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CHAPITRE III

La moelle épinière, les centres nerveux d'action réflexe

ou tertiaires.

Nous laissons de côté pour le moment les centres nerveux organiques (ganglions du grand sympathique), en premier lieu parce qu'ils sont destinés surtout à régir les fonctions de la yie végétative, et qu'on sait fort peu de chose sur leur manière d'agir ; ensuite parce que nous y reviendrons éventuellement en traitant des passions. Commençons donc par nous occuper des fonctions de la moelle épinière.

La moelle épinière n'est pas seulement un organe de transmission entre le monde extérieur et le cerveau ; elle contient de nombreux centres nerveux indépendants. Une bonne partie de notre activité s'accomplit involontairement et même inconsciemment; et une bonne partie de ces actions involontaires et inconscientes est évidemment due à la faculté, que possèdent les cellules de la moelle épinière, de réagir indépendamment. Si on divise la moelle au-dessous de l'origine des nerfs respiratoires, toute sensibilité et toute motilité volontaire sont abolies dans les parties du corps qui se trouvent au-dessous de la section ; mais si alors on chatouille la -plante des pieds avec une plume, la jambe se retire encore, sans que le patient s'en aperçoive, à moins qu'il ne voie le mouvement, ou que quelqu'un ne lui dise ce qui se passe. J. Hunter cite le cas d'un para-

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plégique (paralytique cle la moitié inférieure du corps), dont les jambes exécutaient des mouvements violents et inconscients, toutes les fois qu'on lui chatouillait les pieds. Quand on lui demandait s'il sentait l'irritation qui suscitait les mouvements, il répliquait : « Non, monsieur; mais vous voyez que mes jambes la sentent. » Cette activité automatique de la moelle, suffisamment évidente chez riiomme, l'est encore davantage chez les animaux inférieurs ; les phénomènes de la vie humaine et ceux de la vie animale peuvent également bien servir à démontrer son existence.

En observant les mouvements de l'enfant nouveau-né, on voit clairement, que, comme ceux du fœtus ou comme ceux de beaucoup d'animaux inférieurs, ce sont de simples réactions réflexes, produites par les impressions, et s'exécutant sans volonté et même sans conscience. Les anencéphales, chez qui l'absence du cerveau implique l'absence de la conscience, exécutent non seulement des mouvements avec leurs membres, mais peuvent très bien accomplir les actes réflexes associés, qui sont requis pour te ter et pour crier. Il n'est pas nécessaire d'enseigner à l'enfant à tousser; l'action réflexe se charge d'expulser des voies respiratoires les objets irritants ; mais l'enfant ne peut pas cracher avant d'avoir appris à le faire. Il s'ensuit que, lorsque la toux fait remonter des mucosités à son gosier, il risquerait d'être étouffé par elles, si une autre action réflexe , la déglutition ou le vomissement , ne l'aidait à s'en débarrasser, La même chose arrive chez l'homme frappé d'apoplexie ou agonisant, quand les actions automatiques acquises cessent et que les actions réflexes primitives (innées) leur survivent seules. Mais c'est aux expériences sur les animaux, que nous devons les notions les plus claires sur l'action réflexe. Si on décapite la grenouille mâle pendant l'accouplement, son corps ne cesse pas de se cramponner à la femelle, et il continue à s'y cramponner même avec le moignon de l'extrémité qu'on ampute. Si on

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enlève la partie postérieure du corps de la grenouille, la partie antérieure ne lâche pas prise; mais si on détruit la région de la moelle, d'où émergent les nerfs des extrémités antérieures, celles-ci se relâchent immédiatement. Une détente semblable a lieu chez les animaux supérieurs, quand les centres nerveux préposés à l'activité génésique ont déchargé leur énergie. Comparez l'étreinte spasmodique de l'amour avec l'abandon, qui suit l'assouvissement de la passion. Une grenouille décapitée contracte ses jambes avec une régularité mécanique, toutes les fois qu'on lui pince les pieds ou qu'on les irrite par un acide. Le temps qui s'écoule entre l'irritation et la réaction, varie selon la force de la première, et il varie d'une seconde à peine entre chaque application d'une irritation constante.

Mais il j a une expérience bien connue qui donne des résultats plus frappants encore. Pfliiger toucha avec de l'acide acétique, au-dessus du condyle interne, la cuisse d'une grenouille décapitée ; la grenouille essuya l'acide avec la face dorsale du pied correspondant; Pfliiger coupa alors ce pied , et appliqua de nouveau l'acide au même point ; la grenouille essaya de l'essuyer de nouveau avec le même pied, et n'y réussissant pas, puisque le pied n'existait plus, elle renonça bientôt à ces efforts infructueux et sembla inquiète, agitée « comme si elle cherchait un nouveau moyen ». Enfin, elle se mit à essuyer l'acide avec le pied du côté opposé. Puis, l'animal resta immobile pendant des heures entières, et sans faire aucun mouvement « spontané » ; une nouvelle irritation pouvait seule en provoquer. Cette expérience frappante nous donne le spectacle non pas de contractions de muscles isolés, mais de mouvements combinés, se suivant avec ordre, pour atteindre un but spécial. Ce sont là des actes, qui, en apparence, sont inspirés par la volonté et guidés par l'intelligence, et qui pourtant s'accomplissent chez un animal , auquel on a enlevé l'organe, qui est, on le sait, le siège de ces deux fonctious.

Pfliiger fut si vivement frappé par cette admirable adaptation des moyens au but dans un corps sans tête, qu'il en déduisit, que la moelle épinière possède à l'égal du cerveau des fonctions sensorielles. Mais nous n'avons aucune preuve que la grenouille sente l'irritation. Tout ce que nous savons avec certitude, c'est que l'irritation produit des réactions déterminées. D'autres auteurs, tout en n'admettant pas la supposition de Pfliiger relativement à l'homme, ont pensé, qu'elle pouvait être acceptée pour quelques animaux inférieurs. Au lieu de baser leur interprétation des phénomènes compliqués , observés chez l'homme, sur les phénomènes plus simples offerts par les animaux, ils ont appliqué à ces derniers leur vicieuse explication des premiers \

Il est évidemment permis de tirer de l'expérience de Pfliiger la conclusion suivante, complètement différente de la sienne : le fait qu'un mouvement s'accomplit en vue de ce qu'on nomme un but, n'implique pas nécessairement qu'il soit volontaire, prémédité ou conscient; et des actions apparemment dictées par une conscience déterminante peuvent cependant s'accomplir sans conscience.

Sans doute les mouvements de la grenouille mutilée, visent à un but défini ; il en est de même de ceux qu'exécutent les lèvres de l'enfant anencéphale, ainsi que des

* Sous ce rapport, les observations de Prochaska, publiées eu 1784, sont très intéressantes : « Cum itaque precipua functio sensorii communis consistât in reflexione impressionum sensoriarum inmotorias, notandura est quod ista reflexio vel anima inscia vel vero anima conscia fiât. » Il donne de nombreux exemples, qui, depuis, ont été souvent répétés par d'autres, et ajoute : « Omnes istte actiones ex organismo et pbysicis legibus sensorio communi propriis fluunt, suntque propterea spontaneœ et automaticœ. » {Commentatio de Functionibus Systematis Nervosi, p. 88, 1874.) Il faut se rappeler que Prochaska comprenait la moelle épinière dans la dénomination de semorium commune. Les observations suivantes de U;izer indiquent la même manière de voir : « Ce qui en elles nous apparaît comme volontaire, ne fait en réalité que nous apparaître comme tel, parce que nous concluons de la nature et de la manière d'agir de notre esprit à celles des autres animaux. Ce qui semble avoir un but est simplement préordonné par la nature. » (Unzer and Prochaska, On the Nervons System. Sycl. Soc. Trans., p. 323.)

mouvements respiratoires de l'homme et des animaux, ou de ceux qui produisent la toux, l'éternument, la déglutition, etc., mais, dans tous ces exemples, l'action coordonnée est le résultat d'une constitution nerveuse originaire, innée. La faculté d'exécuter les mouvements dont il s'agit préexiste dans le mécanisme physiologique de la moelle épinière de la grenouille ; elle en a hérité comme d'une partie essentielle de son être, et sans elle, elle ne saurait exister que pendant un laps de temps très court. Il suit de là que la grenouille agit nécessairement et aveuglément; quoiqu'elle ait perdu une patte, elle essaie encore de s'en servir, ce qu'elle ne ferait évidemment pas si elle avait une conscience intelligente ; et elle ne recourt à un autre moyen que lorsque l'irritation , n'étant point atténuée par des efforts inutiles , continue à la stimuler. Comme le mouvement provoqué par une irritation dans une plante sensitive, par exemple dans la Mimosa pudica, n'est pas limité au point irrité, mais se propage à toute la plante, si l'irritation est assez forte; comme les poils des feuilles de la Dionœa miiscipola saisissent, en se recourbant, l'insecte qui vient se poser sur elle et comme ce mouvement est suivi de l'enroulement de toute la feuille ; comme dans certaines maladies de l'homme, une irritation continue, qui ne cause d'abord que de faibles réactions réflexes, en produit ensuite de plus fortes et de plus générales, pouvant aller jusqu'aux convulsions, — ainsi, chez la grenouille décapitée, le stimulus persistant, non écarté par le mouvement habituel, excite d'autres mouvements réflexes, qui, dans l'ordre physiologique, succèdent aux premiers, et qui auraient été employés, si l'animal se fût encore trouvé en possession de son cerveau. La moelle épinière contient par elle-même, dans sa structure propre, les dispositions requises pour l'accomplissement de' ces actes coordonnés; et la persistance de l'irritation détermine l'extension de l'activité : l'ébranlement nerveux s'irradie. Sans nul doute, cela a lieu sans que la grenomlle en ait conscience. Que

l'on veuille accorder ou non un certain degré de conscience à la moelle épinière, il n'y a pas plus de préméditation dans tout l'acte décrit, qu'il n'y en a dans la formation d'un cristal ou dans la croissance d'un arbre. Un cristal ne peut pas enfreindre les lois d'où résulte sa forme ; un arbre ne peut pas croître jusqu'au ciel. Or les particules d'un cristal s'agrègent d'après un plan défini, et semblent manifester ainsi un véritable dessein. Devons-nous pour cela admettre que la formation du cristal et la croissance de l'arbre sont accompagnées de conscience? Non certes; et pourtant c'est à cette conclusion, qu'aboutissent logiquement les arguments de ceux qui considèrent la soi-disant finalité d'un acte comme impliquant la coexistence de la conscience. Le but d'un acte n'est autre chose que le corrélatif subjectif, dans l'esprit de l'observateur, de la loi de la matière, dans la nature ; et chaque observateur constatera dans tout fait justement la quantité de finalité, qu'il a la faculté d'entrevoir. Quoique nous ayons de bonnes raisons pour soutenir, que les mouvements de la grenouille privée de ses hémisphères s'expliquent suffisamment sans supposer que sa moelle épinière soit douée de sensation et de volonté, quelques hommes éminents avaient cru pouvoir déduire d'expériences instituées à cet effet, que ces facultés ne manquent pas aux centres nerveux des animaux inférieurs. A l'appui" de cette supposition ils citent les faits suivants : par exemple , lorsqu'un insecte est divisé en deux, sa partie antérieure peut continuer à manger, tandis que sa partie postérieure est encore capable d'accomplir l'union sexuelle. On croit prouver ainsi, que la sensation de la faim et la volonté de manger résident dans le premier segment, et l'appétit sexuel et la volonté de s'accoupler dans l'autre. On cite encore l'exemple du perceoreille coupé en deux, dont les deux moitiés se jettent quel-, quefois l'une sur l'autre et se combattent furieusement jusqu'à l'épuisement ou jusqu'à la mort. Cela n'arriverait pas, dit-on, si les deux moitiés ne possédaient pas decon-

