‹ Physiologie de l'homme aliénéChapitre 21 sur 46 · DE LA VIE · texte numérisé non relu

DE LA VIE

gence viscérale, dont les inspirations sont bien plus sûres que celles du cerveau, et lui demandent si souvent envain des soulagemens que sa vanité refuse, ou ne veut pas comprendre. Lorsque l'inflammation se propage profondément aux autres viscères de la digestion^ les douleurs croissent en intensité et lessouffrances sont plus sourdes et plus profondes ; il en résulte abattement , dégoût de la vie ; les biens même de ce monde deviennent ce qu'ils sont, vanité et misère ; voilà l'intelligence rendue plus sage par des douleurs contre lesquelles elle sent son impuissance. Pour la première fois nous voyons ces troubles profonds causer le dégoût de la vie : c'est , je crois , le premier pas vers un bouleversement plus complet, vers le suicide. En effet, si l'affection , qui dans les intestins produit déjà ce singulier symptôme , pénètre plus avant et attaque le système nerveux des ganglions, elle fera naître le besoin de se détruire , que toute physiologie rationnelle ne saurait définir ni comprendre autrement. Car il y a chez les aliénés un genre de suicide , qui est une vraie maladie , guérissant, revenant en accès réguliers^ et le plus souvent accomplissant par les calculs les

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ino'énienx sa funeste détermination. Chez ces malades Fenvie de se détruire paraît être une vraie phlegmasie : il n'y a pas jusqu'à leur figure qui ne porte l'expression d'une profonde altération abdominale , et l'observation , comme l'analogie, me font placer le siège primitif de ces inconcevables impulsions dans l'appareil ganglionaire. Tel serait le vrai suicide des aliénés , c'est-à-dire , la subversion de l'amour de la vie : de même que le cerveau , dont la fonction est de raisonner ^ délire par ses altérations, de même', les ganglions , dont la fonction est de conserver la vie, deviennent, par leurs maladies , foyer de phénomènes inverses , du besoin de se détruire. Quant au suicide , résultat de la démence ou de défaut de raisonnement ^ il ne mérite par ce nom , puisque l'homme , en se donnant la mort , est inconséquent avec ce qu'il éprouve.

C'est encore à une affection semblable, mais moins profonde, que par induction, j'attribue la cause première de l'hypochondrie : l'appareil nerveux ganglionaire étant irrité , communique sa souffrance à tout le canal alimentaire, et envoie au cerveau ses obscures et cruelles douleurs : l'hypochondrie violenle est le pre-

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niier degré du suicide, et souvent il la suit de près.

Dans les maladies chroniques de l'estomac , telles que les gastrites indolentes , ou même les affections squirrheuses de ce viscère , le cerveau en reçoit une continuité d'impressions qui lui donnent une aigreur mordante , une disposition hostile , une morosité habituelle , se plaisant à contredire , à voir tous les sujets sous de fausses couleurs, et à leur donner de mauvaises interprétations.

De l'appareil générateur.

La puberté est pour l'homme révolution dans tout son être : sa voix devient plus grave, sa contenance plus ferme, sa volonté plus énergique : il vient d'apprendre qu'il ne doit pas vivre seul. Celle qu'il aimera , celle qui doit le comprendre, il la rêve , il la cherche, il la voit partout. Qu'il sera fier d'être le guide de son inexpérience, l'appui de sa faiblesse , le dépositaire de toute son âme 1 il ne croit qu'à l'honneur^ à l'amitié ^ à tous les sentimens généreux. Douces chimères d'espérance et de volupté , délicieux enivrement ,

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élans si brûlans et si rapides, votre souvenir doit encore réchauffer le cœur sous les glaces de l'âge ! d'où naissent ces émotions si tendres^ ces nobles illusions^ cette heureuse audace, cette virile fierté inconnues jusqu'alors ? pourquoi respire-t-il une plénitude de vie et de forces, devant lesquelles l'avenir et tous ses obstacles s'abaissent ? c'est que des organes endormis viennent de sortir de leur sommeil et l'appellent au rôle que lui destine la création : leur réveil est vive et nécessaire excitation, donnant à l'intelligence une force nouvelle et la poussant en tous sens vers le grand acte conservateur, qu'elle a peine à comprendre. La même révolution développe chez la femme des sentimens plus vifs^, mais plus concentrés ; aussi s'échappent-ils en convulsions : ce nouvel état est pour elle une infirmité périodique dont les approches et les retours influent puissamment sur tout son être : à chaque prélude, son caractère est modifié, irascible, triste , tout son corps lui-même est plus irritable : c'est l'annonce de ces dérangemens plus profonds qui l'attendent , quand elle sera mère. Car alors l'appareil générateur devenu le siège d'une concentration de forces et

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de mouvemens nouveaux étend sur tout l'organisme les variables effets de ses bizarres influences. Dans l'estomac, l'appétit devient nul, dépravé, insatiable^ ou suivi de violens voniissemens ; au cœur, ces utérines influences excitent de cruelles palpitations, des douleurs aiguës et lancinantes, de vives et tumultueuses émotions ; au cerveau , leurs effets sont plus notables encore ; l'intelligence obéit à des impulsions qu'elle ne conçoit pas , et à des actes auxquels elle ne peut résister ; et souvent les actions et les idées deviennent assez déraisonnables pour faire croire à une vraie folie.

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