‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 56 sur 65 · SÉCRÉTION DE L'HUMEUR SÉBACÉE · texte numérisé non relu

SÉCRÉTION DE L'HUMEUR SÉBACÉE

culières : les unes remplissent seulement un oflice de lubréfaction , les autres servent la digestion, la génération, l'entretien de la température du corps.

$. I". Sécrétion de l’humeur Sébacée.

Dans le tissu de la peau existent des follicules , sécrétant une humeur grasse, qui, versée à la surface de celte membrane , en entretient le liant, la souplesse, et la défend de l'impression des corps liquides. Nous en avons parlé à l’article de la peau : ces follicules sont ronds , graniformes , ont la forme d’une petite ampoule, et le volume d’un grain de millet. Ils abondent surtout là où il y a des poils, où la peau fait des plis et est exposée à plus de frottemens. L’humeur qu'ils sécrètent est une huile douce et muqueuse , qui se répand sur l’épiderme et les poils, en entretient la souplesse, le poli, les défend de l'humidité, en facilite les glissemens. Elle est sensible aux sens du tact, de l’odorat et de la vue même; car elle graisse le linge, et s’incorpore les divers corpuscules qui nagent dans l’atmosphère. Elle varié dans les diverses parties de la peau : par exemple , elle est plus fluide à la face et aux ailes du nez, plus épaisse et plus colorée aux aines et surtout aux aisselles , huileuse à la peau du crâne, douce et butyreuse à l’auréole du mamelon du sein, séreuse derrière les oreilles, savonneuse et odorante aux parties génitales, etc. Elle est évidemment distincte, dans le conduit auditif externe où elle forme ce qu’on appelle le cérumen, aux paupières où elle forme la chassie ou lhumeur de Meibomius , à la caroncule lacrymale et à la base du gland.

Elle varie aussi de nature , de quantité, selon les cli-

imats, l’'embonpoint, les âges, les tempéramens , les races d'homme, etc. Elle n’est pas la même, par exemple, dans les hommes roux et les hommes blonds, les blancs et les nègres, etc. Chacun a , à cet égard, sa peau spéciale; et sur son élat doivent être basées les règles de cosmétique à suivre, la peau étant tour à tour ou trop humide ou trop sèche, et réclamant dès lors des absorbans ou des substances huileuses.

La source de cette humeur sébacée a long-Lemps été un objet de débats. Les uns l'ont attribuée à une transsudation de la graisse au travers de la peau. Bichat admettait dans la peau un ordre d’exhalans destinés à la perspirer. Aujourd’hui on la dérive des cryptes ou follicules de la peau. Ses usages sont évidemment de lubréfier cette grandemembrane ; mais Comme en même temps elle est rejetée au dehors, l’air la dissolvant , ou les vêtemens s’en imprégnant , elle fonde pour l’homme une perte. On voit bien cependant que ce n’est que consécutivement qu’elle concourt à la décomposition , et que la nature l’a primitivement faite pour l'utilité locale de la peau. Néanmoins , par cela seul qu'elle est excrémentitielle, elle entre en solidarité avec les autres humeurs de cette classe, et demande à être respectée : il y a du danger à la supprimer inconsidérément ; on a vu des migraines , des maux d’yeux succéder à des lotions d’eau froide à la tête où celte sécrétion est plus abondante et plus grasse; des maladies du poumon succéder également à des efforts imprudens faits pour la supprimer aux pieds. Enfin, souvent elle est la voie par laquelle se jugent des maladies humorales : que de fois des éruptions de dartres , d’exanthèmes, ont consolidé une

SÉCRÉTION DES SUCS MUQUEUX. 987 santé chancelante , et ont mis fin à des douleurs anciennes ! son excrétion est une suite forcée de sa sécrélion , et sa quantité ne peut être appréciée.

$. II. Sécrétion folliculaire muqueuse.

Les deux grandes membranes muqueuses, gastro-pulmonaire et génito - urinaire , SOnt garnies, Comme la peau, de follicules , qui sécrètent à leur surface , des sucs qui les lubréfient, et qui sont connus sous le nom générique de mucus. Ges follicules, non-seulement sont plus ou moins nombreux en chaque membrane muqueuse, mais ils ÿ diffèrent même de vitalité, et par conséqnent y engendrent des mucus différens , et auxquels on a donné des noms divers : ainsi l’on distingue le mucus nasal, le buccal, le tonsillaire, l'œsophagien , le gastrique, l’intestinal, etc. Mais, au fond, l'organe, son action et son produit sont tous d’un même genre. Nous avons peu de détails à donner , la plupart de ces sucs ayant été étudiés, à l’article des fonctions auxquelles servent les organes auxquels appartiennent les membra nes muqueuses.

