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Ainsi , jadis on a voulu faire de la nutrition une simple filtration mécanique à travers les pores des artères, et par suite une précipitation physique des éléments réparateurs dans les parenchymes; on a dit que ces éléments s’y déposaient dans l’ordre de leur pesanteur spécifique. Mais le sang est-il jamais assez stagnant dans les parenchymes ? n’y est-il pas, au contraire , toujours circulant, toujours battu, et surtout partagé en filets extrêmement ténus ? Quelle cause d’ailleurs ferait que chaque parenchyme ne s’incrusterait que du genre de dépôt qui lui convient ? Admettrait-on, avec Boërhaave , autant de filières vasculaires spéciales , des séries | de vaisseaux décroissants, qui ne laisseraient déposer que les globules qui sont en rapport de volume avec leur calibre ? mais c’est trop évidemment Îà un effort d'imagination. Enfin, dans cette hypothèse, il faudrait que les divers tissus organisés exislassent tout formés dans le sang, et c’est ce qui n’est pas. Comme le sang ne contient nullement, toutes formées en lui, les diverses humeurs des sécrétions, et que ces humeurs sont fabriquées par l’action des organes sécréteurs; de même, il ne contient pas non plus, tout formés, les divers tissus organisés , et ce sont Îles parenchymes nutritifs qui les fabriquent. Cette nutrition même ne consiste pas seulement, comme plusieurs physiologistes le disent et l’écrivent encore, en un dépôt dans les parenchymes, de ce qu'on appelle les éléments organiques des organes, c’est-àdire en un dépôt de fibrine dans le muscle, de gélatine dans le cartilage, de phosphate de chaux dans l’os. Cette nutrition consiste réellement dans le changement du sang artériel, en tissu musculaire dans le parenchyme des muscles , en tissu cartilagineux dans celui des cartilages , en tissu osseux dans celui des os. C’est en détruisant ces tissus, que la chimie en a retiréensuite ces élémentsorganiques, fibrine, gélatine. D’ailleurs, souvent ces éléments ne sont pas dans le sang. Quand ils y sont, jamais ils n’y sont en suflisantet
uantité : où est, parexemple, dans le sang, la quantité con-|! sidérable de phosphate de chaux qu’emploie la nutrition des#s os ? Enfin, jamais ils n’y sont tout-à-fait les mêmes ; la fibrine du sang, par exemple, n’est pas la même que la fibrine du.
DU MOUVEMENT DE COMPOSITION. 27 muscle ; et il ne faut pas prendre à la lettre cette expres= sion figurée de Bordeu , que le sang est une chair coulante. Ainsi donc, puisque dans la nutrition il y a formation de substance, cette nutrition ne peut être assimilée à une simple précipitation mécanique.
Les mêmes objections peuvent être faites à la théorie dans laquelle on a voulu faire de cette action de composition une pure agrégation physique. Pour que les différents organes puissent s’agréger ainsi les différents éléments qui leur ressemblent , il faudrait aussi que ces éléments existassent tout formés dans le sang, et nous venons de dire que cela n’était pas. Îl y a plus , uon-seulement ceux des éléments des or- ganes qui peuvent exister dans le sang sont dans ce liquide un peu différents de ce qu’ils sont dans les organes, mais encore , le même élément organique, la fibrine, la gélatine, par exemple, à dans chaque organe une nuance spéciale. Dans cette idée , que la nutrition est le produit d’une simple agrégation , que deviennent d’ailleurs les faits qui prouvent la part qu’a à cette action le parenchyme nutritif, et qui nous montre la nutrition se modifiant toujours selon l’état de structure et de vitalité dans lequel est ce parenchyme? II semble que le sang une fois déposé dans les organes, la nutrition devait toujours s’ensuivre irrésistiblement. | Est-il besoin de réfuter cette théorie , encore plus physique de la nutrition , dans laquelle on établissait : que la chaleur vitale commençait par coaguler la lymphe, la partie albumineuse du sang ; que de cette lymphe coagulée résultait le tissu cellulaire, cette trame commune de toutes les parties ; et que c'était ensuite la pression exercée par les parties voisines, particulièrement par les battements des vaisseaux, la circulation des fluides, qui collait, à des degrés divers de densité, les lames de ce tissu cellulaire, et fabriquait avec Jui les divers organes ? En vain croyait-on avoir, dans la formation des fausses membranes à la suite des phlegmasies des membranes séreuses , un analogue de la coagulation de la fymphe afbumineuse du sang; et dans la formation des kystes un autre analoguc du collement des différentes
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lames du tissu cellulaire entre elles ? Et le fond de la théorie, et les analogies par lesquelles on cherche à la justifier , tout est également faux. Cette coagulation de Ja Iymphe albumineuse par la chaleur vitale, est un phénomène trop mécanique pour qu’on puisse l’admettre. Il en est de même du collement successif des lames du tissu cellulaire par la pression. Pourquoi, d’ailleurs, cette pression qui serait capable d’ossifier le crâne, laissérait-elle tout auprès l’encé-, phale dans l’état de mollesse qui caractérise ce viscère ? La physiologie moderne, enfin, n’admet plus cette formation toute mécanique des kystes, elle considère ces kystes comme des développements accidentels de membranes séreusesexhalantes.
La chimie étant la science qui traite des diverses combi-. naisons de la matière, de ses transformations, il était nature que cette science aspiràät à pénétrer le mécanisme de. la nutrilion, qui n’est, après tout, qu’une transformation du sang en tissu organisé, Mais les chimistes n’ont pas été . plus heureux que les mécaniciens. Ils ont dit que la nu-. trition résultait de la coagulation de l’albumine du sang , par sa combinaison avec l’oxygène libre qui est dans le sang. artériel. Mais cette coagulation de l’albumine, par suite d’une combinaison avec l'oxygène, exige ou une chaleur de. plus de 6o degrés, ou l’action de l’alcool, ou celle d’un acide concentré, et aucune de ces trois condilions ne se trouve 1c1. Ensuite, y a-t-il réellement de Poxygène libre dans le sang artériel? En troisième lieu, cela ne pourrait s'appliquer tout au plus qu'aux tissus dans lesquels l’albumine prédomine, les nerfs, par exemple : et alors quelle cause solidifierait dans les autres organes les autres éléments organiques, la fibrine, Ja gélatine ? Enfin , nous avons déjà dit que, dans la nutrition, 10 ce n’était pas en ces éléments organiques, albumine, fibrine, qu'était changé le sang artériel, mais en véritables tissus vivants, en tisèus musculaire ou nerveux; 20 que ces éléments organiques , ou n’exislaient pas dans le sang, ou y étaient différents que dans les organes, avaient enfin dans chaque organe une nuance différente.