‹ Physiologie de l'homme (volume 2)Chapitre 76 sur 97 · MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL

du séram du sa ng à travers les pores des artères , le cruor de

ce fluide ayant trop de densité Pour passer de même à tra-

vers ces pores; et, étendant cette théorie aux autres organes

sécréteurs, voici comme on concevait la sécrétion : le sang, arrivé aux extrémités du syslème vasculaire Sanguin et aux

origines du système vasculaire sécréteur , se séparait dans

ses divers globules; chacun de ceux-ci s'engageait dans ceux

. des vaisseaux sécréteurs qui étaient avec eux en rapport de

grandeur , de figure; la distance à laquelle était du cœur lorgane sécréteur , comme influant sur le degré de vitesse et

de force de la circulation, avait une importance; et les di-

verses humeurs sécrétées n'étaient ainsi que les divers glo- bules constituants du sang diversement séparés.

De nombreuses objections s’élèvent contre cette première théorie mécanique de la sécrétion. D'abord, Ja filtration , dans laquelle on veut faire consister uniquement la sécrétion paraît impossible pour les deux organes sécréteurs de forme plus complexe, les follicules et les glandes; les vaisseaux sanguins et sécréteurs sont en eux trop repliés pour que cette filtration soit possible; et, si ce n’est pas en cela conséquemment que consiste leur action de sécrétion, on

doit en dire autant de l’exhalation; car, à coup sûr, le

mécanisme de la sécrétion doit être le même au fond , quelle que soit la forme de l’organe sécréteur. Ensuite, les faits qu'on invoque, pour prouver que l’exhalation n’est qu’une filtration, sont insuffisants. On arguë, par exemple, de la coloration en jaune de la partie du duodénum qui avoisine la vésicule biliaire, du suintement à la surface des membranes exhalantes d’une matière injectée dans les artères, des ecchvmoses que présentent les parties des cadavres sur lesquelles ces cadavres reposent, etc. Mais ce sont là autant de phénomènes cadavériques , qui tiennent à ce que l’absence de la vie permet entre les organes des t'anssudations qui ne se faisaient pas avant la mort. Haller faisait sourdre Ja moelle des os par les extrémités articulaires pour former ja Synovie, et croyait que la graisse transsudait de même du sang à travers les pores des artères; mais ces deux assertions sont fausses , et ne peuvent servir de preuves à l’hypothèse Qui fait

de la sécrétion une filtration mécanique. En troisième lie , pour que l’opinion de Malpighi für vraie, il faudrait que toutes les humeurs exhalées ne fussent que le sérum du sang; et, si cela paraît être de quelques-unes, cela n’est pas de toutes. En qua trième lieu, cette comparaison des organes sécréteurs avec des cribles était fondée sur les trois opinions suivantes ; la décroissance des vaisseaux, la décomposition du sang en globules de forme et de calibre proportionnel à la capacité des vaisseaux décroissants , et l’existence des diverses humeurs sécrétées toutes formées dans le sang. Or, ces trois opinions sont reconnues fausses aujourd’hui : 1lest sûr, d’une part, que ce n’est pas par un décroissement tel que le concevait Boërhaave , que se fait l’abouchement des dernières ramifications des artères avec les divers vaisseaux nutritifs et sécréteurs. Îl est certain, de l’autre, que Ja composition globujaire du sang n’a pas sur les sécrétions l'influence qu’on lui attribue ici. Enfin, il est certain encore, comme nous le prouverons ci-après, que les diverses . humeurs sécrélées n’existenL pas toutes formées dans le‘sang, eL surtout qu'elles ne résultent pas de la seule séparation desglobules constituants du sang. Enfin, dans l’hypothèse que nous combattons, il faudrait que les Stobalés constituants du sang se présentassent Leurs un à un à chaque crible sécréz | teur , et toujours dans la même PROS? ; 1l faudrait que ces | globules fussent homogènes dans la même humeur. On né | conçoit pas pourquoi ceux de ces globules qui seraient ronds. n’entreraient pas dans tous les Géblese et pourquoi ceux de ces globules qui seraient les plus déliés n’entreraient pas den ! même dans tous les vaisseaux qui sont un peu gros. Ne voit-on | pas le sang pendant la vie, et nos injections dans les animaux vivants ou morts, pénétrer également dans des vaisseaux quim sont d’un calibre différent, et qui sont à des distances di= à verses du cœur ou du tronc générateur ? n’est-ce pas là une à contradiction formelle à la théorie que nous dre to dte ? ' Tout récemment, un physiologiste, M. Fodera, est res, À venu à celte théorfe mécanique , au moins relativement à à l’exhalation. S'appuyant à la fois sur des observations et ut \ des expériences, il a voulu établir que cette exhalation n’é- À

MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 453 lail qu'une transsudation. Si on injecte, dit-il, des vais-

seaux sur des cadavres, :on voit la matière de l'injection

ranssuder par tous les peints de ces vaisseaux. Si sur un animal vivant, on met à découvert une artère ou une veine,

où voit un suintement se faire à travers leurs parois. Le phé-

nomène est plus sensible si on a lié préalablement le tronc d’origine; souvent alors survient une infiltration séreuse , ou même le suintement est sanguinolent, Si on lie les veines jugulaires, non-seulement survient un œdème dans les parlies supérieures aux ligatures, mais ily aaugmentation de la

sécrétion salivaire, Enfin, dans de nombreuses expériences,

M. Fodera a vu les matières qu’il injectait dans des vaisq ]

seaux, des réservoirs, transsuder promptement à travers les parois de ces vaisseaux, et passer dans les parties circonvoisines. Ainsi, portant dans une anse intestinale une 6olution de prussiate de potasse, el plongeant cette anse dans une solution d’hydrochlorate de chaux, il a trouvé après

quelques temps de l’hydrochlorate de chaux dans l’inté-

rieur de l'intestin, et du prussiate de potasse dans le liquide où cet inlestin plongeait. Plongeant une vessie pleine de

teinture de tournesol dans une solution de noix de galle,

il a trouvé de même de l’acide gallique dans la vessie et de

la teinture de tournesol dans la solution de noix de galle.

Injectant dans la veine pulmonaire d’un mouton une solution d’hydrochlorate de baryte, et dans la trachée-artère une solution d’hydrocyanate de potasse , 1l a retrouvé cette dernière matière dans la veine pulmonaire, et la première dans la trachée-artère, Pour rendre les résultats plus saillants, au lieu de rechercher après l’expérience par Îles réaclifs, si la matière a véritablement transsudé du lieu où elle avait été portée, il a injecté séparément et en même temps ces réactifs en deux cavités : par exemple, portant dans le thorax ou dans la vessie une solution de noix de galle ou de prussiate de potasse, et dans le péritoime une solution dé sulfate de fer, il a vu les parties se colorer

promptement en noir ou en bleu. Injeciant dans la cavité

gauche du thorax d’un lapin unesolution d’hydrocyanate de potasse, et dans le péritoine une solution de sulfate de fer,

et, tenant l’animal peuché sur le côté gauche pendant trois quarts d’heure, il a trouvé à l’ouverture beaucoup de parties du thorax et de l’abdomen colorées en bleu. En plongeant enfin dans un bain de sulfate de fer uneanseintestinale remplie d’une solution de prussiate ferruré de potasse, il a pu suivre les progrès de la coloration et le phénomène dans toutes ses phases; il a vu la coloration , d’abord légère des parties, se foncer peu à peu; puis le liquide des vaisseaux lymphatiques et sanguins se colorer aussi graduellement, à commencer par les ramifications, et arrivant successivement aux branches; enfin, il a trouvé le prussiate de fer. dans les vaisseaux lymphatiques, le canal thoracique, la “veine cave inférieure , etc. De ces expériences, M. Fodera conclut que l’exhalation n’est qu'une transsudation, de même que labsorption n’est qu'une imbibition; que ces deux actes dépendent de la capillarité des tissus, et que ce double phénomène peut s’opérer en toutes parties. Mais sans revenir sur ce que nous ayons dit dans le temps de l’absorption, et pour nous en tenir à l’exhalation , d’abord, M. Fodera n’applique qu'à ce mode de sécrétion cette idée de transsudation ; il n'ose l’assurer des sécrétions folliculaires et glandulaires; et nous avons déjà dit que le mécanisme | de la sécrétion était probablement le même au fond dans |

