‹ Physiologie de l'homme (volume 2)Chapitre 68 sur 97 · DÜ MOUVEMENT DE COMPOSITION · texte numérisé non relu

DÜ MOUVEMENT DE COMPOSITION

De quelque manière qu’on argumente, il n’est pas plus possible d’assimiler la nutrition à une action chimique qu'à une action mécanique. Qu’on considère la com po- Silion chimique du sang, celle des différents organes nourris par ce liquide, et qu’on voie si les lois chimiques font concevoir la transformation du premier dans la substance des organes ? Il n’y a aucun rapport entre les éléments composants de la substance qui nourrit, et ceux de la substance qui est nourrie. Souvent cette dernière contient des principes qui ne sont pas dans le sang. Enfin, l’on ne peut, du seul rapprochement de ces éléments divers, en déduire chimiquement la formation du nouveau produit, c’est-à-dire la nutrition. D'ailleurs, rappelons toujours cette considération importante, que, dans toutes ces théories , le parenchyme nutritif serait en quelque sorte passif dans la nutrition, et qu’on ne pourrait expliquer tous ces faits incontestables qui nous montrent la nutrition dépendante de son action spéciale, et se modifiant selon que cette action est elle-même difiérente.

Concluons donc que dans la nutrition tout parenchyme mutritif exerce, sur le sang artériel destiné à le nourrir, uneaction élaboratrice, en vertu de laquelle cesang est changé dans la substance même des organes; concluons que cette action du parenchyme, inappréciable par les sens, ne peut être assimilée à aucune action physique, mécanique et chimique de la nature, et conséquemment doit être dite organique et vitale.

Dès lors on peut dire de cette action élaboratrice ce que nous avons dit de toutes celles que nous avons étudiées jusqu'à présent. On peut assurer d’elle les trois propositions suivantes ; savoir : qu'une seule substance, le sang artériel, estsusceptible de s’y prêter et d’éprouver, sous son influence, la transformation qui en est le résultat ; qu’elle n’a en elle rien de chimique, et constitue une altération matérielle spéciale; et qu’enfin, le produit auquel elle donne naissance a toujours la même nature intime, est toujours identique.

D'abord, il n’y a que le sang artériel qui, répandu dans

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les parenchymes nutritifs, puisse se prêter à l’action élabo-. ratrice de la nutrition, et s’assimiler aux organes ; tout autre fluide, même vivant, porté accidentellement dans ces pa-. renchymes, ou par sa présence y excite des abcès, ou s’y incruste sans causer d'accidents et en conservant sa forme étrangère , mais jamais ne s'assimile à l’organe. Cela est même: vrai des substances qui peuvent accidentellement être mêlées au sang artériel; alors, tandis que celui-ci se change dans le tissu organisé, la substance étrangère ne fera que s’y déposer , et de manière à y être reconnue. C’est ainsi que les divers organes peuvent se trouver teints par la substance colorante des aliments; cette substance colorante, ayant passé avec Le chyle sous sa forme étrangère et sans être chylifiée, a traversé de même, et impunément, les’ autres filières élaboratrices de l’économie, et, arrivée ainsi aux confins de la circulation, elle a résisté de même à l’action élaboratrice qui s’y fait.

En second lieu, l’action élaboratrice de la composition n’a rien en elle qui soit chimique, et c’est une transformation matérielle spéciale qui n’a pas son analogue dans la nature morte. Nous l’avons déjà prouvé plus haut : nous avons dit qu’il n’existait aucun rapport chimique entre les éléments qui composent le sang et. ceux qui composent les organes, et qu’on ne pouvait conclure chimiquement du contact et du rapprochement de ces divers éléments au renouvellement des organes. Il faut reconnaître, au contraire , que dans la série des transmutations qu'éprouve un: aliment avant qu'il soit assimilé aux organes, les lois de la chimie sont sans cesse violées , et que dans cette série d’opés, rations, on marche de créations en créations tout-à-fait. inexplicables pour cette science. 1 Il ne faut pas croire, en effet, qu’on puisse suivre un élé4. nent matériel pris au dehors, depuis l’aliment qui est law forme sous laquelle il entre, jusqu’à ce que sous forme de | sang il s6it assimilé aux organes. L’aliment n’est déjà plus reconnaissable dans le chyle, et celui-ci ne l’est plus non plus dans le sang. Dans cette suite de transformations, l’éeconomie imprime elle-même à la matière la forme sous la.

DU MOUVEMENT DE COMPOSITION. y quelle seule elle peut se l’assimiler ; elle en opère l’élaboraion , et dans cette élaboration il n'yarien de conforme aux lois chimiques générales. À Coup sûr, on ne trouve pas tout formés dans l’air,dansla terre, dans l’eau, les produitsnutritifs jues’assimilent les végétaux : ce sont ces végétaux qui évidemment élaborent ces matières inorganiques, de manière à leur lonner la forme vivante ; qui, avec ces éléments communs le tous les corps de Ja nature, forment leurs différents proluits immédiats; ils com posent même les substances salines & minérales qu’ils peuvent contenir, Qui ne sait qu’on reire des cendres d’un végétal toujours à peu près les mêmes els, quelque varié que soit le sol dans lequel vit ce végétal ? jui ne sait que cesselssont déterminés pour chaque espèce véétale, souvent ne sont pas ceux du sol dans lequel vit ce égétal , et qu’ils ne varient que par des conditions relatives

cet être, c’est-à-dire selon son âge , son état de santé plus umoins parfaite? Or, pourquoi refuserait-on la même puisance élaboratrice aux animaux et à l'Homme ? Il est sûr aussi ue les alimentset l’air, qui sont les substances que l’homme rend au dehors de lui pour la nutrition, ne contiennent ullement les différents produits immédiats qui composent 8 Organes, ni mêmes les diverses substances salines et miérales qui peuvent y exister. D'où vient, par exemple, ut le phosphate de chaux que consume en si grande quanté [a nutrition des os ? le corps animal n’est-il pas évidement l'atelier où la nature le fabrique en grand ? C’est le ps humain qui élabore lui même la matière qui doit forer ses organes. Ce qui le prouve, c’est que, quelque dise que soit son alimentation, ses organes ne sont pas oins composés chimiquement desmêmeséléments : l’homme u n’use que d’un seul aliment n’offre pas une composilion umique diflérente de celui qui use de beaucoup d’aliments vers. Les cendres du corps humain offrent aussi en partie s mêmes sels, quelque divers qu’aient été les aliments ; s sels ne sont différents aussi que par des conditions proes à cet être, telles que son âge, son état de santé ou de aladie, son tempérament, etc. La nature ne pouvait abaninner à une circonstance aussi éventuelle que celle de

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l'alimentation , le soin de contenir ces matériaux compos! sants ; nous les faisons réellement nous-mêmes, et dans : cette formation il n’y a rien qui soit de la chimie ordinaire.

