CHAPITRE X
Analyse de la conscience.
« Apprends à te sentir , pour le mieux » comparer , a dit la Divinité en donnant à ); l'homme la conscience ^ le sentiment intime w de tout son être : sens tout ce que tu es , 3) tout ce que tu dois être envers tes semblables >> comme envers toi-même : sache aussi par » ce sentiment t'élever à quelques-unes des » majestés qui sont au-delà de toi, et qui » doivent t'en faire pressentir de plus ma-
ig4 ANALYSE
» gnifiques encore : apprends Ion sublime » comme ta misère : c'est là que j'ai voulu » que finît ton intelligence ; et encore cette w savante ignorance ne sera la force que de )) quelques privilégiés ! »
Les idéalistes n'ont voulu voir cette conscience que dans ses plus hauts attributs : prosternés devant cette faculté merveilleuse , ils l'ont dite échapper à toute analyse, et l'ont faite presque divine pour s'éviter la peine de l'approfondir : incapables de pénétrer dans l'organisme humain, ils n'ont pu reconnaître, que, dans l'homme, ce sentiment de lui-même réside aux deux centres les plus nobles de la vie, au cœur comme au cerveau^ et jaillit de ces deux fojers obscurs en conséquences morales bien différentes ; ils n'ont pas vu enfin que ces deux consciences n'étaient qu'une fonction humaine, sujette, comme tout ce qui est nous , à nos vicissitudes de force et de faiblesse , de raison et de délire.
Loin , bien loin l'idée de ne jamais avilir le peu de dignité que l'homme porte en lui : c'est déjà bien assez d'avoir été forcé de traîner le spiritualisme à travers les infirmités et la mort, qui vont le garder avec elles dans
DE Lxl CONSCIENCE. 1 QD
leurs misères et dans la tombe : il est grand temps que l'espèce humaine , si lâchement mutilée par les systèmes du dernier siècle se redresse noble et vigoureuse ; mais il ne faut pas non plus qu'elle se relève follement vaniteuse d'elle-même : etlesspiritualistes l'avaient faite ridicule et coupable à force d'orgueil , comme leurs adversaires l'avaient voulu faire stupide à force de rabaissement. Etonnonsnous donc, qu'entre leurs extrêmes , les mieux disposés à croire soient restés, désespérant d'eux-mêmes^ en se voyant ainsi ballottés sans cesse de l'absurde au néant, et du néant à l'absurde.
Essayons au moins d'être plus heureux ; essayons de donner plus de confiance à notre propre dignité , en l'instruisant par ces deux sentimens de conscience , à devenir forte de ses faiblesses, et humble de quelque grandeur.
Pour analyser les passions, il a fallu remonter aux deux ressources primitives dont elles découlent, le cerveau et le cœur, ou l'intelligence et les sentimens.
Fidèles à cette distinction que personne n'a encore osé appliquer à la conscience, et aux
lô.
pratiques de cette conscience, c'est-à-dire;, à la morale^ à la religion , à la politique, nous n'allons plus craindre de la poursuivre dans toutes les révélations auxquelles elle pourra nous initier.
L'organe intelligent , le cerveau , sent qu'il est intelligent : il a la conscience de toutes ses facultés.
Le cœur, l'organe des sentimens, sent(\\\ï\ est sensible : il a la conscience des joies, et des peines qui le pénètrent.
De là, deux consciences dans l'homme :
l'une d'intelligence, résidant au cerveau, conscience des sensations; l'autre, inhérente au cœur , conscience des sentimens , instinct profond de morale que chacun porte avec soi et met en pratique .à chaque instant sans le savoir; conscience bien différente en cela des incertitudes de la conscience cérébrale, qui ne peut rien sans éducation.
Si cette application des lois organiques aux spéculations les plus élevées nous montre plus tard le fond d'homme sur lequel reposent des vérités divines, si, lorsque arrivés par cette voie à l'analyse de la morale évangélique , nous venons à découvrir sa sagesse profon-
DE LA CONSCIEWC. IQJ
dément cachée aux replis cle l'orgar-isation ; si c'est alors la main de Dieu même que nous rencontrons dans les entrailles humaines, ah ! sans doute , il faudra tressaillir d'une sainte terreur; mais tout tremblans encore, osons nous en saisir dans une respectueuse crainte^ pour monter avec celte aide inespérée à quelques-unes des vérités éternelles.
ARTICLE PREMIER
Conscience du cœqr.
Je commence par la conscience la moins connue, par celle dont le cœur est le sanctuaire ; et ici les mots n'ont pas de sens figuré : je veux dire, et je dis que le cœur, organe d'apparence musculaire , a la conscience physique de lui-même ; que dans l'influence des agens qui lui font bien ou mal, outre le plaisir ou la souffrance qu'il éprouve, il sent encore, il a la conscience de l'impression agréable ou pénible; de plus, il conserve long-tems le souvenir physique du sentiment
jgS ANALYSE
de bien ou de mal dont il a été pénétré. Analysez une douleur profonde, celle, par exemple j produite par la perte d'un objet chéri : outre la souffrance réelle du cœur, outre ce déchirement qu'il éprouve, comme si un instrument meurtrier pénétrait dans sa substance , il sent la présence, il conserve la permanence de cette douleur : celte conscience physique de ce qui lui fait tant de mal , envoie à la conscience du cerveau , à l'in lelligence entière, la tristesse , le désespoir , qui sont souffrances organiques au cœur. Plus l'intelligence sera capable de comprendre toute l'étendue de la perte qu'elle vient de faire , plus elle renverra à son tour d'émotions douloureuses au cœur • les souvenirs du cerveau descendront peines cruelles au cœur; viendront les larmes, qui sont l'expression de la douleur interne, le résultat de la réflexion cérébrale, un hommage à celte perte, une consolation de l'intelligence au sentiment^ un soulagement, une participation à sa douleur.
Analysez de même les émotions qui agissent en plaisirs , en joies, sur le cœur, et vous verrez que ses perceptions ne sont pas moins vives, et que la conscience du bonheur n'y est
pas moins profonde. Apprenez que cet objet aimé^ que vous regrettiez d'une amère douleur, va vous être rendu. C'est toujours par l'intermédiaire de l'entendement que cette connaissance doit arriver au cœur; il éprouvera un sentiment de joie pénétrante^ d'épanouissement organique, une joie physique^ qui, accélère ses mouvemens et ranime son énergie ; la conscience de ce bien-être y sera permanente, et;, réagissant sur l'intelligence, elle s'exprimera par tous les signes de la joie extérieure.
