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pour ces opérations; d'ailleurs voyez la disposition anatomique de cet appareil d'organes répondre admirablement à ses fonctions.
Bichat avait cru devoir séparerde ce système les ganglions vertébraux : loin d^expliqner ses motifs , il dit au contraire que ces ganglions sont d'un aspect extrêmement analogue a celui de la vie organique : l'aven est trop naïf pour être relevé. L'anatomie récente, plus exacte et plus positive , a été moins timide (Meckel et Béclard); tout ce système nerveux a été réuni dans le même ensemble de structure et de fonctions. Placés sur les deux côtés de la colonne vertébrale , à l'origine de chaque paire nerveuse , les ganglions envoient les cordons qui accompagnent leurs dernières ramifications dans les muscles , où ils portent la sensibilité contractile , pendant que les nerfs de l'encéphale les soumettent à la volonté du cerveau. D'autres ganglions sont situés profondément près des organes les plus importants , les enlacent de leurs plexus nombreux, et unis entre eux , par d'innombrables filets entrecroisés en tout sens , forment des réseaux et des centres variables en étendue et en grosseur. Le plus volumineux de ces cen-
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très est le lobe abdominal , présidant aux fonctions nutritives et reproductrices : ce système nerveux va s'unir ainsi, à chaque instant aux nerfs des sens, et établit ainsi entre le cerveau et les viscères les énergiques influences que nous allons exposer.
D'après ces aperçus rapides , il faut reconnaître dans l'homme les deux grandes distinctions proclamées par tous les physiologistes j les deux êtres bien différents : l'un qui se nourrit et reproduit, l'autre qui se meut et qui pense. Ces deux grands ordres de fonctions , non pas séparées , mais distinctes , ont été nommés vie organique, végétative, instinctive, et vie de rapports , de relation , vie animale : pour être exact , on doit appeler l'une vie nutritive , et l'autre existence cérébrale, (i)
(i) Vivre, c'est se nourrir et reproduire : les ve'ge'taux et les dernières classes animales vivent.
Exister, c'est vivre, plus se mouvoir, ex stare, se tenir debout, puis les conséquences de la station , qui sont les mouvemens et les rapports. Cette juste application des mots eût épargné à Bichat bien des erreurs, au lieu que le mot vie donné par lui indistinctement à ces deux ordres de fonctions, et dont il avait fait
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De tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet , Bichat est celui qui , développant avec Je plus de bonheur les idées anciennes et modernes j a poursuivi jusque dans ses dernières applications la distinction de ces deux ordres '^de fonctions, avec une facilité de génie à laquelle il n'a manqué que d'être philosophique et de vieillir. Plus profond , mais moins entraînant^ Cabanis établit sur cette distinction les sensations externes et internes : importante division , rejetée de nos jours avec une suffisance qui n'est que faute de savoir ; premier essai qui, appliqué en grand à l'homme moral, religieux et politique, doit devenir le fondement d'une science grande et imprévue^ et dont le reste de ce livre ( nous pouvons le dire dès à présent) ne sera que le développement. Sans cette importante distinction , profondément tracée par la nature, la psychologie ne juge qu'à faux les passions et l'entendement, et méconnaît entièrement l'instinct. C'est à
deux manières d'èirc, séparées , c'Lranp.ères l'une à l'aalre, l'a Piilraîn-; beaucoup trop loin.... L:;s minc'raux sonl, les vé{j;elaux vkenl, les animaux existent.
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l'oubli de celte fondamentale observation qu'il est trop juste de renvoyer ces divagations obstinées et savantes à s'entêter sur une seule partie d'un ensemble, qu'il faut embrasser en son entier pour ne laisser échapper aucune vérité.
L'intelligence, par son énorme développement chez l'homme, domine l'instinct^ le couvre et le rend si obscur, qu'on serait en droit de douter de sa présence , si l'attentive observation ne venait à découvrir ses constantes et silencieuses merveilles ; si elle n'arrivait à le voir sans cesse agissant, veillant à la conservation , présidant enfin à ces mystères de vie, de sentimens^ de peines et de joies profondes, qui ne se manifestent au dehors que dans leurs violences ou leurs désordres , mais qui, une fois sortis de leur obscurité, pareils à un coursier sans frein , comme le dit Platon , ébranlent à leur tour l'intelligence , l'exaltent , la pervertissent et l'entraînent dans leurs délires et leurs fureurs.
Cette grande et difficile étude est connaissance profonde de l'homme moral , c'est par elle qu'il faut commencer pour arriver sûrement à la hauteur des spéculations psycholo-
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giques , et loin de les rabaisser , elle les élève encore , et leur donne plus de certitude et de confiance.
Il est donc dans la nécessité de notre sujet, et des développemens qui vont suivre, avant de pénétrer dans le désordre des passions, d'étudier dans les organes eux-mêmes ces troubles légers, ces émotions de chaque instant, ces sourdes et mutuelles influences qui ne sont rien, et qui sont tout l'homme, premiers et irritables élémens dont l'intelligence et les sentimenssont habiles à faire des bouleversemens si profonds. Je vais donc prendre l'homme physique, dans la nudilé de ses organes, et parcourir rapidementces phénomènes d'excitation et de maladie, appelés physiologiques, mais qui exercent une action si puissante sur l'en^ . tendement.
