CHAPITRE ÎX
Analyse des passions.
Si, traitant les passions avec la même rigueur dont nous avons dû frapper d'abord la vanité intellectuelle , nous voulons briser le vain prestige de ces mots abstraits, à quels organes^ à quels irrésistibles besoins attribuer de si profonds ébranlemens ? Voulez-vous, sur leur définition, sur leurs causes, sur leur siège, interroger les auteurs? consolante et salutaire contradiction ! vous allez voir les spirualistes s'efforcer de devenir positifs , en s'attachant aux phénomènes les plus sensibles; pendant que les organienSy si arides dans leurs
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raisonnemens, si bornés »kns leurs aperçus, combleront par des mots abstraits et par des explications métaphysiques le vide de ce qu'ils ne veulent pas voir : les uns approchent de la raison en approchant de l'homme j et les autres , dès que l'organisme leur échappe, divaguent pour avoir l'air de raisonner encore.
Interprète de ces devanciers, et sur-tout de Pythagore^ Platon , dont la morale , la politique et la métaphysique , ne sont du moins que les rêveries d'une belle âme , frappé de cette lutte violente de la raison contre les dé^ sirs, proclama dans l'homme deux parties différentes : l'une raisonnable et tranquille^ dans la tête; l'autre farouche, brutale, indomptable , dans le corps. Grande et profonde pénétration reconnaissant les deux importantes divisions des fonctions humaines, signalant déjà leurs attributs moraux , mais incapable d'entrer plus avant.
Suivant la prédominance de l'une de ces parties, l'homme est sage, héros, ou lâche et vicieux criminel. Fondée sur la structure du corps , celte distinction a été admise par plusieurs Pères de l'Eglise, par Saint Paul et Saint Augustin. Elle a fait depuis la gloire de plus
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d'un génie : Bacon l'appuya de la force de sa logique, et Buffon de la puissance de sa parole. Vous la retrouvez, plus ou moins exacte^ dans tous les ouvrages modernes ou même les plus récens.
L'ancienne philosophie n'a pas toujours été si sage : peu satisfaits de celte division , quelques-uns imaginèrent trois âmes : la raisonnable dans la tête, l'animale dans le foie^ la vilale dans le cœur : étrange explication , mélange confus et bâtard d^abslraction et d'organisme. J^aime mieux les stoïciens, avec leur définition franchement abstraite : suivant eux les passions sont un trouble d'esprit contre nature , empêchant la raison de gouverner l'homme, maîtrisant la volonté, et renversant le libre arbitre. Cette définition , chère aux écoles^ règne encore : l'éloquence et la poésie l'ont reproduite sous mille formes dans l'antiquité, comme au mojen âge.
D'autresauleurs leurassignèrent pour causes quatre troubles principaux, deux bons, le plaisir et la joie; deux mauvais, la tristesse et ia crainte. Les épicuriens les ramenèrent aux besoins physiques, au plaisir et à la douleur Hippocrale et le médecin de Pergame n'ont
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pas élé plus heureux : leur définition n'est que froide répétition des idées de leurs devanciers. Les esprits vitaux de Dcscarles,rarchéedeYanhelmont, i'ariie rationnelle de Stahl , ne sont que d'affligeantes diva^^^alions dans des homiiies du reste fort supérieurs! Quelques moralistes, déplaçant la difficulté, n'ont considéré les passions que dans leurs résultats généraux, dans leur influence sur le bonheur des hommes , des sociétés, des nations ; on doit s'étonner de trouver Locke ^ Condillac et Mallebranche marchant réunis dans une telle voie, lielvétius seul a eu une déplorable audace : il a érigé en système l'abaissement humain : ^ son fatal génie n'a servi qu'à dégrader l'homme y à salir ce qu'il j a de noble et de généreux au cœur humain. Honte et malédiction à cette philo*^ophie de malheur et de perversité !
x\rrêtons-nous devant une plus longue et aussi stérile énnmération de tant d'opinions et de systèmes : il a suffi d'en apprécier quelquesuns pour reconnaître moins ce qui a été fait, que ce qui reste à faire : il ne s'agit plus de l'histoire des passions^ c'est dans leur analyse (pi'il faut pénétrer.
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Les deux cenlres principaux de l'existence cérébrale et de la vie nutritive , le cerveau et Je cœur, et en style figuré, la vanité et l'amour, sont les deux grands mobiles des passions humaines : le cerveau est intelligence , et l'intelligence n'est que vanité ; le cœur est sentiment, et le sentiment n'est que profond amour de soi. Toute passion est l'exaltation isolée ou simultanée de ces deux centres: voilà sa primitive origine ; ensuite l'intelligence fait de cette exaltation ^ délire , ou noble raison. Sans intelligence, les passions sont impossibles : en vain les organes seraient le foyer des excitations les plus violentes ; elles ne pourraient pas saillir : Finleiligence est donc l'âme des passions. Elle les exalte, se laisse entraîner par elles, ou les domine, ou les maîtrise : voilà leurs sources, leurs maux, leurs travers ; mais voilà aussi leur beau et leur sublime : la physiologie dira que les passions sont cérébrales ou viscérales j pour la philosophie, elles relèveront des plus funestes, comme des plus heureuses inspirations de la vanité, ou des sentimens.