Et vovez comme cette conscience de cœur, cette conscience organique était nécessaire, et quelles conséquences elle renferme : c'est elle qui, à notre insu, est le fondement le plus solide de la morale ; c'est elle qui enseigne à l'homme ses devoirs envers ses semblables , et les lui crie encore à travers le tumulte des passions , des faiblesses ou des perversités de l'intelligence. Analysez ce que les moralistes appelent le bien et le mal, le juste et l'injuste. Si vous voyez frapper un faible par un plus fort, décomposez toutes les émotions que vous allez ressentir : à l'instant vous vous sentez blessé au cœur ; votre douleur est égale à.
celle que doit éprouver le plus faible ; vous voilà mutilé dans votre vie; vous volez à son secours. Savez-vous pourquoi ? c'est que votre cœur d'abord a été meurtri des coups dont était frappé le plus faible; par cette douleur physique vous avez été mis à sa place : à votre tour, dans un cas semblable, vous voudriez être secouru contre un agresseur plus fort. En un instant, il vient de se succéder en vous une rapidité d'émotions , de sentimens , d'idées^ d'actions, si prompts que vous ne pouvez vous en rendre compte. Vous avez agi avant de savoir pourquoi vous agissiez. Si, maintenant, l'intelligence vous apprend que le frappé est innocent , qu'il n'y a que caprice et brutalité de la part de l'aggresseur, voilà l'intelligence exaltant votre peine de cœur , qui réagit , CO' 1ère, indignation, fureur généreuse : voilà vos forces doublées, triplées, affrontant des dangers réels pour un être que vous ne connaissez même pas ! n'admirez-vous pas dans cette succession de mouvemens , dont le primitif mobile a été votre douleur organique du cœur , les pures et nobles conséquences de cette prévoyance si sage , que vous avez reconnue amour du vivre dans l'analyse des passions?
Si VOUS voyez uii semblable souffrir dans sa vie, voilà la vôtre qui souffre à l'instact. Yoilà cette conscience du cœur faisant, du plaisir ou de la douleur , une vertu envers les autrCvS ; par elle vous êtes physiquement forcé d'être bon et juste envers vos semblables , parce que vous ne pouvez être mauvais ou injuste envers eux sans blesser votre vie : bien plus, voilà le sentiment du juste ou de l'injuste devenu pour vous , même dans les autres , un besoin physique^ une nécessité vitale, un instinct impérieux, involontaire, aussi nécessaire à vousmême qu'aux autres : vous voilà par cette conscience du cœur dans la nécessité non-seulement de ne faire , mais encore de ne voir faire que ce que vous voudriez qu'il fût fait à vous-même ? entendez- vous de loin cette parole évangélique , devant laquelle il nous faudra comparaître? l'entendez-vous s'adresser à la conscience du cœur , à la conscience organique , bien certaine d'être comprise par tous, même ^a.r les pauvres d'esprit, au lieu que votre idéalisme ne s'adresse qu'à la conscience intellectuelle, et n'est compris par personne ? la voyez- vous cette parole divine, avec la conscience des senlimens subjuguer l'uni-
vers, parce qu'elle parle à une des premières V nécessités de la vie ; au lieu que votre vaporeux spiritualisme , en s'adressant à l'intelligence , ne pouvait faire que des extravagans ? Mais n'anticipons pas davantage : il suffit d'indiquer déjà , comme toutes les vérités humaines se rattachent aux vérités divines , quand on s'avance avec méthode à leur recherche , et comme ainsi on peut retrouver Dieu dans l'homme. Yoilà cette conscience du cœur qui va bientôt être morale , religion ; et toutes ces vérités se dérouleront d'elles-mêmes, positives, grandes, et fortes d'une certitude qui rendra leurs bienfaits plus faciles et plus précieux.
Ainsi, vous souffrez de la souffrance d'autrui, vous jouissez de ses jouissances^ c'est là votre premier instinct, votre première émotion ; et ce généreux élan sera plus fort que l'intelligence, dont la vanité se fait presque toujours plaisir ou chagrin , du mal ou du bien d'autrui : telle est la conséquence forcée du sentiment conservateur qui fait aimer la vie. Disons encore que ce sont les émotions les plus fortes de la conscience du cœur, qui remuent le plus profondément et qu'on court chercher
DE LA CONSCIENCE. 2o3
aux spectacies : par elles, on est involontairement mis à la place du personnage : l'intelligence n'est que l'interprète nécessaire de ce sentiment profond. La voix qui s'élève monte du cœur en joies ou en peines physiques , et le cœur a le privilège de conserver l'impression douce ou cruelle , long-temps après qu'elle est passée : il a donc aussi une mémoire organique comme le cerveau ; il se souvient physiquement d'avoir souffert, d'avoir été heureux , par la faculté qu'il a de souffrir et de jouir encore après la souffrance ou le bonheur :• ce sont ces obscurs souvenirs de cœur^ qui envoient sans cesse à l'intelligence , toutes ces émotions de langueur, de tristesse, dont la douleur a tant de charmes , et qu'elle est si ingénieuse à exhaler en tristes pensées : la prose, la poésie, la musique ne durent être que la primitive expression de ce sentiment , qui arrive sensation à l'intelligence et la pénètre d'obscures et permanentes émotions. En disant que les grandes pensées viennent du cœur , Vauvenargues a exprimé une vérité , dont on reconnaît toute la profondeur en l'analysant. Dans les élans du cœur , dans ses joies, dans ses souffrances , les sensatiotîs vont
2o4. ANALYSE
retentir grandes et sonores à l'iiitellig'ence , qui, lorsqu'elle peut, en fait de l'éloquence en les exprimant par des mois conformes à ces sensations. Pour être éloquent il ne suffit pas de sentir -, il faut encore que les paroles répondent aux sentimens : et dans l'impuissance des paroles, les ac lions pourront encore les suppléer : les grandes actions sont aussi l'éloquence du cœur.
Ici^ commence l'action de l'intelligence sur les sentimensrelle en reçoit ses plus généreuses inspirations , comme les sentimens lui sont redevables de leurs élans les plus vifs. Pourquoi ne resle-t-elle pas toujours soumise au cri de la conscience du cœur ? Pourquoi avec ce guide infaillible sait-elle monter aux plus sublimes essors, et dès qu'elle le quitte^ se laisse- t-elle tomber à des indignités? D'où vient cet heureux privilège de la conscience du cœur sur la conscience du cerveau ? c'est que la première est une nécessité de la vie , au lieu que la seconde n'est qu'un luxe, qu'une libéralité de la providence^ et l'homme a le pouvoir de faire de tout ce qui est luxe , bassesse ou grandeur ; au lieu que ce qui est nécessaire à sa vie^ est indépendant de sa vo-
lonté. Aussi allons-nous voir cette conscience intellectuelle être faible , malade , perverse , ou s'exercer en nobles attributions , pendant qiie la conscience du cœur reste toujours saine, pure, et ne s'éteint qu'avec la vie.
ARTICLE IL
Conscience cérébrale.
L'homme sent qu'il est intelligent : il a donc la conscience de son intelli£rence. Cette conscience est vanité, sottise, ou élévation : par elle il devient sot ou sublime , suivant qu'il se compare avec ce qu'il peut ou ne peut pas comprendre. En sentant tout ce qui lui manque d'intelligence devant cet infini dont il ne peut approcher que les bords, il devient, malgré lui, modeste et religieux; voilà la conscience cétébrale pouvant s^élever par la comparaison aux plus hautes idées : mais une telle comparaison n'est le privilège que de bien peu d'hommes ; elle veut l'instruction , et même la force du génie.
2o6 ANALYSE
Dans ses rapports avec les autres facultés intellectuelles , la conscience cérébrale devient cause des nobles élans comme des funestes écarts de la raison.