science et de volonté. On conclut donc de ces faits, que la conscience et la volonté peuvent être divisées en autant de parties qu'il y a de centres nerveux séparés dans le corps. Quelques-uns vont encore plus loin et, refusant de limiter la volonté au système nerveux, ils s'imaginent voir des preuves évidentes de sa présence là où il n'y a aucune trace de tissu nerveux ou musculaire. Lorsqu'un infusoire s'approche d'un polype, celui-ci le perçoit d'une façon quelconque et produit dans l'eau au moyen de ses tentacules un remou destiné à amener l'animalcule à portée et à l'entraîner dans son estomac. A leurs yeux, c'est là un fait de sensation et de volonté chez un être, qui n'a ni muscles, ni nerfs. Sans doute ils sont logiques dans cette extension de leur théorie; mais en attribuant au polype ces fonctions conscientes, on doit prendre garde ne pas se laisser fourvoyer par les mots ; on doit se demander, si quelque obscurité ou quelque double sens ne se cache pas dans l'acception donnée aux termes conscience et volonté. Il faut se demander, en toute sincérité, si l'on donne à ces mots une signification analogue à celle qu'ils ont, quand, au lieu du polype, on parle de l'homme. Les partisans de cette manière devoir ne s'entendront jamais avec leurs adversaires,' si de part et d'autre le sens des mots n'est précisé et rendu conforme à la diversité des faits. La connaissance ne gagne rien à identifier verbalement des phénomènes d'espèces diverses; au contraire, elle ne saurait progresser qu'à la condition de marcher de pair avec les faits de plus en plus spéciaux de l'évolution et d'appliquer à chaque diâerence une dénomination bien définie. Pour en revenir à notre question, voici comment elle se pose en deux mots : est-ce que le fait de sentir implique ce que nous entendons par ces paroles : moi je sens, moi j'ai conscience? Si oui, il est impossible que le polype ou la moelle sans cerveau sentent ; si non,^ il faut trouver un autre terme pour désigner l'irritabilité organique, cette soi-disant sensation, que l'individu comme tel .

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n'a pas, mais que nous attribuons aux moindres particules de son protoplasme vivant.

Dans l'examen de ce problème : la moelle est-elle douée de sensation et de volonté ? — il ne faut pas d'ailleurs oublier, que, alors que nous exécutons un mouvement volontaire, nous n'avons réellement conscience que d'une petite partie de ce mouvement : nous en connaissons le but, la direction générale, nous savons que l'ordre de l'exécuter part bien de nous; mais l'exécution elle-même est abandonnée au mécanisme (inné ou acquis) des centres moteurs. La partie principale d'un acte volontaire, est, en effet, l'action réflexe automatique de la moelle, et la volonté, dans l'accomplissement de ses actes, dépend absolument de ce mécanisme, tandis que le mécanisme réflexe peut fonctionner indépendamment de la volonté. Donc, l'action consciente a besoin de l'action automatique, tandis que celle-ci n'a aucun besoin de celle-là. La conscience est pour ainsi dire un luœe, pour ce qui touche l'exécution d'un acte ; elle est, lorsqu'elle ne manque pas, un efl^et concomitant, et non pas un facteur. Au lieu de nous montrer, parmi les attributs de la moelle épinière, celui de la conscience, la nature au contraire nous enseigne à déduire d'un acte volontaire la grande partie, qui en est automatique et qui, l'impulsion une fois donnée, s'accomplirait et s'accomplit tout aussi bien sans la conscience. Personne n'ignore, que l'impulsion à un acte d'abord volontaire, finit par le provoquer également bien, si elle vient du dehors, pourvu que l'acte soit devenu habituel; des mouvements, d'abord exécutés consciemment, deviennent inconscients, et succèdent, à titre de simples réactions, à des stimulations externes. Nous nous débarrassons de l'irritation d'un point quelconque de notre corps, par exemple d'une mouche, qui se promène sur notre front, sans en avoir aucune conscience, à moins que nous n'y pensions ensuite. Nous n'avons certainement pas d'idée claire du point molesté, ni du caractère, ni de la mesure de la contraction musculaire que

nous exécutons. Il est même difficilement imaginable qu'une vague conscience ou l'ombre d'une idée puisse suffire à engendrer une réaction aussi bien adaptée et aussi précise ; c'est néanmoins ce que l'on est forcé d'admettre, si l'adaptation dépend nécessairement de la conscience. Devons-nous, en fin de compte, opter pour l'hypothèse la moins probable et reconnaître à la moelle une conscience exacte? C'est bien là, pourtant, ce qu'implique la croj^ance, que la moelle épinière sent les impressions et y répond par des mouvements distinctement intentionnés. Le mécanisme organisé, voilà le véritable agent automatique et nous verrons plus loin, que la faculté d'exécuter les actes, dont il a été question, consiste en une particularité d'organisation, qui a été développée de longue main, par l'éducation et l'expérience.

Il faut avoir bien présent à l'esprit, que le nerf afférent est apte à recevoir une certaine impression et à la transmettre au centre nerveux ; que, l'impression une fois produite, est transmise, avec ou sans conscience; que, lorsque l'impression arrive au centre, elle en éveille l'énergie latente, que nous en ayons conscience ou non ; et que cette énergie agit ensuite sur le nerf afférent ou moteur, et met en activité, selon le cas spécial, tel ou tel muscle, qu'il nous serait impossible de choisir au moyen de la conscience. Le procédé est purement physique, et n'est en aucune façon empêché par l'absence de la conscience. Notre propre expérience, bien interprétée, est donc contraire à l'opinion, qui considère les mouvements de la grenouille décapitée comme un indice de conscience spinale. Si la moelle épinière était consciente, on ne comprendrait guère l'absence de mouvements spontanés chez l'animal mutilé, sa complète immobilité, interrompue seulement par l'arrivée de nouvelles irritations. Pourquoi, d'ailleurs, l'animal ne profiterait-il pas de ses expériences antérieures, relatives à d'autres impressions, avec la conscience nette (qu'on lui suppose) de l'endroit sur lequel agit l'irritation et sa con-

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naissance des mouvements spéciaux propres à le soulager?

La manière, dont on peut empêcher les mouvements de la grenouille décapitée, nous offre une nouvelle preuve de leur nature purement mécanique. En répétant l'expérience consistant à irriter la patte et à observer la contraction du membre inférieur, qui en résulte régulièrement, Nothnagel a trouvé, qu'on n'obtient aucun effet pendant la faradisation du nerf sciatique de l'autre jambe. Ceci est un exemple de ce qu'on appelle action d'arrêt ou inhibition : il se passe dans le centre moteur un changement, qui opère de façon à empêcher le mouvement. Cette expérience ne vient-elle pas à l'appui de notre manière de voir? Voici encore un exemple d'action réflexe empêchée de la même manière : Goltz a découvert, que si, chez le chien, après la section de la moelle, on chatouille ou l'on touche l'anus avec une éponge mouillée, ou bien si l'on touche ou comprime le prépuce, le sphincter vésical se relâche et l'urine s'échappe en jet continu d'abord, interrompu ensuite, o-ràce aux contractions du muscle bulbo-caverneux. Eli bien! ces dernières contractions cessent aussitôt, si l'on comprime une des pattes postérieures de l'animal. Sans doute, on peut dire, que ces faits tendent à prouver que la moelle épinière5(?n^, et que la vraie explication est celle-ci: quand la moelle sent l'irritation du prépuce, elle réagit par le relâchement du sphincter et par la contraction des bulbocaverneux ; mais quand une nouvelle impression lui arrive du pied, son attention est déviée et elle ne sent plus la première impression. Soit; quant à moi, cette manière do voir me paraît se réduire à l'admission d'une conscience inconsciente et constituer une application injustifiable d'idées, tirées de l'expérience des centres nerveux les plus élevés, à l'interprétation de phénomènes propres aux centres inférieurs. C'est à cause de l'adaptation de ces mouvements à un but, à cause du dessein qu'ils semblent trahir, que beaucoup de personnes ont tant de difficulté à les considérer comme purement réflexes et inconscients. Elles

semblent avoir une invincible répugnance à se persuader, que la propriété de réagir conformément aux circonstances est une propriété fondamentale de la matière organique vivante, et que le dessein conscient lui-même est une manifestation de cette propriété, par l'intermédiaire des centres nerveux supérieurs.

On aurait évité bien des théories stériles, si l'on avait bien voulu se rendre clairement compte de ce qu'est en réalité l'adaptation à un but. On a dit, et cette opinion a eu souvent beaucoup de succès, que l'âme travaille inconsciemment à l'édification de l'organisme, ce qui suppose forcément qu'un agent ou principe intelligent est immanent à la matière organique, qui traverse une série de changements bien définis. Mais s'il en est ainsi pour le développement d'un animal, pourquoi en serait-il autrement pour celui d'une plante? Celle-ci ne réalise-t-elle pas, elle aussi, un plan défini, en s' adaptant sagement aux circonstances? S'il en est ainsi pour la formation d'un organe, pourquoi en serait-il autrement pour celle d'un composé chimique, qui a, lui aussi, des propriétés caractéristiques? La fonction est le résultat nécessaire d'une certaine structure organique définie, dans certaines conditions, et, dans ce sens, elle doit en favoriser le bien-être ^ Mais une action organique, quelque beau que puisse être le dessein

• Il faudrait renverser la méthode de uos recherches et de nos conclusions, et, au lieu de découvrir les opérations de l'âme dans le processus de la croissance et du développement organiques, découvrir les propriétés de la matière , que ce processus nous indique comme facteurs dans la formation de l'âme ; nous devrions, en d'autres termes, prendre pied solidement sur les échelons inférieurs , avant d'essayer de monter plus haut. L'appropriation et la concentration de matière et de force opérée par la substance de l'élément organique naissant , et se différenciant de la matière inorganique , et qu'il continue à opérer aux dépens de celle-ci toutes les fois qu'il croît ou se multiplie, dans les plantes ou dans les animaux, est, sauf le degré de complexité, exactement le même procédé que celui, grâce auquel un tissu d'ordre plus élevé, comme le tissu nerveux, se développe d'un tissu d'ordre moins élevé; et c'est encore le même procédé, mais encore plus complexe, qui préside au développement de la structure et des fonctions mentales des centres cérébraux suprêmes.

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manifesté par elle, peut, à la suite d'un changement de conditions, devenir aussi désastreuse qu'elle est habituellement bienfaisante : les mouvements péristaltiques de l'intestin, servant à un but si essentiel au bien-être de l'organisme, deviennent, daùs certains cas d'obstruction, la cause de souffrances insupportables et d'une mort douloureuse. Où donc est le but de leur fatale continuation lorsqu'ils devraient s'arrêter? Lorsque l'urèthre rompu se régénère, le procédé de réparation, au lieu de s'arrêter après avoir rétabli l'intégrité du canal, continue avec un but final singulièrement et obstinément méchant ; car il tend à oblitérer l'indispensable émonctoire, et finirait par y réussir, si l'art chirurgical ne l'en empêchait. M. P. Bert a fait beaucoup d'expériences fort intéressantes sur la greffe animale : il a, par exemple, coupé la patte à un jeune rat, et l'a greffée au flanc d'un autre rat ; l'adhésion fut complète ; la patte greffée grandit, arriva à son développement normal et commença ensuite à s'étioler. Quel était dans ce cas le but de son développement? Quel était le but de l'adoption temporaire d'un membre inutile, qu'il fallait nourrir, de la part du soi-disant principe vital intelligent du second rat ?

