I. — L'OUIE
Parmi les organes des sens, le plus directement intéressé par
les variations d'altitude est l’ouïe. Nous avons signalé, au chapitre des impressions en ballon, un certain nombre de sensations subjectives de l’ouïe perçues par les aéronautes. Mais ce n'est pas tout, et l'oreille présente à côté de l'audition un certain nombre d’autres attributions. L'une d’entre elles nous occupe tout spécialement ici : c’est le sens de l'altitude. , En décrivant le statoscope qu’utilisent les aéronautes pour reconnaître les plus faibles variations de hauteur, nous avons montré que le dispositif de cet appareil présentait de nombreuses analogies avec l'oreille : même interposition d’une membrane entre deux chambres, l’une ouverte au dehors, l’autre communiquant seulement par un étroit tube de caoutchouc : même système de leviers qui font enregistrer les déformations de la membrane. C’est qu’en effet l’oreille est influencée par les variations de la pression extérieure, et l’on retrouve dans cet organe les fonctions appelées baresthésiques, suivant le terme de Pierre Bonnier, et qui sont à leur maximum de développement chez les poissons.
Dans la vie ordinaire, les variations de la pression barométri-
LAN 7 nn TORRES que sont assez faibles et l’homme n'en a que très peu conscience. Mais déjà, pendant les ascensions aéronautiques, apparaissent chez de nombreuses personnes une gêne mal définie. Alors surviennent la surdité passagère, lobnubilation auriculaire, le bourdonnement, l’oppression auriculaire, tous phénomènes signalés par Pierre Bounier dans son étude sur le sens des altitudes.
Les sujets dont les oreilles ont perdu leur élasticité normale du fait de la sclérose des membranes et des vaisseaux, constatent plus rapidement l'apparition de ces troubles qui sont également plus accentués chez eux : les écarts de pression atmosphérique qui n’influencent pas les sujets normaux sont perçus par les individus scléreux, sans que toutefois ceux-ci soient toujours capables de les interpréter. Au contraire, cette fonction baresthésique est indispensable à l'équilibre des animaux qui vivent dans un milieu liquide ou à ceux qui volent dans l'air. Ils ne sauraient s’équilibrer avec la pression extérieure s’ils n'avaient pas conscience des variations de celle-ci. L'oreille doit être sensible aux variations lentes et irrégulières de la pression de l'atmosphère puisqu'elle distingue les variations rapides et régulières alors mème que ces dernières sont très faibles. L'oreille humaine peut percevoir par seconde jusqu’à 20.000 vibrations périodiques ; elle en analyse la fréquence, l'amplitude, la forme et la direction. Ce n’est pas un appareil résonateur, mais un véritable enregistreur. « Certaines parties, écrit Pierre Bonnier, sont plus sensibles aux variations lentes et irrégulières (utricule avec ses fonctions baresthésiques, statographiques et manoesthésiques), d’autres plus sensibles aux variations rapides et régulières (saccule avec ses fonctions seisesthésiques ou perception des ébranlements in natura, sous forme analytique, comme chez les invertébrés), d’autres aussi plus sensibles à ces mêmes ébranlements perçus sous forme continue,
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tonale (limaçon avec ses fonctions auditives). L'histoire de l'oreille est l'acquisition progressive de ces perceptions. »
Ces données sont vérifiées par Pierre Bonnier pendant l’ascension qu’il effectue, en 1901,de compagnie avec Jolly et sous la direction de M. Farman. Il recherche sur lui-même l’action d'une grande variation de pression qui, sans effort sur un appareil résonateur, agira fortement sur un appareil enregistreur de pressions lentes ou rapides, régulières ou non périodiques. Les changements d'altitude doivent s'accompagner d'une compensation tympanique et d'une compensation labyrinthique. On trouve en effet, dans l'oreille, trois milieux dont l'équilibre est nécessaire ; l'oreille externe remplie d'air atmosphérique ; l'oreille moyenne contenant également de l'air et reliée avec l'extérieur par la trompe d'Eustache ; enfin le labyrinthe contenant un liquide séreux. Ces trois régions sont séparées par des membranes qui doivent recevoir sur les deux faces une pression égale : il faut donc que l'équilibre s'établisse. Mais ces compensations tympanique et labyrinthique sont plus ou moins difficiles à réaliser suivant les sujets.
La première, compensation tympanique, ou équilibre aérien dans les oreilles externe et moyenne, se réalise par l'ouverture de la trompe d'Eustache. Cette manœuvre s'effectue grâce à la déglutition. Dans les altitudes élevées, quand la bouche devient sèche, la salive rare, et que la rupture de l'équilibre va se produire, le bâillement réflexe intervient encore pour distendre une dernière fois l’orifice tubaire.
Mais d’autres personnes, atteintes d’un catarrhe hypertrophiant siégeant sur la muqueuse de l'arrière-nez, ou de végétations adénoïdes, ne peuvent dilater complètement la trompe, et l'équilibre se rompt. Quand l'altitude reste faible, les symptômes sont peu marqués ; on observe cependant un commencement de surdité