. 3 s \ , les trois espèces d’organes sécréteurs. Ensuite, les expé-" riences de M. Fodera nous présentent bien des phénomènes de transsudation., mais rien en elles ne prouve que les exha-«

lations qui se font dans les êtres vivants soient des phéno-w mènes d’un même ordre. La graisse ,

la synovie, la moelle, sont-elles de simples transsudations du sang à travers les porosités des vaisseaux ? Si cela est » Pourquoi ne trouve-t-on  pas ces humeurs dans le sang ? pourquoi ne sont-elles ver" sées que dans certaines parties du corps? Nous établirons ci-après que dans toute sécrétion , il y a formation, fabrication de l'humeur sécrétée ; et ce seul fait ruine toutes les explications physiques des sécrétions. M. Fodera a pris ici | pour des phénomènes d’exhalation des faits des actes de transsudation 4 accuerilir son explication.

qui ne sont que et l’on ne peut conséquemment

MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 455 Nous rejetterons de même cette autre théorie physique des sécrétions due à Hamberger , dans Jaquelle il est dit que chaque humeur sécrétée se dépose dans son organe sécréteur propre , en raison de sa pesanteur spécifique. Cette théorie, en effet, suppose que les fluides sécrétés sont contenus primitivement dans le sang; et nous allons prouver que cela n'est pas, que ces fluides sont formés par l’organe sécréteur. Il resterait d’ailleurs à expliquer comment chaque humeur se déposerait dans son organe spécial, la diversité de leur pesanteur spécifique ne suffisant pas certainement pour rendre raison de ce fait. Mais l’objection capitale, c’est que les humeurs sécrétées n’existent pas dans le sang , mais sont formées avec lui. Qu’on analyse le sang, jamais on n’y trouvera aucune des humeurs sécrétées ; les humeurs exhalées elles-mêmes , qui ressemblent davantage au sérum, n'y existent pas; à plus forte raison les humeurs qui sont produites par les organes sécréteurs plus composés. Lorsqu'on trouve dans le sang quelques humeurs sécrétées , et surtout celles qui sont tellement distinctes qu’on ne peut les méconnaître , la bile, l'urine, par exemple, c’est que l’absorption les a reprises dans les organes où elles ont été formées ct pendant qu’elles étaient encore contenues dans leurs couloirs. C’est ce qui est, par exemple , dans les cas si fréquents d’ictère et de fièvre urineuse, quand un obstacle quelconque s'oppose à l’excrétion de la bile ou de l'urine. Mais ces humeurs n'existaient pas pour cela primitivement dans le sang; elles y ont été seulement reportées après avoir été faites par leurs organes sécréteurs propres. A la vérité Haller croyait que la graisse transsudait des artères à travers les pores de ces vaisseaux , ce qui supposait l’existence primitive de cette matière dans le sang. Ce savant s’appuyait sur l'autorité de Morgagni, qui disait avoir vu des gouttes de graisse couler de l’intérieur de vaisseaux coupés ; sur ceile de Malpighi, qui assurait avoir vu cette matière circuler dans le sang des grenouilles ; enfin sur celles de Ruisch et Glisson, qui disaient en avoir reconnu dans le sang des scorbutiques. Mais d’abord Huller avouait n’en avoir Jamais vu lui-même, et yen avoircherchéen vain ; ensuite cette Opinion

sur l’origine de la graisse estaujourd’hui reconnue fausse par tous les physiologistes. Chirac annonçait une expérience qui, si elleeûtétévraie,eûtété pluscontraire à l’assertion quenous.

émettons;ildisait, qu'ayant lié l’artère rénale à desanimaux, .

il avait vu survenir chezeux des vomissements urineux ; mais

l'expérience tentée depuis n’a jamais présenté ces résultats.

S'il est vrai que le sang ne contient primitivement aucune des humeurs sécrétées ; que toutes ces humeurs,au contraire, sont formées par l’acte de la sécrétion , de cela seul résulte que cette sécrétion ne peut être, ni une filtration, ni une transsudation, ni une précipitation, ni une action physique quelconque. Or, c’est ce que nous allons prouver.