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ARTICLE PREMIER
Passions de vauite , ou cérébrales.
Le cerveau n'est que vanité; il ne faut pas craindre de le redire : pour un peu de savoir, dont il a conscience, il s'est cru la plus belle œuvre du créateur: tout ce qui est^ tout ce qui l'entoure, doit obéir, doit se soumettre. Il a osé plus encore : il a mesuré Dieu à sa débile organisation ; et le jour où a été enfanté ce monstrueux délire (1) , la Divinité outragée
(i) Qui a persuadé à rhomme que ce braule admirable de la voùle céleste, que la lumière éternelle de ces flambeaux roulans si fièrement sur sa tète , que les mouvemens épouvantables de cette mer infinie, sont établis de siècle en siècle pour sa commodité et son service?... Pauvret ! qu'a-t-il en soi digne d'un tel avantage ? C'est par la vanité de celte même imagination, qu'i s'égale à Dieu , qu'il s'attribue des conditions divines , qu'il se trie et se sépare de la presse des autres créatures, taille la part aux animaux ses confrères et ses compagnons, et leur distribue telle portion de facultés que bon lui semble ! Moktaigke.
Les poux sont suffisans pour faire vaquer la dictature de Syllaj c'est déjeuner d'un petit ver, que le cœur et la vie d'un triomphant empereur ! Montaigme,
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n'a pas dit à ce globe, jaillis en éclats, vole en poussière , pour lui apprendre ce qu'il est , et ce que je suis. Voilà déjà la vanité l'homme s'attaquant à ce qu'elle ne peut comprendre^ et impatiente d'abaisser à son ignorance la majesté descieuxî que sera-ce donc^ quand elle va s'en prendre à ce qu'elle peut égaler ou dominer?
Dans l'état sauvage, la vanité tend à la force ou à l'adresse : le premier roi fut le plus fort; le second dut être le plus adroit; aujourd'hui ce devrait-êlre le plus intelligent; et de fait, c'est l'intelligence seule qui règne. Chez le sauvage , la vanité ne pouvait être qu'influence physique, celle de la force ; chez les peuples monarchiques, où on agit sur les hommes par le pouvoir, chez les nations constituées (i), chez nous, par exemple, c'est par
(i) c'est le noble privilège des gouvernemens consiitue's : l'hérédité, voilà la paix de tous ; mais au-dessous, viennent ceux qui administrent 5 et on ne peut plus dire où es-tu né? mais, peux-tu? voilà la république qui commence : ce sont désormais des hommes nouveaux qui monteront d'eux-mêmes , ceux qui vont venir sortiront de dessous terre. Aussi, a-t-ou vu, pour la première foiSj des hommes redouter d'éire ministres : le mélier est rude ; e»
l'intelligence qu'on gouverne ceux-mêmes qui îTOUvernent: elle seule fait les vrais administrans. Sous le despotime la vanité aspire donc au pouvoir; sous les constitutions, elle aspire de plus à l'influence intellectuelle, qui peut seule rester aux premiers rangs. Cette influence est la plus difficile de toutes : elle est personnelle, et, par miracle seul , héréditaire; elle ne peut se pajer en fausse monnaie : les honneurs , loin de la suppléer, ne l'élèvent davantage que pour mieux montrer sa force ou sa faiblesse : la vanilé est encore habile à se consoler de ses Iiumiliations en les exploitant à sa manière : les honneurs sont refuge de son impuissance ou moyens pour ses vues. Les auteurs qui ont traité comme passions, l'amour des richesses , des honneurs , les ambitions, Helvétius entre autres, ont pris
comme c'est un me'lier, ce n'est plus privile'ge î c'est par Fintelligence qu'il faut exceller, et par la morale pratique de l'intelligence. Les gouveinemens ainsi conslitue's sont les moins périssables. L'antiquité' n'a rien qui approche de tels gouvernemens. Sachons appuyer de toutes nos forces des institutions qui font chaque jour de nous un peuple tellement nouveau , que nous pouvons être modèle à ceux qui nous en ont servi.