Observez tout ce qui se passe dans votre cerveau , quand vous pensez , et sur-tout quand vous écrivez. Si vous n'aviez pas la faculté de vous sentir penser , si vous n'aviez pas la conscience de votre intelligence, il vous serait impossible de corriger, de modifier vos idées. Votre volonté , qui est alors mise en action par la conscience^ ne pourrait pas être stimulée, et refaire le trop faible, ou le trop fort d'une première inspiration. C'est parce que vous vous sentez penser, que votre volonté peut srouverner vos idées : voilà la conscience cérébrale dans ses plus nobles fonctions : Bossuet, Racine , Fénélon , sont de grands exemples de cette vérité : ils sont presque toujours égaux à eux-mêmes, parce qu'ils ont su modifier à leur gré leurs pensées, et les mettre d'accord avec leurs sentimens : voilà chez de tels génies la conscience cérébrale réagissant su r les idées, les travaillant , les retournant , jusqu'à ce que leur expression fût en harmonie avec ce qu'ils voulaient dire : aussi^ quand ils ont voulu, ils
ont eu le stjle de chaque sujet : eux pouvaient redescendre ^ quand les autres ne peuvent même pas monter. Corneille n'a eu que des convulsions de g-énie : elles sont rares , forcenées , sublimes, et suivies d'un épuisement forcé : chez lui , la conscience cérébrale a manqué à une telle intelligence : après ses élans, il se fût tu , s'il se fûtmieux senti. Bossuet s'est élevé au- dessus de l'humanité par la plus grande force de pensée qu'homme ait jamais eue : c'est le seul capable de soutenir long-temps une course si haute, et quand il retombe^ il a encore l'air de le vouloir.
On voit que la conscience cérébrale fait le génie dans les grandes intelligences, en excitant la volonté , et la fixant sur les sensations qu'elle veut exprimer : un tel privilège est aussi rare qu'imposant : elle fait encore la vraie modestie. Je n'appelle pas modestie cette hypocrisie de convention entfe les auteurs , qui seraient désolés d'être pris au mot : j'appelle modestie ce juste sentiment de ce que l'on "vaut devant tout ce qu'on ne vaut pas ; j'appelle modestes Pascal, Newton , Francklin , Fénelon , petites gens, qui voyaient sans cesse ce qui leur manquait, au lieu que
2o8 . ANALYSE
nos grands hommes ne voient que le peu qu'ils ont.
Plus on sent qu'on a d'intelligence , plus ou éprouve le besoin d'en avoir. Les gens ordinaires sont plus heureux : ils sont toujours sûrs et enivrés d'eux-mêmes ; le premier jet | est toujours trait de génie : chez eux la conscience cérébrale ne sert qu'à faire de la vanité intellectuelle : cette vanité en pratique est sottise , et en théorie orgueil , amour-propre insensé. Elle cause presque toutes les passions humaines et les plus déplorables maladies de l'intelligence.
J'ai dit que l'on pourrait classer toutes les infirmités de l'esprit d'après la conscience. Il est temps d'exposer cette classification, qui sera la meilleure analyse de cette faculté.
ARTICLE liï.
Classificalion des désordres intellectuels , conside're's dans leurs rapports avec la conscience cere'brale.
En observant de près les aliénés, nous avons pu reconnaître j qu'ils jouissent plus ou moins
DE Li. CONSCIENCE. 200
librement decette consdence. Les mis sentent qu'ils déraisonnent, s'en affligent, se plaignent sans cesse de se sentir devenir stupides ; les autres puisent dans la conscience même de leur exaltation intellectuelle une vanité de plus : ils font orgueil de leur délire , et s y complaisent fièrement; d'autres enfin n'ont plus le pouvoir de sentir s'ils sont ou non intelligens.
Avant d'aller plus loin, signalons la supériorité de la conscience du cœur sur la conscience du cerveau , en la voyant toujours rester debout au milieu des débris de l'intelligence : les aliénés, et même certains idiots sont profondément sensibles aux bons procédés ; ils ont le sentiment du juste et de l'injuste peut-être plus vif que l'homnie raisonnable ; s'ils sont maltraités injustement, si un aliéné frappe un autre aliéné, s'il veut nuire à ceux qui le soignent, ils savent bien se plaindre^ secourir le plus faible^ apostropher Faggresseur j en faire justice. N'est-ce pas admirable qu'à travers toutes ses espèces de délires , l'homme ne puisse , malgré lui , abdiquer entièrement sa noble destinée? Quelle a été profonde cette sagesse divirie qui a fiiitrepo^
ser sa morale sur un tel senliment , ou pour mieux tlire^ qui a donné cette conscience du cœur à l'homme, afin qu'au milieu de ses plus grandes abjections , on reconnût encore la trace de sa native grandeur !
Le cerveau sent toutes les facultés dont il est doué : cette conscience serait impuissante si elle n*était pas servie par la volonté.
La volonté exécutant avec justesse ce que sent la conscience, faitla raison : la raison n'est que la lutte continuelle de la volonté contre le désordre des sensations. Plusl'hommeest fortement organisé, plus les sensations devenues idées se pressent, se mêlent, se confondent en un cahos continuel dans sa téie : qu'il exprime toutes les idées telles qu'elles sont dans son cerveau, il sera extravagant^ aliéné ; mais s'il sait choisir parmi toutes ces idées celles pro- ^ près à ce qu'il veut exprimer^ s'il peut les rendre d'une manière conforme à ce qu'il éprouve, le voilà raisonnable : il faut donc qu'il choisisse ses idées , qu'il rejette toutes celles qui sont étrangères à ce qu'il veut dire y qu'il les exprime telles qu'il les a senties justes j voilà la conscience faisant exécuter par la volonté ce qu'elle sent : la volonté est une
tension , un effort conlinn , que l'habiluJe rend insensible pour nous , et par cela même plus difficile à observer. Mais l'analjse par la décomposilion intellectuelle, finit par arriver aux trois grandes facultés primitives , sensations, conscience et volonté. La volonté fait la raison exprimée par les paroles, les gestes ou l'écriture , comme la conscience fait, la raison sentie.
Outre la faculté de vouloir, vous avez la faculté de reconnaître, de sentir si vos idées sont d'accord entre elles, et de les modifier ; c'est le privilège de la conscience cérébrale : pour que voire volonté exécute, il faut que la conscience cérébrale la guide : sans quoi la volonté exécuterait trop , ou trop peu : de même , sans la volonté, la conscience ne pourrait que sen tir, sans rien exprimer, et encore moins exécuter ; voilà donc ces deux facultés, conscience et volonté , dans une étroite et mutuelle dépendance : leur accord est raison : les sensations sont leur aliment.
La conscience fait donc exécuter à la volonté ce qu'elle sent convenable ; Condiliac appelle cela jugement : ce n'est pas juger ; c'est sentir
une différence ; même pour juger, il faul sentir qu'on e5t capable de ju^er ; c'est encore un effet delà conscience. Le jugement n^est pas une facullé , mais un r^^sullat éloigné et secondaire.
La conscience cérébrale est continuellement en rapport avec les sensations qui l'excitent^ avec la volonté qui exécute ; le défaut de justesse entre la conscience et les sensations, entre la conscience et la volonté. Tait presque toutes lès folies : en remontant à leur origine , on les voit procéder, presque toutes, soit du défaut de liaison entre les sensations et la conscience^ soit du désaccord de la conscience avec la volonté.