Il est bien vrai que dans cette série de transmutations | qu’éprouve la matière, pour arriver à faire partie de nos) organes, cette réa trees semble approcher par degrés de la! forme qu’elle doit avoir pour être apte à cette assimilation. . C’est ainsi, parexemple, qu’on a dit que le règne végétal im-: primait déjà à la matière un premier degré d’animalisation ;\ qu'ensuite , la digestion des animaux en imprimait un ses cond , en faisant le chyle, qui est déjà une espèce de sang;} et qu’enfin la respiration en imprimait un troisième, em changeant en sang ce chyle, qui n’en différait du reste que) par sa couleur, et parce que sa fibrine étail un peu mOINS à animalisée. Mais cette gradation, qui est réelle, ne prouve pas pour cela que toutes ces élaborations successives soient} de pures actions chimiques ordinaires ; il y a ici une chimie! d’un autre ordre : à chaque mutation qu'éprouve la matière, l’action vitale semble faire un nouvel effort pour élever cetteh matière à la constitution qu’elle doit avoir pour ia compo-! sition de nos organes ; et les lois de la chimie inorganiquek sont réellement incapables d'expliquer le passage d’une del ces mutations à l’autre, |

Combien est vaine, par exemple, laplicadion chimique} qu’on à voulu donner de l’animalisation, nom que l’on! donne à cette action élaboratrice qui rend la matière propre

à constituer nos organes ? D'abord, on n’a cherché qu'à CX-* pliquer le passage de la matière de l’état végétal à l’étatl animal; et cependant les végétaux organisent la matière

inorganique ; et les animaux le font eux-mêmes, quand ils! s’assimilent l’eau , l'air, etc. Ensuite, l'explication chimique qu’ils donnent de la conversion de la matière végétale ef matière animale, est défectueuse, comme on va le voir. Remarquant que ce qui distingue les substances végétales des! substances animales, c’est que l'hydrogène et le carboné prédominent dans les premières, et l’azote dans les s secondesi} on a fait consister |? ele dans la déshydrogénation et la décarbonisation des végétaux, et dans leur azotisation®

DU MOUVEMENT DE COMPOSITION. 379 Dès lors on a cherché quels phénomènes pouvaient, dans la érie des fonctions nutritives, c’est-à-dire dans la digestion , es absorptions, la respiration , démontrer que ce double ait a lieu. Or, on a d’abord invoqué le dégagement des gaz ntestinaux qui, d’après l'analyse qu’en ont faite MM. Jurine t Chevreul, sont principalement formés , d'acide carbonique t d'hydrogène, ou pur, ou carboné. On a, en second lieu 3 rgué des excrétions de la respiration, c’est-à-dire du dégaement de l’eau et de l’acide carbonique qui se fait par cette oie. On à dit que l'excrétion de la perspiration cutañée, ui a ia même nature que celle de la respiration, remplissait cet égard le même office. Enfin, pendant que, par ces voies iverses, l’aliment végétal était déshydrogéné et décarbosé, il était azotisé, soit par le fait seul de la perte de carme et d'hydrogène qu'il éprouvait, soit parce que de l’azote sorbé, dans l'air de la respiration où dans les aliments LIMAUX OÙ végétaux qui en contiennent, lui était fourni r les sucs divers qui l’élaborent dans son trajet à travers appareils digestif, absorbant et respiratoire. Mais déjà, c’est d’après une vue toute théorique qu’on a t que l’animalisation consistait dans ja décarbonisation et déshydrogénation de la matière, et dans son azotisalion ; n ne garantit que ce soit là la seule différence entre les ilières végétales et animales. En second lieu , à supposer e cela soit, l'explication qu'on en donne est bien conjecraie. Rien de moins sûr que les gaz intestinaux proviennt de l’altération éprouvée par les aliments; ils se dévepent plus, lors de la vacuité, que lors de la plénitude l'appareil digestif ; et parmi ces gaz, d’ailleurs, se trouve jours un peu d’azote. Nous avons dit, à l’article de la piration, qu'il était douteux que les excrétions de cette tion servissent à l’hématose. Enfin , il est difficile, comme as allons le dire tout à l’heure, d'indiquer d’où provienit l’azote qu’on suppose être surajouté à la maticre qui 1imalise.

de plus souvent, en effet, la chimie ne peut pas indiquer lle est la source des éléments généraux , hydrogène , car- 1e , oxygène, azote, qu'on trouve dans les parties des

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corps vivants , comme dans tout corps naturel quelconqu Par exemple, par où pénètre l'azote ? est-ce par la voie « la respiration, ce principe étant un des éléments comp sants de l’air atmosphérique ? mais il paraît PROS que plus ordinairement, dans la respiration, il n’y a pont très peu de cet azote absorbé, Est-ce l'aliment qui le fourni car, après la respiration, il n’y a plus d’autre voie? ma alors il faudrait que les aliments continssent tout l’azote qi se retrouve dans toutes les parties du corps humain ; et ce! est-il croyable pour l’homme lui-même, et, à plus for raison , pour les animaux qui sontexclusivement herbivore: Rondelet dit avoir nourri, pendant trois ans, des poissoi avec de l’eau pure, il les a vu manifestement croître; les poissons sont cependant, de tous les animaux, les ph azotés. Rédi, Méad, Valisnieri, en disent autant de ce tains reptiles. Peut-on croire qu’ici les aliments aient four tout l’azote que contenaient ces animaux ? Il y a certam ment création dans le corps animal de quelques-uns des él ments qui le composent. M. F’auquelin, ayant calculé quanlité de carbonate de chaux qui existait dans toute l° voine dont il nourrissait une poule , a retrouvé une quanti plus grande de cette matière dans la fiente et la coquille d œufs pondus par cet animal. Quand on place, dans une ter dont la composition est connue , une graine, el qu’on arro cetle graine avec de Peau distillée seule, on ne voit pi moins la plante qui en provient contenir tous les dive éléments organiques et minéraux qui lui sont propres. Ils o: donc été créés de toutes pièces. Or, pourquoi n’en serait pas de même de l’azote ? le doute viendrait-il de ce qu'il e un corps simple ? mais le phosphore n’en est-il pas un auss et ce phosphore n’est-il pas aussi un produit des corps an maux ? l’action vitale n’a-t-elle pas sur les combinaisonsie la matière une puissance bien plus grande, que les actio: chimiques ordinaires ? et qui oserait dire où s’arrête cel puissance ? Sans doute , en dernière analyse, un corps vivai re des corps extérieurs à lui toute la matière qu'il s’ass mile; car lesprit s’effraierait d’une véritable création « matière. Si ce qu'il y a de solide et d’appréciable pour a