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l'action pour le motif, l'effet pour la cause. Le motif est vanité ; les honneurs ne sont que moyens : si la vanité pouvait dominer par tout autre métal que par l'argent, elle s'en prendrait à ce métal ; et quand elle l'a pu par le fer, les peuples abrutis en ont long-tems porté la marque. Ses blessures produisent la jalousie, l'envie et toutes les lâchetés de sa colère ; ses satisfactions font Fégoïsme , l'orgueil , comme tous les délires de la domination et du despotisme.
Chez l'homme en démence , la vanité reste encore vanité ; dans notre tableau analytique des infirmités de l'intelligence;, on peut déjà reconnaître ses premières traces chez ceux doués encore de quelques fractions raisonnables ; même chez les imbécilles, on peut la voir déjà jalousie, emportement : les préférences les aigrissent ; le mot imbécilie, prononcé devant eux , les révolte : voilà une fraction intellectuelle , renfermant assez de vanité, pour faire une colère.
Chez les aliénés, la vanité apparaît toute nue et dans soîj grandiose burlesque. Les maisons de fous sont peuplées d'empereurs, de rois, de princes , de minisires , de reines, de prin-
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cesses, de saints, de saintes, de millionnaires, de philosophes , de poètes , d'éloqiiens orateurs. Là, vous rencontrez dans toutes leurs franchises le superbe dédain des hommes , le ton contempteur de la suffisance, les inspirations des prophètes, les extases des visionnaires , les protections hautaines de la supériorité ignorante. Vous en verrez qui d'un mouvement de doigt font voler les nuages et amassent à leur gré les tempêtes ; qui craignent en se remuant, de déranger l'équilibre du globe ; vous en verrez un qui se dit être le Christ : et lorsqu'on pense le confondre, par cette apostrophe si naturelle , si lu es ce que tu dis , ouvre ta porte, et sois libre : il vous répondra avec une fierté modeste , frustra tentabis Dominimi iuum ! lUn vain tu tenteras ton Seigneur!!! c^est le sublime de l'orgueil en délire. Quelles leçons? et que les grands de la terre feraient bien d'aller souvent dans ces asiles, se retremper aux infirmités delà vanité! là, elle règne en despote sur cette raison si fragile ; et en la voyant ainsi faire parade d'une nudité , qui n'est que hideuse, ils s'en retourneraient nîeiîleurs , au moins pour quelques heures.
Maintenant , homme pitoyable el vain , lèvetoi ! Lève-toi , homme sublime , dont la volonté peut faire clo cette vanité l'instrument des plus nobles passions! Tu veux dominer , tu dois dominer, si tu te sens au cœur: eh bien ! aspire aux nobles et généreuses vanités, qui deviennent alors grandeurs. 11 est une suprématie qu'on ne cherchera pas à te disputer^ et dans laquelle malheureusement tu rencontreras peu de rivaux. Par-dessus les pas sions ordinaires, il en est de généreuses, qui, à rebours des autres, sont semées de joies et de noblesses. Ose prétendre dominer tes semblables en générosité d'ame et de sentiment.
Si le sort qui t'a fait naître aux rangs élevés, si mieux encore , tu te sens fait pour y monter par toi seul , c'est la seule prééminence contre laquelle hommes et choses seront impuissans. Si; plus sage et mieux éclairé de toi-même , tu sais vivre dans la retraite , que tu écrives, que tu parles , que tu agisses, que tu sentes^ que tu aimes sur-tout, tu vivras d'une vie inconnue aux hommes j tu seras noble à toimême, et cette conscience fera ta force.
La vanité n'est qu'une infirmité, une fai-»
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blesse de cette noble faculté de la conscience. La conscience de soi-même , pleine, forte et entière, devient modeste et grande, en ce qu'elle regarde sans cesse au-dessus d'elle ; et sur la terre ^ il n'y a pas de mortel, tellement haut placé, qui n'ait toujours quelque chose au-dessus de lui. La conscience, faible, partielle et débile , devient arrogante et pitoyable, parce qu'elle regarde toujours audessous de sa pelitesse.
Du reste , les grandes passions ne sont faites que pour les hauteurs de l'intelligence, ou les suffisances de la vanité : l'homme ordinaire et simple ne les connaît pas : seulement, chez lui certains penchans , certaines aptitudes pourront devenir encore des sujets exclusifs, et absorber toute son intelligence. Je ne saurais appeler passions , ces goûts, ces aptitudes, quelque violens qu'ils se montrent: ainsi, il est des hommes, qui, suivantlelangage ordinaire , ont la passion de la musique , de la chasse , de certains animaux , de certains arts , de l'argent (l'avance, etc. ) : Tous les objets dans la nature peuvent devenir des goûts dominans, des penchans impérieux. Des rapports continuels que l'intelligence établit entre
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l'homme et rexlérieiir, il résulte prédilection pour certains de ces rapports: ces espèces de passions partielles ne se rencontrent que dans les hommes ordinaires, ou faiblement organisés ; elles font les caractères bizarres.
