nombre de Volume à globules rouges l'hématocrite PAAURIADOTA LION MMS MU N Ne LT. 3.680.000 Après 30 minutes d'exposition au dehors, T.—6° 4.100.000 Au laboratoire, de nouveau . . . . . . . . . 3.460.000 IT. Au laboratoire - T. — 16° à 18°, 3.850.000 55 Après 1 h. 1/2 d'exposition au dehors T. —2° 4.228.000 58 III. Au laboratoire — D—1060 nd ne + 5. 4 600,000 58 Après 1 h. 1/2 d'exposition au dehors, T.— 20. 4.920.000 62 IV. Au laboratoire — SRE nn. + 9 ie né 3.660.000 52 Après 4 minutes d'exposition au dehors, T.—0° 3.540.000 52

Dans les trois premières expériences où l'écart entre la température extérieure et celle du laboratoire est très grand, et où l'animal est resté longtemps dehors, il y a hyperglobulie périphérique surtout marquée dans la première expérience où la différence entre les températures atteignait 24 degrés. On constate alors une augmentation de plus de 400.000 globules par millimètre cube. Dans la dernière expérience, le froid est moins vif au dehors et le cobaye n'y reste que # minutes. Aussi l’hyperglobulie fait-elle défaut.

Le froid suffit donc à produire l'hyperglobulie périphérique. Or les aéronautes subissent l’action du froid qui peut devenir très vif aux grandes hauteurs. Peut-on donc invoquer ce froid comme

la véritable cause de l’hyperglobulie dans les ascensions en bal-

! lon ? La note précédente donne une indication intéressante sur

ce sujet.

pi

Un peu plus tard,Jaquet divise à son tour en deux périodes la réaction de l'organisme dans les grandes altitudes. [Il y a une hyperglobulie initiale qui est relative, simple concentration du sang à la périphérie. Ce serait là le phénomène constaté en ballon, et qui serait en contradiction avec ce qu’on sait de la capacité de saturation de l’hémoglobine sous pression partielle d'oxygène. Les travaux de Hüfner ont montré que cette capacité de saturation pouvait demeurer fixe tandis que la pression partielle de l'oxygène s’abaissait de 100 millimètres de Hg. Cependant l'organisme, avec des tensions d'oxygène beaucoup plus fortes, réagit en formant une certaine quantité de sang.

C’est à ce moment que de nouvelles ascensions en ballon sont organisées. Les dernières recherches ont modifié considérablement la théorie de la polyglobulie. Lapicque et André Mayer viennent de démontrer l'action du froid. Il importe de savoir si la polyglobulie des aéronautes n'est pas seulement produite par la vaso-contraction. Les communications suivantes vont renforcer singulièrement cette dernière hypothèse.

À bord du ballon /e Centaure, piloté par M. Castillon de Saint- Victor, le 16 juillet 1904, Victor Henri et Jolly examinent d'abord le sang d'un lapin dont le sympathique cervical a été sectionné unilatéralement. Le sang veineux est recueilli sur chaque oreille, à terre et à 2.500 mètres, au bout d’une heure 20 minutes de voyage. [est prélevé également du sang carotidien. Enfin, des prises de sang veineux périphérique et artériel central sont faites sur un pigeon, à terre et à 2.500 mètres. La technique est celle que nous avons consignée à propos de la première ascension de Jolly: le sang est aspiré et mélangé avec du sérum de Marcano dans un mélangeur Potain, puis versé dans uu petit tube que ferme un bouchon de caoutchouc. Les numéra-

tions sont faites le lendemain de l'ascension avec le compte-globules de Malassez :

Sang de l'oreille Sang de l'oreille Sang de la

normale du côté de la section carotide {hématies) du sympathique DanINt A lerré. … tn …. 5.490.000 5.270.000 » À 2.500 mètres . . 5.165.000 5.860.000 4.195.000

Sang veineux Sang artériel central périphérique Pisenn.A terre. -. : .. 3.315.000 »

A 2.500 mètres. . . 3.240.000 2.495.000

Ces chiffres montrent que, chez aucun de ces deux animaux, il ne s'est produit d'hyperglobulie du côté sain. En outre, chez le lapin, le sang veineux diffère sur les deux oreilles puisque, d’un côté, le sympathique a été coupé. Ce fait est conforme à la théorie de Malassez. Enfin le sang artériel profond contient moins de globules que le sang périphérique.