Tout, en eflet, dans l opinion contraire, nous semble diffi- |

culté, et être en opposition avec ce que la physiologie nous

apprend desdiverses fonctionsqui ont pour but la formation,

d’une matière vivante. 10 Dans l’kry pothèse de l’existence préa-

lable des humeurs sécrétées dans le sang , quelle idée se faire |

de la composition de ce fluide, Ep as de beaucoup

d’humeurs diverses, jouissant chacune de propriétés physiques et chimiques différentes? L'esprit peut-il admettre

la seule possibilité d’un pareil mélange; car, parmi les humeurs sécrélées, n’y en a-l-il pas plusieurs qui ne peuvent pas exister ensemble sans se détruire ? 20 Si l’on admet;

toutes formées dans le sang, les humeurs sécrétées, il“ faudra aussi y supposer les matériaux nutritifs des organes” solides, car il y a parité entre ces actions. Il est aussi diffi-M, cile de concevoir qu’un organe fabrique, avec le sang qui le pénètre, son tissu propre, que d'admettre qu’une glande fabrique avec ce fluide l’humeur qu’elle fournit; et certai-" nement l’unité qui s’observe dans toutes les œuvres de la nature, doit comduire à penser que ces deux genres d’ac-« tions, les nutritions et les sécrétions , ont le même méca-w nisme et sont, ou de simples filtrations, ou de véritables. actions de formation. Or, ne voit-on pas, dans la nutrition À des matières se former, et.cela si évidemment, que leurs éléments mêmes manquent, non-seulement dans le sang,"

mais dans Îes aliments desquels provient ce fluide? 30 Il

est des sécrétions qui ne commencent qu’à une certaine

MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 457 ‘poque de la vie, celle du sperme, par exemple; ilen est l’autres qui ne se produisent qu’en de certaines conditions le l'existence , celle du lait. Or, quel parti prendre à l’égard le ces sécrétions ? Si l’on veut que ces humeurs aient existé le tout temps dans le sang, pourquoi le triage ne s’en fait-il ju’à un certain âge et dans de certaines conditions ? Si l’on eut qu’elles n’existent dans le sang qu’à cet âge et dans ces onditions, quelle cause les fait s’y produire Fu 4° Enfin, emarquons, que par cette préexistence des humeurs sécrétées lans le sang, on ne fait que reculer la difficulté. Si les iumeurs sécrétées existent toutes formées dans le sang, comnent s’y sont-elles faites? À coup sûr, on n'ira pas jusqu’à dire qu elles existaient dans les aliments et dans l’air lont provient le sang. Sera-ce donc dans les appareils diestif et respiratoire qu'elles ont été faites ? ou sera-ce dans e sang lui-même, par la réaction de ses éléments constiuants l’un sur l’autre? Mais la première chose sera aussi xtraordinair "€, AUSS siantimécanique, aussi antichimique que action de formation que nous attribuons aux organes séréteurs ; et quant à la seconde, elle est en opposition avec ont ce que nous apprend la physiologie. Partout, en eflet, n voit les fluides être produits par les solides, et ceux-ci flectuer toutes les élaborations qui organisent la matière ; oujours ces élaborations se succèdent dans l’économie, de nanière que les dernières achèvent et complètent ce qu’ont ommencé les premières. D’un côté, nulle part on ne voit. le fluides vivants se faire eux-mêmes, el par la réaction de eurs éléments constituants ; qu’on te suive depuis ies bouhes absorbantes jusqu’à ee assimilation aux organes , touours ils ont subi, chemin faisant, l’action de solides élaorateurs ; l’absorption, par exemple, n’a pas été une simple ciion de pompement, elle a modifié, élaboré la matière bsorbée , et les racines végétales ont élaboré les matériaux ruelles ont pris dans la terre pour la nutrition du végétal, ussi évidemment que l’appareil digestif a élaboré les aliaents de l’animal, D’un autre côté, qui peut contester que , ans la succession d’actions dont le concours accomplit la utrilion, digestion, respiration , absorption , assimilation,

il ÿ ait une série d’élaborations qui toutes, sans doute, concourent à un résultat, à une formation dernière, mais| qui cependant sont diverses à chacun de ces degrés? Dès! lors, s’il est démontré qu'il y a première élaboration dans la! digestion, puis seconde, troisième élaboration dans l’ab-. sorption , l’assimilation , il est bien probable qu’il y a der-! nière élaboration dans la sécrétion; car, encore une fois, toutes ces actions sont d’un même genre. Concluons donc! d’après toutes ces considérations, que les humeurs sécrétées! n'existent pas préalablement dans le sang , mais se font dans! l’acte de la sécrétion ; et cela suffit pour renverser la théorie | qui veut réduire celle-ci à n’être qu’une filtration. | 4

