‹ Physiologie de l'aéronauteChapitre 30 sur 52 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

vidé. C’est encore à 6.000 mètres que M. Herbster, ayant abandonné sa sucette pour jeter du lest, se sent légèrement incommodé. |

Enfin, pendant l'ascension dans laquelle Berson et Züring éta-

blirent le record du monde d'altitude par 10.500 mètres, des palpitations se produisaient dès que les inhalations d'oxygène étaient suspendues. Les aéronautes trébuchaient et perdirent même connaissance pendant quelques instants.

Ces chiffres montrent assez quelle différence existe entre le mal en ballon et le mal des montagnes. Ce dernier, observé depuis les premiers ascensionnistes, et désigné des noms de puna, paramo, soroche, bies, bootie, suivant les pays, apparaît à une altituce bien inférieure, et qui varie du reste suivant les points. C'est 1insi que le mal des montagnes est constaté aux environs de 3.010 mètres dans les Alpes, tandis qu’à 4.000 mètres, on peut re pas en souffrir encore lorsqu'on gravit la Cordillère des Andes, et notamment certains sommets des environs de Quito. La case de cet écart est d'ailleurs mal connue, rapportée par certaiis auteurs à la limite des neiges éternelles, pour d’autres au frod, ou à la disposition plus ou moins verticale des parois de cesmontagnes. De toutes façons, la différence du niveau est considérable entre les points où débutent le mal des montagnes et le mal en ballon.

Dautre part, il faut incriminer dans l’étiologie du mal des mortagnes, un certain nombre de facteurs qui font défaut dans le nal en ballon. C’est d’abord la fatigue.

Nous venons de voir que les montagnes à pentes douces, dont l’esalade réclamait une moindre dépense d'énergie musculaire, étaent également celles où le mal des montagnes survenait le plu tardivement. Cet effort musculaire qui est considérable pour

les ascensionnistes se trouve réduit à son minimum chez les

aéronautes qui n'ont à effectuer que la manœuvre du lest. Dans le mal des montagnes, un nouveau facteur est représenté par la rapidité de la marche qui produit l'essoufflement et qui fait varier les échanges respiratoires. Il faut invoquer également l'insomnie signalée par Lortet et Marcet, les changements dans l’alimentation et le régime habituel. Nous indiquerons enfin l'influence du vent, très appréciable, et qui hâte la venue du mal des montagnes, de même, que le passage dans certains points où l’air se renouvelle difficilement et que l’on désigne du nom de couloirs.

Toutes ces causes qui interviennent dans la production du mal des montagnes, doivent être écartées lorsqu'il s’agit du mal en ballon. Mais, à leur tour, les symptômes déterminés par ces deux accidents varient dans certaines proportions. Il suffit pour s'en rendre compte, d'opposer à l'observation de Gaston Tissaïdier à bord du Zénith, celle de Saussure, le premier qui soit monté au sommet du Mont-Blanc. Voici comme Saussure s'exprime à ce sujet : |

« J'espérais atteindre la cime en moins de trois quarts d'reure : mais la rareté de l'air me préparait des difficultés plus grandes que je n'aurais pu le croire. Sur la fin, j'étais obligé de reprendre haleine à tous les quinze ou vingt pas; je le faisais le plis souvent appuyé sur mon bâton, mais à peu près de trois fois l'une, il me fallait m'asseoir. Ce besoin de repos était absolumen in vincible. Si j'essayais de le surmonter, mes jambes me refusäent leur service, je sentais un commencement de défaillance, et j'itais saisi par des éblouissements tout à fait indépendants de l’ation de la lumière, puisque le crèpe double qui me couvrait le viage me garantissait parfaitement les yeux. Je fis diverses éprelves pour abréger ces repos ; j'essayais, par exemple, de ne pointdler au terme de mes forces et de m'arrèter un instant à tougles

quatre ou cinq pas, mais je n’y gagnais rien. La seule chosequi

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me fit du bien et qui augmentât mes forces, c'était l'air frais du vent du nord; lorsqu'en montant j'avais le visage tourné de ce côté-là, et que j'avalais à grands traits l'air qui en venait, je \Pouvais sans m'arrèêter faire jusqu'à 25 ou 26 pas. » Le mal ne cessa pas jusqu’au sommet, etil éprouva beaucoup de peine pour faire ses observations : « J'étais obligé de me reposer et de souffler, après avoir observé un instrument quelconque comme après avoir fait une montée rapide, »

C'est donc la fatigue musculaire et l'essoufflement qui constituent les accidents les plus importants du mal des montagnes. L'étude des symptômes du mal en ballon va nous permettre d'indiquer les modifications réalisées, chez les aéronautes, par l'absence de certaines des causes efficientes du mal des montagnes.

2° Symptômes du mal en ballon.

Les principales fonctions de l'organisme sont altérées par l'effet du mal en ballon. En examinant successivement chacune d’entre elles, nous aurons la série des symptômes que nous grouperons ensuite en un tableau clinique variable d’ailleurs suivant l'altitude.

La fonction respiratoire est la plus constamment intéressée pendant les ascensions de montagne. Saussure se plaint de l’essoufflement qui l'oblige à s'arrêter au bout de quelques pas, et qui s'accentue à mesure que les ascensionnistes se rapprochent du sommet. La respiration devient fréquente, pénible, anxieuse. Au contraire, dans le mal en ballon, ce phénomène est moins accentué. Ni Tissandier,ni Glaisher ne le signalent. Les aéronautes qui dépassent 5.000 mètres sans faire usage d'oxygène, notent que leurs inspirations sont un peu plus profondes, les mouve-

ments de la cage thoracique légèrement exagérés. Avec laltitude, ces variations de rythme progressent, mais dans de faibles limites. C’est ici que l'élément fatigue,intervient le plus,cet élément si important dans les escalades de montagnes, si faible dans les voyages en ballon.

Les troubles de la digestion commencent par la soif, moins pénible cependant que chez les ascensionnistes, de même que le défaut d'appétit qui va, pour les seconds, jusqu'au dégoût insurmontable des aliments. Chez les aéronautes, les principaux accidents du côté des voies digestives sont représentés par les nausées, les vomissements fréquemment observés. On note parfois de la diarrhée, plus souvent de la dilatation des gaz intestinaux causant une gêne pénible, et qui peuvent intervenir pour une certaine part dans la pathogénie du mal en ballon.

Plus considérables que les précédentes sont les altérations de l'énergie musculaire. Les aéronautes sont d'accord pour signaler, au delà de 5.000 mètres, l'aggravation de cette sensation de fatigue, de cette affaiblissement musculaire déjà observés à de moins grandes altitudes. Les accidents de l'appareil locomoteur débutent par une douleur très spéciale dans les jambes, une sorte de coup au genou. Les membres inférieurs sont les premiers envahis par cet engourdissement qui gagne ensuite les membres supérieurs ; l’aéronaute n’a plus la force de faire un mouvement, de saisir la sucette de l'appareil à oxygène. Les muscles de la face sont paralysés à leur tour, la parole devient impossible en dépit des efforts de l’aéronaute qui a conservé sa lucidité d'esprit. Après la descente, cet engourdissement persiste assez longtemps, et l'on a la sensation d'être brisé de fatigue.

Les troubles cireulatoires sont également importants. On observe d’abord l'accélération du pouls, les battements dans les

tempes, les bourdonnements d'oreilles, et ces symptômes précè-

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