L'intelligence elle-même peut devenir noble et funeste passion : l'habitude de l'exercer, nécessite le besoin de l'exercer plus encore ; et comme de tous les organes , le cerveau est le plus docile aux coutumes, il contracte celle de penser : le sommeil lui-même n'échappe pas à ce besoin ; la nuit, les idées s'éveillent plus fortes €t plus lucides , et ne respectent pas même un sommeil nécessaire et réparateur. Cette excitation, à la fois meurtrière et féconde , sans laquelle il n'y a pas de génie , devient exaltation dans les grands sujets : elle est création sublime; un pas de plus, arrive le délire j souvent même il en reste pour la vie une espèce de monomanie : l'homme ne voit plus dans l'univers que le point sur lequel il s'est apesanti. Que les infirmités nous instruisent à être sobres de l'intelligence, pour la conserver saine et vigoureuse plus long-temps : apprendre, c'est cultiver son organe, le fortifier; produire, composer, c'est le fatiguer
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et l'affaiblir (i). Dans l'âge de la force ou de la maturité , lés perles de l'organe se réparent promptement, ou peuvent encore se réparer; mais au déclin , il n'est plus temps : ce qu'il
(i) L'homme qui pense est un animal déprat'é : Le génie de Eousseau est frappe' d'un travers presque constant, inhe'rent même à la susceptibilité' de son intelligence : peu d'hommes ont e'te mieux faits pour voir le but de plus loin ; mais lui, de gaieté' de cœur et du premier élan, saule toujours par-dessus; et une fois là , il ne veut plus faire un pas en arrière , il ne bouge plus , et tous ses moyens sont employe's à prouver qu'il est sur la vérité'. L'éloquence n'est plus alors chez lui que force de pensée , mais sans logique ; il est sophiste ; il lui a înanqué le courage nécessaire pour s'avouer à soi-même un excès de raison , pour revenir d'un premier pas trop grand , pour rétrograder devant soi-même j ce qui, du reste, est l'héroïsme du génie; car il faut s'immoler dans ce qui plaît le plus à soi et à la foule. L'homme qui pense n'est pas plus dépravé que l'homme qui respire, que l'homme qui digère. Rousseau le sait mieux que personne : lui-même sera le démenti de ses paroles; un autre jour, dans nn bon moment , il dira tout Je contraire ; il fera même un livre tout exprès pour apprendre à penser et à agir. Mais ici il a été trop loin. Le mot dépravé une fois lancé, il faut le soutenir, c'est un mot à effet; de plus, il faut le prouver: et le voilà s'animant j s'excilant, devenant éloquent en proportion des difficultés qu'il éprouve à avoir raison ; ses paroles ne sont pas d'accord avec son observation ; il voit que l'homme en pensant se fatigue , et c'est vrai • mais il se fatigue aussi à courir, et n'est pas dépravé pour courir. Rousseau part d'une observation juste , pour la fausser en so-
perd alors est perdu pour toujours. Il faut dans l'âge , savoir attendre ce qu'il veut donner, et quand cela lui plaît : vouloir le forcer^ c'est l'affaiblir inutilement ; il s'exalte et s'use vite,
phisme ; ce ne sera plus de la fatigue , ce sera de la de'pravation ; il verra mecliancele', là où il n'y a que douleur. Et comme les boudeurs tenaces, il n'en voudra plus démordre : d'une inspiration trop vive, il fera une affaire de conscience momentane'e ; le voilà cramponné à son ide'e , s'en prenant à tout ce qui lui tombe sous la main , à la civilisation , qui n'est pour rien dans l'affaire ; car le sauvage pense continuellement à manger, à chasser, à se faire un abri, etc. Le sopliisme n'est pas tenable j mais lui le soutiendra, le poursuivra, le fera tonner en sarcasmes e'iourdissans , parce qu'avec de la verve et de l'assurance on entraîne, on empêche la reflexion ; et voilà la foule à se pâmer d'admiration devant une absurdité'.
Il est peu d'endroits de Rousseau qui résistassent, pour le fonds, à l'analyse 5 excepté les morceaux où il est logicien, dans l'Emile , dans quelques lettres d'Héloïse ; alors il est vraiment éloquent ; mais sa politique , son contrat social , sont un tissu d'absurdités effrayantes ; quand il a raison , c'est Rousseau sublime. Logique et force font l'éloquence vraie : la force sans raisonnement, n'est que brillant sophisme. Et il a bien fait d'avoir le sentiment acre : il resterait peu de chose de lui; au lieu que l'écrivain unique, l'écrivain du sentiment subjugue et fait oublier le sophiste.