L'idée de finalité est en réalité une conception abstraite, que nous tirons de notre expérience répétée de la loi de la matière — loi qui se traduit dans ses effets, nécessairement, fatalement, aveuglément — et que nous affublons de notre expérience de faits ou d'effets voulus par nous et accomplis non pas directement, mais indirectement. Un effet immédiat dans le langage ordinaire, ne passe pas pour être le but ou le dessein de la cause efficiente ; par exemple, le dégagement de chaleur n'est pas regardé comme le but de la combustion, ni les propriétés chimiques d'un composé comme le but de l'union des éléments. Mais lorsqu'une cause produit des effets, qui, à leur tour, deviennent la cause d'effets ultérieurs, et finissent ainsi par arriver à un résultat défini, ou bien lorsque le concours de nom-

breuses circonstances conduit à un effet donné, alors nous croyons voir dans la série de phénomènes ou dans le concours des conditions ce qu'on nomme une adaptation de causes et de conditions à l'effet final; nous disons alors que ce dernier est leur but ou leur dessein, parce que, si nous l'avions consciemment voulu et produit nous-mêmes par une série analogue de moyens, nous aurions raison d'affirmer, qu'en agissant ainsi, tel a été notre but. Plus le procédé est complexe, — pourvu que nous apercevions qu'il aboutit à un effet défini, — plus aussi le dessein, qu'il parait accomplir, nous semble admirable. De là la surabondance de causes finales, que l'on a voulu trouver dans la nature organique. Mais il est certain, que, lorsque les hommes ont ainsi transféré à la nature l'expérience de leurs propres eff"orts, si imparfaits, pour arriver à un certain but, et ont conclu à l'existence d'un esprit semblable au leur, ils ont fait un dieu à leur image, ce qui le dépouille, comme dit Spinoza, de sa perfection : « Car si Dieu agit en vue d'un but ou d'un dessein final, il désire nécessairement quelque chose qui lui manque ^ . »

Rappelons, à ce propos, que nous considérons d'une tout autre manière la matière morte et la matière vivante. Quand il s'agit de la matière morte, la forme est regardée comme un attribut de la matière elle-même ; et quand il s'agit de la matière vivante, c'est celle-ci qui est regardée comme un attribut de la forme. Dans la nature inorganique, l'essentiel est la matière, et, dans la nature organique, l'essentiel est la forme. Nous ne pouvons pas nous défaire de l'idée d'une puissance mystérieuse, qui, dans la forme organique, contrôle l'activité de la matière et en détermine la disposition , parce qu'il nous en coûte de renoncer à la croyance que la matière est inerte ou morte. Mais elle ne l'est nullement. La plus minime particule de matière est un système compliqué d'atomes entraînés

' Spinoza, Éthique, part. I, appendice.

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dans un mouvement très actif et très complexe. Dans l'étude des formes organiques, il est donc tout aussi nuisible de ne pas estimer à leur juste valeur les états et les combinaisons de la matière, que de tout attribuer à la matière dans la nature inorganique. Ne faisons pas de vains efforts pour séparer violemment ce qui dans la nature est inséparablement réuni ; nous serons alors moins exposés à retomber dans la vague et changeante doctrine des causes finales, qui a fait le plus grand mal à la science, ou, pour parler avec Bacon, qui l'a singulièrement souillée. Cette doctrine, quoique parfois absolument rejetée, et bannie à l'heure qu'il est des sciences les plus avancées, continue à exercer son action délétère sur les sciences biologiques, où il y a encore tant à découvrir et à éclaircir. C'est en effet aux provinces les plus inaccessibles et les moins connues de la nature, que l'intelligence humaine impose le plus facilement ses propres lois. Non seulement elle cherche en biologie une cause finale, qui- réponde à ses propres procédés; mais une fois qu'elle l'a trouvée, ou plutôt créée, elle n'hésite pas à revêtir le procédé en question de son propre attribut de conscience. Elle présuppose cette conscience partout où il y a apparence de dessein, fût-ce même dans la moelle épinière d'une grenouille décapitée! N'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'aucun téléologiste n'ait encore découvert, que la cause finale de la lune consiste à remorquer les navires le long des rivières sujettes à la marée ; ou que le but de la rougeur du sang humain est de faciliter la découverte des assassins qui le répandent?

11 n'y a aucune difficulté à admettre que la moelle épinière est un centre indépendant d'actions, qui atteignent un but inconsciemment. Mais elle est le centre non seulement d'une activité coordonnée, dont la faculté est inhérente à sa constitution dès le début, mais aussi d'une activité coordonnée, qui s'acquiert graduellement et est mûrie par l'expérience individuelle. La moelle, comme le cerveau,

a en. quelque sorte sa mémoire, et a besoin d'éducation ; sa réaction sous le choc d'une impression extérieure particulière ne s'évanouit pas sans trace, pour laisser intact le trajet qui a fonctionné. A la manifestation de l'énergie nerveuse correspondent une modification et une usure de la substance nerveuse ; et, quoique la nutrition régénère peu à peu les éléments usés, et rétablisse l'équilibre statique, cette réparation même, s'effectuant sur le trajet modifié, sert à enregistrer l'expérience. Ce n'est pas une simple intégration qui a lieu, mais une r^'-intégration : la substance est restaurée d'une façon spéciale après une modification spéciale, ce qui fait que la modalité fonctionnelle, qui a eu lieu est, pour ainsi dire, incorporée ou incarnée dans la structure de la moelle épinière, et y subsiste à titre de substratum d'un monYemeni potentiel ou abstrait. Il en résulte, pour l'avenir, une tendance à la répétition de la même fonction, tendance renforcée par chaque répétition. Ainsi, toute impression laisse après elle une trace ou un résidu, qui est de nouveau mis enjeu par un stimulus approprié; par là les facultés de la moelle s'élaborent et mûrissent graduellement. Nous constatons facilement, pendant l'acquisition d'un acte intentionnel complexe, la difficulté de donner, au début, une direction définie au stimulus, afin de le transmettre aux muscles appropriés, — de limiter, en un mot, l'excitation ; et nous ne manquerons pas de faire observer plus loin, que ceci s'accomplit, non pas en vertu de la volonté de mettre en action tel ou tel autre muscle, mais à force d'imiter maladroitement le mouvement, que nous finissons par accomplir avec exactitude, ou à force d'essayer une foule de mouvements jusqu'à ce que nous tombions sur celui qui est le plus adapté à la circonstance; c'est ainsi que nous arrivons à dominer inconsciemment les muscles relatifs, nécessaires à l'exécution du mouvement. La voie doit être frayée, et plus elle est battue, plus aussi elle est distincte : à force de fautes et de tentatives

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maladroites, nous réussissons à trouver l'ajustement requis, que nous perfectionnons ensuite par l'exercice ^

Lorsqu'une série ou un groupe de mouvements ont enfin été associés entre eux, après beaucoup d'efforts volontaires, leur exécution simultanée devient de plus en plus facile, et à force d'être répétés, ils peuvent de moins en moins être séparés et finissent par se fixer solidement dans la constitution même de la moelle, par en faire partie intégrante, et par être accomplis sans effort et même sans conscience : telles sont les actions automatiques secondaires ou acquises, décrites par Hartley. Une fois que la voie a été frayée, il est plus facile au stimulus de la suivre que d'aller à côté, exactement comme il est plus facile à un train de suivre les rails, ou à une rivière de couler dans son lit, que d'en sortir. L'acte de marcher, par exemple, devient de cette façon automatique ou réflexe à un tel point qu'un homme absorbé par de profondes réflexions, peut parfaitement continuer à marcher, sans en avoir conscience, sans savoir dans quelle direction, et se trouver, en sortant de sa rêverie, à un tout autre endroit que celui où il avait l'intention d'aller. Les épileptiques, atteints de ce que l'on a appelé le petit mal, continuent quelquefois, automatiquement et sans conscience, l'action commencée au moment où l'attaque les a surpris : un cordonnier, dans cet état, se blessait souvent les doigts avec son alêne, et entra une fois dans un étang sans en avoir conscience. Schroeder van der Kolk cite le cas d'une femme, qui continuait à manger et à boire, ou à faire ce qu'elle faisait au moment de l'attaque, sans en avoir aucune conscience à son réveil; Trousseau parle d'un jeune musicien, qui continuait quelquefois pendant dix ou quinze secondes à jouer inconsciemment : quoiqu'il ignorât complètement ce qui se passait autour de lui, et n'entendit ni ne vît ceux qu'il accompagnait, il gardait la mesure pen-

i V. Physiol. delà volonté. Herzen, Paris, 1874, p. 51 et suivantes.

PHYSIOLOGIE DE I/KSPRIT.

dant toute la durée de l'attaque. Le même auteur cite un architecte, atteint depuis longtemps d'épilepsie, qui ne craignait pas de monter sur les plus hauts échafaudages, quoiqu'il sût parfaitement qu'il avait des attaques fréquentes, pendant qu'il franchissait l'espace à une hauteur considérable sur des planches étroites. Jamais un accident ne lui était arrivé, bien que, pendant les attaques, il courût rapidement sur les planches, en criant à haute voix son propre nom; au bout d'un quart de minute, il reprenait son occupation et donnait ses ordres aux ouvriers, et, à moins qu'on ne le lui dit plus tard, il n'avait aucune idée de son étrange conduite pendant l'attaque \ Il suffit, en vérité, de suivre attentivement nos actions journalières pour être surpris de la petite proportion de celles que nous exécutons, le sachant et le voulant, et de la très grande proportion de celles qui s'accomplissent par l'activité automatique acquise de l'organisme. Il est suffisamment évident que la plupart des facultés de la moelle épinière ne sont pas innées chez l'homme, mais graduellement acquises par l'expérience et l'éducation; leur développement est une bonne preuve du progrès de l'adaptation humaine au monde extérieur.

Cependant la faculté d'exécuter des mouvements volontaires associés, ou le germe d'une telle faculté, semble exister comme un don inné de la moelle épinière, môme chez l'homme, et être prête à entrer en action à l'époque voulue, dans le cours de la croissance, à l'aide de conditions extérieures adaptées. Comme l'enfant, antérieurement à toute expérience, est capable de combiner les mouvements requis pour pleurer, respirer, tousser, dès que ces actes sont sollicités par les circonstances, ainsi, comme le constate A. Bain', le germe de l'harmonie des organes

' a Leur condition peut se comparer au somnambulisme, ou mieux encore à ce qui arrive clans le cas de certains individus, qui répondent aux questions durant le sommeil, mais ne se souviennent plus de rien, quand ils sont réveillés. » (Trousseau, Lectures cliniques, vol. I, p. 60.)