Il est singulier qu'à 2.500 mètres, le sang de l’oreille du côté de la section du sympathique contienne plus de globules du côté de la section du sympathique que du côté sain.

Victor Henri et Jolly pensent donc que la polyglobulie en ballon, quand elle existe, doit tenir aniquement à des répartitions inégales des globules dans le sang périphérique et central « par, des actions vaso-motrices, plutôt que par des néoformations et | des afflux de globules des organes hématopoiétiques ».

Cette opinion est encore renforcée par la constatation du manque absolu d’hématies nucléées chez le lapin.

Dans un second ballon, André Mayer, conduit par M. Léon Barthou, se propose également de numérer les globules sur des lapins ayant un sympathique coupé. Le 5 juillet, à 6 heures du soir, il sectionne au cou le sympathique gauche de deux lapins mâles adultes. L'opération aseptique produit les phénomènes vasomoteurs habituels. Le lendemain, une double prise de sang

ses

est faite, sur les deux oreilles, à terre et en ballon. Le sang aspiré dans un mélangeur Potain est mêlé à du sérum de Hayem et déposé dans de petits tubes bouchés à l’'émeri.

Oreille saine Oreille à sympa thique sectionné Lapin 1.

Parc de l’Aéro-Club, 10 h. 45 |. . . . . . 5.310.000 6.270.000 3.400 mètres, 4 heure (T. — 120) . . 4.680.000 6.450.000 Lapin 2.

Parc de l’Aéro-Club, 10 h. 30 (T. — 210). 4.350.000 accident 3 4)0rmetres den PMR 4.380.000 SaDDi tres MURS 5.370.000 Sorbonne (AUOT EEE 5.160.000 4.950.000

Enfin, Lapicque retrouve deux fois dans la même ascension une diminution de l'hémoglobine du sang central sous l'influence de l'altitude. Cette diminution contrebalance l'augmentation des globules dans le sang périphérique. Il admet enfin la vaso-dilatation céphalique comme phénomène normal dans les ascensions.

Résumant les expériences qui viennent d'être faites, Lapicque ajoute qu’il avait cru, en 1901, à la réalité de l'augmentation du nombre des globules et qu'il avait considéré certain chiffre contradictoire comme dù à une erreur, bien que l'écart fût au-dessus de l'incertitude du procédé, Mais depuis les mêmes résultats ont été obtenus,et Lapicque considère qu'ils correspondent à un fait réel. Si enfin, dans ces nouvelles ascensions, la section du sympathique n'a pas modifié le phénomène vasomoteur, c'est que ce phénomène lui-même a fait presque entièrement défaut. « Ceci prouve,ajoute-t-il,que le facteur altitude n’est pas par lui-même la cause du phénomène, qu'il faut considérer un facteur adventice comme la température par exemple. Nous avons du moins constaté, une fois de plus, en ballon comme à terre, que le facteur le plus important est l'état des vaisseaux. »

GLOBULES ROUGES y

Ces conclusions sont également celles de Jolly qui publie en 1905, dans l’Aérophile, un rapport sur l'ascension scientifique

du 7 juin 1905. Il s’est proposé de déterminer l'augmentation des globules rouges :