Tout est bien dans les mains fie fauteur des choses-^ tout dégénère dans les mains de l'hoinins. Toujours le même Rousseau ; et notez que c'est la première phrase d'un livre , dont tout le
à fortement penser : sachons profiter de bonne heure des bienfaits de l'intelligence^ puisque, comme les autres fonctions , et plus vite encore , elle doit un jour, elle doit bientôt s'affaiblir et décroître. Les penseurs périssent par le cerveau : c'est la noble fin de ceux , qui, par le génie, vivent immortels sur les débris des âges ; c'est la seule qui a des jaloux , des désireux , et qui compterait nombre de martyrs, si , pour la mériter , il suffisait de vouloir.
développement en sera la perpétuelle réfutation ; mais peu iraporte à Roussean : c'est de l'effet qu'il veut d'abord ; quelque^ pages plus loin, il dira le contraire , forcé de le faire par le sujet même : tout est instruction pour les êtres animes et sensibles , p. 65» Rousseau n'est qu'une perpétuelle contradiction avec ses boutades, dont son éloquence fait des apparences de vérités : c'est une vraie infirmité dans un tel génie : il n'a pas su gouverner le sien; ou je crois même qu'il ne l'a pas voulu : il a mis une vanité coupable à être sophiste. Mieux que personne il devait voir les deux bouts d'un livre, et sentir sa conscience d'écrivain.
ARTICLE U
Passions de sentimect ou viscérales.
Dans sa profonde sagesse , et dans des fins que l'homme peut comprendre encore , le créateur a voulu que chaque être s'aimât, afin d'aimer la vie : s'aimer , c'est vouloir vivre , et voilà la première de toutes les lois. L'amour de la vie est la source de toutes les autres affections. Comme la vanité, il a ses travers, ses infirmités , ses bassesses , ses grandeurs : toutes les autres manières d'aimer, ne sont que modifications de ce sentiment primitif. J'aurais presque honte à le désigner par le mot, amour de soi, dont Helvétius a fait si funeste abus, si, tel que je le conçois, tel que je vais l'exposer , il n'était la réfutation de la plus fausse , et il faut le dire, de la plus sale des doctrines.
C'est le cœur qui a le privilège de l'amour de vivre , et qui est chargé de faire aimer l'homme à lui-même : ce sentiment profond
€t involontaire , est la substance même du cœur: il la pénètre de joies ou de douleurs; il naît avec l'homme ; il est encore son dernier soupir , c'est l'adieu de la vie. Commun à tous les êtres vivans et organisés , il est plus fort chez les animaux que chez l'homme, <:hez les gens médiocres que dans les intelligences supérieures. Il devient plaisir ou peine, suivant les agensqui font bien ou mal à la vie : l'intelligence imprime à ce sentiment primitif toutes les modifications de ses travers ou de ses exaltations.
L'amour de soi est donc le gardien de Texis-' tence : au sortir du flanc maternel , c'est lui qui pousse vers le sein qui doit le nourrir l'enfant déjà savant à le trouver : le cerveau €st étrangère cette action; il n'est encore qu'une sérosité trouble, à peine coagulée : Si cet enfant va tomber , il étend déjà les bras au-devant de la chute ; ses jeux n'ont pu l'avertir; ils sont fermés à la lumière. Voilà l'amour de soi, l'instinct devenu intelligence , en attendant que le cerveau s'organise ; et dans les animaux cet instinct est plus merveilleux encore, et persiste toute leur vie. Lorsqu'au bout de quelques mois, l'organe inleî-
iecluel se forme et se constitue, les sens paraissent aussi, et reçoivent des impressions : voir et sourire, sont les premiers plaisirs, la première reconnaissance de l'enfant ; il va s'attacher de toutes ses forces (i) à celle qui le nourrit : c'est la leçon des mères. Ce sentiment pourra devenir passion funeste; on dirait la jalousie née avant l'intelligence. Après les premières années , il aimera autrement : il aimera avec fureur tous les mouvemens qui pourront le
^i) Il faut être Helvélius pour avoir dit : Que les eirfans nais' saiént avec la haine de leurs pàrens • ce qui est faux et monstrueux : Que ferena? était le' comble de la perfection humaine; a-!ors que de modèles de perfection dans les sots ! Que tintelligenoe dépendait de la conformation des mains ; oui , à peu près comme ma jambe dépend de la conformation de mon bras ! Qu'il 'n^y auait cjue f intérêt personnel ijui pût de'terminer les actions généreuses ; quand je vois un malheureux qui se noie, sans re'fle'chir ou même avec la certitude du danger, je me jette à l'eau pour le sauver : et c'est mon inle'rét que je consulte ! Insensé ! Comment nommeras-tu donc celui qui, du bord, le regardera tranquillement se noyer? Il n'y a pas assez de bouesur la terre pour enterrer une pareille philosophie. Les gale'riens qui raisonnent au théâtre de la Gaîté ont plus d'esprit; ils savent qu'ils seraient siffle's s'ils débitaient crûment leurs maximes. Helve'tius ne l'a pas été! au contraire !!! Qu'on juge les deux siècles! et encore ici, c'est le bas peuple qui juge I
