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CHAPITRE PREMIER

À De l’Aliment de la Respiration , ou de l'Air atmosphérique.

L'air est, pour la respiration, ce que l’aliment est pour la digestion. Ce n’est pas ici le lieu de donner une histoire détaillée de ce corps. On sait que ce fluide élastique envi-

… ronne de toutes parts notre terre, jusqu’à une hauteur de quinze à seize lieues, et forme ainsi ce qu'on appelle l’atmo- sphère; que c’est un gaz diaphane, incolore, élastique, compressible, permanent, pesant, et qui est composé d’oxy- . gène, d'azote et d’un peu d’acide carbonique. C’est un gaz ou fluide élastique qui a la plupart des propriétés générales de la matière, compressibilité, pesanteur, élasticité ; dont la pesanteur, par exemple, est 770 fois moindre que celle de Veau ; qui se dilate par la chaleur d’un deux cent soixantesixième par degré du thermomètre centigrade; qui enfin, susceptible de se charger d'humidité, s’en sature en raison de son degré de température, et laisse ensuite tomber le surplus, sous forme de nuage, de brouillards, de pluie, etc.

Le seul point de l’histoire de l'air qu’il importe de rappeler ici, est sa compositien. Ce n’est pas un corps simple comme le croyaient les Anciens, qui le mettaient au nombre des éléments. T1 est composé de deux gaz : 10 l’oxygène, qui est un des éléments de presque tous Îles corps, un des agents les plus universels de la nature ; qui, caractérisé par plusieurs traits, est surtout distingué, parce qu'il est le principe nécessaire à toute respiration et à toute combustion. Sa pesanteur est à ceile de l'air dans le rap- -port de 11 à 10. 20 L’azote, autre élément presque aussi ré-

“pandu que le précédent, qui forme particulièrement Ja “base de toute substance animale, et, qui, entre autres traits | caractéristiques , offre celui d’être opposé à toute respiration el à toute combustion; sa pesanteur est moindre que

celle de l'air. Les proportions dans lesquelles ces deux éléments sont unis, pour former l’air atmosphérique, sont, sur 100 parlies d'air, 21 parties d'oxygène, et 79 d'azote. Elles sont les mêmes en tous lieux, à toutes hauteurs auxqueiles on a examiné air; et elles n’ont pas changé depuis que la chimie a découvert la composition de l'air. Ces éléments constituants de l’air paraissent, du reste, être moins dans un état de combinaison que dans un état de simple mélange; au moins ils se séparent l’un de l’autre avec unes, grande facilité, comme il est prouvé par beaucoup de phé= nomènes chimiques, et par celui de la respiration même, L'air contient en outre un peu d’acide carbonique en quantité variable, presque toujours de l’eau en dissolution, et souvent beaucoup de matières diverses en suspension entre ses molécules, mais qui : ne font pas partie intégrante de sa substance. |

À l’article de l’aliment de la digestion, nous avons dit qu’il y avait eu controverse pour savoir si une substancealimentaire quelconque devait de l’être à un de ses principes constituants en particulier, le seul qui serait en elle assimilable, qui serait le même pour toutes, et qu'on pourrait, à cause de cela, appeler proprement l'aliment. Nous avons ajouté que cette controverse dans l'état actuel de la science était insoluble. Il n'en est pas de même pour lai, aliment de la respiration; évidemment cet air doit d’être respirable à un de ses éléments constituants, oxygène. De même que toute substance naturelle n’était pas aliment, et qu'il n’y avait de telle que celle qui cédait passixERENE | à l’action digérante de l'appareil digestif , de même tout gaz n’est pas respirable. Mais, tandis qu’on ne pouvait pas | spécifier quelle nature chimique devait avoir une substance | naturelle pour être aliment, on peut le dire pour le gaz qui est respirable , il faut Aire, que ce gaz contienne | de l'oxygène, et puisse céder cet oxygène ANSE facilité.

Le plus souvent, les aliments de la digestion, pour! l’homme au moins, ont besoin de subir quelques préparations. Il n’en est pas de même de l'aliment dela respiralion : la nature l’a préparé elle-même, soit que ce soit l’air qui.

DE L’AlR, ALIMENT DE LA RESPIRATION. 134 . Soit respiré , soit que ce soit l’eau ; dans l’un et l’autre cas, les animaux sont également plongés dans le milieu que leur respiration réclame. Il résulte de là qu'on ne peut signaler autant de différences dans l’aliment de la respiration que dans celui de la digestion. L’aliment de la digestion avait été solide ou liquide, plus ou moins consistant, d’une composition chimique très variable : on avait pu surtout spécifier en lui des différences sous le rapport de sa digestibilité, de sa puissance nutritive, de l’influence locale qu'il pouvait exercer sur l'appareil digestif, et de son influence générale sur tout l’organisme par ceux de ses principes qui pouvaient être introduits dans l’économie sans être chylifiés et sous leur forme étrangère. On n’en peut pas dive autant de l'aliment de la respiration : c’est toujours de l'air ou de l’eau , selon que l’animal est aérien ou aquatique; il n’y a que de bien légères différences dans la densité de ces éléments : une fois respirables, ils le sont toujours au même degré, l'oxygène étant toujours cédé avec la même facilité ; il n’y a rien qui corresponde ici à ce qu’on appelle la diverse digestibilité des aliments. On peut en dire autant de la puissance nutritive, au moins en l’entendant de molécule à molécule; car, en considérant une certaine masse d'air ou d’eau, il faut convenir qu’elle n’est pas toujours également riche en oxygène, et, par conséquent, quelle n’a pas toujours une égale puissance pour la respiration. Quant aux autres différences , elles sont réelles de l’air comme des aliments proprement dits. L’air produit des impressions locales diverses sur l’organe de la respiration, par sa chaleur, son humidité, les matériaux qui sont en suspension dans son sein, etc.; ilest, par exemple, excitant, ou affaiblissant, et c’est, sans contredit, une. des considérations auxquelles on doit avoir le plus d’égards pour lhygiène et Ja thérapeutique. De même, cet air modifie tout l'organisme par ceux de ses principes qui peuvent être absorbés dans le “poumon, tout en restant étrangers à l’acte de la sanguificaion ; et c’est encore là un nouveau point de vue auquel il : mporte d’avoir égard pour la conservation de la santé, et Ja guérison des maladies.

À cette étude de l’air, aliment de la respiration, nous aurions pu ajouter celle de l’eau , que beaucoup d’animaux respirent ; Mais, indépendamment de ceque nous ne devons traiter ici que de l’homme, qui ne respire que l'air, l’eau n’agit dans la respiration que par l'air qui est disséminé entre ses molécules, et conséquemment cela nous ramène à cet aliment unique de la respiration.

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