Sang de l'oreille Sang central

AA OA terres 25e lapin A. 4.660.000

lapin B. 4.510.000

{1 h. 30, 2.500 à 2.800 m., — 4° à 4° lapin A. 5.310.000

lapin B. 5.370.000 12h., 3.000 à 3.500 m., — 4° à 2° lapin A. 4.500.000 3.695.000 12 h. 30, 2.800 à 2.000 m., — 1° . . lapin A. 4.390.000 4.080.000

Ce tableau montre que, chez le lapin, il y a, au début, une augmentation brusque qui ne dure pas, et qui n'existe pas dans le sang profond demeuré normal. Cette nouvelle expérience prouve, comme les précédentes, que l’hyperglobulie n'est que relative, et liée à des phénomènes vasomoteurs. La température doit jouer un rôle important.

Les études relatives à l’hyperglobulie des altitudes se complètent par les travaux de Guillemard et Moog qui observent, au Mont-Blanc, les variations du sang chez des animaux, rats, cobayes et lapins. Dans tous les cas, il y a, dès le deuxième jour, hyperglobulie périphérique ; l’hypoglobulie centrale existe à son tour, dans tous les cas, un seul excepté. En dehors de celuici on ne peut conclure, nulle part ailleurs, à une hyperglobulie totale.

Dans la suite, le taux de l’hémoglobine diminue, ce qui pourrait indiquer la présence de jeunes hématies, les microcytes ne fixant que peu à peu cette hémoglobine. Ce serait un argument en faveur de l’hyperglobulie réelle de la deuxième période.

Enfin, le seul animal ayant présenté, dès l’arrivée, de l’hyperglobulie centrale et périphérique, est un rat précisément splénectomisé, ce qui semble indiquer que la rate n’a pas un rôle impor-

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SERRE RE PR RP CN tant dans l'hématopoièse. En outre, on a observé que les rats splénectomisés mouraient plus vite que les autres. L'hyperglobulie des hautes altitudes est donc un phénomène très complexe. Ce phénomène varie avec le temps. Au début, il y à hyperglobulie périphérique, hypoglobulie centrale. Les difficultés tiennent à ce fait que les variations portent sur quatre éléments différents : nombre des hématies, taux de l’hémoglobine, valeur globulaire des hématies, masse du sang ; elles sont à la fois sous la dépendance de l'altitude et du temps. ; Nous arrivons ainsi à cette conclusion que l’hyperglobulie des altitudes, tout au moins celle du début, semble être localisée uniquement dans les vaisseaux veineux périphériques et tient à des phénomènes de vasoconstriction. Il est possible qu après un long séjour aux altitudes, on constate une modification du taux globulaire. Mais, pour les ascensions en ballon, l'hyperglobulie ne paraît être que relative et liée moins à la dépression barométrique pure, qu'à l'association de celle-ci avec les autres facteurs physiques susceptibles de déterminer la vaso-constriction.

4° Expériences personnelles sur l'hypergl obulie en ballon.

En présence de la diversité des facteurs physiques invoqués pour expliquer les phénomènes de vasoconstriction périphérique dans les ascensions en ballon, nous avons résolu d'entreprendre de nouvelles expériences. Au moment d'en établir le plan, nous nous sommes adressé à André Mayer qui a bien voulu nous proposer le programme suivant :

«19 Je crois que nous possédons maintenant assez de faits montrant que l’hyperglobulie, quand elle se produit, est un phénomène périphérique. En outre de nos expériences en montagne, celles qu'on a faites depuisen ballon, puis les faits de Foa et Ag-

GLOBULES ROUGES Ji

gazzotti (Mont Rose), ceux de Guillemard et Moog (Mont Blanc) ont donné un nombre de chiffres bien suffisant. Donc, inutile de | refaire des examens comparés de sang périphérique et de sang du cœur.

