ASSOCIATION DES MOUVEMENS RESPIRATEURS
par l'inspiration. Borelli et Mazini admettaient un antagonisme entre les cellules supérieures et les cellules inférieures du poumon, de telle manière que quand l’arrivée de l'air dans le poumon se faisait , l'air était comprimé dans les cellules inférieures , et qu’ensuite cet air , revenant sur lui-même en vertu de son élasticité, chassait la partie de ce gaz qui remplissait les cellules supérieures. Boërhaave croyait expliquer la succession des inspirations et des expirations , en disant que lors de l'inspiration, la veine azygos, étant momentanément affaissée, ne pouvait pas recevoir le sang veineux qui revient des muscles intercostaux, et qu’ainsi ces muscles étaient momentanément paralysés, jusqu’à l'instant où le fait seul de leur relâchement avait rétabli le calibre de l’azygos. D’autres appliquèrent ce raisonnement au nerf phrénique, dont la pression lors de l'inspiration paralysait momentanément le diaphragme, de telle manière aussi que le relâchement de ce muscle et par conséquent l’expiration succédait irrésistiblement à sa contraction et à l'inspiration. Quelques-uns enfin pensèrent que tour à tour le poumon était pénétré , par l'air d’une part, le sang veineux à artérialiser de l’autre, et que selon que l’air comprimait les vaisseaux sanguins , ou le sang veineux les cellules aériennes , il y avait inspira. tion ou expiration.
Mais, dans toutes ces explications, on semble oublier que les mouvemens d'inspiration et d'expiration sont des actions musculaires , dont notre volonté règle la succession sous les avertissemens des deux sensations d’inspirer et d’expirer. [l n’y a pas plus de difficulté à concevoir celte succession, que celle de tous les autres mouvemens volontaires. Si la part qu’a la volonté à la pro-
duction de ces mouvemens semble nulle, c’est à raison de leur continuité, qui les fait produire presque irrésistiblement par suite des lois de l'habitude. Mais n’en est-il pas de même de beaucoup d’autres mouvemens , qui sont, sans aucun doute, volontaires, comme ceux desquels résultent la lecture , l'écriture , la marche ? On objectera peut-être que ces mouvemens se continuent pendant le sommeil , état dans lequel la volonté ne peut rien. Mais, d’abord, ces mouvemens sont un peu modifiés pendant cet état , ils s’y font un peu différemment ; et, aux approches du sommeil, comme aux premiers temps du réveil, on les voit graduellement passer d’un mode particulier à un autre. Ensuite, combien d’autres mouvemens, évidemment locomoteurs, se produisent pendant le sommeil, lorsque la sensation qui y excite éclate, comme quand on se gratte, ou qu’on change une attitude gênante ? Or, ici existe sans cesse, pendant le sommeil comme pendant la veille , l’état particulier du poumon qui commande le jeu de l’appareil musculaire respirateur , el il est donc naturel que celuici agisse toujours. Enfin, il est possible qu’à raison de l'importance dont sont ces mouvemens pour la vie, la nature ait rendu les systèmes nerveux qui y président moins dépendans de la volonté, et qu’à l'instar des sysièmes nerveux de la vie organique, ces systèmes nerveux puissent continuer leur office pendant le sommeil.
D'ailleurs, il est d’autres raisons encore pour que l'expiration succède à l'inspiration : l'inspiration est active, ses agens conséquemment ne peuvent opérer sans interruption , et leur repos entraîne irrésistiblement à sa suite l'expiration qui est passive. L'air inspiré pendant
ASSOCIATION DES MOUVEMENS RESPIRATEURS. 229 son séjour dans le poumon , est absorbé en partie; il augmente de chaleur, et, à tous ces titres, perdant de son ressort, il permet au poumon de revenir sur lui-même en raison de son élasticité.
Toutefois , si ces mouvemens se succèdent l’un l’autre sans interruption , il ne s’ensuit pas que leurs agens se meuvyent toujours et n’aient pas besoin de repos. D’abord l’alternative des inspirations et des expirations prouve, que la contraction et le relâchement des muscles respirateurs alternent aussi. Ensuite ces muscles sont muliiples; on ne les emploie que rarement à la fois; ils peuvent agir tour à tour, se suppléer; le diaphragme, par exemple, agit plus particulièrement dans la veille , les intercostaux dans le sommeil ; très-certainement une forte contraction du diaphragme ne peut coïincider avec celle des intercostaux inférieurs; et qui oserait dire que les deux plans d’intercostaux ne peuvent pas agir isolément l’un de l’autre ? Il est certain , au moins, qu’à la suite de mouvemens respirateurs excessifs , comme après la toux, une course, de la fatigue se fait sentir dans ces muscles,
Ces meuvemens d'inspiration et d’expiration se succèdent plus ou moins vite. Les auteurs n’ont pas été d’accord , et ne pouvaient pas l'être sur le nombre de ce qu'ils appellent les respirations dans un temps donné. Haller dit qu'il y en a 20 par minute; Menziés dit 14; Davy, observant sur lui même, 26; Thompson , aussi d’après lui-même, 19; M. Magendie , 15 ; généralement on dit qu’il ÿ en a 20, et de cinq en cinq inspirations ,
une plus grande et plus profonde. On conçoit qu’on ne
peut rien dire ici que d’approximatif : mille variétés
s'observent , selon les circonstances organiques dans 9. 19
226 l'ONCTION DE LA RESPIRATION,
lesquelles on est, et selon la volonté qui règle pleinement ces mouvemens.
Sous le premier rapport , beaucoup de variétés s’observent d’après les âges , les sexes , les tempéramens , la constitution individuelle , l’état de veille et de sommeil , l'état de santé et de maladie, etc. Il y a généralement plus de respirations dans l'enfant, la femme. Chacun a, à cet égard, sa constitution propre, a, comme on le dit, l’haleine courte ou longue. Dans le sommeil , la respiration est généralement plus profonde, plus rare et effectuée par les seuls intercostaux ; dans la veille, au contraire , c’est surtout le diaphragme qui l’accomplit. Enfin , la maladie imprime surtout mille modifications à ces mouvemens, et l’on peut rapporter à sept chefs toutes les variétés que les respirations peuvent offrir en cet état : 1° relativement au nombre des respirations dans un temps donné , avec un intervalle marqué entre les inspirations et les expirations , la respiration est dite accélérée, s’il y a plus de vingt respirations par minute, et rare, s'il y en a moins : entre la respiration la plus accélérée et la respiration la plus rare, il y a mille mtermédiaires. 2° Relativement aux intervalles qui existent entre les inspirations et les expirations, la respiration est dite fréquente, s’il n’y a pas ou que très-peu d’intervalle entre ces deux mouvemens, et lente dans le cas contraire; il y a aussi mille degrés de fréquence et de lenteur. 3° Selon le degré d’ampliation que présente le thorax, la respiration est grande ou petite. 4° Relativement à la force avec laquelle le thorax sé développe, elle est forte ou faible. 5° Eu égard au sentiment qui l'accompagne , elle est ou facile ou difficile, elle est une dyspnée , une orthopnée , une respiration anœieuse ;