* Les Sens et VIntelUgence , 2" édit. angl. Ou a depuis longtemps

de la locomotion existe dans la conformation originaire des centres nerveux de l'homme, et ce germe est destiné à se développer rapidement à un moment donné. Cette idée est confirmée non seulement par l'analogie avec les animaux inférieurs, mais par la tendance à une action alternante des deux côtés du corps et des extrémités inférieures, qui précède indubitablement toute expérience acquise : longtemps avant de marcher, les enfants font des mouvements alternants avec leurs jambes, quand on les tient de manière à ce que leurs pieds touchent le sol. Il y a, de plus, une grande disposition à l'association involontaire de mouvements homologues des deux côtés du corps; et, comme Millier l'a observé, moins l'activité du système nerveux de l'homme est parfaite, ou moins est développée

reconnu la loi générale indiquant un lien physiologique entre les nerfs moteurs, qu'une stimulation modérée met simultanément en activité ; et cela parce que d'abord toutes les fibres, qui se rendent à un muscle, subissent l'excitation ensemble, de sorte que le muscle ne se contracte pas partiellement, mais en totalité; ensuite l'action réflexe régulière intéresse des muscles qui sont fouctionnellement coordonnés, de sorte que leur action combinée produit certains effets physiologiques , par exemple la toux, l'éternument, la déglutition. Chez le malapterus , le nerf, qui se rend k l'appareil électrique, consiste en une seule fibre, qui se divise et se subdivise le long de son trajet et finit par donner autant de filets nerveux qu'il y a de plaques électriques ; le poisson ne peut par conséquent pas isoler une partie de l'appareil en question, et est forcé de le mettre tout entier en activité. Ainsi que Ch. Bell l'a remarqué, « un enfant sourit, bien avant que quelque chose de risible puisse entrer dans sa tête, avant même que le plaisir puisse constituer pour lui un état de l'esprit ; bien plus, les premiers sourires d'un enfant se montrent dans le sommeil. » Ses ancêtres ont souri, et il est l'héritier de leurs acquisitions. Les contorsions de la physionomie pour cause de douleur ou dé malaise précèdent le rire [The Hand, its Mechanism a7%d Vital Endoxcments). La coordination des mouvements est due à la communication de certaines cellules dans les centres nerveux. « Si l'homme, le lapin, le moineau, le pigeon, ne marchent pas dès leur naissance, c'est uniquement à cause du développement incomplet des divers organes, et surtout, sans doute, des centres nerveux. Si l'enfant naissait en présentant un degré de développement égal à celui du cochon d'Inde, il marcherait dès le premier jour. i> (Vulpian, op. cit., p. 259.) Nous ignorons ce qui se passe dans les centres nerveux de l'enfant, lorsqu'il apprend à marcher : il est possible qu'une nouvelle formation de cellules nerveuses et de communication entre elles ait lieu dans ce cas ; il est possible aussi que des cellules et des communications préexistantes ne fassent que se différencier fonctionnellement.

la volonté, plus les mouvements associés sont généraux, ou étendus à un grand nombre de muscles. Il serait oiseux de vouloir préciser la valeur de ces mécanismes préétablis chez l'homme, où ils constituent évidemment une faculté virtuelle plutôt qu'actuelle. En pratique nous devons regarder les facultés de la moelle épinière comme acquises par l'éducation. L'enfant a certainement la faculté d'apprendre à marcher, mais le procédé de l'apprentissage consume beaucoup de temps et d'énergie, et correspond à un développement progressif de la moelle épinière : il est, en un mot, le devenir de sa faculté. Il va sans dire, d'ailleurs, que les centres spinaux, à eux seuls, ne suffisent pas ordinairement à tous les mouvements compliqués de la marche, quoiqu'ils puissent y suffire. Nous ne voulons affirmer que ceci : ils sont les centres automatiques de certains mouvements associés , qui , une fois acquis , constituent une partie considérable de notre activité journalière \ Cette faculté de l'action coordonnée, que la moelle épinière acquiert en s'assimilant l'influence des circonstances et en réagissant d'une façon convenable, est évidemment, de la part de la nature, un arrangement aussi utile qu'indispensable. Car, si un acte ne devenait pas plus facile après de nombreuses répétitions, s'il continuait à exiger chaque fois une stricte surveillance de la part de la conscience, toute l'activité de notre vie se réduirait évidemment à un ou deux actes seulement, et il n'y aurait aucun progrès par le fait du développement ; un homme serait occupé toute la journée à s'habiller et à se déshabiller; l'attitude

« Schrœder van der Kolk, après avoir dit, que la production de mouvements coordonnés est due aux liens intimes de certains groupes de cellules dans la moelle, ajoute : « Je n'ai jamais pu comprendre comment on a pu attribuer la coordination au cervelet; s'il en était ainsi, la décapitation devrait l'abolir complètement. » (On the Minute Structure of the Spinal Cord and Medulla oblongata, p. 72.) On a en effet abandonné comme insoutenable l'idée, que le cervelet soit le seul centre de coordination : il n'y a jainaiseu de preuves scientifiques en sa faveur, tandis qu'il y en avait de contraires. (V. Valentin, Versuch einer physiologischen Pathologie der Neroen, vol. II, p. 68, 1864.)

de son corps absorberait toute son attention et toute son énergie; se laver" les mains ou boutonner une manche serait pour lui aussi difficile durant toute sa vie que lors du premier essai fait dans l'enfance; et il serait, par dessus le marché, complètement épuisé par de tels efforts. Pensez ce qu'il en coûte à un enfant pour apprendre à se tenir debout et avec quelle facilité il le fait plus tard , sans s'en apercevoir. Les efforts conscients de la volonté produisent bientôt l'épuisement, tandis que les actes automatiques secondaires, se rapprochant sous ce rapport des mouvements organiques, ou réflexes originels, s'accomplissent avec beaucoup moins de fatigue. Une moelle épinière, qui ne posséderait pas cette faculté de rétention (que nous nommons mémoire dans les centres supérieurs), serait une moelle épinière idiote, incapable de culture, — un centre nerveux dégénéré, dans lequel l'organisation de facultés spéciales ne pourrait pas avoir lieu. Pour que nous puissions nous figurer combien nous devons à l'activité automatique de la moelle, il faut qu'une maladie vienne en entraver les fonctions. Aussi une bonne éducation doit-elle nous enseigner à exercer consciemment cette activité, afin qu'elle puisse agir automatiquement selon les circonstances au milieu desquelles doit s'écouler notre vie.

Les phénomènes de l'activité automatique secondaire sont très propres à nous dévoiler la genèse et la nature de ce que l'on appelle finalité. Ils nous enseignent, en effet, que l'adaptation au but s'acquiert et s'organise graduellement, sous l'influence de l'expérience et de l'éducation particulière. Comme cette adaptation représente la nature acquise du système nerveux, sa manifestation est le simple résultat de la constitution du substratum matériel, exactement comme les propriétés d'un élément chimique sont le résultat inévitable de sa nature. Dire que, dans les phénomènes vitaux, les moyens sont adaptés aux buts, n'est au fond qu'une périphrase de cette proposition : la vie est ; car si les moyens ou les causes n'étaient

pas adaptés aux fins ou aux effets, ceux-ci évidemment ne sauraient avoir lieu ; et quand nous voyons ou supposons qu'un résultat donné est le but de certains moyens, cela veut simplement dire, que, d'après notre expérience, certaines combinaisons de matière ont certaines propriétés. La doctrine vulgaire des causes finales est en contradiction flagrante avec la nature, car elle prend pour l'effet ce qui en réalité est la cause, et pour la cause ce qui en réalité est l'effet. Dans le développement des facultés automatiques secondaires des centres spinaux, nous pouvons suivre pas à pas durant le cours de la vie individuelle, la genèse et les progrès de l'adaptation , que nous trouvons toute développée dans les facultés innées de beaucoup d'animaux, — et qui, même dans ce cas, a été graduellement organisée et transmise à travers une longue série de générations ainsi que nous le verrons par la suite. Si on objectait, que le fait même de cette incarnation du dessein, de sa graduelle organisation par l'éducation, est, en soi, une preuve de la finalité, nous répondrions, que cette proposition n'est qu'une autre manière de dire que les choses sont comme elles sont, et nous exprimerions la conviction que la science ne peut entrer dans les vices de la création. En tout cas on ne gagne rien à se réfugier dans cet « asile de Vignorance — la volo7itéde Dieu. » La croissance d'un cancer poussée jusqu'à la destruction du corps, ou l'augmentation d'un vice jusqu'à la mort de l'esprit, ne prouvent pas davantage l'existence du dessein. Si ces considérations ne satisfont pas les téléologistes, il suffira de leur rappeler la remarque déjà citée de Spinoza et de les féliciter du pouvoir qu'ils ont de pénétrer dans les mystères des choses, comme s'ils étaient les espions de Dieu. Ne vaudrait-il pas mieux, cependant, qu'ils eussent la complaisance de nous expliquer des choses plus humbles, par exemple le but du rudiment de la glande mammaire et du mamelon chez les mâles * ?

» La tâche, après tout, ne serait peut-être pas tout à fait si difficile. Par exemple : nous savons que le mdle réunit les qualités de ses ance-

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Les facultés de la moelle épinière, organiquement incarnées en elle, doivent y être maintenues par la nutrition. Sont-elles épuisées par des excès de toute sorte? Il en résulte une activité défectueuse. Si je puis m'exprimer ainsi, ces fonctions motrices composées se décomposent : au lieu d'une activité coordonnée, définie, travaillant au bien-être do l'individu, il survient des réactions irrégulières, spasniodiques etconvulsives. Ces réactions, bien qu'elles soient les conséquences inévitables de la dégénération des centres nerveux, oublient singulièrement leur but bienfaisant, et ne conduisent à rien de bon \ Sir James Paget a fait la très plausible supposition que les mouvements organiques rythmiques de l'organisme, tels que ceux du cœur, de la respiration, sont dus à une nutrition rythmique aussi, 'c'està-dire, à un mode de nutrition, qui élève périodiquement les parties actives à un état d'instabilité de composition, dont elles s'écartent de nouveau, dès que cet état est atteint, en produisant, par ce fait même, un dégagement de force nerveuse^. Avec cette explication, on conçoit facilement pourquoi les organes à contractions rythmiques ne se fatiguent jamais tant qu'ils fonctionnent naturellement ; car une réparation nutritive s'accomplit entre chaque acte

très mâles et femelles, réellement ou potentiellement, et les transmet h sa progéniture : de sorte que nous pouvons concevoir que la glande rudimentaire est une condition essentielle d'une hérédité et d'une transmission complètes des caractères fondamentaux des mammifères ; et que si le mâle en était privé, cela rendrait impossible l'influence de ses ancêtres femelles sur le développement et la fonction mammaii'e de ses descendants femelles, influence que nous avons de bonnes raisons d'admettre. Mais, pourrait-on dire, si ce raisonnement était juste, il s'ensuivrait nécessairement que la femelle doit avoi» l'organe mâle, comme le mâle a l'organe femelle ; or, c'est ce qui a réellement lieu, car ils ont tous les deux des organes homologues. A. une certaine période du développement individnel, nous ne pouvons pas distinguer le sexe de l'embi-yon ; la différence, qui se prononce ensuite de plus en plus, est due à un arrêt de développement de la femelle, et à une déviation de la ligne suivie parle mâle.

' Ils ont sans doute leur dessein exactement comme les mouvements normaux , en tant qu'ils accomplissent ce qu'ils ne peuvent pas ne pas accomplir — leur destinée; — ils obéissent en d'autres termes , à la loi qui les régit.

* Croonian Lecture, à la Royal Society, 1857.

fonctionnel, et le temps qui s'écoule, d'une contraction à l'autre, mesure, pour ainsi dire,, la vélocité de la nutrition. Lorsqu'on ralentit les pulsations du cœur en irritant le nerf pneumogastrique, ce viscère continue longtemps à battre ; mais si on en accélère le rythme en irritant le sympathique, il s'arrête bientôt, et cela, sans aucun doute, à cause de l'épuisement de ses centres moteurs, que la nutrition n'a pas le temps de restaurer pendant les intervalles de repos devenus trop courts. Or, les centres spinaux sont également sous la dépendance de la nutrition pour la durée des fonctions, qu'ils ont à accomplir dans la vie de relation : la modification histologique ou chimique, qui résulte de l'activité quotidienne ordinaire, doit être réparée durant une période de repos; c'est ce qui arrive pendant le sommeil, et il y a des raisons de croire que l'activité périodique de la moelle épinière dépend, comme les mouvements rythmiques de la vie végétative, de la « vélocité » de la nutrition, ou se trouve au moins dans un certain rapport avec elle. La manière inconsciente et calme, dont s'accomplissent les fonctions automatiques de la moelle, quoique à l'état de veille, d'une façon ou d'une autre, le travail soit presque continu, semblerait à première vue ne pas nécessiter une cessation d'activité ; mais en y réfléchissant un peu, on voit qu'ici comme ailleurs la dépense d'énergie doit être compensée par une recette correspondante; le repos doit alterner avec l'activité. Si le repos manque, l'épuisement se trahit, d'abord, par une incapacité d'exécuter avec précision les mouvements associés, complexes et délicats, — donc, par un déficit téléologique, — puis, par des tremblements, qui peuvent, si la dégénération augmente, se transformer en mouvements spasmodiques et enfin en paralysie. Nous avons là une preuve certaine de ce que le tissu nerveux a souffert à la suite d'une excessive soustraction d'énergie.

