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CHAPITRE VIII

Coup d'œil [jénéial sur les fonctions de la vie, leur division, leurs influences physiques, cl quelquesunes de leurs conséquences morales.

Nous venons déjà de rencontrer quelquesuns de ces grands ébranlemens de facultés , qui présagent les passions, devant lesquelles nous allons bientôt nous trouver : mais, fidèles à notre méthode, faisons pour l'homme moral ce que nous venons de tenter pour l'homme intellierent : observons d'abord, dans les organes eux-mêmes, dans leur disposition, leurs influences réciproques ou leurs réactions sympathiques , l'origine éloignée des excitations,

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et des transports les plus violens y de même que c'est dans le cerveau même que nous avons été chercher les premiers élémens intellectuels. D'ailleurs l'intelligence et les passions tenant ensemble par les liens les plus forts et les plus secrets ^ et ces dernières formant le passage naturel de notre sujet au développement de l'homme social , auquel nous arriverons ensuite^ il devient nécessaire, avant d'aller plus loin , de jeter un dernier regard sur l'homme physique.

Tous ceux qui l'ont étudié de près ^ ont signalé ces énergiques influences des organes sur le moral; mais entraînés par leurs propres observations^ les uns ont voulu tout attribuer à l'organisme , quand d'autres lui ont tout refusé : reste donc à faire une juste application de ce qu'ils ont pu voir, comme à rechercher ce que celle fâcheuse exclusion a dû méconnaître.

Chez l'homme, le tronc renferme les organes les plus nécessaires à la vie, ceux qui le nourrissent et le font renaître. La fonction de se nourrir se compose d'une série d'autres fonctions secondaires et successives, dontle dernier résultat est de convertir le principe alimentaire

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en des conditions telles qu'il devient vie. Ainsi, des viscères digérans où s*opëre le premier travail qui décompose l'utile ou l'inutile de l'aliment , le principe nourrissant sorti en substance lactée , va se mêler au sang des veines , et subir dans le foie ses premières élaborations. Dans les poumons, il arrive avec le sang noir ; mais là , l'action de l'oxjgène de l'air, la respiration lui donne une couleur, une vie nouvelle ; il devient sang rouge, sang artériel; il est chair coulante (i). ^ et bientôt lancé par le cœur dans les dernières extrémités du corps j, il y subit l'inconcevable métamorphose, en vertu de laquelle il devient l'organe qu'il traverse , et se dépouillant de sa qualité vivifiante , il retourne sang noir aux cavités droites'du cœur. Ce mécanisme, à confondre la pensée, est d'autant plus merveilleux, qu'il est mécanisme vivant , et , qu'à chaque seconde il est vie nouvelle.

La nutrition porte avec elle sa conséquence immédiate, le besoin de donner la vie, car reproduire n'est qu'un excès de vie. On peut donc dire avec raison que tous les organes de

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la poitrine, du venlre et du bassin, remplissent des fonctions secondaires à la nutrition, et ne sont qu'une complication ou une conséquence de cette fonction éminemment conservatrice. Dans sa prévoyance, la nature a su la mettre à l'abri des caprices de l'homme et des écarts de sa volonté. Ainsi la volonté est sans influence sur les mouvemens du cœur, sur l'action de l'estomac, sur l'énergie des organes qui donnent la vie. Elle n'exerce qu'une action momentanée sur la respiration : en vain la volonté seule voudrait suspendre trop long-tems l'action des poumons : une salutaire syncope viendrait bientôt la terrasser, et rendre à ces organes leur libre exercice. Sans cette précaution, l'homme eût fait des plus importantes fonctions déplorable usage , et funeste abus. Pour mourir^ il lui aurait suffi de vouloir , et à l'instant les battemens du cœur auraient cessé : du plaisir et de l'attrait nécessaire à reproduire, il aurait bientôt fait dégoût et douleur j ces fonctions sont sagesse dans les mains de la nature : dans celles de l'homme elles seraient devenues délire et néant.

Ainsi, voilà l'intelligence sans pouvoir sur les organes les pins nombreux et les plus

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essentiels à la vie ; elle n'a d'action que sur les sens et sur les membres , instruments nécessaires aux rapports. Maintenant, si le cœur bat sans relâche, si l'estomac digère, si les poumons respirent , si les organes reproducteurs s'éveillent en leur tems à leurs fonctions, si l'ensemble et l'harmonie de ces opérations attestent une précision , une science plus qu'humaines, où est le système nerveux présidant à tous ces mouvemens , et les faisant exécuter sans relâche par son influence permanente ? est-ce le cerveau et ses dépendances? Envain la physiologie, expérimentale nous découvre l'action énorme que ces parties exercent sur le reste du corps : ses investigations sont aussi savantes qu'instructives, sans doute; mais elles sont loin de démontrer que le système nerveux ganglionaire soit sans influence , sans action directe sur les viscères. Si au contraire on s'élève aux vérités générales de la vie, et à l'ensemble des lois qui la régissent , on arrive à des considérations plus larges ; on peut voir alors qu'il est dans les profondeurs du corps un système nerveux admirable, trop méconnu , dont les obscures et silencieuses fonctions ne peuvent

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être , en dernier résultat , que l'instinct , que l'amour de la vie, et la garde vigilante des organes conservateurs : c'est l'appareil nerveux des ganglions dont les ramifications nombreuses unissent tous les viscères , dont les centres multipliés sont de petits cerveaux présidant aux fonctions organiques , petits cerveaux ayant une volonté, des sensations^ une intelligence différente de la volonté , des sensations, de l'intelligence cérébrales, et dont l'action interne est continue , sans interruption , perceptible seulement dans les maladies , obscure chez l'homme, évidente chez les animaux. Tel est l'instinct^ l'intelligence interne , viscérale , dont le cerveau , au lieu d'être réuni en une seule masse, comme celui de l'encéphale , se trouve disséminé en ganglions dans toutes les parties du corps , et quelquefois aggloméré en lobes considérables, sur-tout au cou , à la poitrine, au bas-ventre : système nerveux non moins étonnant que celui des rapports, d'où parlent tous ces phénomènes , surnaturels pour ceux qui ne les connaissent pas , ces états nerveux de somnanbulisme , de secousses convulsives, d'hjstérie, d'hjpocbondrie, qui ne sont, dans le fait, que

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le réveil de l'inslinct , ou ses variables degrés de maladie. C'est encore ce système nerveux qui^ dans les premières classes animales, remplace l'intelligence qui leur manque^ et fait toute la prévoyance de ces êtres si obscurs, quicependant feraient souvent honte à l'homme s'il les connaissait mieux.

Si nous observons à ce sujet les animaux plus élevés , nous pourrons reconnaître un exemple bien frappant de leur supériorité instinctive. Pourquoi ont-ils sur l'homme le privilège d'éviter les aliraens nuisibles ou les substances vénéneuses? et pourquoi chez nous ces funestes méprises sont-elles si fréquentes? Si l'intelligence cérébrale guidait dans ce choix, à nous serait la supériorité comme pour le reste des facultés ; mais il n'en est pas ainsi : chez les animaux^ l'instinct libre de l'influence cérébrale et supérieure à l'intelligence., s'exerce dans toute sa plénitude ; par lui , l'animal sait prendre ou rejeter ce qui convient le mieux à sa vie ; tel est le bienfait, le privilège de l'instinct, qui, dans ce, cas ne peut être que le résultat d'une réflexion, d'une attention viscérale. Or, où il y a réflexion et attention^ il faut bien des organes nerveux

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