l")ES PASSIONS. 18 l
développer, tous ies amusemens qui pourront émouvoir , exciter sa naissante intelligences- La petite fille idolâtre sapoupée : qu'elle grandisse un peu, elle va aimer Dieu avec ferveur, avec extase ; lui seul remplira son cœur pendant quelques années : à l'aurore comme au déclin , il faut aimer toujours , et le ciel est le premier comme le dernier refuge de l'espérance! Mais la voilà grande ; la voilà formée : elle rougit. Fille , pourquoi rougir , pourquoi pleurer? Dieu aurait-il manqué à son cœur? non , c'est son cœur qui commence à manquer à Dieu j son cœur cherche, bat, attend; chaque matin elle se dit : c'est peut-être aujourd'hui que je rencontrerai celui qui.... mais il n'en saura jamais rien.... Pauvre fille, que je t'aime ainsi.... Mais la voilà sans connaissance.... Tu veux donc mourir, mourir sans avoir vécu.... Et elle pleure; elle revient à elle.... ne dit rien.,.. Adieu donc celle que je voulais aimer... Et elle me regarde partir, pâje^ et sans rien dire encore,... Je reviendrai demain pour te maudire!.... Et la. rougeur ejst remontée à son frqnl , son cœur bal plus fort, un sourire.... oui, je lai vu... Femme,
iSa ANALYSE
sois à moi devant Dieu; désormais tu cs^ moitié de moi-même.
Il est si vrai que l'amour , du moins tel qu'on l'entend dans le sens ordinaire , ne peut être qu'une modification de l'amour de soi^r que dans le règne animal et dans les classes où les deux sexes sont réunis chez un seul être , il ne fait qu'un avec ce sentiment» Etonnez-vous alors qu'il y ait des sympathies, des attractions indéfinissables ; qu'il y ait un être qui, au premier abord, vous entre au eœur, et y reste jusqu'à sa dernière contraction, puisque la nature a voulu qu'il y eût , quelque part^ la moitié de vous-même; sachez l'attendre , la trouver, et cachez-vous alors, vous feriez trop de jaloux. Sans doute cet amour ordinaire renferme une fin prévoyante qui perpétue l'homme : et ce n'esfc pas une des moindres sagesses d'en haut, que* d'avoir su faire du plaisir une vivante éternité. Les sens exaltent l'amour, comme l'amour exalte les jouissances physiques. Mais dire qu'il se réduit à ce seul point est langage stupide; par-delà cet amour, il en est àxt meilleurs.
DES PASSIONS. l83
Prenant pour une décision de toute votre vie l'effet d'une émotion légère^ d'un trouble passager, vous voilà unie à celui que vous aurez choisi : un gage de votre hymen vient encore cimenter vos liens. Cependant , dès les premiers jours, vous vous êtes sentie glacée : l'homme de voire choix est une erreur t il ne sait, il ne pourra jamais vous comprendre; l'illusion est délruile , mais le devoir reste : vous acceptez une vie résignée; vous vivrez soumise à des devoirs qui vous tiendront lieu de bonheur...*..
Un jour vous rencontrerez un homme, que vous croyez reconnaître , tant son abord vous attire : il parle , sa voix retentit douce et ferme à votre cœur; ses gestes , son maintien vous plaisent ; il parle encore ; vous reconnaissez de ces clartés d'intelligence, de ces élans d'âme, qui voys pénètrent : son âme a fait vibrer la vôtre : heureuse celle qui l'aura : telle sera votre pensée. Et lui vous devine, vous sent penser, vous étespasséeen lui.Vousvoulezqu'il vous distingue aussi; vous parlez, émue, excitée ; vos paroles, voire accent, votre silence , il neles oubliera jamais : il dira, voilà la femme selon moi. 11 saura bien vous retrouver, vous
retrouver seule, vous apprendre ce que vous, savez déjà... , il sera d'autant plus passionné , qu'il se verra écouté avec plaisir ; vos devoirs, VUS engagemens rien ne l'arrêtera. Vous serez troublée, mais enfin vous lui direz avec calme : je vous avoue que je vous aurais aimé ; je vous l'avoue , parce que je n'en veux rien faire : mes devoirs sont ma seule satisfaclion^ mon seul avenir... je saurai les remplir... Croyez pourtant que j'aurais été heureuse et fi^ère d'être votre compagne.... Le voilà plus épris que jamài* : Ah I si les femmes voulaient î ce n'est plus une passion, c'est le rêve de chaque instant; il vous obsède , vous poursuit, vous fatigue... Et tou^ jours la même réponse... Enfin, désespéré , il
vous dira , soyons amis au moins vous lui
tendrez la main.. Sois, mon ami, je le veux ; mais écoule , si je te cède , tu p'auras perdue pour toujours : je te devine , il y a un homme en toi : tu n'as été jusqu'à présent que léger, vain, présomptueux, extra vaganlj lu as menti à ta destinée. Ami, réveille-loi : le siècle t'appelle ; tes succès feront mon bonheur : c'est de loi seul que j'en attends sur la terre : augmente mes regrets j ils sont amour , amour !«>
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plus pur ; dans un aulre monde , je serai toute à toi... jeté récompenserai... jusque là, songe que je te vois, que je t'entends...