Pour rendre nos idées plus claires et les mieux faire comprendre par des exemples, prenons, pour sujet d'analyse , un des faits déjà cités ( page 83 ). Dans cette observation , l'aliénée est livrée aux extravagances d'une manie furieuse : ses discours sont incohérens ; son délire s'adresse à toute espèce de sujets ; les questions ne peuvent fixer un instant son attention.
Voilà la volonté disparue , et impuissante à lier et à contenir un tumulte d'idées étranges
DE LÀ COiNSClENCt:. fi 1 0
<Bt rompues. L'aliénée peut à peine suffire à les exprimer telles qu'elles sont dans son cerveau , sans liaison , sans rapport avec son état présent: si celte femme se taisait, elle serait déjà moins aliénée; si elle n'exprimait que les sensations conformes à son état , elle serait raisonnable. De plus, elle ne sent même pas qu'elle déraisonne : les questions ne peuvent pas la réveiller de son délire. Ce n'est pas qu'elle n'entende ou ne comprenne ce qu'on lui dit : mais pour répondre, il faudrait un peu d'attention ; pour répondre juste ^ il faudrait vouloir; et elle ne peut pas vouloir, parce qu'elle ne se sent pas délirer : il faudrait qu'elle eût conscience de son égarement. Son intelligence , libre des avertissemens de la conscience cérébrale, est dans une telle rotation, que toute question , comme toute cause extérieure, se joint au mouvement , et ne fait que l'accélérer : pour que cette femme devînt raisonnable , il serait nécessaire que d'abord elle se sentît exlravaguer , et qu'ensuite ce sentiment provoquât une volonté capabled'arrêter le délire. Par l'analyse morbide^ nous arrivons au même résultat que par l'analyse de l'entendement sain : des deux côtés, on finit par trou-
2l4 ANALYSE
ver que toutes ses opérations proviennent de trois causes primitives :
1° Eprouver des sensations:
2° Sentir ces sensations :
3" Les exprimer par la volonté.
Ces trois grandes facultés, sensations, conscience^ et volonté, tiennent sous leur dépendance une série d'opérations secondaires : elles font toute l'intelligence; c'est dire qu'elles font aussi toutes les lolies.
Des sensations.
Pour avoir des sensations justes, il faut des org"anes sains : les causes physiques et morales, en agissant sur les sens, produisent les sensations : ces causes proviennent des objets extérieurs, ou de l'intérieur même du corps.
Sensations externes.
Elles se réduisent à l'impression que font sur certains organes, certains agens:la lumière, les odeurs, le son, ne peuvent être que quelques qualités des corps; ils en ont une foule d'autres, dont quelques-unes parviennent à
DE LA. CONSCIENCE. 2l5
être appréciées par la physique et la chimie : la physique et la chimie sont alors des sens factices ajoutés à nos sens ordinaires. Le goût et le toucher sont un seul sens j ie toucher est le tact de la peau extérieure; le goût est le tact de la peau interne ( membrane muqueuse) : pour qu'il y ait sensation, il faut le contact. Toutes les sensations extérieures arrivent nécessairement par les sens; elles arrivent d'abord erreurs : pour qu'elles soient justes^ il faxit l'habitude et l'éducation.
Sensations internes.
Ces sensations présentent deux importantes distinctions: ou elles proviennent des organes éloignés, ou elles proviennent du cerveau luimême ; elles sont viscérales ou cérébrales.
Sensations internes viscérales.
C'est par le système nerveux des ganglions, que les besoins ou les souffrances viscérales remontent sensations au cerveau. J'ai faim ; un besoin corrodant se fait sentir à mon estomac : ce besoin devient sensation pour le cer-
2l6 AjNALYSE
veau^ qui en a conscience; et voilà à l'instant la volonté exécutant lesmouvemens propres à le satisfaire. Dans cette sensation., la vue, l'ouïe^ l'odorat , le goût, le toucher ne sont pour rien; la souffrance oe l'estomac a été direclenient au cerveau par les filets nerveux des ganglions.
C'est encore par ces nerfs que les émotions du cœur remontent si vives sensations ; les sentimens , les passions , la conscience du cœur , dont la seule histoire est presque l'homme tout entier^ sont dans une continuelle action et réaction avec Ijntelligence : les sens cérébraux sont encore étrangers à toutes ces influences, dont nous avons décrit les plus importantes, au huitième chapitre.
Sensations internes cérébrales.
Il est en outre une autre espèce de sensations internes : celles-ci se réveillent spontanément dans le cerveau , et deviennent dans cet organe, causes de sensations nouvelle ; elles naissent et restent dans le cerveau. Je m'< dors^aprèsavoir éprouvé quelque chagrin: le Timeil détruit ce chagrin -, je dors, et ne
DE LA COJsSCIENCE. 217
songe plus à ma douleur; au réveil, la première pensée est pour la douleur de la \eilîe : voilà ma douleur réveillée , restant tout le jour dans mon cerveau, devenant sensation interne et cérébrale : dans ce cas, c'est la mémoire qui devient cause de celte sensation ; c'est-à-dire, qu'une portion du cerveau envoie au reste de l'organe des sensations continues : ces sensations comprennent la plupart des causes dites morales.
Avant d'arriver à la conscience des sensations , il était nécessaire de reconnaître leur origine^ que les maladies vont signaler plus certaine encore.
Conscience des sensations.
La sensation transmise au cerveau , est d'abord perception , ensuite conscience, Nonseulement je perçois les sensations, mais encore j'ai la conscience de cette perception : je sens que j'ai perçu. Excitée par les sensations, la conscience réagit sur elles : cette réaction provoque la volonté. Ensuite viennent les opérations consécutives, l'attention-^' le jugement^ la mémoire, etc. SanslaconsG^''5îce
2i8 ANALYSE
toutes ces opérations ne pourraient pas êtrejustes; sans la volonté elles ne pourraient pas être exprimées.
Ce sentiment du moi intelligent excite et guide la volonté^ qui manifeste les déterminations : l'attention n'est que la continuité de la volonté.
La conscience cérébrale et la volonté doivent être regardées comme le lien de toutes les facultés intellectuelles : quand ce lien se relâche, se rompt, arrivent les travers des idées, le délire , la folie.
Les altérations du cerveau que nous avons décrites , pervertissent cette conscience et la volonté.
L'ordre ou le désordre de l'intelligence dépend de l'accord ou du désaccord de la conscience avec les au très facultés, et sur-tout avec la volonté.
Distinguons les folies en deuxgrandes classes:
1° Celles où la conscience est entièrement détruite :
20 Celles oii la conscience persiste , plus ou moins juste , plus ou moins pervertie.
La première classe comprend toutes les infirmités intellectuelles les plus graves : l'idio-
DE LA COWSCIEKCE. '21Ç)
lisnie , l'imbécillité , la stiipidilé, la bêlise. La seconde classe, pins variée, plus étendue renferme toutes les autres espèces de folies : celle-ci doit-être exposée avec soin , puisqu'elle va être l'anal jse de la conscience , en décomposant ses rapports avec les autres facultés.
Tous les délires où l'on observe encore la conscience , peuvent se rapporter à quatre ordres principaux : il y a désaccord ,
1° Entre la conscience et les sensations ;
2° Entre la conscience et la mémoire ;
5° Entre la conscience et le jugement ;
4° Entre la conscience et la volonté.