Toutefois, nous ne devons pas passer sous silence quel=! ques expériences récentes qui semblent contraires à notre! proposition. MM. Prévost et Dumas à Genève, ayant extirpé | les reins à des chats et à des chiens, comme l’avait fait Chirac, et ayant ensuite analysé le sang, disent y avoir trouvé, non | de l’urine, mais de l’urée, qui est le principal élément de cette ! humeur: cette uréeyexistaiten quantité d'autant plusgrande, que lesanimaux avaient survécu plus long-temps à la néphrotomie : au contraire, le sang des animaux auxquels on avait | laissé les reins, ne présentait aucune trace de cette ma- : tière. Cette expérience, répétée à Paris par M. Ségalas, lui a. présenté le même résultat; et même ce physiologiste ayant | eu l’idée d'observer par contre le sang d’un autre animal auquel il avait laissé les reins, et dans les veines duquel il

| | avait injecté de l’urée, n'ya pas davantage retrouvé ce prinl | cipe; mais la sécrétion urinaire s'était montrée fort activée, consécutivement à l’injection. Enfin, on m’a dit que depuis | leurs travaux sur l’urée, MM. Dumas et Prévost avaient! aussi retrouvé dans le sang les principes d’autres humeurs sécrétées , après avoir enlevé sur des animaux vivants a organes sécréleurs qui en sont les agents : on dit qu'après avoir extirpé les testicules à un crapaud, ils ont pu effectuer | des fécondations artificielles avec le sa ng de cet animal] ; qu'a | près avoir excisé les mamelles, ils ont retrouvé du suce de lait dans le sang. On assure que M. Chevreul a retrouvé dans le sang plusieurs des principes nutritifs des organes,

MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 459 par exemple, la matière du cerveau. Nous sommes forcés de sonvenir que ces faits, s’ils sont vrais, paraissent des plus propres à faire croire qu’existent tout formées dans le sang, inon les humeurs sécrétées elles-mêmes, au moins leurs principes immédiats. Mais voici nos réponses. D'abord, il y a d’avéré que le fait de l’urée et celui de la matière érébrale; MM. Dumas et Prévost n’ont rien publié encore ur les autres; et le temps qui s’est écoulé depuis Pannonce jui en a été faite porte à croire que ce qu’ils avaient vu Vabord ne s’est pas confirmé : on a vainement cherché dans e sang les principes immédiats spécifiques des autres humeurs, telles que la bile, par exemple. En second lieu, 2e n’est pas la substance cérébrale proprement dite, que M. Chevreul a trouvée dans le sang, mais une des substances jui composent la matière nerveuse, une matière grasse, anche; et on conçoit que celle-ci peut exister à la fois lans le sang et dans le cerveau. En troisième lieu, on sait que dans les matières végétales et animales les éléments tien- 1ent peu les unsaux autres, et ont tendance à s’associer en de értaines combinaisons sous les moindres influences , pour lonner naissance à des produits qui sont assez constants : insi , on voit ces matières se transformer facilement les unes lans les autres; par exemple, la gomme se changer en sucre, e sucre faire de l’acide oxalique. Qui peut assurer dès lors que dans les opérations employées pour analyser le sang, ju par le fait-même du temps, ces principes ne se sont pas ürmés, et par conséquent n'existaient pas auparavant. Enfin, sans user de cette argumentation, et en prenant le ait de l’urée dans sa rigueur absolue , si l’on veut que ce In cipe existe primitivement dans le sang » el que le rein ie fasse qu ’en opérer le triage, pourquoi n’en trouve-t-on as dans le sang , lors même que les reins existent ? Puisque a sécrétion urinaire est continue, le sang ne devrait-il me oujours contenir de l’urée? et cependant dans une expéience de M. Ségalas, il a suffi de laisser à l'animal un des reins, pour qu’on ne puisse signaler de l’urée dans le sang. D'ailleurs , réfléchissons que l’urine , parmi les humeurs sérétées, fait une classe à part; c’est l’humeur excrémenti-

uielle par excellence, celle par laquelle s’accomplissent || décomposition et la dépuration du corps; et l’on peut con! Cevoir que son principal élément existe déjà dans le sang O1 l’aura porté l’absorption interne, sans qu'il en soit de mêmi des autres humeurs sécrétées. Enfin, en admettant ces faits ce ne seraient pas les humeurs elles-mêmes qui seraient dan! lesang, mais seulement leurs principes immédiats, et consé quemment la sécrétion ne serait pas encore une filtration mé canique, telle que la concevait Boërhaave. 1