En contemplant le mécanisme nerveux, instrument de l'action et de la réaction entre l'individu et le monde exté-

rieur, on est quelquefois surpris de la disproportion qui existe entre l'énergie de la réaction de l'organisme et l'énergie de l'impression qui l'a frappé. Comment accorder cette apparente génération de forces avec le principe de la conservation des forces ?

En premier lieu, la cellule nerveuse n'est pas simplement un conducteur inerte, transmettant l'impulsion reçue, sans l'affecter ou sans être affecté par elle : la cellule, au contraire, est un centre à construction complexe, doué de la faculté de libérer ou de dégager la force qu'il renferme à l'état latent, sous le coup d'un stimulus convenable ; et ce qui est pour ainsi àire perçu dans la moelle épinière n'est pas simplement l'impression faite sur le nerf afférent, mais l'effet que cette impression produit dans le centre particulier. Il n'est pas difficile de concevoir comment cette force est dégagée, ou, si je puis m'exprimer ainsi, lâchée par la cellule : cela se fait par une perturbation de l'équilibre statique du substratum doué d'une vitalité intense, par une réduction de la substance à des modes inférieurs, ou d'une désagrégation accompagnée par une décomposition corrélative de sa force en modes inférieurs, auxquels correspondent des effets voluraétriques plus étendus. Il n'y a donc point génération de force, mais transformation d'une qualité supérieure de force latente ou potentielle, enveloppée dans la monade nerveuse, en forces de qualité inférieure, à effet plus étendu. La petite modification (mouvement), que l'impression produit à l'extrémité du nerf afférent est propagée le long du nerf et provoque une modification ou un mouvement plus grand dans la substance instable de la cellule centrale; une explosion d'énergie moléculaire, pour ainsi dire, s'ensuit, et se propage à son tour dans tous les sens à d'autres cellules où elle est de nouveau multipliée. Le résultat final est le dégagement d'une force suffisante pour accomplir l'acte. S'il est vrai, comme on l'a calculé, que la combustion d'une demi-livre de charbon produise une quantité de calorique équivalant à un tra-

vail mécanique suffisant pour élever un homme de poids moyen à la plus haute cime de l'Himalaya , il est évident que l'oxydation des composés complexes de carbone, qui se trouvent dans la substance nerveuse, rend un compte suffisant de l'énergie déployée au moment du fonctionnement de cette substance. Qu'on réfléchisse à ce qui a été dit plus haut sur la nature de l'élément nerveux et sur sa place dans l'univers et l'on comprendra aisément ce qui se passe au moment de la décharge fonctionnelle. C'est lentement, et, pour ainsi dire, laborieusement, par une constante appropriation, et une incessante ascension dans la série progressive de vitalité, que la matière organique arrive à la nature complexe et suprême de l'élément nerveux. Celuici, au contraire, rend facilement et rapidement à la nature la force et la matière, au moment de la soudaine modification, que son fonctionnement implique.

Nous en avons assez dit sur la force inhérente à la moelle épinière en tant que centre nerveux. Souvenons -nous, en second lieu, que ces facultés de la moelle sont acquises, et le sont à la suite d'une grande dépense de force employée à son éducation. L'enregistrement des impressions , que reçoit la moelle, l'assimilation du résidu de ces impressions, est une lente incorporation d'une certaine quantité de force, qui reste en elle et représente son excédant d'énergie organique. L'épuisement, que nous ressentons à la suite de son effort pour acquérir la perfection des mouvements particuliers (en apprenant à danser, par exemple), le travail, que requiert la fréquente répétition de l'incitation volontaire et de la réaction correspondante jusqu'à ce que l'exercice en établisse dûment l'association exacte, attestent la dépense d'une quantité considérable de force, qui a été accumulée et est devenue latente dans la substance des cellules centrales de la moelle, — ce qui rend possible, dans l'avenir, l'accomplissement facile d'un groupe de mouvements associés sous l'influence d'un stimulus extrêmement modéré, qui quelquefois même nous paraît tout à fait hors

de proportion avec la réaction qu'il provoque. La moelle épinière, comme le cerveau, met en réserve par la mémoire une grande provision de force. La vie dun homme repré- S3nte en réalité le développement progressif de son système nerveux ; ce qui n'est pas moins vrai pour la phase extra-utérine de son évolution que pour la période fœtale. La transformation de mouvements d'abord volontaires en automatiques secondaires, comme Hartley les a nommés, est due à une organisation graduelle de leur mécanisme dans les centres appro^îriés; et nous pouvons être sûrs, que l'activité coordonnée indique toujours une accumulation innée ou acquise de la force, dont elle est la manifestation \

La manière évidente, dont une faculté acquise est quelquefois transmise par hérédité à la progéniture de l'acquéreur, et devient alors un don inné ou un instinct, offre une confirmation frappante de ce qui précède. Une puissance, qui a été laborieusement acquise et emmagasinée par les parents, dont elle a fini par constituer une faculté latente, devient manifestement une faculté innée chez les enfants et le développement a lieu en plein accord avec cette loi, visible dans tout le règne animal, et selon laquelle il y a spécialité et complexité croissantes dans l'adaptation de l'organisme aux conditions externes, ou, si l'on veut, avec la loi du développement allant du général au spécial. Cette dernière loi est bien prouvée par l'apparition, au milieu des forces de la nature, de la force nerveuse et par la complexité du système nerveux de l'homme. De même que la force vitale absorbe les forces inférieures, dont elle peut, à juste titre, être appelée un développement, ou de même que la force nerveuse réunit et concentre des forces

» Le terme réflexe n'est pas exempt d'objections ; car il donne l'idée erronée, que le courant nerveux afférent est simplement refléchi et devient efférent ; tandis que le procédé qui a lieu dans la moelle épinière est, ainsi que nous l'avons montré, beaucoup plus compliqué. Nous entendons par action réflexe l'activité des centres nerveux accomplie, autant que nous pouvons en juger, sans volonté ni conscience, — mécaniquement, en vertu non d'un mystérieux agent mental , mais des propriétés de la structure nerveuse.

plus générales sous une forme plus spéciale et plus complexe, — ainsi une spécialisation ultérieure a lieu dans le développement du système nerveux, dans la vie des générations aussi bien que dans la vie individuelle. Ce n'est certainement pas en nous limitant à observer l'individu, qui est seulement un anneau de la chaîne des êtres organiques, reliant le passé à l'avenir, que nous découvrirons toute la vérité. L'individu actuel est la conséquence nécessaire de ses antécédents; et c'est seulement en étudiant ceux-ci, que nous pouvons l'expliquer d'une manière satisfaisante. Le devoir d'une psychologie sérieuse est de ne point s'arrêter aux facultés innées, mais de remonter à leurs causalités dans le passé , afin d'en élucider, si possible, la genèse.. La même règle s'applique, avec plus d'urgence encore, à l'étude des animaux inférieurs, dont les facultés sont innées dans une proportion si considérable.

Nous nous sommes suffisamment étendu sur les fonctions générales de la moelle épinière considérée comme un agrégat de centres nerveux indépendants, en tant qu'elles ont directement trait à la psychologie. Nous n'avons pas la prétention de donner une description complète de ces fonctions dans l'organisme animal. Nous avons parlé de l'activité intermittente de la moelle, mais il ne faut pas oublier que la moelle est aussi douée d'une activité continue. Ainsi la contraction permanente des sphincters semble due à une influence centrale continue sur les nerfs de ces muscles. De plu'5, tous les muscles qui, ont des antagonistes, comme par exemple les fléchisseurs et les extenseurs des bras ou des jambes, se trouvent constamment dans un état de légère tension, ce qui devient évident lorsque les uns ou les autres sont paralysés ; or cette tonicité disparaît à l'instant, si l'on détruit la partie de la moelle, qui donne naissance aux nerfs moteurs correspondants, ou lorsqu'on coupe les nerfs sensitifs des parties en question ; ce qui prouve que la tonicité dont il s'agit est de nature réflexe. Mais nous pouvons aller plus loin et voir la moelle épinière à

l'œuvre dans les processus intimes du travail organique. Citons un exemple de cette influence lointaine. Les petites artères sont maintenues dans un état de contraction modérée par les nerfs vaso-moteurs, provenant de ganglions situés dans le voisinage immédiat des vaisseaux et reliés par des nerfs à la moelle épinière; quand ces nerfs sont irrités, l'action des ganglions est suspendue, ils cessent de stimuler les parois vasculaires, qui, en conséquence, se dilatent et regorgent de sang; l'organe, dans lequel cela a lieu, est alors congestionné, et devient turgescent. Lorsque, au contraire, les nerfs en question cessent d'être irrités, les ganglions reprennent leur ascendant, les vaisseaux se contractent et l'organe devient flasque et anémique. Une irritation, qui arrive aux centres spinaux, a donc devant elle plusieurs issues : elle peut agir sur les muscles volontaires ou involontaires du corps, et produire des mouvements visibles ; elle peut agir sur les vaisseaux, en augmenter ou en diminuer le calibre et modifier ainsi la nutrition et, par conséquent, la fonction des parties intéressées; elle peut encore, comme d'autres expériences le montrent, agir directement sur les éléments liistologiques des tissus et provoquer ainsi directement la nutrition et la sécrétion ; elle peut enfin se propager à d'autres centres nerveux, et occasionner, par là, des effets extrêmement variés. Les expériences, déjà citées, sur les grenouilles et les chiens, nous aident à nous représenter la multiplicité et l'importance de ces efi'ets indirects et éloignés. Lorsque nous voyons des mouvements actuels s'arrêter tout à coup, à la suite d'une nouvelle irritation de la moelle, et que nous pensons à la complexité de ce mécanisme et à la variété des impressions, que l'organe reçoit, nous pouvons vaguement nous imaginer la multitude de fonctions complexes et entrelacées, qu'il accomplit à notre insu à chaque instant de notre vie.

Le cadre de cet ouvrage ne comporte pas une description des fonctions spéciales de la moelle épinière, qui ne serait

à sa place que dans un traité de Physiologie. Nous avons surtout à nous occuper de fonctions réflexes plus générales, qui jouent un si grand rôle dans l'activité humaine, et qui sont, par conséquent, un des objets principaux de la Psychologie. Une connaissance exacte de ces fonctions réflexes est la seule base solide, d'où nous puissions partir pour entreprendre l'investigation des fonctions des centres cérébraux supérieurs. Nous avons vu, que la moelle possède ce pouvoir de rétention, qui, dans les centres supérieurs, prend le nom de mémoire; que, en vertu de ce pouvoir, un acte, qui s'accomplit pour la seconde fois, renferme quelque chose qui provient de son premier accomplissement, et s'eff'ectue avec plus de facilité; que la faculté ainsi acquise est renforcée par l'exercice, exactement au point de devenir, comme la mémoire, tout à fait automatique; et. en dernier lieu, qu'une association ou concaténation de mouvements s'organise dans les centres, de telle sorte que des mouvements souvent exécutés ensemble finissent par être si intimement associés qu'il est très difficile et même impossible de les séparer, — exactement comme les idées associées dans les centres cérébraux supérieurs. La moelle épinière exécute parfaitement les actes, simples ou complexes, qui sont innés ou acquis ; mais, lorsqu'on lui demande d'exécuter des actes nouveaux, à elle inconnus et exigeant l'association de muscles, 'qui, jusque-là, ont toujours agi séparément, elle se montre au plus haut degré sotte et impuissante. Elle est un mécanisme déjà organisé pour les premiers, et un mécanisme à organiser pour les seconds.