« 20 Je ne crois pas non plus qu'il soit utile de reprendre la ques-

tion par le côté histologique ; nous n’avons trouvé, même après des semaines, aucun signe de néoformation dans les organes hématopoiétiques. Toutefois, comme le nombre des expériences sur ce point n’est pas très grand, on pourrait, surtout à une très grande altitude, faire quelques lames, chercher les hématies nucléées, et briser un os, faire des décaiques de moelle. Eviter la cause d'erreur qui est le « coup de froid ». Dominici a montré qu'après des nuits froides d'hiver les lapins et cobayes ont quelquefois des hématies nucléées dans le sang.

« 3° Si l’on admet que l’hyperglobulie périphérique est due à une vasoconstriction, il reste à en chercher les causes. On peut invoquer le froid, la sécheresse ou l'humidité, etc. Il seraitinté- } ressant d'analyser ces causes.

«4° Enfin, il y aurait peut-être à examiner si l'hyperglobulie existe chez les animaux à sang froid (grenouilles ou lézards). Je ne me rappelle pas qu'on l'ait cherchée. Si elle existe, cela ferait pour plus tard, de ces animaux, un matériel commode à cause de leur résistance. »

Nous avons résolu, en conséquence, de nous conformer aux indications d'André Mayer. Nos recherches ont consisté, en ce qui concerne l’hyperglobulie, dans la comparaison des réactions observées chez des animaux diversement influencés par les facteurs physiques extérieurs. Nous admettions donc l'existence d'une hyperglobulie relative, liée à la présence de phénomènes périphériques. Néanmoins, sans répéter les observations comparées de sang périphérique et de sang central, nous avons tenu à

vérifier l'absence complète de néoformation globulaire. Nous avons exécuté ces expériences en compagnie du D' Crouzon, chef de clinique du professeur Dieulafoy; ses avis nous ont été précieux pour la préparation de notre ouvrage, et nous avons effectué nos travaux de laboratoire avec son aide et sous son contrôle.

Une de nos ascensions, organisée, le 2 août dernier, sous le patronage de l’Aéro-Club de France, a été spécialement consacrée à la réalisation de ce programme. Le départ a eu lieu au Parc aérostatique de St.Cloud à 9 heures 20 du matin ; l'atterrissage s’est effectué à 42 heures 5, aux environs de Provins. L’altitude maxima (3.230 mètres) a été atteinte au bout de deux heures et demie. Grâce à lhabileté de M. Nicolleau qui nous pilotait, nous avons pu demeurer quarante minutes au-dessus de 3.000 mètres, en dépit de l'humidité de l'air. Il nous a donc été possible de consacrer à nos expériences tout le temps nécessaire.

Nous nous étions d’abord proposé de rechercher les traces d’une néoformation qu'avait jadis affirmée Gaule. A cet effet, nous avons recueilli, à terre et à 3.200 mètres, le sang périphérique d'un cobaye soumis à l’action extérieure de l’atmosphère. Nous l'avons ensuite sacrifié pour enlever sa rate et faire quelques frottis de moelle osseuse. Pour la préparation de nos pièces, nous avons suivi la technique de Dominici qui a bien voulu examiner nos coupes et auquel nons exprimons tous nos remerciements.

OBservaTION I.

Examen histologique d'une rate de cobaye détachée à 3.280 mètres, en ballon.

Nous avons plongé la rate, aussitôt après l'avoir enlevée, dans la solution n° 3 indiquée par Dominici. Cette solution est utilisée pour les pièces destinées à être coupées ; on fixe pendant un laps de temps variant de 1 à 3 heures, suivant le volume et la nature de la pièce ; puis on lave pendant vingt-

GLOBULES ROUGES 19 Se 7 a quatre heures à l'alcool à 60°, et, ensuite, de nouveau pendant 24 heures, à l'alcool à 90.