Indiquons les traits les pins saillans de ces quatre ordres , ainsi que les troubles intellectuels auxquels ils correspondent.
1° Désaccord entre la conscience et les sensations.
Le défaut de justesse entre la conscience et les sensations , fait toutes les erreurs de perception, les illusions , les ballucinations. Ces erreurs proviennent des sensations extérieures ou intérieures ,
Erreurs des sensations extérieures.
Do n Quichotte aperçoit un tnonlin : la sensation n'arrive pas moulin à sa conscience, elle arrive géant. Pourquoi ? c'est qu'entre le moulin et la conscience il y a une idée fixe, une mono-idée chevaleresque, à travers laquelle toutes les perceptions, même les plus étranges, se dénaturent en passant, deviennent chevaleresques et arrivent chevaleresques a la conscience. Ainsi le moulin ^ par sa hauteur, est géant ; ses ailes, qui tournent , sont les cent bras, etc. Don Quichote voit le moulin ; peut-être même sait-il qu'il sent , qu'il dit , qu'il va faire une extravagance : mais n'importe ; l'idée fixe est plus forte que la sensation , que même la conscience , et le voilà se précipitant sur le moulin.
Ce défaut d'harmonie entre les sensations et la conscience, est le prélude de folies plus graves : voilà un exemple d'erreurs produites par des sensations externes. Les influences des sensations internes sont plus obscures , et plus importantes à observer.
DE liA t:ONSCIENCR. 2^1
Erreurs des sensations internes viscérales.
Un aliéné est pris d'une forte inflanimatiou d'entrailles ( d'entrile ) : la do uleur qu^il ressent au bas-ventre est vive et cruelle ; pour lui ce ne sera plus une douleur : il dira qu'il a un animal dans le ventre, un serpent; qu'il a avalé des épingles ; qu'on l'a empoisonné , etc. La douleur qui remonte des intestins au cerveau , n'arrive pas douleur à la conscience, elle y arrive transformée dans 1« délire habituel de l'aliéné : il approprie cette douleur à sa manie , et établit sur celte sensation interne et profonde tout un système de délire. Ici^ il j a désaccord entre la sensation interne et la conscience; et ces fausses perceptions organiques font une foule de travers et de délires légers, ou profonds, dont la cause réelle échappe souvent à l'observation.
Erreurs des sensations internes cérébrales.
Il est des sensations qui, comme je l'ai dit , se réveillent dans le cerveau lui-même, sans la participation des sens et des organes : elles proviennent de la mémoire^ qui devient cause de sensations justes ou fausses : lorsqu'elles
sont fausses, elles font les lialhicinations : un halluciné voit réellement ce qu'il exprime; mais il voit de dedans en dehors, au lieu que les gens raisonnablesVoientde dehors en dedans : aussi voit-il seul ce qu'il voit. Dans les songes , nous voyons bien clairement ce qui est devant nos yeux : nous sommes alors de vrais hallucinés ; car, supposez que le songe persislât pendant le réveil ,- les gens auxquels nous décririons tout ce qui se passe en nous seraient aussi déraisonnables pour nous, que nous pour eux. L'intuition n'est, par l'analyse, que le réveil deIaménioire,quelque étrange qu'en soit le sujet, et bien des folies ne sont qu'un songe éveillé. L'aliéné vit avec les seules sensations réveillées dans son cerveau , où elles se confondent en désordre : il n'est plus en rapport avec les sensations extérieures : il raisonne^ il parle , il agit d'après les sensations qu'il voit dans son cerveau; aussi est-il extravagant par rapport à tout ce qui l'entoure, mais pour lui , il est raisonnable , conséquent avec ses sensations : ceci explique la bonne foi et la pieuse conviction de bien des visionnaires. Si chacun faisait comme eux , ils ne seraient pas aliénés.
Cette analjse des défauts de liaison entre Ja conscience et les sensations pent aussi servir à donner plus de précision au langage. Je voudrais réserver le mot hallucination pour désigner les erreurs des sensations internes , en les subdivisant en hallucinations cérébrales y quand elles proviennent du cerveau nîême , et en hallucinations viscérales, lorsque leur cause première est dans les viscères.
Le mot illusion désignerait les erreurs des sensations externes , qu'il faudrait distinguer en autant d'espèces qu'il y a de sens , visions, auditions^ etc., erreurs de la vue, de l'ouïe, du goût, de l'odorat, du toucher; au moins on commencerait à s'entendre sur la valeur physiologique de ces termes.
2° Désaccord entre la conscience et la mémoire.
Dans beaucoup d'autres folies on peut reconnaître que la conscience n'est plus d'accord avec la mémoire. Parlez à un aliéné d'un parent qu'il n'a pas vu depuis long-tems; il comprendra vos paroles; il cherchera à se rappeler le tems écoulé depuis qu'il ne l'a pas vu ; vous le croyez presque raisonnable : mais dès qu'il
voudra nommer ce parent, il prononcera tout autre nom, le nom de tout autre individu. Tant que vous avez nommé ce parent, l'aliéné a pu vous suivre, vous comprendre; dès qu'il est forcé de le nommer seul, il ne peut pas; sa mémoire ne répond plus à sa conscience : pour qu'il j ait harmonie entre ces deux facultés , il faut que sa mémoire soit aidée par vous ; abandonnée à elle-même , elle retombe dans sa faiblesse, dans son impuissance. Il y a eu chez cet aliéné sensation juste , conscience juste de la sensation ; mais la mémoire ne répond pas à ces opérations antérieures. Ce désaccord est sur-tout remarquable chez les individus en démence : ils éprouvent sensation , conscience ; mais la mémoire et la volonté sont plus ou moins détruites.
5° Désaccord entre la conscience et le jugement.
Continuons de rendre sensibles par des exemples ces défauts de liaison entre la conscience et les autres facultés : les mettre ainsi en action, c'est le moyen de se mieux faire comprendre.
Chez certains aliénés , la conscience et le
jugement sont seuls rompus dans leurs rapports naturels. Dites à l'un d'eux qu'il va revoir un parent; il vous comprend, vous répond que celte vue lui sera agréable ou indifférente : ce parent se montre ; l'aliéné le reconnaît , le nomme; la sensation a été juste, la conscience a été en rapport avec la sensation ; la mémoire a été d'accord avec la conscience : voilà ce parent reconnu , nommé ; l'encliaînement intellectuel est bien suivi jusque là ; c'est la raison. Vous pensez que la conséquence , le jugement, va répondre à cet enchaînement; il n'en sera rien : l'aliéné, après avoir reconnu et nommé ce parent, parlera de choses qui ne sont plus en rapport avec les sensations perçues; la vue de son parent n'aura excité sa conscience et sa mémoire que pour un instant : cette vue deviendra même le sujet d'un violent délire , entièrement étranger aux impressions qui viennent de se succéder; ce ne sera plus son parent auquel il parlera, ce sera un agent de police, un envoyé du ciel, un ministre , ou tout autre personnage conforme à son délire habituel. Chez cet aliéné, l'intelligence s'est arrêtée lorsqu'il a fallu juger, elle a fini au jugement : s'il eût continué de sentir
qu'il parlait à son parent, il approchait bien près de la raison : et encore , eût-il fallu que l'expression de toutes ces sensations par la volonté fût juste. Il a donc été raisonnable, moins le jugement et la volonté ; c'est plus qu'il n'en faut pour être fou : la volonté seule tait j ou défait l'homme.