Et une vie nouvelle s'est déroulée devant lui; le voilà tout autre; d'insensé, le voilà devenu penseur; il écrit ^ ses idées grandissent; chaque trait heureux est hommage à celle qu'il aime; elle est l'âme invisible de tout ce qu'il pense ; elle l'exalte , le fait monter aux pensées grandes et généreuses... Et l'on applaudit, sans savoir que l'on doit plus d'un homme à l'amour qu'il faut appeler sublime : ce n'est pas un roman, c'est une histoire que j'ai racontée.
L'amour de soi devient encore amour maternel : les enfans ne sont que des fractions de nous-mêmes, vivant hors de nous. Comme la vie nutritive est plus énergique chez les animaux ; ce sentiment sera aussi chez eux plus exalté ; il sera furieux et forcené : cette observation détruit tous lessophismes de Rousseau, qui s'en est pris à la civilisation de ce qui est le résultat de l'organisation même. Sans doute , la lionne ne laisse pas élever ses petits par une aulre lionne; malheur et mort à ce toulqui approclie de trop près 1
Cherchez à enlever à une poule un de ses
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pelils ; elle va se jeter sur vous , qui , du pied ^ pouvez l'écraser : mais vous n'en ferez rien. Spectacle admirable!! c'est la poule qui vous fait fuir. Dans le dévoûment sublime de ce faible animal , l'homme recormaît ce qu'il porte au cœur ; il le reconnaît , le respecte et se retire.
Comme l'instinct , l'amour maternel est plus fort chez les animaux que chez l'homme; il n'est pas distrait par l'intelligence. Hâlonsnous de dire aussi qu'il est privé de ses bienfaits, et qu'il n'est, chez eux, qu'instinct furieux; aussi finit-il avec leur faiblesse ; et les petits du tigre deviennent tigres contre leur mère; telle est leur reconnaissance.
Le sentiment qui nous fait aimer dans nos enfans, peut s'élever et s'épurer aux plus généreuses inspirations, en nous faisant aimer dans nos semblables : il devient aisément humanité, dévouement, philanthropie, vertus bien moins rares qu'on ne pense, en ce qu'elles n'aiment pas souvent à se donner en spectacle. L'amour de la patrie, de la liberté, n'est dans l'homme que cette conscience profonde de sa vie, s^aimant et se préférant dans ses semblables. C'est par le sentiment intime de tout
ce qui doit assurer et ennoblir son existence, qu'il se dévoue à l'existence des autres^ la préfère à la sienne et donne ainsi à la terre les exemples les mieux faits pour la former et l'émouvoir. Le dévouement le plus sublime est d'abord victoire sur soi-même, et c'est ce qui en fait toute la grandeur.
La vanité vient se mêler à tontes ces manières d'aimer, comme celles-ci doivent à leur tour modifier la vanité par leurs plaisirs ou leurs douleurs.
Vanité et amour, tels sont les deux grands, les deux seuls mobiles des passions humaines : il n'en est aucune, dont l'analjse ne retrouve la source primitive à Tune de ces deux causes ^ bien souvent à toutes deux à la fois. La jalousie, l'envie, la haine, la colère, la peur^ la vengeance , toutes les exaltations enfin , viles ou nobles, ne sont que des modifications de ces deux sentimens primitifs, dans ce qui blesse ou flatte la vanité ou la vie. Celte vérité ne saurait être développe'e ici : il suffit de l'indiquer, pour ne pas retarder notre marche; seulement, pour en citer un exemple, analysons la jalousie.
ARTICLE llî.
Passions ceiebraks et viscérales dans leur influence mulucllt Exemple. — La jalousie.
La jalousie est la faiblesse de la nature hiiinainej peut-être n'est-elle pas inconnue même aux animaux ; et lorsque mon chien^ en voyant un chien étranger s'approcher de moi ou recevoir quelques caresses , se jette furieux sur lui, je voudrais pouvoir appeler autrement la cause d'une telle action.