La solution n° 3 se prépare ainsi { « Faire bouillir de l’eau avec un excès de bichlorure de mercure. Laisser refroidir à 50 degrés environ, en agitant à l'aide d'une baguette de verre, la partie supérieure de la solution : le sublimé non dissous tombe au fond. Lorsque le liquide est refroidi à 50 degrés et que l'agitation l'a rendu aussi clair que possible, on verse doucement, dans une éprouvette graduée contenant déjà 15 centimètres cubes de teinture d'iode officinale, 100 centimètres cubes de la solution, en ayant bien soin de ne verser dans l'éprouvette que la partie supérieure de cette solution dont la partie inférieure, contenant le sublimé en excès et non dissous, ne doit pas être employée. Agiter, filtrer et ajouter à ce liquide un volume égal de la solution suivante :

Hormolduicommercet ss NS 8 grammes

DAMON OR Rene ms + Vie tate 100 grammes. »

Voici quels ont été les résultats de l’examen de rate, répété et commenté par Dominici qui nous a donné les indications suivantes :

1° La rate paraît avoir conservé ses dimensions ordinaires.

2° Les dimensions respectives de l'appareil Malpighien et de la pulpe ne sont pas modifiées. Or, dans toute réaction myéloïde, on note l'agrandissement de la pulpe correspondant à l'accumulation des éléments myéloïdes, les myélocytes, les hématies nucléées.

30 La capacité des sinus de la pulpe semble à peu près la même que dans les conditions ordinaires. Il en est de même du calibre des veines.

En envisageant le détail, on trouve dans l'appareil Malpighien, que sa structure demeure tout à fait comparable à celle de l'état normal. Or, dans toute réaction myéloïde, il se produit une hypergénèse de cellules lymphatiques des corpuscules de Malpighi, un accroissement de volume de ces cellules et une métamorphose des cellules lymphatiques soit en hématies nucléées, soit en myélocytes.

Etude de la pulpe. — Les cordons de Billroth présentent la conformation normale. Le stroma conjonctif est, suivant la règle, essentiellement formé de grandes cellules fixes conjuguées en syncytiums et en plasmodes. Leurs cellules libres sont des grands macrophages et des cellules lymphatiques autochtones, des globules rouges et des polynucléaires d’origine sanguine. Les cordons de Billroth sont le siège d’une phagocytose marquée de polynueléaires et des globules rouges, qui se produit dans les macrophages libres et dans les grandes cellules fixes du stroma des cordons de Billroth.

oo + 0

Les sinus veineux et les veines contiennent des globules rouges, des polynucléaires, des cellulés lymphatiques à enclaves acidophiles, des macrophages détruisant les globules rouges et les polynucléaires. Il en est de même en ce qui concerne le contenu des veines.

Aux éléments que nous venons d'énumérer, se joignent quelques hématies nucléées qui sont essentiellement des normoblastes. Le nombre de ces éléments ne nous paraît pas excéder celui des celluies rouges que peut renfermer une rate normale (la quantité des hématies nucléées persistant régulièrement dans la rate des mammifères adultes est, suivant Malassez et Picard, sujette à quelques variations correspondant aux diverses phases de la digestion). Or, la quantité des globules rouges nucléés présents dans la rate que nous avons examinée, ne dépasse pas celle qui correspond aux variations numériques d'ordre physiologique.

Dans une des deux coupes de rate existe un mégakériocyte identique à ceux de la moelle osseuse. La présence de rares mégakériocytes, de même que celle d'un petit nombre d’hématies nucléées, n'implique nullement la réaction myéloïde de la rate. Elle paraît tenir simplement à la persistance, chez l'animal adulte, d’une structure myéloïde rudimentaire de l'organe.

En définitive, en admettant que la quantité d'hématies nucléées fût un peu supérieure à celle que comporte la structure de la rate normale, la surproduction de ces éléments serait si faible relativement à celle que déterminent l’hémorragie, l'infection, les intoxications, que l’on peut la rapporter simplement à un trouble de la régulation circulatoire. Malassez et Picard ont démontré que des congestions temporaires de la rate, d'origine purement vasomotrice, pouvaient s'accompagner d'une faible augmentation de ces éléments figurés.