4° Désaccord entre la conscience et la volonté.
■ Observez de près un aliéné dans l'explosion de sa fureur ; pourquoi l'homme se montret-il là dans toute la grandeur de sa déraison? pourquoi même se plaît-il à délirer? Tout ce qu'il sent , il le dit , l'exprime hautement : il a des sensations plus vives , plus rapides , plus intelligentes que l'homme raisonnable ; mais il les dit telles qu'elles sont dans son cerveau, bizarres , confuses , extravagantes; il ne peut plus les maîtriser : sa volonté a disparu. Sa conscience exaltée par cette vivacité de sensations rapides , n'en devient que plus vaniteuse et plus fière d'elle-même : les hommes ne sont pour lui que de vils esclaves. Le maniaque sent si fortement, il a tellement conscience de son exaltation intel»
ïectuelle , qu'il regarde en pitié du haut de sa folie la nature humaine. ,Ses sens acquièrent une finesse extrême ; son coup d'œil est perçant et rapide; à votre air, il vous devine avant que vous ayez parlé : il pénètre votre pensée, votre satisfaction, vos peines au moindre signe du visage : les sons, les odeurs les moins perceptibles, il les entend, il les sent; souvent il vous confond par la justesse de ses allusions : mais , lorsqu'il veut exprimer avec suite ce qu'il éprouve , ce qu'il sent si vivement , là commence son délire : ses paroles ne sont pas d'accord avec ses sensations ; sa volonté ne répond pas à sa conscience j ses expressions s'adressent à d'autres sujets, à d'autres personnes ; sa volonté ne dirige pas ses paroles : il y a chez lui sensation juste ^ conscience et mémoire exaltées, jugement, mais la volonté manqué à l'expression de toutes ces opérations ; elle est impuissante à les contenir ; aussi elles débordent de tous côtés, et se répandent en extravagances.
2 28 AiNALl'SE •
ARTICLE iV.
Résumé de cette analyse de la conscience chez les aliénc's.
En considérant ainsi les troubles intellectuels dans leurs désordres psychologiques, on peut espérer de nouveaux et importans résultats : un tel sujet devra un jour être développé avec tout le soin qu'il mérite.
En résumant cet exposé, nous dirons, que pour classer les folies d'après la conscience , il faut élablir deux grandes divisions, d'abord celles où la conscience n'est plus, ensuite celles où la conscience subsiste encore. La stupidité et tous ses dilFérens degrés font la première classe ; la seconde présente quatre divisions principales : la conscience n'est plus en rapport : i° avec les sensations, 2^ avec la mémoire, 3° avec le jugement, 4° avec la volonté.
De ce défaut de liaison résultent les erreurs et les fausses perceptions des monomanes , les efforts impuissans Je la démence, les extra-
vagances des maniaques , enfin tous les désordres légers ou profonds de la pensée et des actions.
Ajoutez à ce tableau la juste appréciation de l'instinct , des causes viscérales , et vous aurez une histoire aussi complète que positive de l'entendement , vu à son envers.
ARTICLE Y
De la volonté.
Si l'homme a la conscience pour sentir, il a la volonté pour exécuter. Il est le maître de vouloir. Le libre arbitre est le seul point de contact entre Dieu et lui : c'est le seul point par lequel il faut espérer quelque analogie divine : mais entre une analogie et une ressemblance, la distance est grande. La volonté est ^ sans confredit, la plus inconcevable des opérations intellectuelles ; elle se refuse à toute analyse : comme la vie elle est , ou elle n'est pas j elle fait la destinée de l'homme. Mais, sa
gSo ANALYSE
destinée , il est maître de la vouloir. Le fatalisme n'est qu'ignorance slupide de soi-même. Ecoutez Auguste... Je suis maître de moi... Je le suis... Je veux l'être
...,.,.. G siècles ! ô mémoire !
Conservezà jamais ma deraière victoire. . . .
Voilà la volonté sublime : voilà l'homme montant sur les degrés de la divinité. Passions , vengeance , colère , il commande à tout : il parle d'en haut; c'est plus qu^un homme, parce qu'il a la force de vouloir être tel : il écrase l'humanité.
Mais que la volonté lui manque, il n'est plus qu'un animal abject j il n'est plus que pitié ; les aliénés ne peuvent plus vouloir ; ils sont pires que néant, ils sont le néant en vie ; l'intelligence n'est que monstruosité dçs que la volonté est morte; les passions ne sont que fange quand la volonté les laisse aller à leurs excès. Et que l'homme ne s'en prenne qu'à lui de toutes ses misères ; c'est sa volonté seule qui les a faites : il a été maître de ne pas les vouloir j il est maître encore de les changer en grandeurs : Qu'il choisisse s'il ose rester indécis entre ces deux destinées ! '
DE LA CONSCIENCE. 23l
La volonté commande à l'intelligence comme aux passions. îl dépend de l'homme de conserver ce noble empire sur lui m.ême : c'est une éducation à faire, une habitude à contracter : il n'a qu'à vouloir, mais vouloir fortement ; la première lutte est seule pénible : une fois entré dans cette vie nouvelle , où l'on ne respire que générosité , il ne voudra plus en sortir; il aura honte de sa vie passée ; les senlimens purs et élevés deviendront pour lui une seconde nature.
Sans la volonté , l'intelligence divague ; sans la volonté , les passions se roulent dans la turpitude : c'est la nature humaine à nu , dégoû* tante, dépouillée de l'heureuse enveloppe qui lui a été donnée pour cacher ses infirmités, et pour se couvrir contre ses propres bassesses. Montrer à l'homme tout ce qu1l devient en perdant la volonté^ le faire descendre au fond de celte chute morale , c'est peut -être le plus salutaire enseignement dont on puisse l'instruire, la plus grande leçon dont on doive l'effrayer.
Qn'il fasse maintenant sa destinée telle qu'il la veut! il a la volonté : sa volonté est libre : il dépend de lui qu'elle reste libre!
C'est le trahir que de ne pas lui apprendre tout ce qu'il peut sur lui-même ; il n'est déjà que trop porté à mettre ses passions et ses vices sur le compte de son impuissance , à vouloir s'absoudre en se faisant plus misérable encore : il ment à lui-même : le lui laisser dire est lâcheté, et le lui laisser croire est un crime.
ARTICLE VI
Parallèle entre la conscience cérébrale et la conscience de cœur, et conséquences morales.
La conscience cérébrale est cette faculté intime par laquelle le cerveau a le sentiment de lui-même : cette conscience intellectuelle chez les penseurs, fait la raison sublime : c'est par elle que Platon, Socrate, Cicéron, Racine Pascal , se sont élevés à l'humilité religieuse : mais qui oserait les donner en modèles à tous ? quelle est la vanité assez robuste pour vouloir marcher à leurs côtés ?
DE l'A CONSCIENCE. 233
Le sauvage se mettant à genoux devant le soleil , est plus sage que nos raisonneurs ordinaires : trop brut pour comprendre l'ouvrier, il salue l'œuvre : sa prière en vaut bien une autre : sa génuflexion est tout un cantique.
