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I. — MODIFICATIONS PORTANT SUR LE NOMBRE DES GLOBULES ROUGES

1° Etat de la question avant les premières ascensions scientifiques en ballon.

Les premiers travaux relatifs à l'hyperglobuhe des altitudes remontent à l’année 1862. A cette époque, Jourdanet, frappé des modifications apportées à l'organisme par l'altitude, cherche un rapport entre la dépression atmosphérique et le mal des montagnes.

Il rappelle dans ses études sur l'air raréfié et sur le Mexique que les chevaux et les mulets vivant sur les hauts plateaux sont peu vigoureux ; qu'il a été impossible d'importer à Mexico les courses de taureaux changées en un jeu dérisoire par la mollesse des combattants. La raréfaction de l'air peut seule expliquer ces phénomènes. Il y a désoxygénation des globules sanguins, ralentissement de la nutrition ; le cœur et la respiration sont accélérés. Pour la fatigue et le froid, ils n’interviennent que très secondairement. Jourdanet insiste enfin sur cette particularité que l’anémie se rencontre d’une façon constante chez les habitants des hauteurs, et imprime un cachet uniforme à toutes leurs maladies. Les affections inflammatoires à types aigus ont des réactions violentes de courte durée : bientôt apparaît l'adynamie ataxique ou typhoïde. C'est Le cas de la pneumonie fréquente dans ces régions. Par contre les inflammations chroniques sont rares, « comme si

les faibles ressources de l'organisme ne pouvaient y suffire ».

Enfin, la dépression atmosphérique favorise la stase veineuse et les congestions, par ralentissement de la circulation.

Ces observations et la méthode expérimentale de Jourdanet sont discutées,en 1882,par Paul Bert qui invoque surtout les modifications de l'hémoglobine du sang. Dans son travail sur la pression barométrique,il écrit : « On pourrait se demander si,par une compensation harmonique dont l'histoire naturelle générale uous offre bien des exemples, le sang serait devenu plus apte, soit par modification dans la nature ou la quantité d'hémoglobine, soit par une augmentation du nombre des hématies, à absorber plus d'oxygène sous un mème volume et à revenir ainsi à la normale habituelle des bords de la mer. Mais, il est bien certain que pareil changement, s’il a lieu, ne peut être le fait que des dispositions transmises héréditairement et ne doit arriver à son complet développement qu'au bout de générations successisives, en telle sorte qu'il expliquerait non l'acclimatement de l'individu, mais celui de sa race. » Cette dernière hypothèse concernant la disposition héréditaire ne peut se défendre et les travaux ultérieurs ont montré que l’acclimatement se faisait au bout de peu de temps, et pour chaque individu.

En même temps, au Congrès d'hygiène de Genève, Paul Bert fait connaître que le sang des animaux vivant à une altitude élevée absorbe plus d'oxygène,et se trouve, par conséquent, plus riche en hémoglobine que dans nos climats. Sur des échantillons de sang envoyés de La Paz (3.700 mètres), ila constaté que le sang des herbivores y absorbait 18 à 20 pour 100 de son poids tandis qu’il a’en absorbe que 10 à 12 pour 100 au niveau de la mer. Mais on à reconnu depuis que le chiffre de 12 pour 100 était inexact et inférieur à la normale (16 à 20 pour 100). Quant à l'augmentation du nombre des globules, les travaux de Viault

allaient lui donner une confirmation qui semblait définitive. Soubies s d 3

Pendant un voyage au Pérou, en 1890, Viault recherche en effet si l'hypothèse de Paul Bert, concernant l'hyperglobulie, est exacte, et sa communication à l’Académie des Sciences l'indique ensuite comme évidente. Le jour de son départ de Lima il examine son sang, celui de ses compagnons et de plusieurs animaux qu'il emmène. Au bout de 15 jours, il arrive à Morococha, dans la Cordillère des Andes, à une altitude de 4.392 mètres. Il constate alors que son sang, comme celui des autres sujets examinés, présente une augmentation de 2 millions en moyenne par millimètre cube. Viault avait, à Lima, 5.000.000 de globules rouges, et à Morococha, à l’arrivée, 7.100.000 globules. Il a atteint mème, au bout de huit jours de séjour, le chiffre de 8.000.000 de globules. De même, le sang des animaux révèle une hyperglobulie certaine, mais moins régulière. Il n'y a eu dans ces cas aucune adaptation héréditaire,mais bien prolifération des globules. De ces faits découle la théorie de l'hyperglobulie des altitudes.

A son retour en France, Viault entreprend l'ascension du Pic du Midi (2.877 mètres) ; mais cette fois il ne peut constater d'hyperglobulie chez lui. Parmi les animaux qu'il a emportés, les lapins, les cobayes, le coq ont une augmentation du nombre des globules : le chien n’en présente pas. Viault en conclut que «l'hyperglobulie ne se produit probablement d’une manière très intense qu’au-dessus de 3.000 mètres ».

De nombreux expérimentateurs tentent à leur tour de produire cette hyperglobulie. Egger à Arosa, en Suisse, à l'altitude de 1.800 mètres, la signale. Cependant, l'altitude est bien inférieure, dans ce cas, à celle de 3.000 mètres indiquée par Viault, Egger examine 18 personnes dont plusieurs tuberculeuses, chlorotiques ou neurasthéniques, et observe chez toutes de l'hyperglobulie qui commence dès l’arrivée à Arosa. Il ya à ce moment une augmentation moyenne de 400.000 globules rouges. Quinze jours

après, elle est d’un million. Les habitants d'Arosa ont, de leur côté, un chiffre moyen de 7.500.000 globules. Egger observe

enfin que l'hyperglobulie décroit avec l'altitude et disparaît dès le

retour dans la plaine.

A son tour, Mercier recherche, à Arosa, les modifications du

nombre des globules. Comme Egger, il reconnait l'hyperglobulie.

Mais il fixe à une époque plus tardive le moment où le maximum

est atteint. Suivant Egger, ce maximum s’obtenait au bout de |

quinze jours, les huit derniers ne fournissant déjà qu'un appoint,

très faible. Mercier recule au delà de trois mois l'équilibre glo-

bulaire. Au bout de cinq mois il retrouve encore une augmenta-!

tion. Voici son tableau :

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