Passons aux théories chimiques. On a supposé chaqul organe sécréteur imprégné d’nn ferment spécial , en vert duquel il changeait le sang en humeur propre; de mêm qu’on avait admis des ferments analogues, dans tous le lieux du corps où il se fait quelques transformations de matière. Par exemple, on avait admis dans l’estoma un ferment acide comme mobile de la chymification, dans les intestins un ferment stercoral ; or, on admit de même un ferment dans chaque organe sécréteur, ferment qui dans telle glande était fixe, et dans telle autre volatil

Mais ce n’est là qu’un produit d'imagination : a-t-on jamais trouvé dans aucun organe sécréteur des traces de ce prétendu

:] ferment ? quelle serait sa source ? si on le dit formé et dérivé

du sang par l’action de l'organe sécréteur, ne vaut-il pas mieux dire cela du fluide sécrété lui-même ? n’est-ce pa laisser la difficulté tout entière ? K D'autres ont comparé les vaisseaux sécréteurs à des mèches de coton, qui ne retirent d’un mélange que le fluide dou elles ont été préalablement imprégnées. Mais cette hypo*) thèse nous ramène à cette opinion erronée , que le sang ést} un fluide hétérogène contenant toutes formées les diverses! humeurs du corps; et d’ailleurs, il faudrait encore expliquer comment chaque vaisseau sécréteur serait préalablss meut imprégné du seul fluide dont il effectue le triage. 4 Keil supposait dans le sang l'existence de deux foret attractives, inverses l’une de l’autre; l’une tendant à con SeFVer au Sangsa composition prôpre, l’autre, lui re | former l’humeur nouvelle qui résulte de la sécrétion. Maïs quelle condition faisait prédominer, dans l'organe sécréteurl

MÉCANISME DÉS SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 461 seulement et exclusivement, la seconde de ces attractions sur la première ? pourquoi cette seconde force attractive étaitelle spéciale en chaque organe sécréteur ? Il est trop évident qe cette explication se réduit encore à des mots.

& Toutes ces explications sont insoutenables, et les chimis-

Les modernes qui veulent rattacher l’acte des sécrétions à une force électrique, ne nous semblent pas plus rigoureux.

l'ous ces systèmes ont ce tort commun que, faisant dépenlre la sécrétion d’une condition matérielle , physique ou himique , il semblerait que cette condition existant une O1s, la sécrétion devrait toujours avoir lieu. Or c’est ce qui rest pas. Nul phénomène organique n'est plus que la sérétion , sujet à varier par toutes influences extérieures et ntérieures. D'ailleurs ils réduisent queue à rien Île rôle le l’organe sécréteur ; cet organe semble n’être plus que Je héâtre de laction, et, au contraire, il en est vraimen: agent; nous avons in qu’ on ne pouvait faire varier son tat de vitalité, directement ou sympathiquement , sans que a sécrétion ne soit aussitôt modifiée dans sa quantité et sa qualité.

Dans ces derniers temps, des hommes au premier rang lans les sciences ont tenté encore des explications physiques et chimiques des sécrétions. M. Berzélius conjecture que es actions son! dues à une force électrique. MM. Dumas ei Prévost pensent que chaque particule de sang étant une aire galvanique en état de tension, et les vaisseaux sanuins ce qui établit le courant galvanique , la surface cirulante de chaque organe sécréleur est douée d’une polarité onstante qui forme les humeurs sécrétées. Beaucoup de aits semblent montrer que le galvanisme joue un grand ‘ôle dans la production des phénomènes vitaux; et, parmi es faits, il en est un qui se rattache aux expériences de . Fodera, que nous avons citées plus haut. Ce physioloriste a vu que, tandis que les faits de transsudation qu’il )btenait mettaient souvent une heure à se produire, il les endait instantanés par l’influence galvanique. Mettant,

ar exemple, une solution de prussiale de potasse dans : essie d’un lapin ; faisant communiquer cette solution avec