Le sort de l'homme civilisé , mais sans instruction, serait mille fois pitoyable, si la divine sagesse que notre ignorance méconnaît et outrage , ne le sauvait malgré lui de luimême : son travail , ses besoins , ses passions seraient sa seule loi , sa seule religion : mais , pour son honneur, il porte dans lui-même une religion vivante , une religion tout entière : c'est celle des sentimens, la conscience du cœur qui est égale chez tous les hommes, afin qu'au défaut d'instruction , elle enseigne à tous leurs mutuels devoirs.
^ La cause de cette religion physique est d'autant plus admirable , qu'elle est plus simple. Cette cause est l'amour du vivre , devenant bonté en pratique , devenant morale dans les rapports des hommes entre eux , et devenant religion par les inspirations du cœur : religion sublime , vivante , trop méconnue , à laquelle l'homme obéit sans le savoir, à laquelle, sans le savoir, il est heureux d'obéir : religion qui est
tout l'évangile, morale d'amour, de sentiment^ de cœur et noq d'intelligence, s'adressant de préférence à la pauvreté d'esprit^ à l'infortune, à l'humilité ; morale d'une prévoyance divine , qui a craint de confier la destinée de l'homme à une intelligence si vaine , si fragile, souvent si coupable ; au lieu que pour lui faire sentir ses devoirs, pour les lui enseigner par le sentiment, il lui a suffi qu'il vécût, qu'il aimât la vie, qu'il voulut vivre. Telle est la conscience de cœur, et le noble privilège qui la distingue : l'égoïsme n'est qu'une réflexion cérébrale^ une prévoyance anti-humaine, une lutte infâme de l'intelligence contre les mouvemens généreux de cette conscience.
Elle seule est le fond de l'homme, fond posé par les mains de Dieu.... Ce n'est pas sans un profond sentiment de joie , que je me sens arrivé enfin au moment de développer ces vérités, de les faire sortir de nous telles que la divinité les a faites et les a voulues , d'évoquer de nous-mêmes cette grandeur ignorée que nous portons en nous , et que le spiritualisme est allé rêver au ciel. Pourquoi rêver ce qu'on peut sentir? pourquoi reléguer au ciel un sublime qui est dans nous , qui nous presse de
toutes parts , et qui , de toutes parts , parle si haut à nos oreilles ?
La conscience cérébrale est sensation : la conscience de cœur esl sentiment ; l'une et l'autre ont leur sublime : le sublime de la conscience intellectuelle est réservé à quelques élus : le sublime de la conscience de cœur est donné à tous.
Entendez la réponse de ce matelot , Boussard (i), sauvant vingt fois au péril de ses jours, les malheureux près de se noyer : lorsqu'on lui demande qui pouvait lui inspirer une si rare intrépidité : « la mort de mon père ! il a été » nojé, je n'étais pas là pour le sauver ; aussi » j'ai juré de sauver tous ceux qui tomberaient » à la mer. »
Conscience du cœur , que ta grandeur est simple l Voilà un homme qui ne savait pas lire : pour être sublime^ il lui a suffi de sentir qu'il avait un père , et le voilà sublime toute sa vie, sans le savoir ! pourquoi l'hommage des mortels , si jaloux d'élever des statues au génie , ne sait-il pas en dresser à de telles vertus?
(i) Correspondance de Grimm , vol. 6.
Qu'elle est grande cette sagesse divine qui fonde le bonheur sur de tels sentimens, et que l'évangile est bien nommé ! Le spiritualisme a-t-il jamais fait un tel homme ?
Entendez encore le père de l'éloquence romaine décrire cette conscience de cœur, avec la magnificence de sa parole , tout en voulant en faire honneur à la raison : « est quidem vera » lex, recta ratio, naturœ congi^ens, etc, DeRe- » publ.y lih. m... « Oui, il est une loi vraie, une » raison droite , inhérente à l'homme , comt mune à tous, constante , éternelle ; une loi « qui enseigne, qui ordonne le devoir, et ef- )) Iraie du mal ; dont les ordres ou les dé- » fenses s'adressent également aux pervers et » aux cœurs bien nés ; une loi que l'on ne » peut retarder , modifier , ni anéantir ; une » loi plus forte que le sénat et le peuple ro- » main; loi unique, loi immortelle, frein éter- » nel de tous les peuples , la même à Rome » comme dans Athènes , la même dans tous » les temps , dans tous les lieux -, loi sublime » par laquelle, il ne peut exister qu^un maître » commun , un empereur de l'univers, Dieu » seul. C'est lui qui est l'inventeur, le dispen- » sateur , l'arbitre souverain de cette loi , et
" quiconque ne suivra pas ce qu'elle ordonne, » manquera à lui-même^ dégradera la nature » humaine, et ne saurait échapper à son propre » châtiment, quand même il échapperait à la » justice des hommes. »
Voilà la torture de cette conscience lorsque l'intelligence n'obéit pas à ses inspirations ; voilà le remords , le salutaire remords, souffrance physique du cœur (i), quand la volonté n'écoute, pas le cri de cette noble conscience. Vouloir le mal, faire le mal, c'est s'en vouloir à soi-même, c'est se blesser au cœur. Ce sentiment cruel est l'heureuse et nécessaire conséquence du sentiment de bonheur qui fait la morale : on ne saurait lui échapper ; il est l'avertissement du vice^ layengeanceducrime ; il tenaille le cœur , jusqu'à ce que la volonté répare les méfaits de la vanité, de la colère et des autres passions ; il meurtrit de ses affreux serremens le pervers ; c'est un trait vivant et
(i) Il est tellement douleur physique, que dans les an^vrysmes du cœur, les patiens se plaignent de sentimens de terreur et de remords qu'ils ne peuvent comprendre , et qui les e'braaient comme s'ils avaient commis un crime.
vengeur qu'il porte au cœur e\ dont la douleur est plus déchirante , quand il se trouve seul devant lui-même.
Le remords a été donné en souffrance physique , afin qu'il fût éloquent chez tous les hommes. L'intelligence peut faire le repentir ; mais par le brisement du cœur le remords est un repentir permanent, involontaire, inévitable. L'intellig-ence est trop ingénieuse à s'excuser dans ses faiblesses ; le cœur ne sait que soufFrir ; il a l'instinct sublime et la fidélité de la vertu : l'intelligence si bien faite pour la comprendre , se plaît trop souvent à la méconnaître.
Le remords est la douleur de la conscience de cœur, la folie est le désordre de la conscience intellectuelle : le cœur a les inspirations , au lieu que l'exécution est réservée à l'intelligence. Il ne souffre que lorsqu'elle manque à ses ordres , et sa conscience reste toujours égale et pure au milieu de tous les désordres de l'entendement.
Dans nos devoirs envers nous-mêmes et envers nos semblables , cette conscience de cœur est morale naturelle; elle est politique dans ses applications aux droits des hommes et aux
DE LA CONSCIENCE. aSo
droits des nations ; elle est religion quand elle sait monter à l'immortel auteur de toutes choses.