OBsERvATION Il.

Examen histologique de préparations de sang sec recueilli à terre et à 3.200 mètres.

Nous avons ponctionné une veine de l'oreille d’un cobaye, à terre, avant le départ, et à 3.200 mètres. Le sang étalé sur une lame était ensuite fixé à l’aide de la solution n° 1, de Dominici :

« Verser 90 centimètres cubes d'une solution aqueuse de bichlorure de mercure, saturée à chaud, puis refroidie à la température ambiante (de 16° à 25°), dans 10 centimètres cubes de teinture d'iode officinale. Agiter. On obtient un liquide clair, de couleur jaune-brun, qui est une solution de bichlorure de mercure, d’iodo-chlorure de mercure et d’iode en liberté. »

Les préparations étaient ensuite colorées à l’éosine orange-bleu de toluidine.

Nous avons constaté que tes globules rouges du sang prélevé en ballon ! avatent conservé les mêmes dimensions qu’à terre, avant le départ. Il n'existait pas d'hématies nucléées.

Ogservarion IIL

Examen d'un frottis de moelle osseuse, préparé à 3.200 mètres.

Nous avons fixé et coloré le frottis suivant la technique indiquée pour le sang. Nous n’avons trouvé aucun caractère indiquant une surproduction exagérée, soit de myélocytes, soit d’hématies nucléées.

Les observations précédentes confirment l'absence de néoformations globulaires pendant les ascensions en ballon. On est donc en présence d'une hyperglobulie relative, liée à des phénomènes périphériques. Nous avons, en conséquence, recherché dans une seconde série d'expériences, quels étaient les agents physiques susceptibles de produire ces phénomènes. La numération du sang de quatre cobayes placés dans des conditions atmosphériques différentes, devait nous donner l'explication de ces variations numériques.

Pendant l'ascension l’impossibilité d'examiner directement le sang au microscope nous a déterminé à employer la technique indiquée par Jolly. La goutte de sang obtenue en piquant à la lancette une veine de l’oreille. est aspirée par le mélangeur Potain, puis diluée à l’aide du sérum de Marcano (solution de sulfate de soude à densité égale à 1.020 : 100 volumes ; formol du commerce à 40 pour 100 : 1 volume). Le sérum conserve très bien les globules. Le mélange brassé est versé dans un petit tube de verre fermé par un bouchon en caoutchouc. Il suffit ensuite, quand

on doit examiner les échantillons, d’agiter doucement une perle Soubies 6

82 MODIFICATIONS DU SANG DANS LES GRANDES ALTITUDES Re Rene Le

de verre dans le liquide pour produire un mélange homogène

que l’on étudie ensuite sous le microscope avec Île compte-glo-

bules de Malassez.

Nous avons emporté quatre cobayes dont l’un était réservé comme témoin, tandis que les trois autres étaient soumis, le premier à l'action de l'humidité, le second à l'action de la sécheresse, le troisième enfin à celle de la chaleur. Le 31 juillet, avant-veille du départ, nous avons fait une première numération du sang veineux de l’oreille dans le laboratoire de la Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu.

Nous avons obtenu les chiffres suivants :

Cobaye À. . . . . . 3.172.000 globules rouges CGobaye hi et. 22807076 008 — CGobaye Cr 0 TRS ENS 000 — Cobaye D. . . . . . 3.652.000 ——

Ces cobayes ont été laissés ensuite dans leur cage. On leur a donné, jusqu’au matin de l'ascension, leur nourriture habituelle.

Le jour de l’ascension, 2 août, nous avons fait une prise de sang dans le parc de l’Aéro-Club, avant le départ, en piquant une veine de l'oreille de chacun des cobayes et nous avons recueilli dans des tubes le sang mélangé avec du sérum de Marcano. Les animaux ont été ensuite placés dans leurs caisses. A 3.20 mètres, chaque cobaye.est retiré un instant, enveloppé d’ouate pour écarter l’action physique de l'air ambiant, et une nouvelle prise de sang est faite. Les divers échantillons ont été rapportés au laboratoire du professeur Dieulafoy. C'est là que nous avons étudié le sang, le lendemain, de concert avec le D’ Crouzon qui a vérifié nos résultats.