DU MOUVEMENT DE COMPOSITION. 381 ens, dans ce qu'il prend au dehors de lui, ne suffit pas pour quilibrer l’augmentation de sa masse, il faut admettre que e reste provient des parties gazeuses qu'il absorbe sans cesse. Mais enfin , dans tout ce travail, c’est le COTpS Vivant qui laborc et fait la matière qu'il doit s’assimiler; et souvent à ans ce travail , il fait des corps que notre chimie n’a pu aire encore , et qu’à cause de cela elle appelle simples.

M. Magendie a, dans ces derniers temps, fait quelques xpériences, dans la vue de prouver que les aliments conénnent en dernière analyse les éléments de nos organes, et articulièrement l’azote qui s’y trouve : il a nourri exclusiément des chiens avec des substances non azotées ; du sucre, u de la gomme, ou de l’huile ou du beurre ,etavec de l’eau IStillée pour toute boisson. Pendant les sept ou huit prelers jours, ces animaux n’ont pas paru souffrir de ce réme; mais, au bout de ce temps, ils ont commencé à maiir, quoique leur appétit soit resté bon, et qu’ils aient ntinué de manger. Depuis lors, leur maigreur alla tours en augmentant; ces animaux perdirent leur gaîté, leur pétit. Vers le vingtième jour, la plupart offrirent une céralion au centre de la cornée transparente, ulcération li s’augmenta rapidement, au point que, par elle, les imeurs de l’œil s’écoulèrent. Enfin , tous périrent du ute-deux au trente-sixième jour de l’ex périence. L’ouverre de leurs cadavres fit voir tous les organes considérablent amaigris, le tissu cellulaire entièrement dépouillé de

graisse qui ordinairement le remplit, les muscles réduits

plus des cinq sixièmes de leur volume ordinaire , l’estoic et les intestins fortement contractés et rétrécis; la bile

l'urine, enfin, avaient chimiquement les caractères que humeurs ont chez les animaux herbivores ; c’est-à-dire

e la bile contenait beaucoup de picromel, matière qui ste dans la bile des herbivores seulement ; et que l’urine, lieu d’être acide comme chez les carnivores , était au conire sensiblement alkaline, et n’offrait aucune trace d’aeurique ni de phosphate. Du reste, il n’était pas douteux > l’aliment qui avait été donné n’eût été digéré ; car on sura que, dans l'estomac, il avait été changé en chyme,

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et que l’appareil chylifère en avait extrait un chyle asses abondant. L'auteur de ces expériences en conclut que ce} animaux ne sont morts que perse: 18e ces aliments ne con! tenaient pas l'azote qui est nécessaire à toute nutrition. Mais ceite conclusion ne peut-elle pas être contestée : D'abord, tous les résultats cadavériques qu'a observé! M. Magendie sont semblables à ceux qui sont vus dans le: animaux qui sont morts de faim; et dès lors ne pourrait-0# pas dire qe les chiens ne sont morts ici que parce que le aliments qu’on leur a donnés n'étaient pas assez nutritifs | On sait que les aliments diffèrent les uns des autres sous” il rapport de leur puissance nutritive : et on conçoit alors que l’usage exclusif d'aliments trop peu nutritifs pourrait; la longue, faire périr. N'est-ce pas ce qui a été ici, surtou! quand on voit les animaux se bien porter les huit premier! jours ? En second lieu , rien ne prouve que la puissance nul tritive des aliments soit en raison de la quantité d’azoti qu’ils contiennent. On sait que chaque économie digeslive affectionne ses aliments propres; et il peut arriver que tel aliment, quoique contenant beaucoup d’azote, ne convienne pas à l'estomac; de même que tel air, qui contient beaucou} d'oxygène, n’est pas cependant pour cela vespirable. Ex troisième lieu, il aurait fallu que M. Magendie fit ces même expériences sur des animaux herbivores; car ces animaux] n'ayant pas moins besoin d’azote que les autres, il aurai mieux pu séparer ce qui, dans les effets obtenus, aurait ét! dû à Péconomie en général, et à la susceptibilité de l’appa reil digestif en particulier. Enfin, cela ne résoudrait Mi question que pour un séul élément, l’azote : et combiet d’autres existent dans les organes, et dont il faudrait di même indiquer la source, le soufre, le charbon, les mé! taux, etc. ? Concluons donc que l’action élaboratrice de da composilion, bien qu'ayant pour résultat une transforma tion de la matière, n’est aucunement une action chimique ordinaire. | Enfin , la troisième proposition que nous avons à étabhn à l'égard de cette action élaboratrice, c’est qu’elle donne toujours naissance à un même produit, et que celui-ci né