Outre celte morale, cette religion qui s'apprennent, qui sont le produitde la civilisation, il est donc aussi une morale, une religion qui se sentent, gravées dans le cœur de l'homme, placées profondément aux entrailles humaines, guides invisibles et infaillibles de tous les hommes, sublime et profonde nature, qu'ils n'ont pu méconnaître si long-tems que par la plus inconcevable ignorance d'eux-mêmes , disons aussi , par le délire de toutes les philosophies voulant toujours comprendre ou expliquer ce qui est incompréhensible ou inexplicable , au lieu de nous apprendre à nous élever de nousmêmes , à connaître, à toucher les éternelles vérités qui sont en nous. S'il suffisait de fortement sentir tout ce qu'elles ont méconnu pour l'enseigner dignement , peut-être que ce livre ne trahirait pas notre espérance,
Partis des misères et de la mort humaines , pénétrant dans cette fragile et sublime organisation , abîme de tant de mystérieuses merveilles, interrogeant ses infirmités , remontant à la première source de tous ces mouvemens passionnés et tumultueux qui élèvent ou pré-
24o ANALYSE
cipitent, arrivés enfin à cette noble conscience^ grande mais changeante dignité de l'iiomme dans l'intelligence^ grande et constante dignité de l'homme dans le cœur , nous devons marcher désormais au développement des vérités morales dont il est la vivante expression. Si nous grandissons ainsi avec notre sujet en poursuivant cet enchaînement immense, dont le premier anneau est au plus creux de l'homme et le dernier se trouve caché aux mains de la Providence , c'est que nous voilà enfin parvenus à un point où l'on commence à vivre de larges et libres pensées.
En présence de la nature humaine , et forts des vérités divines devant lesquelles nous allons arriver bientôt , proclamons qu'il j a deux morales, l'une d'intelligence , l'autre de de sentiment; qu'il j a deux politiques, l'une d'intelligence , l'autre de sentiment; qu'il y a deux religions, l'une d'intelligence, l'autre de sentiment.
Cette distinction enseignée , pour la première t'ois par Platon , dans l'étude des passions, que Bacon, BufFon et Bichat, ont fait pénétrer avec un rare bonheur dans l'homme physique , osons l'appliquer dans ses résultats généraux à l'homme moral, politiqueetreligieux. Et par
DE LA COiNSClEHCE. 24^1
cet essai, peut-être allons-nous faire que toutes les questions les plus abstraites et les plus élevées de l'ordre social , viendront se ranger comme d'elles-mêmes dans cette naturelle distinction, se soutenir, s'enchaîner et se fortifier, par cela seul qu'elles seront à leur place. Pascal commence ainsi ses pensées : k Les » grandeurs et les misères de l'homme sont » tellement visibles, qu'il faut nécessairement » que la véritable religion nous enseigne qu'il » y a en lui quelque grand principe de gran- » deur, et en même tems quelque grand prini) cipe de misère °, car il faut que la véritable » religion connaisse a fond notre nature ; w c'est-à-dire qu'elle connaisse tout ce qu'elle » a de grand et tout ce qu'elle a de misérable, » et la raison de Vun et de Vautre : il faut » encore qu'elle rende raison des étonnantes » contrariétés qui s'y rencontrent. »
Plus loin , il revient encore à la même idée : « Suivons nos mouvemens , observons-nous » nous-mêmes , et voyons si nous ny trouve- » rons pas les caractères vivans de ces deux >> natures....
» Tant de contradictions se trouveraient- >> elles dans un sujet simple ? cette duplicité
» de l'homme est si visible, qu'il j en a qui » onl pensé que nous avions deux âmes : un » sujet si simple leur paraissant incapable de » lelles et si soudaines variétés , d'une pré- » somplion démesurée à un horrible abatte- » ment de cœur. »
Quel malheur qu'un si beau génie n'ait pas mieux connu l'organisation humaine, et ne l'ait pas pénétrée de toute la force de sa pensée et de son observation ? le voilà réduit à la deviner, et à s'élonner de loin , de ce qui est si simple vu de près. Sans doute, il y a en nous de grandes contradictions ; deux principes l'un de misère , l'autre de grandeur ; l'homme renferme deux destinées : l'une grande et pure , parce qu'elle est naturelle , innée, est celle du cœur, des sentimens ; c'est celte destinée que veut l'évangile^ qui connaît afondnoire nature : l'autre destinée est celle de l'intelligence, factice bienfait de la civilisation , sujette à tant d'ébranlemens , de catastrophes et d'infirmités que quelques beaux momens de raison sublime ne sauraient compenser. Voilà comment l'homme physique démontre l'homme moral , et explique ces contradictions si désespérantes pour ceux qui ne
les connaissent pas, si fécondes en toute espèce d'enseignemens pour ceux qui sauront les pénétrer et les interpréter dignement.
Ces mélancoliques pensées , que Pascal jette avec amertume à travers la raison humaine , n'avaient pas échappé aux boutades de Montaigne ; il les exprime avec son dire railleur, et son sarcasme de bonhomie. Bossuet les fait entendre aussi, mais en éclats terribles !
Quel malheur encore une fois que de tels génies n'aient pu observer que l'homme extérieur î
Nous sommes , je ne sais comment, doubles en nous-mêmes, qui fuit que ce que nous croyons, nous ne le croyons pas , et nous ne pouvons nous défaire de ce que nous condamnons....
Montaigne.
Nota. Arrivé à ce point de mon travaille crois devoir développer l'explication de l'avant-propos : si je vais maintenant dédaigner les divisions scholastiques et minutieuses, elles se retrouveront cependant dans les parties suivantes, dont chacune doit être l'enchaînement nécessaire de celle qui précède. Ainsi, jusqu'au chapitre septième, il a fallu défaire ; mais à partir de ce point , il fallait reconstruire. En commençant dans ce chapitre à mettre en ordie les désordres intellectuels, c'était préluder au chapitre
iG.
suivant, au huitième , où se trouve l'analyse des fonctions humaines, leurs divisions physiques, faisant pressentir leurs divisions morales ; enfin, leurs influences re'ciproques , premier degré de leurs exaltations : c'était le passage naturel à l'analyse des passions, re'sultal de rexaltalion des sentimens ou de l'intelligence , et reposant encore sur la profonde distinction de ces deux sièges primitifs. L'analyse de la conscience qui forme le dixième chapitre, nous a encore de'montré qu'il existait une conscience de sentimens , et une d'intelligence ; celte division est la conséquence et la confirmation de tout ce systèhae : c'était ici le point capital et servant de transition entre l'homme physique et l'homme moral; j'ai dû le développer plus longuement que les autres , et en raison même des difficultés du sujet. Le principe une fois posé , les chapitres suivans n'en sont que le développement, mais dans des applications différentes. Ainsi, le chapitre onzième , l'analyse de la morale , tout en subissant les précédentes divisions , s'attache principalement aux institutions civiles. Arrivé là , )'ai retrouvé les mêmes divisions tracées par l'Évangile et par ses préceptes : j'ai cru voir que sa morale et sa doctrine reposaient sur cette distinction physiologique, adoptaient le cœur rejettaient l'intelligence pour établir sa religion d'amour, d'égalité eldejustice; je m'en suis emparé avec joie profonde; enfin restait la politique, le chapitre treizième : on y retrouvera encore les mêmes bases , les mêmes divisions, bien qu'elles ne soient pas marquées ; car si elle est une science tout intellectuelle , raisonnant les droits de l'homme, elle est aussi une science de sentiment dans sa pratique , dans l'art de gouverner : c'est là même son plus difficile,...
DE LA MOaiLK. 2^6