O8sErvaTIioN IV.

Cobaye conservé dans l'air saturé d'humidité.

* Le premier des cobayes, cobaye A, a été placé, au moment du départ dans une caisse hermétiquement close, contenant une boîte de métal remplie d'ouate constamment imbibée d'eau, et ouverte, L'air entrait par un tube recourbé dont l'extrémité interne se terminait juste au dessus de la boîte. Cet air, en pénétrant dans la caisse, se trouvait au contact du liquide, et se chargeait d'humidité ; nous obtenions ainsi un milieu saturé d'eau à la température extérieure, soit 2 degrés, à 3.200 mètres.

Voici les chiffres obtenus pour le cobaye A avant et pendant l'ascension :

Cobaye A (humidité).

Avant le départ {T. — + 19°). 2.584.000 globules rouges. À 3.230 mètres (T. — + 2°). . 3.064.000

Nous avons donc constaté dans le sang périphérique, une augmentation |! de 500.000 globules rouges par millimètre cube, chez un cobaye séjournant dans Pair humide.

OgsEeRvATION V.

Cobaye témoin, laissé à l'air extérieur.

Le deuxième cobaye, cobaye B, est gardé comme témoin. Il est placé dans une petite cage à barreaux, à l'intérieur de laquelle l'air circule librement, sans modification de température ou de degré hygrométrique. Deux prises de sang sont également effectuées.

Cobaye B (témoin).

Avant le départ (To — + 19°) . 6.412.000 globules rouges. A 3.280 mètres (T° — + 2°). . 7.272.000 —

Le cobaye témoin présente donc une hyperglobulie périphérique considé-

rable, d'environ 800.000 globules par millimètre cube.

OgservariION VI.

Cobaye placé dans une atmosphère entièrement sèche.

Le cobaye C est introduit dans une caisse bien fermée. L'air y arrive en passant par un tube recourbé en U et contenant des cristaux de chlorure de

a ——__————————— EEE TRIER

calcium. Ii est donc complètement sec: Dans la caisse même se trouve une boîte percée de trous et contenant du chlorure de calcium avec lequel nous avons saupoudré, en outre, le plancher de ja caisse. Un petit orifice y es! pratiqué pour permettre à l'urine de s'écouler aussitôt.

Cobaye C (sécheresse).

Avant le départ (T. — + 19). . 4.152.000 globules rouges. A 3.280 mètres (T. — + 2°) . . 4.368.000 — L

Il ya encore hyperglobulie, mais seulement de 200.000 hématies pai

millimètre cube.

OgservaTioN VIT.

Cobaye subissant l'action de la chaleur.

Pour supprimer entièrement. chez le cobaye D, l’action du froid, nous le mettons dans une caisse garnie d'ouate, et placée à son tour dans une nouvelle caisse. L'intervalle entre ces deux caisses est rempli d'ouate bien tassée, et nous obtenons ainsi une sorte de calorimètre qui permet d'empêcher les déperditions de chaleur. L’air extérieur arrive par un tube de verre bouché avec un léger tampon d'ouate. Au moment de la prise du sang, l'animal est sorti très rapidement, enveloppé d'ouate, l'oreille seule est découverte à l'instant précis de la piqüre,

Cobaye D (chaleur).

A terre, avant le départ (T. — + 19°). . . 3.052.000 globules rouges À 3.200 mètres (T. — + 2e). .. 000,5. 160000 —

L'hyperglobulie est ici très faible et ne dépasse pas 90.000 globules rou- ges. Il y a égalité presque complète entre les deux chiffres du départ et de l’arrivée à une grande altitude.