Des poumons. Les poumons paraissent peu sensibles; cependant dès qu'ils s'enflamment, une douleur sourde, pongitive, inaccoutumée, annonce» l'intelligence la présence et la maladie de ces organes, dont elle ne s'inquiétait guère ; il les a fallu souffrans , pour qu'elle eu eut eu conscience, et voilà leur sensibilité jrioU'Velle devenant perception de douleur au
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cerveau ; voilà l'attention commençant à réfléchir à la nécessité de respirer , et aux dangers comme aux bienfaits qu'en reçoit la vie : si la douleur des poumons devient plus vive , si, ces organes celluleux et aériens continuent à se dénaturer , à devenir une masse solide et compacte, inabile à respirer, les angoisses d' u ne pressante suffocation redoubient; l'intelligence elle-même se dérange, et un délire de quelques jours fait oublier au patient l'imminence du danger , qui, du reste, ne peut être de longue durée; car la violence même de la maladie rend très prompte la terminaison heureuse ou funeste.
Dansles maladies chroniques de la poitrine, dans ces lentes et profondes désorganisations des poumons, les réactions sur l'intelligence ont un caractère tout particulier; plus la maladie est grave et étendue, plus les erreurs deviennent nombreuses^ et c'est en illusions de santé et d'espérance^ en rêves d'avenirs qu'elles viennent cachera la conscience le fatal dénouement. Les phlhisiques , parvenus au dernier terme, se bercent encore des projets les plus chimériques un instant même avant de mourir, et semblent s'endormir au bonheur. De lous
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les organes, les poumons sont les seuls quiaient le privilège de ces heureuses illusions aux jours de leurs désorganisations les plus profondes. Serait-ce par ce qu'exempts d'appétits et de besoins, libres des entraves des autres organes, ils échappent aussi aux nécessités de ces besoins, dont la perte ou la perversion réagit en souffrance au cerveau.
Du cœur.^ C'est un muscle , si vous voulez; mais c'est un muscle qui sent , comme le cerveau est une pulpe qui pense-, à lui appartiennent les sentimens, comme les sensations sont le partage du cerveau. Entre ces deux organes règne une continuité d'impressions , une réciprocité d'actions et d'influences , dont l'étude et l'analyse seraient l'histoire complète de l'homme physique et moral : nous ne devons ici qu'indiquer quelques points physiologiques de ce sujet, que l'article passions dévelopera dans un essor plus élevé.
Les moindres modifications dans l'action physique du cœur influent déjà sur l'intelligence : ainsi, dès que ses contractions sont plus fortes , plus accélérées et que la circulation sanguine devient plus rapide et plus active , le cerveau éprouve une excitation qui donne plus
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d'énergie à la pensée , plus de confiance à la force, plus de résolution aux actions : avoir du cœur est une expression plus vraie qu'on ne pense. Si l'énergie de l'organe dépasse certaines limites et que son volume acquiert un développement morbide, comme dans les anévrjsnies, son influence sur le cerveau est réaction d'angoisse et de douleur j le caractère luimême en reçoit une fatale disposition aux emportemens , à l'exaspération et aux ébranlemens les plus forts pour les causes les plus légères : on dirait qu'il existe au cœur un foyer continuel de pénibles et obscures étreintes, qui donnent à l'intelligence une morosité liabituelle et une violence irascible et inusitée. La pensée est plus acerbe et les sentimens plus déchirans :c'eslen extase ouenbrisemensqu'ils se font sentir au cœur. Tels sont les symptômes vagues dont certaines personnes ne peuvent se rendre compte au début des hypertrophies de cet organe : lorsque la maladie est déclarée , ces symptômes perdent de leur intensité habituelle, pour revenir en accès presque réguliers. La nuit, à des heures fixes ^ et par une influence de causes physiques, qui ont jusqu'à présent échappé à l'observation , les malades
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atteints de maladies du cœur, éprouvent des accès de palpitations, de violeiisbatleraens, de suffocation et d'angoisses qui interrompent le sommeil ou le rendent impossible : si l'accès n'est pas assez violent pour faire naître le réveil, c'est en songes effrajans et sinistres, en apparitions de cercueils , de tombeaux et de sang, que le paroxysme réagit sur l'intelligence et la poursuit encore de sa présence lugubre , long-temps après le réveil.
Voilà encore la maladie d'un organe éloigné devenantpour le cerveau un foyer permanent de sensations obscures , qui déterminent dans cet organe une série d'idées, de raisonnemens ou d'impuissantes déterminations plusou moins en rapport avec la douleur interne qui les provoque.
De V appareil digestif. L'estomac a des besoins^ des appétits voraces^qui, dans certains cas , peuvent dégénérer en vraie phrénésie. Dans l'état de civilisation , de tels exemples sont rares : cependant les naufragés de la Méduse ont fait voir à quels excès furieux et révoltans, la faim pousse l'homme aux prises avec la mort. Dans certaines maladies, où l'activité de ce viscère acquiert une incroyable
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énergie , on a peine à croire aux impulsions désordonnées qu'un tel besoin fait naître
Le moindre dérangement dans les fonctions digestives cause de suite de la pesanteur, de la douleur au front : une tristesse vague , l'inaptitude au travail , une somnolence légère entravent la pensée. Dans les fortes gastrites on ne peut définir les illusions de goût , d'odorat , de sons bizarres qui remontent sans cesse au cerveau, et deviennent pour lui sensations internes et toujours fausses ; mais admirons ici l'instinct^ cette intelligence viscérale quivareprendre, par cette maladie, une énergie inconnue et veiller avec sollicitude contre tout ce qui pourrait l'aggraver. C'est par son influence que l'organe du goût , la langue se couvre d'une saburre épaisse , qui éteint la faim, et repousse les alimens et sur-tout les boissons alcooliques , si contraires à sa souffrance , pour désirer avidement les boissons douces ou acidulées, propres à la calmer. Cette saburre entretient une soif bienfaisante, qui se complaît à s'abreuver d'abondans liquides , dont la présence amortit l'inflammation de l'organe. L'instinct des malades n'est pas une chimère; c'est le réveil de l'inlelli-