462 FONCTION DES SÉCRÉTIONS. | un fil de cuivre, puis plaçant à l'extérieur de ces organes ui linge imbibé d’une solution de sulfate de fer et commu niquant avec un fil de fer, il a vu qu’en mettant ces fil en communication ayec ceux de la pile, la vessie oui linge extérieur étaient soudain colorésen bleu , selon qu” dirigeait le courant galvanique de l’extérieur à l’intérieur ou de l’intérieur à l'extérieur , c’est-à-dire selon qu'il faisai communiquer le fil de fer avec le pôle positif, et le fil d cuivre avec le pôle négatif, et vice versd. Loin de nous, san doute, la pensée de blâmer de pareils travaux et de pareille inductions : il est certainement possible qu’on découvr quelque jour par quelles lois nouvelles les forces générale produisent les phénomènes de la vie : il est surtout possibll d'espérer cette découverte à l’égard deceux de ces phénomè] nes qui sont étrangers à la sensibilité, et bornés à des élal borations de matière, comme le sont les sécrétions. Mais il faut convenir que dans l’état actuel de la science, aucuné! de ces explications ne sont satisfaisantes : et nous terminon! en disant encore que, puisque l’action des sécrétions ne peut être assimilée à aucune action physique, chimique ou méca: nique, on doit la dire organique etvitale.

L'action de sécrétion est donc une action d’élaboration, par laquelle Îes organes sécréteurs fabriquent, avec le sang les diverses humeurs sécrétées. Il ne faut donc pas pren} le mot sécrétion dans toute la rigueur de son étymologie,

puisque la sécrétion n’est pas un simple triage, mais un

action de formation, une action élaboratrice d’une matière analogue à celle de la digestion qui fait le chyle, de la respiration qui fait le sang, etc. Déjà Sthal s'était approché de cette doctrine, en rattachant toutes les sécrétions à l'influence de l’ame; mais ce mot ame’, comme”renfermant @ | soi les idées de perception et de volonté, donna lieu à équivoques. C’est Bordeu qui, le premier, l’émit avec toute

clarté : seulement il l’exprima d’une manière un peu trop poétique ; reconnaissant dans chaque organe sécréteur unêl sorte d'action digestive, comme un véritable gout ; disant que lorsque la sécrétion s'effectue l'organe sécréteur s'érige,. appelle à lui le sang, et semble agir comme une ventouse

MÉCANISME DES SCÉRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 463 Cest, du reste, la doctrine appliquée à toutes les autres actions élaboratrices de notre économie , Comme on peut le voir à la digestion , aux absorptions , etc. ; et c’est à ce titre que Bordeu peut être dit le fondateur de la doctrine de l'organisme qui règne aujourd’hui en physiologie. Seulement, ilexagéra l'influence nerveuse sur les sécrétions. Sans doute l’élément nerveux, qui entre dans la composition l’un organe sécréteur, concourt à établir sa vitalité ; sans loute, dans l’état maladif, une altération de cet élément 1er veux, Ou sa perturbation à la suite d’un trouble généal, et à raison de ses connexions avec les centres nerveux B eut amener une modification dans la sécrétion ; mais dans état naturel, il n’y a que quelques sécrétions sur lesqueles porte l'influence nerveuse; la plupart fondent des foncions déjà assez inférieures dans l’animalité, pour ètre plus ù moins indépendantes des centres nerveux : la ligature ù la section des nerfs qui se distribuent à une glande, le lus souvent n’en anéantissent pas la sécrétion.

L'action de sécrétion étant une action d’élaboration déendante de l’organisation et de la vitalité de l'organe sécréeur, on peut dire d'elle ce que nous avons dit de toutes es autres actions élaboratrices de notre économie. Se faisant ux extrémités d’un système vasculaire, elle n’est nulleent apercevable en elle-même ; mais on peut assurer d’elle 8 trois propositions déjà tant de fois indiquées : 1° un seul uide peut subir les effets de cette action élaboratrice ; OU utrement fonder des matériaux aux sécrétions ; tout ce qui st accidentellement mêlé à ce fluide subit en vain le travail e l’organe sécréteur, il ne se transforme pas dans l’humeur crélée, mais s’y retrouve en entier tel qu’il était dans le remier. C'est ainsi qu'on retrouve dans les humeurs des crétions, aussi-bien que dans les parenchymes nutritifs, ‘ux des éléments des aliments qui ont passé avec le chyle, 1 conservant leur forme étrangère. 20 Cette élaboration est pas chimique, mais vitale; et, en effet, de la connaisnce chimique des matériaux de la sécrétion, on ne peut sduire chimiquement la composition de son produit, c’estdire de l’humeur sécrétée : souvent il y à la plus grande

différence chimique entre Ja composition des matériaux « celle du produit ; et souvent encore on trouve dans ce pre duit des éléments que ne contiennent pas les matériaux! le sang. 30 Enfin, le produit de cette action de sécrétiol est toujours identique, puisque c’est toujours un mêm sang dont il dérive et un même agent qui le fabrique ; ne varie qu’à raison de l’état plus ou moins bon du san qui fonde les matériaux de la sécrétion, et de l’intégrit plus ou moins complète de l'organe fabricateur. 4

