CHAPITRE Anatomie de l'appareil de la Nutrition
L’arraneis de la nutrition est le parenchyme, la masse même des divers organes. Chacun a conçu diversement la composition de ce parenchyme, et nous en avons déjà parlé à plusieurs endroits de cet ouvrage, quand nous avons exposé d’une manière générale l’organisation de nos parties, et quand nous avons traité de l’origine des vaisseaux lymphatiques , de celle des veines , de la terminaison des artères, et dela structure des SYStèmes capillaires. Mais c’est ici le lieu de revenir un peu sur ce que nous en avons dit.
Pour pénétrer la texture intime de nos parties , il faut résoudre les trois problèmes suivans : spécifier quels élé-
mens anatomiques entrent dans leur composition ; indiquer dans quelles proportions respectives y sont ces élémens; enfin, dire comment sont disposés, les uns par rapport aux autres, ces divers élémens lorsqu'ils sont groupés pour former une partie quelconque.
Sous le premier rapport, les anatomistes sont assez d'accord que le fond de tout organe est une trame cel-. lulo-vasculo-nerveuse ; c’est-à-dire un canevas celluleux dans lequel se ramifient à l'infini des artères, des veines, des vaisseaux lymphatiques, des vaisseaux exhalans, des vaisseaux contenant des fluides blancs , et des nerfs. Du tissu cellulaire , en effet, paraît être d’abord la base de tout organe. Ensuite , des artères s’y ramifient jusqu’au dernier degré de capillarité; et cela était bien nécessaire, puisque ce sont elles qui apportent le fluide réparateur , le sang. En troisième lieu , dans tout organe aussi existent des veines et des vaisseaux lymphatiques en ramifications très-fines ; et cela était nécessaire encore , puisque ce sont ces vaisseaux qui reprennent dans ioutes les parties les matériaux qui doivent en être retirés. En quatrième lieu, souvent des dernières extrémités des artères, émanent d’autres vaisseaux plus déliés encore , dits sécréteurs, exhalans , qui charient des fluides autres que le sang, mais qui en émanent. Enfin, des nerfs, sous forme de filets plus ou moins ténus , tantôt appartenant à l’encéphale et à la moelle spinale , tantôt venant du trisplanchnique , et accompagnant les artères , y sont répandus également ; l’anaiomiste, à la vérité, ne peut les suivre et les retrouver en tout organe ; mais comme tout organe, par l’état maladif, peut faire éprouver de la douleur, et qu'une partie quelconque n’est douloureuse que par les nerfs qu'elle possède, ïl
APPAREIL DE LA NUTRITION, 453 faut reconnaître que cet élément n’est pas moins commun à toutes les parties que les précédens; et cela est vrai, surtout des filets du trisplanchnique.
Maintenant dans quelles proportions sont associés ces divers élémens ? et quelles dispositions affectent-ils entre eux? c’est ce qui d’abord varie certainement dans chaque partie du corps , et ce qui ensuite est tout - à - fait ignoré , parce que la ténuité dans laquelle sont ces élémens ne permet pas de le voir. Le tissu cellulaire paraît être le fond des organes , et comme une spongiosité dans l'intimité de laquelle sont ramifiés les artères, les veines , les lymphatiques et les nerfs : ce tissu cellulaire paraît aussi être jeté dans les intervalles des autres élémens pour les lier , et remplir les vides qu'ils laissent. Les nerfs paraissent accompagner les artères , et les suivre jusqu'à leurs terminaisons dernières. Quant aux di. vers vaisseaux, on ne peut rien saisir de leur mode d’agrégation : ainsi que nous l’avons dit à l’article des systèmes capillaires, on ne peut suivre une artère jusqu’à ses ramifications dernières , ni remonter à l'origine première des veines et des lymphatiques; les injections elles-mêmes, en passant de ces vaisseaux les uns dans les autres, n’en font pas apercevoir le mode d’union ; elles ne montrent que leur communication entre eux. Nos sens ne peuvent donc rien nous apprendre sur la manière dont.se disposent dans l'intimité des organes les élémens qui les forment ; excepté la communication facile des vaisseaux entre eux , on est sur le reste réduit à des conjectures. Selon les uns, les artères dans ces parenchymes offrent des pores latéraux , par lesquels transsudent les matériaux nutritifs. Selon d’autres, ces
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artères, en même temps qu’elles se continuent à leurs terminaisons avec les premières veinules , engendrent des vaisseaux d’un ordre particulier , destinés à exhaler dans les parties la matière nutritive , et appelés à cause de cela exhalans nutritifs. Ceux-ci croient à des cellules intermédiaires aux artères et aux veines , dans lesquelles les premières déposent la matière nutritive, et les secondes la repompent; cellules formées par ce même tissu que quelques-uns ont conjecturé exister à l’origine des vaisseaux absorbans , et effectuer l'absorption 3 et qui forme à lui seul la masse des derniers animaux , dans lesquels il n’y à pas encore de vaisseaux. Geux- là admettent un système de vaisseaux particuliers, qu'ils appellent capillaires , qu'ils placent aux extrémités du système artériel , ou en dehors du cercle circulatoire , et qu'ils disent être le siége de la circulation capillaire et des nutritions. C’est toujours la même ignorance tant de fois avouée sur la structure intime des parties.
Tout ce qu’on peut assurer du parenchyme de nos parties, c’est qu'il varie dans chaque organe : 1° par le nombre des tissus élémentaires qui concourent à sa composition; 2° par la proportion respective de chacun de ces tissus élémentaires; 5° enfin par la texture spéciale qu'ils affectent , quoiqu'on ne puisse la caractériser. Nous l’avons dit déjà à l’occasion des systèmes capillaï res: et de là résulte nécessairement une diversité de vitalité dans chacun d’eux, et par suite, une différence dans les actions de nutrition et de calorification , dont ces parenchymes sont tout à la fois le siége et l’instrument.