CHAPITRE PREMIER
DE LA MÉTHODE A SUIVRE DANS I,'ÉTUDE DE l'ESPRIT.
Aspects de la nature, effrayants pour les hommes dans l'enfance de la pensée; de là, sentiments superstitieux et conceptions fantastiques de la nature. Lorsque celles-ci disparaissent, des entités métaphysiques sont érigées en causes naturelles, et l'homme se croit lui-même « la mesure de l'univers ». Finalement, la nature commence à être interrogée et interprétée d'après la méthode inductive; résultats féconds de cette méthode. Son adoption a été l'application à l'intelligence de la loi de l'adaptation interne aux relations externes. Toute proposition, concernant l'inconditionnel ou l'absolu, est un non-sens. La méthode inductive, appliquée objectivement, est-elle de quelque valeur pour l'étude de l'esprit? Difficultés de l'application des procédés de cette méthode. Sa valeur, rendue évidente par le développement de la biographie et par l'absence de tout progrès en métaphysique. Discussion au sujet de la prétention de la psychologie d'être une science inductive. Examen de la méthode procédant par l'interrogation de la conscience subjective : soh insuffisance manifestement démontrée par les résultats contradictoires, auxquels elle aboutit, et par l'impossibilité de l'appliquer inductivement. Elle a entièrement négligé l'observation des animaux, des enfants, des races humaines inférieures, des aliénés. La conscience subjective donne des informations peu dignes de foi, et est incapable d'en donner aucune sur une très grande partie de l'activité mentale : elle ne rend pas compte des phénomènes psychiques de l'enfant, de l'adulte sans culture, du malade d'esprit : les conditions corporelles, qui sont à la base de toute manifestation mentale, lui sont lettres closes ; de même que toute la sphère de l'action mentale inconsciente, sans cesse à l'œuvre, non seulement dans l'assimilation inconsciente des impressions, mais encoi-e dans l'enregistrement et dans l'association des idées, dans leur existence et dans leur influence latentes, quand elles ne sont pas actives, ainsi que dans leur re-
TABLE DES MATIÈRES
Pftges.
tour à l'activité : elle ignore enfin l'influence, organiquement exercée sur le cerveau par les autres parties du corps. L'âme est un consensus de fonctions affectives, intellectuelles et actives, — une fonction directe du cerveau, dans lequel toutes les fonctions oi"ganiques sont à leur tour représentées. Imperfections de la terminologie psychologique. Incompétence de la conscience, ultérieurement démontrée par l'examen de sa vraie nature : la méthode introspective doit être détrônée, mais non écartée. La physiologie ne saurait être plus longtemps ignorée ; nécessité d'associer la méthode phjjsiologique h la méthode 'psijcliologique : la première étant, en réalité, la plus importante et la plus féconde. Obligation d'étudier la marche du développement de l'esprit, sa dégénération dans les diverses formes de l'aliénation et du crime, ses progrès et ses périodes de recul, établis par l'histoire, ses cas particuliers, dans la biographie. L'union des facultés empiriques et rationnelles, prônée à juste titre par la méthode baconiiienne, est strictement applicable à l'investigation des phénomènes psychiques, aussi bien qu'à celle des autres phénomènes naturels. L'apparition et le développement de l'esprit dans la nature sont un phénomène d'évolution organique : unité et continuité dans la nature. La valeur relative du raisonnement inductif et déductif dépend souvent de la capacité de qui l'emet : différence entre le génie et l'esprit médiocre. Conclusion