Cette action de sécrétion paraît aussi $ ‘accomplir i instan tanément aux términaisons du système vasculaire sanguin ou mieux à l’origine du système vasculaire sécréteur ; ell est analogue , sous ce rapport, aux actions Elkbortsi des di l’hématose, des nutritions, dont les produits sont formé subitement ei à la manière de la médaille que l’on frappe En même temps que cette action de sécrétion est instanta née , elle est continue : comme du sang arrive toujours au! extrémités des artères et à l origine des sécréteurs, toujour aussi ces derniers agissent. Cependant, cette termiits règl souffre des exceptions. Beaucoup d’or ganes sécréteurs, quoi que déjà assez développés, restent encore inactifs dans Il premier âge, sans doute parce que les vaisseaux sécréteur n’ont pas acquis l’activité nécessaire ; tels sont les testicules: par exemple. Quelques-uns ont besoin d’une surexcitatioi qu’ils ne recoivent que de circonstances déterminées, comm! les mamelles, qui ne sécrètent le lait que consécutivement\ ‘ la grossesse, à l'accouchement, et à l’irritation qu’excite en elles la succion opérée par l'enfant. Du reste, toutes les sé. crétions , même celles qui ont lieu d’une manière continue sont susceptibles de se modifier sans cesse, de s augmenter! de se ralentir, selon les excitations Ace ou sympathique! que reçoivent leurs organes ; et chacune offre des variétés! des susceptibilités à cet égard. L

Puisque les sécrétions ont pour matériaux le sang artériêll etsont des actions qui se passent dans les systèmes capillaires elles peuvent avoir part à la production du sang veineux? C ependant nous avons dit que par cela seul qu'elles étaient des actions restreintes à quelques parties, il était permis

MÉCANISME DES SÉCRÉTIONS EN GÉNÉRAL. 465 . d’en douter, et que plus probablement elles ne faisaient que consommer une portion de sang artériel, sans influer sur

Sa conversion en sang veineux.

Enfin, on conçoit que , puisque chaque organe sécréteur a une organisation spéciale, l’action de sécrétion doit va- | rier en chacun d'eux ; de même que l’acte de la nutrition varie dans chaque parenchyme n utritif, la sensation dans chaque nerf de sens. Évidemment, en eflet, chaque organe sécréteur a sa structure spéciale, ses excitants extérieurs spé- . ciaux, ses sympathies , et ses maladies propres. L’anatomiste le moins exercé distinguera la texture du foie » par exemple, . de celle du rein. Les injections ne réussissent pas aussi facilement dans certaines glandes que dans d’autres, et cer- taines surfaces exhalantes sont plus susceptibles de devenir de siége d’hémorrhagies que d’autres. Tandis que le mercure excite particulièrement les glandes salivaires, les cantharides irritent les reins, ete. Enfin, les sympathies des divers organes sécréteurs ne sont pas les mêmes ; celles qui unissent le testicule à la gorge, par exemple, contrastent aveccelles du foie, qui se rapportent généralement à la tête, et celles des reins, qui se rapportent à l'estomac. Voilà autant de faits qui prouvent la diversité d'organisation des organes sécréteurs. Or, de la diversité d'organisation résulte une diversité d’action ou de vitalité, et de celle-ci “une diversité de sécrétion. Ces diverses vitalités ne peuvent être niées, bien qu’on ne puisse préciser la diversité des D ditious matérielles auxquelles elles sont dues : saisit-on davantage la différence qui existe entre les divers nerfs des sens, entre les divers parenchymes nutritifs et calorificateurs ? Du reste, l’activité d’une sécrétion n’est pas toujours en raison du volume de lorgane sécréteur et du nombre cles Vaisseaux sanguins qui pénètrent celui-ci; elle tient surtout à la vitalité intrinsèque de l’organe; et celle-ci est due à l’organisation intime dont les traits de ce genre sont indéfinissables, et à milie causes d’excitation directes ou sympathiques qui viennent retentir en lui : pariài ces causes, une des principales est l’irritation du canal exCréteur. Telle est la doctrine actuelle sur les sécrétions. Elle est

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