| DU MOUVEMENT DE COMPOSITION. 383 diffère qu’en raison de l’état plus ou moins bon de la matière première avec laquelle il est fait, et de l'intégrité plus Ou moinscomplète avec laquelle a agi le parenchyme nutritif élaborateur. Et , en effet » D'est-ce pas toujours le même tissu qui est renouvelé dans chaque organe ? et comment pourraiton douter de l'identité du produit, lorsque c’est un même appareil qui fabrique, et que cet appareil opère sur une même malière prernière ? Il n’y a réellement de variations, dans ce produit de la nutrition, qu’en raison des deux circonstances que nous ayons indiquées. Ainsi, bien qu'il n’y ait aucun rapport chimique entre la substance qui fait un de nos Organes, et la matière avec laquelle il la fabrique, cependant le bon état de l’une dépend toujours un peu de la qualité de l’autre : avec de bons aliments est fait un bon chyle, un bon sang; et vice versé, avec de mauvais aliments, le fluide nutritif des organes est également mauvais. Par conséquent, la qualité du produit de la nutrition, c’est-à-dire du nouveau tissu formé, sera nécessairement un peu dépendante de l’état de l'alimentation et du sang. Ici se rapportent tous les faits qui prouvent l'influence du régime sur la nutrition; l’appauvrissement et l’aflaiblissementdu corps à la suite de mauvais aliments: son rétablissement, au contraire, à la suite d’une bonne nourriture. De même , que le parenchyme nutritif d’un organe ait toute son intégrité et toute son activité, la nutrition s’en fera convenablement; et qu’au contraire, ce parenchÿyme soit iltéré dans son tissu , que son mode d’action soit perturbé directement ou sympathiquement, la nutrition donnera naissance à de nouveaux produits.

Ainsi donc, pour résumer : la composition des organes est lue à ce que le sang artériel qui pénètre leur parenchyme s est changé en leur substance par une action de ce parenhyme; cetie action est trop moléculaire pour être yüe ; e résultat seul l’annonce; et ne pouvant être assimilée aucun acte physique et chimique de la nature, elle st organique et vitale, et participe de tous les traits jui son propres aux diverses actions élaboratrices de ‘économie.

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Maintenant il est aisé de concevoir pourquoi la nutrition est diverse en chaque organe. L'organisation de chaque parenchyme étant différente, chacun doit élaborer le sang à sa manière, et fabriquer avec lui une substance diverse C’est de même que les divers sens, quoiqu’eflectuant chacur une action d’un même genre, font cependant éprouver cha. cun une sensation spéciale ; que les divers organes sécréteurs| les diverses glandes fabriquent chacune avec le sang de: humeurs particulières. La diversité de l’organisation de: parenchymes étant admise, il doit en résulter diversiti dans l’action élaboratrice à laquelle ils se livrent, et pa conséquent diversité dans la nutrition. On devrait dire Île nutritions, comme on dit les sensations, les sécrétions Cette différence dans les nutritions ne porte pas seulemen sur la nature intime du tissu qui est fait, elle ne consist pas seulement en ce que dans tel parenchyme nutritif 6s fait du tissu osseux, dans tel autre du tissu musculaire, dans tel autre du tissu nerveux; mais elle porte encore sui la rapidité avec laquelle se fait la rénovation complète d tout l’organe , comme nous le dirons ci-après.

II y a cette différence parmi les actions de notre écono mie qui ont pour but l'élaboration d’une matière, que le unes comportent un certain temps pour s'effectuer, tand: que les autres se font d’une manière soudaine, et de sortequ le nouveau produit se montre aussitôt, presque à l’instard la médaille que l’on frappe. Par exemple, la digestion €: une action élaboratrice qui exige un intervalle de quelque heures , tandis que l’hématose artérielle dans la respiratio se fait d’une manière instantanée. Dans quelle conditio est à cet égard la nutrition ? Il est impossible de le dire d’ près des faits directs; mais nous sommes assez portés à CrOIT] qu’elle se fait instantanénent d’après les trois raisons su vantes. 10 Elle se fait aux extrémités des vaisseaux, dans. parie la plus ténue des systèmes capillaires ; et là, les mol cules sanguines sont amenées à un tel degré de ténuité , qu’

est naturel de penser que leur conversion en tissu quelcor que doit se faire aussitôt. Il semble, en effet, qu’une tran formation matérielle ne doive exiger un temps long pot

DU MOUVEMENT DE COMPOSITION. 385 se faire, que lorsqu'elle porte sur une masse un peu volnmineuse et renfermée dans un réservoir, comme cela est dans la digestion , par exemple. 20 Il est d’observation que dans cette série de transformations que doit éprouver Ja matière, pour arriver à faire partie de nos organes, ces transformations exigent, pour se faire, un Lemps d'autant plus long, que la matière qui doit les éprouver est plus éloignée encore du terme de l’assimilation , du lieu où elle nous sera appropriée. Dans la digestion, par exemple, la matière est le plus éloignée possible de notre nature: et aussi faut-il quelques heures pour qu'elle éprouve la transformation de la chymification. Déjà la chylification en exige un peu moins; mais encore celle opération n'est-elle pas instantanée , puisque lc chyie va en s’animalisant graduellement dans la série des garglions mésentériques. Enfin , l’hématose, qui est le troisième degré, est, au contraire, une opération instantanée, comme nous l’ayons prouvé ; le sang artériel est vraiment fait d’un seul coup , et on peut le dire, à la manière de la médaille que l’on frappe. Or, il y atout lieu de croire qu’il en est de même des nutritions, qui sont des actions élaboratrices qui se passent à des lieux encore plus rapprochés du terme de lassimilation. 3° Enfin, ilest sûr que l’hématose artérielle se fait d’une manière instantanée ; or, comme cette hématose artérielle est une action qui, quoique inverse de la nutrition, semble Jui être tout-à-fait correspondante, 1l paraît que ce qui est de la première de ces actions doit être aussi de la seconde. Tous les physiologistes, en effet, opposent l’hématose artérielle ou la conversion du sang veineux en sangartériel, à la nutrition ou la conversion du sang artériel en sang veineux ; ils mettent en regard le système capillaire dt: poumon où se passe la première de ces actions élaboratrices, avec le système capillaire général du corps où se passe la seconde ; et ils sont portés à croire que tout ce qui est de l’une de ces actions élaboratrices est aussi de l’autre. Or, la possibilité que lon a de suspendre Îa respiration a mis à même de s'assurer que l’hématose artérielle s’effectue instantanémen!; le sang se montre subitement ou rouge ou noir dans la ca- Tome III. 29