Ces différentes observations nous montrent que l’hyperglobulie n’est vraiment sensible que chez les cobayes À et B, le premier placé dans un milieu humide, le second laissé au contact de l'air ambiant. Chez ce dernier, l'hyperglobulie atteint même le chiffre de 800,000 hématies par millimètre cube.Par contre, le cobaye C, qui se trouvait dans une atmosphère très sèche, n'a présenté qu'une très faible hyperglobulie qui a fait presque entièrement

défaut chez le cobaye D, conservé dans une caisse chaude.

Ces résultats nous permettent de conclure à l’intervention des facteurs physiques extérieurs dans la production de l'hyperglobulie relative des aéronautes. Pour évaluer exactement l'importance de ces divers facteurs, nous avions emporté un appareil enregistreur de la pression, de la température et de l'état hygrométrique. Nous reproduisons p. 85 les trois courbes, dont M. Jaubert, Directeur de l'Observatoire météorologique de la Ville de Paris, a bien voulu faire les corrections.

Au moment où nous avons prélevé du sang sur nos cobayes, nous venions de traverser un nuage, signalé sur la courbe hygrométrique par la chute brusque à 40°. Les paroïs de la nacelle, les cordes de suspension étaient humides ; de même, le poil du cobaye témoin se trouvait chargé d'humidité. L'animal était ainsi dans les mêmes conditions que le cobaye respirant un air saturé d’eau. D'autre part, l’évaporation devait amener chez les deux cobayes un même abaissement de la température périphérique.

Nous avons constaté, pour ces deux cobayes, et chez eux seuls, une hyperglobulie très manifeste. Nous estimons donc que le froid et l'humidité jouent un grand rôle dans la production de l'hyperglobulie relative. Rappelons d'ailleurs que les aéronautes ressentent les symptômes de la vaso-constriction périphérique quand ils planent au milieu d'un nuage.

On peut expliquer de la sorte la diversité des résultats publiés jusqu'ici. Les expérimentateurs ne tenaient que peu de compte de l'état hygrométrique de l'air; dans un cas cependant, Jolly a signalé une forte hyperglobulie des vaisseaux périphériques, au passage d'un nuage. Les conditions de notre expérience étaient donc reproduites. Comme conséquence, on devra noter soigneusement, désormais, pendant les ascensions physiologi-

ques, les variations de la température, de l'humidité et de la pression.

On pourrait vbjecter à nos conclusions que l'hyperglobulie se retrouve sur les hauts plateaux qù la sécheresse est, sans doute, considérable. Mais on ne peut, à priori, considérer les phénomènes comme identiques. À l'hyperglobulie apparente du début font peut-être suite des transformations réelles du sang, comme plusieurs expérimentateurs l'ont reconnu. Il ne nous est pas permis de considérer que cette hyperglobulie des aéronautes est la même que celle des hauts plateaux.

OBsERvATION VIII.

Recherche de l'hyperglobulie à 3,200 mètres, chez un animal à sang froid.

Etant donné l'intérêt qu'il y aurait pour l'avenir à examiner si les animaux à sang froid présentent de l'hyperglobulie pendant les ascensions, nous avons emporté dans la nacelle une grenouille que nous avions laissée dans un bocal rempli d'eau. Elle se trouvait donc sensiblement dans les mêmes conditions d'hygrométrie et de température en bas et en baut. Le sang a été obtenu en piquant la patte. Nous avons recueilli ce sang d’après la méthode précédente.

Drantile départs Fe LA. = cc uÿ #90 108.000 globules rouges D POI Nr. et, +. / 100 :000 —

Cette absence d'hyperglobulie nous montre que les animaux à sang froid ne sont d'aucune utilité pour ces études. Elle nous indique également que la grenouille, équilibrant sa température propre avec la température extérieure, ne réagit pas sous l'in-

fluence du froid et ne présente pas de modifications globu-

laires.

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