Il y a deux jalousies ; l'une de vanité , cérébrale, l'autre d'amour de soi, viscérale : ces^ deux jalousies peuvent exister isolées , ouréunies.
Jalousie de vanité.
La vanité veut dominer dans les choses les. plus grandes comme les plus petites, les plus graves comme les plus frivoles : mais à chaque instant, elle est forcée de reconnaître son impuissance et de se l'avouer à elle-même : elle
s'aigrit, s'irrite, et sur-tout ne veut pas être devinée : la voilà devenant jalousie^ rivalité;, envie , vengeance , dissimulation. Si elle a la force de surmonter sa faiblesse, de vaincre son humiliation, elle peut devenir noblesse, 3 e remercie les Dieux qull y ait dans la république des hommes qui vaillent mieux que moi-, disait avec une vertu courageuse ce Spartiate éconduit dans sa demande. Rivaux, voilà votre modèle.
Jalousie de cœur, d'amour de soi.
Le cœur a des jalousies plus pénibles et plus cruelles, en ce qu'elles tiennent à la racine de la vie : c'est sur-tout dans ce que nous 'aimons que ce sentiment est déchirant; il s'annonce au cœur en élancemens aigus , en affreuses étreintes : dans l'amour ordinaire , que les soupçons jaloux soient fondés ou non, la douleur primitive est profonde au cœur ; il semble qu'on lui arrache quelque portion de lui-même.
L'amour maternel a aussi sa jalousie ; et c'est avec un sentiment dont le premier trait est une piqûre , qu'une mère voit son enfant prodiguer ses caresses à autrui.
ÎQO ANALYSE
L'amour de soi, l'amour-propre n'est qu'une jalousie perpétuelle et vivante : il n'y a pas un geste , pas une pensée dans l'homme ^ qui ne soit son expression.
Voulez-vous observer les complications de ces divers sentimens? dans la jalousie par amour, outre la douleur trop réelle du cœur, la vanité, par sa blessure, vient ajouter à ce sentiment déjà si pénible : la vanité est humiliée de supposer quelque supériorité physique ou morale dans celui qu'elle soupçonne : on ne peut être jaloux que de ce qui vaut mieux que soi : autrement , c'est démence : les douleurs physiques du cœur doublent la vivacité de cette jalousie cérébrale, qui, à son tour, par rintelligence renvoie au cœur une souffrance non moins profonde, en changeant tous les souvenirs en supplices , et se créant d'ingénieuses tortures. Voilà ces deux jalousies «'exaltant mutuellement , devenant aisément fureur, extravagance , vengeance cruelle : les voilà , descendant aux dernières bassesses , ou aux crimes les plus lâches. Mais , noble privilège de la volonté, elles peuvent, elles doivent se relever généreuses , du premier coup de douleur, rétrogader devant le pre-
DES PASSIOWS. IQl
mier pas de colère : car , chez tous, le premier mouvement sera violence : il deviendra délire et lâcheté chez l'homme faible ; chez celui qui saura vouloir , il sera réflexion , jugement , dignité : il saura agir en contre -sens de sa douleur, la soumettre , et se venger en pardonnant. Ou la femme qui Fa blessé ne comprendra pas ce qu'il fait, et alors elle ne vaut ni regrets , ni souvenir : ou elle saura se juger, se comparer ; vous êtes assez sengé : le repentir est la vertu des mortels.
Il n'est pas de passions si basses, si abjectes qu'elles soient, dont le contre-sens ne puisse devenir , par la volonté , élévation et générosité : le difficile est de vouloir : c'est une éducation comme une autre; c'est une de ces nobles habitudes auxquelles il faut se façonner de bonne heure : elle fait de la vie une vie nouvelle. Ce n'est pas pour en mésuser que la volonté et la conscience ont été données à l'homme. Il faut plaindre ceux qui ne connaissent pas tout ce qu'elles renferment de joies pures et de satisfactions élevées.
Qu'on analvse toutes les passions les unes après les autres , ainsi que nous venons de le faire pour la jalousie , et l'on verra que
leurs causes, leur origine, leurs complications, produisent toujours des effets , des résultats, des conséquences analogues : on retrouvera toujours à leur principe , vanité ou amour ^ et bien souvent vanité et amour ensemble. Mais, il faut sur-tout que l'homme apprenne que c'est sa volonté seule qui fait ses vices comme ses vertus ; qu'il dépend de lui d'être noble et généreux, ou vil et lâche; qu'il est le maître de vouloir; que c'est là son plus beau droit ; et que toutes les obligations divines et humaines lui font une nécessité de ne jamais manquer aux inspirations de sa conscience, de ce sentiment profond et sans cesse avertissant , dont il est temps d'analyser les obscures et positives merveilles.