386 FONCTION DES NUTRITIONS. | rotide, selon qu’on permet ou qu'on empêche la respiration. Par conséquent , on est porté à croire qu’il en est de même de l’action de nutrition. Seulement, on ne peut en être süûr,, puisqu'on n’a pas le moyen de suspendre ici les nutritions ; comme on le fait de la respiration , pour voir si alors le sang. artériel traverserait le système capillaire du corps en restanttel, et se montrerait sous cette forme dans le systèmes veineux. | | Cependant cette dernière raison a moins de force que les. premières ; rien ne prouve absolument que ce soit l’action de nutrition qui soit l’inverse de celle de l’hématose artérielle; ce pourrait être aussi-bien l’un ou l’autre des deux autres offices que remplit le sang dans les organes , et parti= culièrement la calorilication. À coup sûr, le sang dans le poumon fait deux espèces de réparations bien distinctes; l’une, en apparence plus matérielle, de chyle et delymphe; l’autre d'oxygène. Il doit sembler dès lors qu'il fait aussi deux sortes de pertes dansles systèmes capillaires du corps; et il serait possible que l’action de nutrition ne correspondit qu’à a réparation chyleuse, et que la perte d'oxygène ait trait, ou à la calorification , comme nous ie dirons eiaprès, ou à l’entretien du mouvement vital. Ainsi, l’on ne pourrait plus arguer de l’instantanéité de l’hématose artérielle, puisque cette hématose artérielle ne serait plus l’action inverse de celle de la nutrition.

Ceci se rattache à une autre question bien importante, celle de savoir quelle part cette action de composition a à la formation du sang veineux. Îl n’y a aucun moyen d’y répondre par des faits directs. Comment, en eflet, spécifier, entre taut d'actes qui s’accomplissent dans les systèmes capillaires ; composition 4 absorplion décomposante , Sécré= tions, calorifications, ceux qui précisément font le sang veineux ? La réponse variera nécessairement, selon l’opinion qu’on adoptera relativement à la question précédente. Considère-t-on l’acte de composition comme lopposé direct de l’hématose artérielle ? alors on le considèrera comme ayant. une influence prochaine sur la formation du sang veineux. Veut-on,au contraire, que le sang dans son cours excentrique

DU MOUVEMENT DE DÉCOMPOSITION. 387 fasse deux sortes de pertes, comme dans son cours concentriqueilasubi deux réparations distinctes ; Veul-on que l’acte. de composition ne corresponde qu'à la réparation chyleuse ? alors cet acte n’aurait aucune part à la formation du sang veineux , el ne ferait que consumer une partie du sang artériel. Par des raisons sur lesquelles nous reviendrons à l’article de la calorification, cette dernière Opinion nous paraît la plus raisonnable.

Certainement encore, il existe des rapports entre cette action de composition, et la circulation capillaire d’une part, et l’action de décomposition de l’autre. D’un Côté, c’est pendant que le sang traverse le système capillaire que se fait la nutrition : la circulation capillaire dès lors pourrait-elle être sans influence sur la rapidité avec laquelle se fait la nutrition? Mais, non-seulement nous ignorons la rapidité avec laquelle se fait la circulation capillaire, combien de temps le sang met à parvenir, à travers les systèmes capillaires, des dernières artérioles aux premières veinules ; mais encore nous ignorons l'influence que très probablement cette circulation exerce sur la nutrition. D’un autre côté, il est sûr que non-seulement l’action de décomposition dont mous allons traiter coïncide avec l’action de composition dont nous venons de faire l’histoire , Mais encore que celleci doit être dans un rapport forcé avec la première ; il faut bien, en effet, que quelques molécules premières soient reprises, pour que de nouvelles puissent se déposer. Dès lors, cette action de décomposition doit influer sur la rapidité de l’action de composition. Mais il nous est encore 1m pOssible de spécifier le caractère de cette influence, sur laquelle nous allons revenir, après avoir parlé de l’action de décomposition.

ARTICLE II

De la décomposition des parties.

. On entend par là l’action absorbante qui a lieu dans l’intérieur de tout organe quelconque, et par laquelle il pr: repris une certaine quantité des matériaux qui le formaient,

388 FONCTION DES NUTRITIONS.

Cétté action d'absorption est cé qui constitue l’absorptioti interstitielle de Hunter, organique de Bichat, décomposanté de quelques autres. On ne peut la révoquer en doute. D’abord, il faut bien qu’il soit repris dans les organes quelques-uns des mälériaux qui les composaient, ét cela à resure que de nouveaux mätlériaux leur sont fournis, sinon leur volume augménterait indéfiniment. En second lieu, on l’a démontrée par quelques expériences : Duhamel avait. nourri pendant quelque témps des añimaux avec dés alimérits teints dé garance , et avait vu que par suite les os dé ces animaux étaient rouges; or, ayant cessé de fournir à ces añimaux des aliments colorés, il vit à la longue disparaîtré la couleur rouge des os, conséquemment à mesuré que la substance de ces os était renouvelée par la nutrition. Enfin, beaucoup de faits physiologiques et pathologiques prouvent la réalité dé cctte absorption intérieure. Dans les premicrs àges , les os, qui doivent plus tard offrir dans leur intérieur un canal médullaire , ou des cavités quelconques, des sinus, sont tout pleinis; el ce n’est que par les effets du développement, qu'une absorption intérieure reprend la matière qui tenait la place de ces cavités. Dans les premiers temps de la formation du cal, lors de fa fracture d’un os long, le canal médullaire aussi n'existe pas, Île cal est tout solide; ce n’est qu'avec le temps qu’une absorption interne le creuse, en ÿ reprenant une cerlaine quantité de matière. L’absorption interne va même jusqu’à faire complétement disparaître certains organes , après l’âge où leur service n’est plus utile : le thymus, par exemple, dès les premières années dé la vie ; l'utérus ou la mamelle dans la dernière vieils lesse, etc. C’est elle qui amène la disparition de beaucoup de tumeurs. , Mais nous avons déjà parlé, à la fonction des absorptions, de celle qui effectue cette action de décomposition: Nous ne reviendrons pas sur la recherche que nous avons faite des vaisseaux qui en sont les agents. On se rappelle par uels raisonnements nous avons été conduits à considérer commé tels les vaisseaux lymphatiques et les veines. Nous conclurons donc de suite, pour la question qui nous oceupe

DU MOUVEMENT DE DÉCOMPOSITION. 389 ici, que les radicules veineux et lymphatiques, Jà où ils font partie des systèmes capillaires, absorbent dans la profondeur de tous les parenchymes nutritifs une portion quel-

conque de la substance des organes, pour faire place à celle qui résultera de la solidification du sang.