Il est bon d'ajouter que les fonctions réflexes de la moelle furent clairement reconnues par les physiologistes longtemps avant que l'anatomie fût en état d'en fournir l'explication matérielle. Ce n'est que tout récemment que les fibres nerveuses, qui vont à la moelle et en sortent, ont pu être suivies jusqu'aux cellules unipolaires, bipolaires, multipolaires de la substance grise, avec assez de

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certitude pour justifier l'opinion qu'il n'existe, ni dans la moelle ni dans le cerveau, de cellules apolaires isolées. Cet arrangement révèle la voie physique tracée à l'impression, qui va aux centres, et à l'incitation motrice, qui en dérive; mais le mouvement moléculaire constituant l'activité nerveuse peut se propager des cellules, auxquelles aboutissent les nerfs, à d'autres cellules, reliées aux premières par des filaments, qui les rendent capables de coopérer à l'exécution d'un acte donné. Ces anastomoses unissent entre elles des centaines et des milliers de cellules, concourant à l'harmonie fonctionnelle, et formant de telle sorte des centres d'innervation de différents systèmes de nerfs moteurs. Les cellules des différents centres sont à leur tour reliées entre elles par d'autres anastomoses , au moyen desquelles l'activité nerveuse peut se propager d'un centre à l'autre. Un coup d'œil sur le système nerveux des annélides aidera à comprendre la nature physiologique de la moelle épinière. Chez ces humbles créatures, le système nerveux central consiste en une chaîne de ganglions, dont chacun est uni par un nerf plus ou moins long, à celui qui le précède et à celui qui le suit\ Eh bien ! la moelle épinière des vertébrés peut être considérée comme un appareil ganglionnaire semblable, dont on ne distingue pas les ganglions à cause de leur coalescence. Au point de vue physiologique, on peut envisager la substance grise comme formée de différents segments, dont chacun consiste en un groupe de cellules associées et est en rapport avec les deux racines antérieures ou motrices

1 II en est de même chez l'abeille : si on coupe rapidement la tête à une abeille, et si l'on applique du miel à son rostre, celui-ci exécute des mouvements de succion et indique ainsi, que les centres coordinateurs de ces mouvements se trouvent dans le segment céplialique. Le corps, séparé de la tête, lait des mouvements comme pour recueillir le pollen, et se redresse, si on le met sur le dos, car les centres de ces mouvements se trouvent dans le segment thoracique. Si l'on sépare l'abdomen du reste de l'animal , il contient encore le centre des mouvements requis pour piquer et peut les exécuter. — Reichert u. Bu Bois' Archiv., H. I, 47,

et les deux racines postérieures ou sensitives. On voit que l'activité éveillée dans la cellule par une excitation reçue du nerf afférent peut être déchargée par bien des voies distinctes. Elle peut être immédiatement réfléchie sur un nerf afférent, et accomplir l'une des fonctions dont nous avons parlé ; elle peut passer à une cellule associée, et produire, en agissant ainsi sur un système de nerfs, des mouvements associés, provenant d'une région de la moelle voisine ou éloignée du point d'insertion du nerf primitivement excité; elle peut enfin poursuivre son chemin, et aller exciter des centres plus élevés, fonctionnellement unis pour d'autres coopérations.

C'est à Pfliiger, que revient le mérite d'avoir essayé le premier de formuler les lois des mouvements réflexes. Voici ces lois :

1. Loi de la conduction simultanée des mouvements réflexes unilatéraux. Lorsque le mouvement réflexe apparaît d'un seul côté du corps, c'est toujours du côté où le stimulus agit sur le nerf afférent; la cause en est probablement que les nerfs moteurs naissent directement des cellules, auxquelles aboutissent les nerfs sensitifs.

2. Loi de la symétrie de Vaction réflexe. Quand une irritation a produit une action réflexe unilatérale et continue à se propager dans la moelle, elle produit, du côté opposé du corps, des mouvements des muscles homologues seulement; cela est dù, indubitablement, au système de fibres commissurales, reliant entre elles les cellules correspondantes des deux côtés.

3. Ijoi de Vintensité inégale de la réaction des deux côtés, lorsque les deux côtés réagissent. Quand l'action réflexe est plus forte d'un côté que de l'autre, c'est toujours du côté qui reçoit l'irritation.

4. Loi de V irradiation de Vaction réflexe. L'incitation motrice s'empare quelquefois des nerfs voisins de ceux sur lesquels elle a agi d'abord, grâce aux communications entre les différents systèmes ou groupes de cellules

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centrales. Lorsque l'impression reçue par un nerf afférent cérébral est transmise à des nerfs moteurs, les racines du premier et des derniers se trouvent presque au même niveau au centre, ou bien celles du nerf moteur sont un peu en arrière et au-dessous, jamais en avant et au-dessus de celles du nerf allèrent. C'est toujours vers la moelle allongée, que l'irradiation a lieu; donc, en descendant, par exemple , une irritation du nerf optique produit une contraction de l'iris. Au contraire, dans la moelle épinière, quoique le nerf moteur immédiatement excité se trouve aussi presque au même niveau que le nerf sensitif recevant l'impression, c'est en remontant vers la moelle allongée que l'irritation s'irradie, et, après avoir atteint la moelle allongée, elle peut de nouveau descendre.

5. Loi de la localisation de V action réflexe. L'action réflexe, produite par l'irritation d'un nerf sensitif, ne peut se montrer qu'en trois endroits, qu'elle soit d'ailleurs unilatérale ou bilatérale : «) Dans les nerfs moteurs , dont l'origine est au niveau de celle du nerf sensitif excité. Quand la réaction implique des nerfs naissant à un autre niveau, c'est toujours de nerfs de la moelle allongée qu'elle s'empare, exemple : le tétanos et les convulsions hystériques causées par des irritations locales, c) L'action réflexe peut intéresser tous les muscles du corps, le principal foyer d'irradiation étant la moelle allongée.

Je vais naaintenant indiquer brièvement les causes, qui affectent l'activité de la moelle épinière. — C'est là une étude fort intéressante; car des causes semblables affectent les fonctions des centres nerveux supérieurs, et sont les conditions pathologiques des phénomènes variés, que nous offrent les maladies mentales.

1. La composition des cellules nerveuses peut, par le fait même de leur constitution originaire, avoir plus ou moins de stabilité. Les «nfants naissent quelquefois avec une telle instabilité de la substance nerveuse, que la plus petite irritation produit en eux de violentes convulsions.

Quand le mal est moins sérieux, l'individu est en état de faire front aux événements quotidiens d'une vie, qui s'écoule paisiblement et sans obstacles ; mais il manque de cette provision d'énergie, qui est requise pour résister à des circonstances inusitées et hostiles. Lorsqu'on demande au système nerveux, faiblement constitué, plus qu'il ne peut donner, il tombe sous le fardeau et entre rapidement en dégénération. Une telle faiblesse innée se trahit par une excessive irritabilité ; c'est, à la vérité, une faiblesse irritable ; et sa cause la plus commune est une malheureuse hérédité , la malédiction d'une fâcheuse extraction. Une maladie quelconque du système nerveux des parents prédispose plus ou moins leur progéniture à cette constitution défectueuse ; la détérioration acquise par les premiers devient, pour les derniers, une faiblesse innée.

La dégénération de la substance nerveuse dans les cellules centrales se révèle par des troubles de l'activité adaptée à un but ou coordonnée, propre, comme nous l'avons vu, à la plus haute évolution du fonctionnement nerveux. Les convulsions sont un signe certain de faiblesse ou de vitalité abaissée de la substance nerveuse, — défaut, dont nous ne pouvons pas encore préciser la nature, mais qui est certainement causé par un équilibre instable de la constitution organique de cette substance. Chaque cellule centrale est en rapport intime, physique et physiologique, avec les autres; et, lorsque, sans égard pour ces rapports, elle réagit directement pour son propre compte, elle se met dans la position d'un individu, qui, par folie ou par disposition criminelle, brise le frein des relations sociales, et s'adonne à une activité perverse et anti-sociale.

Un tel excès d'irritabilité n'est pas le seul défaut, auquel soit exposée la cellule nerveuse; elle peut également être défectueuse par un manque trop grand de sensibilité et de puissance assimilatrice. Chez les idiots de naissance, les cellules centrales de la moelle épinière participent à la dégénération des cellules cérébrales, et sont, elles aussi,

idiotes ; elles sont incapables de percevoir avec lucidité les impressions qui les frappent et d'en garder les traces ou les résidus; en résumé, elles sont inéducables. Des crampes d'un membre, d'un bras ou d'une jambe, limitées quelquefois à un orteil seulement et quelquefois plus générales; des contractions d'un pied ou des genoux, pouvant aller jusqu'à porter les talons au contact des fesses ; plus souvent encore, des paralysies de dilférents degrés et d'extension variable, et des atrophies des membres saisis de temps à autre de mouvements convulsifs , — tels sont les états morbides, fréquents chez les idiots, et qui, bien que dépendant pour une part du cerveau, sont en partie dus sans aucun doute à la dégénérescence de la moelle épinière, oubliant complètement alors sa cause finale ou son but dans l'univers. Dans les cas moins prononcés, il n'est pas impossible de lui enseigner les combinaisons des mouvements indispensables aux petites exigences de la vie quotidienne. Observons, en passant, que la facilité et la rapidité avec lesquelles les idiots exécutent les actions un peu compliquées, qu'on est parvenu à leur enseigner à force de persévérance, l'exactitude machinale de ces mouvements, sont une excellente preuve de l'indépendance de la moelle épinière en tant que centre nerveux ; ils montrent ce que la moelle peut arriver à accomplir malgré l'exclusion presque complète de l'influence des hémisphères cérébraux.

2. L'activité fonctionnelle des cellules centrales de la moelle épinière peut souffrir de l'action trop forte ou trop prolongée d'un stimulus externe, ou d'une continuité excessive d'activité sans repos suffisant. La dégénération moléculaire ou l'usure, qui est la condition du fonctionnement, doit être réparée par le repos et la nutrition; la cellule nerveuse n'est point une source inépuisable de force : elle doit recevoir d'une part ce qu'elle rend de l'autre ; si elle manque du temps nécessaire et des matériaux indispensables pour développer, aux dépens de la matière de qualité inférieure, sa constitution hautement

vitale, il est certain, que, malgré la meilleure organisation innée, elle se détériore aussi inévitablement qu'un feu sans combustible s'éteint. Dans la dégénérescence de la moelle épinière, qui se montre quelquefois à la suite de vices ou d'excès sexuels, l'un des premiers symptômes est la perte du contrôle coordinateur des mouvements des jambes, — la perte, en d'autres termes, de celle des facultés des centres spinaux qui est la dernière à s'organiser. Les secousses et les contractions partielles des membres, qu'on observe quelquefois dans ces cas, ne témoignent en aucune façon d'une augmentation de force, ainsi que quelques-uns l'ont imaginé ; elles sont au contraire les signes d'un abaissement de vitalité, les manifestations incohérentes de l'instabilité dégénérative de la substance nerveuse. Lorsque cet état morbide se déclare, il y a nécessairement de la part des cellules centrales un manque de réceptivité pour lés impressions , qui sont moins bien assimilées. Voilà pourquoi la plupart des paralytiques, chez qui la mémoire de chaque centre nerveux particulier est en souffrance, non seulement sont incapables d'exécuter convenablement les actions les plus habituelles (un musicien, par exemple, sera incapable de jouer de son instrument, bien que dans sa conversation rien ne trahisse la perte de son aptitude au travail), mais aussi d'apprendre de nouvelles combinaisons de mouvements. Voici ce qui arrive chez des aliénés d'une autre catégorie : quoique leur intelligence soit complètement et irrévocablement dégénérée, ils peuvent, à force de persévérante éducation, parvenir à se rendre utiles dans quelques formes élémentaires d'activité, qu'ils accomplissent machinalement, sans intervention de leurs hémisphères cérébraux. Ceux qui souffrent de paralysie générale, et chez qui la maladie a atteint la moelle épinière, ne peuvent pas être utilisés de cette manière.