Nous pourrions encore renyoyer au même lieu pour le mécanisme de cette absorption décomposante ; mais nous allons cependant en rappeler ici les traits principaux. Cette action est aussi moléculaire que celle de la composition, que celle de toute autre absorption , et n’est aussi manifestée que par son résultat. Elle est le produit spécial de l’activité des vaisseaux absorban ts, veineux où lymphatiques ; . car l’intégrité de ces vaisseaux absorbants est une condition nécessaire pour qu'elle ait lieu, et il suffit de modifier l’ae-

tivité des radicules absorbants, pour faire varier l’action de décomposition qu'ils eflectuent. Cette action d’absorption ne peut en rien être assimilée à une action mécanique, physique, chimique quelconque, mais est une action organique el vitale: c’est vainement qu'on a voulu assimiler, comme nous l'avons dit dans le temps, l’absorption lymphatique ou veineuse, à l’attraction et au phénomène des tubes capillaires , seules actions qui paraissent ayoir quelque rap- ‘port avec elles. Enfin, c’est aussi une action élaboratrice , c’est-à-dire qui donne à la matière sur laquelle elle opère une nouvelle forme ; en même temps que les radicules absorbants, Soit veineux, soit lymphatiques, saisissent la Substance des organes pour en opérer la décomposition , ils modifient cette substance, et fabriquent avec elle leur fluide Propre, savoir, le sang veineux, et la lymphe. Il est sûr, en effet, que les matériaux résorbés sont portés dans Ja lympbe et le sang veineux , et n’y sont pas relrquyés sous leur forme première ; ce qui prouve qu’en même temps que l'absorption les a saisis, elle les a élaborés, et changés, ou en {ymphe et en sang veineux, ou plutôt en des produits qu'on ne peut en distinguer, parce qu'ils sont aussitôt mêlés à ces fluides.

ci se représente pour une troisième fois la question de la formation du sang veineux. Il paraît certain que l’ab-

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sorption de décomposition concourt à cette formation, soit immédiatement en faisant directement le sang veineux, soit indirectement en versant dans ce fluide, ses produits, quels qu’ils soient; mais on ne peut préciser dans quellé proportion elle y sert, comparativement aux autres aclions capillaires qui y contribuent. Cependant, si cette absorpüon ne fait que verser dans le torrent veineux ses produits, peut-être peut-on la dire encore étrangère à la formation. du sang veineux proprement dit.

On doit en dire autant de la lymphe : puisque les vais-» seaux lymphatiques sont, ainsi que les veines, considérés comme agents de l'absorption interstitielle, il faut bien reconnaître que la Jymphe résulte, en partie au MOINS , directement où indirectement, des matériaux de cette absorption.

Toutefois, de même que la composition avait consisté. dans la solidification du sang, par suite d’une action spéciale des parenchymes nutritifs, dans une conversion de ce sang dans la substance des organes, de même la décomposition consiste dans une fluidification de la substance des organes, par une action spéciale des vaisseaux absorbants qui entrent dans la composition de ces mêmes parenchymes, dans une conversion de fa substance des organes en lymphe et en sang veineux, OU, au moins, én produits inconnus qui sont versés aussitôt dans ces fluides. De même que, dans l’action élaboratrice de la composition, la transformation du sang en issu organisé n’avait pu en rien être assimilée à une ac-. uon chimique ordinaire; que, par exemple, on n’avait pu signaler, dans le sang qui servait à composer, les éléments constituants des tissus qui étaient renouvelés par lui, de même, dans l’action élaboratrice de la décomposition, la: transformation des tissus organisés en lymphe et en sang veineux n’a rien de chimique non plus; l’on ne peut pas davantage retrouver dans ces fluides les éléments consti- Luants des organes, ni conclure chimiquement de l’existence des uns à la formation des autres. Enfin, de même qu'on avail pu dire de l’action élaboratrice de la composition, les. trois propositions communes , savoir : qu’elle n’était apte à

DU MOUVEMENT DE DÉCOMPOSITION. 391 s'exercer que sur un genre déterminé de matériaux, qu’elle n'avait en son essence rien de chimique, et qu’elle devait toujours donner naissance à un même produit, de même on peut les assurer de l’action élaboratrice de la décom posiüuon. Il est sûr en eflet que labsorption décomposante ne s'exerce dans l’économie que sur jes organes à renouveler ; Que cette action n’a en elle rien de chimique ; et qu’enfin elle donne naissance à un même produit, soit la Iymphe

et le sang veineux eux-mêmes, soit une matière qu’on ne * peut spécifier, parce qu’elle est aussitôt mêlée à ces fluides. Comment, par exemple, pourrait-1l en être autrement de ce dernier fait, lorsque ce sont partout les mêmes radicules qui agissent, et qui conséquemment ne peuvent que foxmer Ja même matière? A la vérité, ces radicules agissent sur -des éléments différents : mais est-ce le premier appareil de l’économie qui extrait de matières différentes un même produit ? l'appareil digestif, par exemple, ne fabrique-t-il pas un même chyle avec des aliments très divers ? - Ainsi donc, dans la nutrition, tandis que d’une part le sang artériel est solidifié, et changé dans la substance des ‘organes pour la composition, d’autre part, le tissu des organes est fluidifié, changé en lymphe et en sang veineux pour la décomposition. Tandis que Île sang artériel fournissait les matériaux composants , la Iymphe et le sang veineux recueillent les matériaux retirés des organes, et dont l’extraction fait la décomposition. Enfin, de même qu'il avait été impossible de suivre la matière depuis sa première entrée f dans l’économie sous forme d’aliments, jusqu’à son assimilation aux organes , à travers le chyle et le sang, de même aussi ii est impossible de suivre les éléments qui sont repris dans les organes, depuis les parenchymes nutritifs, jusqu’à ce qu'ils soient rejetés de l’économie par Îles organes des excrétions.

Nous ne pouvons pas même savoir quelles sont les molécules des organes que la décomposition reprend : il est assez probable que ce sont celles qui sont les plus anciennes, qui

y ont déjà fait un certain séjour, qui, en un mot. ont été usées par la continuité de la vie. Ii est sûr, en eflet, que les

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parties constituantes des organes y font uu certain séjour avant d’en être retirées : c’est ce qui résulte des expériences de Duhamel, dont nous parlerons ci-après, et dans lesquelles on voyait la garance, qui colorait les os, mettre un certain temps à disparaître, après qu’on avait interrompu son usage dans les aliments. D'ailleurs, le bon sens indique que ce sont les matériaux anciens, ou du moins ceux qui | sont Îles premiers usés, qui doivent être repris les premiers; car, de quoi cata ee] d’assimiler de nouveaux matériaux, pour les reprendre aussitôt ?

Ainsi que F action de composition avail différé é en ne organe, en raison d’une différence de structure dans les paredhat nutritifs, de même l’action de décomposition, diflère également partout, et par la même cause; les radi-" cules veineux et iymphatiques ont, dans chaque organe, une disposition , une activité particulière ; et, par suite, la décomposition a , dans chaque organe, un caractère spécial. I: en est dans sell elle est plus ranide, d’autres dans lesquels elle est plus lente; ce sont absolument les mêmes considérations que celles que nous avons présentées à l'égard du mouvement de composition. Ainsi, comme celui-ei, le mouvement de décomposition se fait vite, et à l'instar de la. médaille que l'on frappe; il est probablement dans un rap-v port quelconque avec la circulation capillaire, et certainement dans un rapport constant avec le mouvement de: composition. |

er —— me DE PRES RES

Telles sont les deux actions opposées du concours des- | quelles résulte la nutrition. Ces deux actions sont également merveilleuses, soit qu’on les considère en elles-mêmes ; soit qu’on Îles envisage dans leurs rapports entre élles. D'un côté, | on voit dans la composition un même fluide, le sang artériel, se changer en mille organes différents; et, dans la décomposition ; la substance de a à d'organes différents être changée toujours dans les mêmes nids la iymphe et Je sang veineux. D’un autre côté, on est obligé d'admettre qu’il y a les rapports les plus intimes entre ces das actions ,

MÉCANISME DES NUTRITIONS. 399 qu'elles ont lieu en que sorte en même temps. Comment concevoir, en eflet, qu'une partie s'applique de nouveaux principes sans se débarrasser en même temps de ceux qui là formaient préalablement ? Cependant les âges et les maâdies nous montrent quelques différences dans l’activité de “es deux actions. Dans le premier âge, le mouvement de omposition prédomine sur celui de décomposition, puisque le corps croît et augmente de volume. Dans le dernier ge, au contraire, la décomposition prédomine sur la com- Josilion, puisque le corps dépérit. Dans. les maladies, on joit quelquefois la composition devenir très active, nt un Pgane prendre alors un volume, un développement insoiles; dans d’autres cas, au contraire, on voit la décompoition s'exercer sur un organe, jusqu'au point de le faire omplétement disparaître,

Du reste, il n’est pas possible de révoquer en doute cette pposition continuelle de composition et de décomposition, ar laquellesont entretenus ,renouvelés, nourris nos organes. il est évident que, dans la nature, il ÿ a mutation conuruelle de la matière qui y compose tous les corps, cette mutaion est encore plus vraie des corps organisés et de l’homme. Il uflit de penser, d’une part, aux aliments que nous prenons tque nousavons besoin de prendre chaquejour,etde l'autre, nos diverses excrétions, qui ne sont pas moins constantes t nécessaires, pour être portés à croire que les premiers nt destinés à remédier aux pertes qui résultent des seondes, et qu'il y a en nous un roulement continuel de maère. À la vérité, où pourrait croire que l’alimentation ne rt qu’à remédier aux pertes que font faire au sang nos exrétions. Mais on ne peut réduire le service des excréuons, l'expulsion de la partie des matières ingérées qui n’a pas é assimilée ; leur quantité est trop considérable pour cela ; lusieurs ont une mature trop animalisée , et cet excés d’anialisation annonce qu’elles proviennent de matériaux qui nt fait partie de corps vivants. Plusieurs, sans doute, ne iraissent pas avoir été destinées primitivement à effectuer décom position du corps ; elles remplissent dans l’économie autres usages bien évidents : mais il en est une, l’excrétion

394 FONCTION DES NUTRITIONS. | de l'urine, qui n’a pas d'autre cffice que d'éliminer les di bris de nos organes , et celle-là suffit seule pour démontrer | réalité de la décomposition du corps. 1lest d’ailleurs de non breux phénomènes de santé et de maladie qui mettent ho! de doute cette rénovation coniinuelle de nos parties. © voit l’épiderme s’user et se renouveler sans cesse, des lack. faites à la peau disparaître aprés un lLemps plus où moi long. On voit, pendant le cours de la vie, des organes pri senter des degrés divers de grosseur, selon la mesure dan laquelle is sont nourris : on les voit, malgré l’accroissemeér que leur fait éprouver le premier âge, présenter toujours | même substance intime, la même solidité; toutes preuvi que c’est profondément, et d’une manière continue » ques fait leur renouvellement. Cette continuelle composition décomposition de nos organes est enfin démontrée par le expériences directes qu’on a tentées avec des aliments tein! par de la garance. Le hasard fait manger à Belchier, chiru gten de Londres, un cochon Qui avait été nourri chez u! teinturier : il remarque que les os de cet animal sont rouges et il attribue cette particularité à ce que l’animal a été nour: avec des aliments teints en rouge ; 1! conçoit dès lors la po: stbilité de se servir de ce fait, pour démontrer que nos 01 ganes vont en se composant et se décomposant sans cesse ;.| conjecture que dans un même animal les os se montreror tantôt rouges et tantôt blancs, selon que cet animal use ou non d'aliments colorés ; il fait des essais qui justifientie conjecture; il les communique à la Société royale de Lon dres ; Sloare, son président, en instruit l’Europe, et I mêmes expériences sont répétées alors dans plusieurs pays et avec les mêmes résultats; en France, par Duhamel ;*el Italie, par Baroni; en Allemagne, par Bohmer, Ludwig Delius. Or, si les os, les parties les plus dures de lPéconomie vont en $e renouvelant sans CEsse, En se Composant el se dé COMpPOsant continuellement, on conçoit qu'il doit en être même des autres parties. D'ailleurs, Jorsque l’on voit” crane aller en augmentant de capacité chez un enfant, mesure que le cerveau , qui est dans son intérieur, croît lu même , el ce crâne cependant se montrer également soit

MÉCANISME DES NUTRITIONS. 395 2 plein, qui pourrait douter que cette partie n’ait été en proie à cette action seurde de composition et de décomposiion , qui seule permettait à l’ossilication de se faire chaque our sur de plus grands contours ?