3. Le renouvellement opportun et la composition du sang ont évidemment une influence capitale sur les cellules spinales. La substance grise de la moelle est très

LA MOELLE ÉPINIÉRE. 161

riche en capillaires, et ne saurait se passer d'un rapide renouvellement du sang, source des matériaux de l'échange actif entre les cellules et le liquide nourricier. L'énorme consommation de force pendant le fonctionnement nerveux exige cette abondance de matériaux. Ce que A. Bain décrit comme énergie spontanée des centres nerveux et voudrait faire accepter comme fondement de la volonté n'est qu'une plus parfaite nutrition, résultant de la composition ou de la distribution du sang, qui circule dans les centres nerveux. Nous savons sûrement, que les mouvements inspiratoires sont provoqués par un excès d'acide carbonique dans le sang qui traverse la moelle allongée. Et combien d'autres modifications de la nutrition, de la sécrétion, de la distribution du sang dans les divers organes , dont la cause nous échappe actuellement, ne dépendentelles pas peut-être de la composition et de la distribution du sang dans la moelle épinière! Lorsque l'arrivée du sang est soudainement interrompue, comme dans les expériences bien connues de Stannius, de Brown-Séquard et de SchifF, l'activité nerveuse est immédiatement paralysée, et les muscles entrent bientôt en rigidité cadavérique. Si on rétablit la circulation à temps, comme dans le bras rigide d'un supplicié, les muscles regagnent peu à peu leur contractilité, et les nerfs leur excitabilité. Or, si l'interruption complète de la circulation paralyse la substance nerveuse, un manque partiel de sang ou de matériaux nourriciers appropriés, charriés par le sang, produira en elle une dégénération ou une instabilité proportionnée. Un exemple de ce genre de détérioration nous est fourni par les personnes cachectiques ou anémiques, tourmentées par une grande irritabilité et par une disposition aux crampes et aux convulsions, — état acquis, semblable à celui qui est quelquefois transmis par hérédité.

Le sang peut être vicié par la présence d'une substance étrangère ou hétérogène, introduite du dehors ou formée dans l'organisme même ; il est alors nuisible aux cellules

nerveuses, et agit comme un poison. La strychnine, par exemple, affecte les cellules nerveuses de manière à les rendre surexcitables : à la moindre irritation, elles répondent par des convulsions et par le tétanos. D'autres poisons, comme le curare, dépriment leur activité au point de la paralyser complètement. Il est curieux, que les dérivés méthyliques de la strychnine, l'iodure et le sulfate de méthylo-strychnine produisent , d'après les docteurs Frazer et Crum-Brown, des effets semblables à ceux du curare, fait prouvant une fois de plus combien une petite différence de composition peut altérer les effets physiologiques d'une substance. De plus, en introduisant sous la peau d'une grenouille une quantité suffisante de strychnine, on provoque des symptômes analogues à ceux de l'empoisonnement par le curare. L'animal meurt alors sans convulsions ou avec des convulsions très faibles. L'opium, qui, chez l'homme, produit un état comateux, excite, au contraire, des convulsions, chez les grenouilles et quelquefois chez les enfants. Si cela était nécessaire, nous pourrions invoquer cette différence extrême des symptômes occasionnés par des poisons, tous sans aucun doute nuisibles à l'intégrité de la substance nerveuse, — pour en déduire, encore une fois, que les convulsions ne sont pas le signe d'une vitalité augmentée des parties intéressées, mais, au contraire, le résultat d'un fonctionnement dégénéré, précurseur de la paralysie. Par la variété même des effets produits, les différents poisons végétaux indiquent aussi les différences délicates, qui existent dans la composition des cellules des centres nerveux. Ils jettent ainsi beaucoup de lumière sur la nature de certaines fonctions physiologiques, et sont sous ce rapport les réactifs les plus sensibles que nous possédions.

Il y a de bonnes raisons pour admettre, que la présence dans la moelle épinière d'une quantité trop grande de sang peut lui être aussi nuisible que celle d'une quantité trop petite. Tous les symptômes des troubles nerveux, qui

accompagnent l'anémie, peuvent également être produits par une congestion ou une hypérémie considérable; car l'arrivée de matériaux de reconstitution, — en un mot, l'échange nutritif normal — est troublé ou empêché aussi bien par le manque que par l'excès de sang. Les vaisseaux sanguins sont munis de nerfs vaso-moteurs, qui en règlent le calibre, et président, par conséquent, à la distribution du sang, et ces nerfs sont sous le contrôle de la moelle épinière; il est évident, que la contraction ou la dilatation des vaisseaux peut affecter temporairement la fonction et durablement la nutrition des centres nerveux, en occasionnant ainsi des symptômes morbides.

4. L'existence d'une irritation périphérique persistante, résultat d'une lésion ou d'un état pathologique dans une partie quelconque du corps, peut donner lieu à des états morbides des cellules spinales, par ce qu'on nomme sympathie ou action réflexe. Cette espèce d'application pathologique d'une fonction physiologique est constamment à l'œuvre. Volkmann a observé sur des grenouilles décapitées, que l'irritation du tube intestinal produit des mouvements des membres, ce qui a lieu avec beaucoup plus d'évidence, si l'animal a d'abord été empoisonné par la strychnine. Il y a une expérience bien connue de Goltz, qui consiste à arrêter les pulsations du cœur d'une gre-. nouille en "tapant vivement et à petits coups sur son abdomen; JarschanofF a récemment montré^ que, lorsqu'on fait sortir de l'abdomen d'une grenouille une anse intestinale avec son mésentère, et qu'on la laisse exposée à l'air pendant quelques heures jusqu'à ce que l'inflammation commence, le plus léger attouchement de cette anse enflammée suffit pour que le cœur s'arrête au bout de quelques secondes , trente tout au plus. L'irritation est propagée à la moelle allongée et réfléchie sur le nerf vague, qui agit sur les ganglions du cœur ; aussi l'effet manque- t-il, si la trans-

* Archiv. der Philologie, 1875, p. 408-

mission est interrompue par la section de la paire vague ou par l'empoisonnement de l'animal avec le curare. Les convulsions, que les nerfs intestinaux produisent quelquefois chez les enfants au moment de la dentition, sont un exemple familier de ces effets sympathiques ou réflexes, dont est susceptible un système nerveux en voie de développement. Il faut distinguer deux espèces d'effets de cette action réflexe, qui ne sont peut-être que deux degrés du . même effet : une modification fonctionnelle et une modification nutritive.

L'irritation, que produit une dent cariée, peut, comme on sait, donner lieu à la contraction des muscles d'un côté du cou, ou à une violente névragie faciale, ou à la cécité ou à la surdité, troubles qui disparaissent dès que l'on en supprime la cause. Il n'y a jusque-là qu'un trouble fonctionnel. Mais la même cause produit un effet plus grand et plus durable, lorsque, comme il arrive quelquefois, elle donne lieu à un abcès des glandes du cou, dont il peut résulter une fistule incurable, jusqu'à l'éloignement de la cause à peine soupçonnée. Dans ce cas, le dérangement nutritif est causé et maintenu par l'irritation réflexe. Sans doute, le trouble fonctionnel, à lui seul, suffirait pour indiquer un changement quelconque dans l'état moléculaire des cellules ; mais comme il s'évanouit au moment même où l'on enlève la dent cariée, vraie cause du mal, il n'est guère possible de le regarder comme une preuve d'une altération chimique ou histologique grave des cellules nerveuses. Cependant, si la cause de l'irritation persiste, le trouble fonctionnel peut devenir un trouble de nutrition. Les rapports, entre ces différents degrés ou espèces de trouble et la cause morbide qui les produit, sont de nature à justifier la supposition que seulement le trouble fonctionnel est dù à une modification de la polarité moléculaire de la substance nerveuse , tandis que le trouble de nutrition en indique une véritable modification chimique.

De plus, comme les centres spinaux régissent en même temps des fonctions de la vie animale et des fonctions de la vie végétative, les premières les obligeront à une activité périodique, les secondes à une activité continue. Il s'ensuit que, lorsque l'état pathologique siège dans les cellules préposées à la vie animale, le dérangement fonctionnel sera probablement intermittent et non continu. L'intermittence des symptômes est en effet un caractère commun, presque général, des maladies nerveuses, et rien n'est plus naturel, puisque l'alternation entre l'activité et le repos est la loi des fonctions nerveuses de la vie animale. C'est ainsi que, dans l'épilepsie, il semble que les centres moteurs aient besoin d'être graduellement chargés, jusqu'à ce que se produise l'état de tension ou d'instabilité requis pour déterminer la rupture de l'équihbre statique; la décharge a alors lieu violemment. Il se passe quelque chose de semblable dans l'empoisonnement par la strychnine : Schroeder van der Kolk a observé qu'un chien, sous l'influence de ce poison, se remet après une attaque de convulsions, de sorte que, pendant une heure, on peut le toucher et le caresser impunément, après quoi la susceptibilité devient de nouveau telle, qu'il suffit de souffler sur ses poils pour provoquer une nouvelle attaque. Ces sortes d'explosions moléculaires dans les éléments intimes du tissu nerveux produisent l'épuisement moléculaire. Lorsque l'énergie des parties intéressées a été rétablie par le repos et la nutrition, l'instabilité morbide se trouve elle aussi rétablie aussi longtemps, bien entendu, que les conditions morbides subsistent. Si le chien peut être conservé vivant jusqu'à l'élimination de la strychnine par la sécrétion, alors le rétablissement de l'énergie entraînera un graduel rétablissement de l'équilibre stable des molécules; les convulsions s'affaibliront de plus en plus, puis cesseront et l'animal sera sauvé.