. Seulement, ce renouvellement est assez lent à se faire, ar si les actions qui l’effectuent sont instantanées, rien ne lit qu’elles soient continues. Peut-être ce renouvellement st11 peu de chose à chaque instant pour chaque organe. Jeute lenteur est surtout grande dans l’âge adulte, car, dans premier âge, il y a excès de composition , et dans le derlier, excès de décomposition.

. Toutefois, puisqu’en même temps que nos organes s’aproprient de nouveaux matériaux, ils rejettent tous ceux ui les Composaient préalablement, on conçoit qu’il doit rriver une époque où le renouvellement matériel de notre Orps est complet, c’est-à-dire où nous ne conservons plus ien de la matière qui, à ane époque antérieure, entrait ans la composition de nos organes. C’est ce qui est en effet. L est sûr que nous n’arrivons pas au terme de notre carère avec la même matière qui nous formait au commenceent ; et nous applaudissons à l’ingénieuse comparaison qu'a le à cet égard le professeur Richerand, de notre corps au aisseau des Argonaultes, qui, radoubé mille fois dans sa raversée, n'avait plus, au terme de sa course, aucune des arties qui le formaient d’abord. Or, on a cherché à préciser temps qui élait nécessaire pour que ce renouvellement dtier fût achevé. Les anciens ont dit tous les sept ans ; ernoulli, tous les trois ans. Mais on concoit que ce temps e peut être connu, et qu'aucun calcul n’est applicable ici. omment, en eflet, fixer le point de départ de l'expérience, | de. même reconnaître son terme ? La nutrition étant une tion moléculaire, dans laquelle or ne peut saisir, ni ce ui entre pour la composition, ni ce qui sort pour la dé- »mposition , 1] n’est réellement aucun moyen de fixer léoque qu’on recherche.

D'ailleurs , est besoin de dire que cette nutrition n’est 5 plus que toute autre fonction de notre économie, idenque et constante, mais qu’elle est miile fois différente se-

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lon les circonstances individuelles ? Elle n’est pas la mêm en eflet, dans les divers âges : dans l’enfance , elle « beaucoup plus rapide; dans l’âge adulte, elle est déjà pl modérée; et, comme toute fonction, elle s’affaiblit dal la vieillesse. Elle change aussi selon les sexes, les tempi raments, les idiosyncrasies ; chacun a, à cet égard , constitution propre. L'état de maladie surtout la modif dans les maladies, il semble souvent que la nutrition sa faiblisse beaucoup, du moins à juger par l’état de dimimi tion que présentent les organes ; en quel état d’atrophi par exemple, parviennent les diverses parties du corps, à! suite des longues maladies chroniques? Enfin, se retrow iC1 la différence de la nutrition dans les divers organes : U 0r$ane peul renouveler plusieurs fois sa substance en entie pendant que tel autre effectue à peine une fois ce même pr! nouvellement. Dans chaque organe, cette nutrition se cooi donne aux formes que cer organe doi avoir; c’est ainsi , pa exemple, qu’elle creuse dans les os longs le canal médn! laire ; qu’elle fait dans l’os ethmoïde les cellules qui s’y mon trent, etc. D'après ces diflérenees, est-il possible de rien fixe sur le temps nécessaire au renouvellement complet d’un ox gane parliculier, et à celui de tout le corps en général?

Il est même assez difficile de préciser, au milieu des os cillations que présente comme toute autre cette fonction d la nutrition, quelles sont les conditions qui influent plu particulièrement sur elle ? y a-t-il des époques où cett fonction est plus active, et d’autres où elle se tempère En général, son activité paraît un peu dépendre de l’exer cice des organes; du moins cela est évident pour le systèmi musculaire, et on conclut de ce système aux autres. Il es d'observation que tout organe très exercé prend plus corps, et conséquemment est mieux nourri: on peut € citer comme preuves le développement considérable de bras chez les boulangers , celui des jambes chez les danseurs du larynx chez jes chanteurs, des épaules chez les por e fix, et en général, toute l'habitude extérieure des homme: à vie active, comparativement à celle toute grêle des hom es à vie sédentaire.et de cabinet. Quoique placée au terme di

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écanisme nutritif, cette fonction est encore un peu déendante de l’influence nerveuse ; on sait combien les pasons amaigrissenL. Il est possible , à la vérité, que cet effet arrive que par suite des troubles que le moral amène dans s fonctions préparatoires, et que nous avons dit être mme l’échafaudage de la nutrition, dans la digestion , reSpiralion, elc. En général , comme la nutrition est une nmction lente, ses maladies le sont aussi ; les médicaments von emploie dans la vue dé refaire une constitution usée ivent conséquemment être continués un long temps; ils vent surtout être pris dans le régime ; et c’est à cette motion que s'applique principalement ce qu'on appelle en érapeutique la méthode altérante.

Telle est l’histoire de la nutrition : on én a, en quelque rte, une représentation dans le mécanisme de la cicatrition de nos parties. Une de nos parties est-elle accidentelment entamée ? on voit se faire à sa surface un dévelop ment de bourgeons charnus, c’est-à-dire qu'il se forme abord cétte trame cellulo-vasculo-nerveuse qui constitue ut parenchyme nutritif : ensuite ce parenchyme travaille sang qui lui arrive, de manière à former avec lui le tissu la partie qui était le siége de l’entamure. Ce mécanisme Ja cicatrisation est le même en toute partie, dans l’os mme dans le muscle; il n’y a de différence que dans la radité avec laquelle se fait l'opération : le cal, par exemple, iployant quarante jours à se faire; et la peau, au conaire, se réunissant en trois jours. Dans cette cicatrisation, aque partie renouvelle la série des phénomènes par Îlesels elle s’est formée primitivement; le cal, par exemple, L d’abord cartilagineux , ensuite il devient osseux ; il est abord tout plein, puis l’absorption décomposante y creuse canal médullaire : de sorte que cette cicatrisation de nos rüies nous offre un simulacre de l’action par laquelle ces rties ont été faites dans l’origine, et de celle par laquelle les s’entretiennent.

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