D'autre part, lorsque le dérangement porte sur la fonction des centres spinaux, qui régissent la vie végétative,

l'effet morbide sera probablement permanent. Les expériences de Lister, montrent, que les mouvements des corpuscules pigmentaires dans les cellules de la peau de la grenouille sont sous le contrôle du système cérébro-spinal ; les recherches de Cl. Bernard et d'autres, prouvent que l'axe cérébro-spinal peut non seulement contrôler les contractions des petites artères, mais aussi influencer directement la nutrition et la sécrétion des éléments histologiques. Dès que les aliments sont introduits dans la bouche, il y a sécrétion abondante de salive et de liquide gastrique. On connaît depuis longtemps de nombreux exemples de modifications nutritives 'dans des parties périphériques du corps à la suite de l'irritation d'un nerf centripète : un flux abondant de suc gastrique extrêmement acide a été guéri par l'extirpation d'hémorrhoïdes douloureuses ; la névralgie de la cinquième paire produit souvent le ptyalisme et le larmoiement; l'irritation de la matrice, ou de la membrane muqueuse du vagin, provoque parfois la sécrétion du lait, de même que l'irritation des ovaires ou l'application de cataplasmes chauds sur les seins peuvent faire apparaître la menstruation. D'autres exemples de cette action j-éflexe nutritive nous sont offerts par la sympathie de l'un des yeux avec l'autre, lorsqu'un seul d'entre eux est malade ; par la congestion de l'œil ou l'amaurose véritable, qui accompagne quelquefois les fortes névralgies; par la paraplégie, suite de déplacement ou de maladie de la matrice et par une foule d'autres cas analogues, trop nombreux pour être cités. Pfliiger rapporte le cas suivant de Dieffenbach, cas remarquable, qui montre admirablement quels peuvent être les eff'ets d'une irritation périphérique sur la moelle épinière. Une jeune fille tomba sur un verre, dont un fragment lui blessa la main; elle souffrit pendant des années de violentes douleurs névralgiques, d'atrophie et de contracture de la main, dont elle avait complètement perdu l'usage; en outre, il était survenu de fortes attaques d'épilepsie. Un jour on rouvrit

l'ancienne cicatrice, au fond de laquelle on trouva un petit éclat de verre, qui avait blessé le nerf; celui-ci était enflé et durci. Après l'extraction du corps étranger, la névralgie et l'épilepsie disparurent et la jeune fille recouvra parfaitement l'usage de sa main. Ces exemples de fonctions réflexes morbides prouvent combien est complète l'unité de la vie dans l'organisme, et combien un trouble en apparence fort insignifiant peut avoir, par l'intermédiaire du système nerveux, des effets éloignés et importants. En vérité rien n'est insignifiant dans la merveilleuse harmonie des activités d'un organisme vivant ; et l'homme prudent a le devoir sacré de tenir en bon ordre le temple de son corps ^

5. Enfin, une solution de continuité entre le cerveau et les cellules centrales de la moelle épinière semble affecter jusqu'à un certain point leurs fonctions. Lorsqu'on coupe un nerf chez un animal vivant, le bout périphérique subit bientôt une dégénération adipeuse, tandis que le bout central se maintient indéfiniment à l'état normal, et la dégénération périphérique n'est point due seulement à l'absence d'activité, car elle a lieu même si on irrite régulièrement le nerf et se montre beaucoup plus tard chez les animaux à sang froid, dont la nutrition est lente, que chez les animaux à sang chaud et à nutrition rapide. Nous sommes autorisés à en conclure, que la nutrition des fibres nerveuses dépend jusqu'à un certain point des centres nerveux. A la suite des apoplexies dans l'intérieur ou à côté du corps strié, Tiirck dit avoir trouvé des cellules granuleuses dégénérées le long des fibres descendantes jusque dans la moelle épinière. Nous savons aussi , que si l'on enlève le cerveau à un animal inférieur, l'action réflexe

1 On sait qu'une petite cause d'irritation peut produire le tétanos. Le D' Taylor (Médical Jurisprudence) cite un cas de tétanos, que Ton crut d'abord être idiopathique, mais dont on trouva ensuite la cause : un très petit fragment de bois, qui avait pénétré dans le pouce. Le D'G. Jolinson raconte un cas de tétanos qui fut guéri, grâce à l'extraction de la cicatrice d'une ancienne blessure d'un menu lilament de linge.

s'accomplit plus rapidement et plus facilement. Il y a aussi chez l'homme, un grand nombre d'exemples d'action réflexe augmentée, à la suite de maladies ou de lésions, qui interrompaient la continuité entre la moelle épinière et le cerveau. Il est donc permis d'affirmer, que le cerveau exerce une influence nutritive sur les cellules centrales de la moelle et sur les fibres nerveuses, naissant de l'axe cérébrospinal, et que les centres spinaux exercent une influence semblable sur les nerfs, auxquels la moelle donne naissance et sur les ganglions qui leur sont subordonnés. Nulle difficulté, dès lors, à admettre cette influence, que les auteurs anciens appellent une sécrétion « d'esprits vitaux » par le cerveau et qui est réellement exercée par chaque centre nerveux sur le centre qui lui est subordonnés et sur les nerfs qui en émanent. L'action d'arrêt, qu'un centre supérieur exerce sur les fonctions d'un centre inférieur constitue un exemple de cette influence. Cette déduction s'accorde avec ce que nous savons de l'action fonctionnelle directe du cerveau sur celle de la moelle ; la plupart des mouvements réflexes sont, en eflet, à l'état normal, subordonnés au contrôle de la volonté. Comme le système cérébro-spinal exerce une influence directrice sur les fonctions de la viè animale, ainsi il est probable, que le cerveau, dans l'accomplissement de ses fonctions purement végétatives, influe favorablement sur la nutrition des parties du système nerveux situées au-dessous de lui et qui sont les instruments de son action. Cette influence est-elle suspendue? il en résulte une exagération de l'excitabilité de la moelle, comme on l'observe dans les traumatismes, qui produisent le tétanos, ou comme Brown-Séquard l'a obtenue

1 a Comme le cerveau sécrète l'esprit vital, et comme chez les animaux, qui ont un cerveau, il est nécessaire que les nerfs soient fournis par cet esprit, servant de médium à la transmission des impressions, le cerveau doit être considéré comme indispensable, au moins à la production prolongée et continue d'activité nerveuse ; à moins que l'animal ne soit organisé de façon à ce que l'esprit vital se forme dans la moelle de ses nerfs, ou dans leurs ganglions, ainsi que cela a lieu chez les invertébrés. » (Unzer, op. cit., p. 225.)

dans l'expérience suivante : deux ou trois semaines après avoir pratiqué, chez des cochons d'Inde, une lésion de la moelle épinière , il put provoquer des convulsions épileptiformes en pinçant la peau d'une certaine région de la face. Quelques auteurs, il. est vrai, ont expliqué différemment l'augmentation des mouvements réflexes après l'interrupsion de continuité entre le cerveau et la moelle ; ils l'ont attribuée à l'augmentation d'énergie des centres spinaux et à la concentration du stimulus, auquel les voies de dispersion faisaient, défaut. Cette théorie est entachée de l'erreur très commune, qui consiste à regarder comme une augmentation d'énergie ce qui, en réalité, est une diminution ou une détérioration de la haute énergie vitale du tissu intéressé. En supprimant l'influence du cerveau, on n'augmente pas l'énergie des mouvements réflexes coordonnés, qui répondent aux impressions tactiles normales. Seuls, les mouvements réflexes irréguliers, produits par les fortes irritations chimiques, électriques ou mécaniques, gagnent en intensité. Une des fonctions les plus importantes du cerveau consiste à exercer une action d'arrêt sur les centres nerveux placés au-dessous de lui ; exactement comme l'homme exerce un contrôle bienfaisant sur les animaux inférieurs. Or l'augmentation d'activité irrégulière des centres inférieurs, qui se montre après leur affranchissement du contrôle supérieur, témoigne d'une dégénération, et ressemble à l'action turbulente et désordonnée d'une démocratie sans chef.

Telles sont les causes perturbatrices de l'activité de la moelle épinière, envisagée, d'une part, comme organe de transmission, et, d'autre part, comme centre indépendant et générateur de force nerveuse. Si nous tenons compte de la proportion considérable de notre activité, qui s'accomplit quotidiennement, par le fonctionnement inconscient de la moelle, nous serons facilement persuadés de l'importance qu'il y a à veiller à la conservation de son intégrité. Malgré la culture la plus soignée de l'esprit et la

volonté la plus forte, nous ne saurions empêcher les mouvements convulsifs et irréguliers, suite d'un certain degré d'instabilité de la substance nerveuse des cellules spinales, quelle que soit d'ailleurs la cause de cette modification. Prêcher le contrôle de la danse de Saijit-Guy ou des convulsions épileptiques serait tout aussi absurde que prêcher la modération à la tempête, 11 s'agit ici de phénomènes morbides, occasionnées par des changements physiques définis et qui ne peuvent être combattus que par la production d'un état inverse de même nature.

La sympathie entre les cellules nerveuses individuelles est si intime et certaine dans la république bien ordonnée, représentée par le système nerveux, que l'état tout entier se ressent plus ou moins de chaque dérangement local. Lorsque les cellules de la moelle sont en voie de dégénération, non seulement elles ont de la difficulté à exécuter les ordres d'en haut en leur qualité d'agents subalternes, mais elles se plaignent à l'autorité suprême par un murmure qui est la douleur. Telle est la signification du sentiment de lassitude, de pesanteur, de sourde douleur dans les membres et d'épuisement général, qui accompagne les désordres des centres spinaux. Les crampes convulsives, les contractions, les paralysies musculaires sont les premiers signes d'insubordination. Si ces avertissements passent inaperçus, la révolte éclate; car lorsque des activités organiques, qui, à l'état normal, s'accomplissent à notre insu, s'imposent à la conscience, il n'y a pas à douter d'un commencement de dégénération vitale. A moins que l'on n'y porte remède, le mal augmente : à l'action irrégulière des autorités subalternes s'ajoute bientôt un affaiblissement proportionnel de l'autorité suprême. Au moment où le contrôle serait le plus indispensable, il échappe à l'activité directrice. Lorsque la subordination des parties est bien réglée, et que les cellules individuelles se conforment à la loi du système, l'autorité dii chef est renforcée. Un despote inintelligent, auquel l'orgueil du pouvoir fait oublier

que la force et la valeur d'un gouvernement découlent du bien-être des gouvernés, s'imaginera peut-être, qu'il n'y a nul danger à négliger le cri des opprimés qui souffrent ; mais en fermant l'oreille aux plaintes, il ferme les yeux 'aux conséquences et finit par perdre le pouvoir et par se perdre lui-même. Il en est de même pour le système nerveux : les cellules sont les individus et il y a parmi elles, comme dans un Etat, des individus d'une dignité plus ou moins élevée ; mais le bien-être et le pouvoir des individus supérieurs dépendent entièrement du bien-être et du contentement des humbles ouvriers de la moelle épinière, qui font une si grande partie de la besogne quotidienne de la vie. C'est, en quelque sorte, une monarchie constitutionnelle, dans laquelle conséquemment, il y a à la fois une juste subordination et une juste coordination des parties.

Je me suis longuement étendu sur la moelle épinière, parce que presque tout ce qui s'applique à ses fonctions s'applique aussi bien, en changeant les termes, aux fonctions des centres nerveux supérieurs. Se former une idée claire de la nature et du mode de développement des fonctions des centres spinaux est la meilleure manière et même la seule manière de se préparer à l'étude des fonctions cérébrales. C'est la prémisse indispensable à une saine intelhgence des manifestations nerveuses plus élevées et la seule base solide, sur laquelle nous puissions édifier une vraie science des phénomènes psychiques \ De cette façon

1 Dans VArchiv. fur physiolog. Heilkuncle de 1843, il y a un excellent article de Griesinger « sur les actions réflexes psychiques, en rapport avec l'essence des maladies mentales », et un autre article du même auteur et dans le même journal de 1854 : « Nouvelles contributions cà la physiologie et à la pathologie du cerveau. »

Dans le Journal of mental Science (janvier 1876), se trouve un article historique et critique du D' Laycock, intitulé « Reflex, automatic, and unconscious cerebration », où il expose en détail, comment il fut le premier à promulguer en Angleterre la doctrine de Taction réflexe cérébrale, et le développement subséquent de cette doctrine. Il ressort de cet article, qu'il ébaucha sa théorie en 1840, dans son « Traité des maladies nerveuses des femmes », quoiqu'il ne l'ait développée qu'en 1844 dans un

les lois tirées de l'observation des phénomènes plus simples nous servent à débrouiller les phénomènes plus complexes. Toute autre méthode, qui ne suivrait pas l'ordre de l'évolution naturelle, serait décevante et incertaine, La nature elle-même l'atteste avec une énergique éloquence, lorsqu'elle provoque (comme il arrive parfois) l'activité morbide des cellules des hémisphères cérébraux par l'activité morbide des cellules spinales.

mémoire « Sui* la fonction réflexe du cerveau » lu à la British Médical Association. Ce mémoire fut ensuite publié en janvier 1845, dans la British and Foreing Médical Review.

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