Les follicules de la muqueuse nasale sécrètent le mucus appelé nasal, qui est utile à l’olfaction , en maintenant humide la membrane olfactive, et en lui appliquant la molécule odorante. Leur action est plus ou moins grande , selon la qualité plus ou moins irritante de l'air qui est respiré. Le mucus qui en est le produit , est composé selon Fourcroy, MM. J’auquetin et Bercelius, sur 1000 parties : d’eau , 959,9 ; de matière muqueuse , 99,9 ; de muriate de potasse et de soude, 5,6; de lactate de soude uni à une matière animale , 3; de soude , 0,9; de phosphate de soude , ailbumine, matière

animale insoluble dans l'alcool , mais soluble dans l’eau, Due

Les follicules de la membrane muqueuse digestive sécrètent de même un mucus, qui varie un peu à la bouche , au gosier, à l’œsophage, à l'estomac, à l’iniestin, et qui favorise les diverses mutations que Paliment doit éprouver dans toutes ces parties, ainsi que sa progression des unes aux autres. L’humeur des tonsilles doit y être rapportée , car ces tonsilles ne sont que des follicules composés, dont le produit est destiné à invisquer le bol alimentaire et à favoriser sa déglutition.

Il en est de même, et à la muqueuse respiratoire qui, sans ce mucus, serait promptement desséchée par la présence continuelle de l'air, et à la muqueuse génilourinaire. À cette dernière se rattachent les humeurs de la prostate et des glandes de Cowper , qui ne sont que des follicules composés.

On conçoit qu’il est impossible de spécifier la quantité respective de ces divers mucus, et par conséquent leur quantité totale. Leurs usages primitifs sont évidemment de lubréfier ces diverses surfaces , qui sont toujours en contact avec des corps étrangers , et ce n’est encore que secondairement qu'ils sont décomposans. Cependant ils le sont , puisqu'ils sont excrémentitiels , et par conséquent ils entrent aussi en solidarité avec les autres excrétions , et ne pourraient pas impunément être supprimés.

Ily a ici quelque chose de plus qu’à la sécrétion sébacée de la peau : le produit de celle-ci était de suite jeté hors du corps, et l’excrétion succédait irrésistiblement à la sécrétion par le fait seul de la disposition des parties. fl n’en est pas de même de la sécrétion folliculaie mu-

SÉCRÉTION DES SUCS MUQUEUX. 589 queuse : sans doute l’excrétion en elle suit aussi immédiatement la sécrétion; sans doute les mucus sont en partie dissipés par l'air, ou enlevés avec les matières ingérées ou excrétées qui sont en contact avec les membranes muqueuses; mais en partie aussi ils se rassemblent en ces membranes, qui sont pour eux des réservoirs, et d’où ils ne sont plus rejetés que d’intervalles en intervalles. On peut dès lors séparer pour eux la sécrétion et l’excrétion ; et de là plusieurs excrétions, aussi distinctes que celles de lPurine et des matières fécales , et dont nous devons traiter, savoir , le moucher et le cracher.

Excrétion du moucher. La matière de cette excré iion se compose du mucus nasal, des larmes conduites dans Je nez par les voies lacrymales , et des difiérens atomes que l'air de la respiration peut en passant déposer sur la membrane muqueuse nasale. Le plus souvent cette matière n'existe que dans la quantité nécessaire pour tenir la membrane olfactive humide , ou le superflu en est dissipé par l’action dissolvante de l'air ; mais souvent aussi cette matière est trop abondante , et alors elle coule par le fait seul de son poids, soit par l'ouverture postérieure des fosses nasales dans le pharynx, d’où elle est retirée par le crachement ou la déglutition, soit par l'ouverture antérieure des narines. C'est pour remédier à ce qu'a d’incommode et de dégoûtant ce dernier écoulement, qu’on recourt à l'acte du moucher , dont voici les particularités. Une sensation tactile , développée dans la muqueuse nasale , avertit d’abord que cette membrane est couverte de mucus , et à besoin d’en être débarrassée. Pour en opérer alors l’excrétion , après une inspiration on fait une forte et brus-

que expiration , en ayant soin de fermer la bouche ; ainsi Fair expiré sort par les fosses nasales et les balaie; en même temps enfin, on comprime extérieurement le nez pour exprimer tout le liquide qui peut y être accumulé. Ce moucher est donc un analogue des actions d’excrétion, des fèces, de l’urine , par exemple : les seules différences sont, que la sensation qui la précède est tactile et non interne, et que la cavité qui se vide n’est pas contractile par elle-même , et n’influe pas par elle-même sur l’excrétion. Il est aussi, à la rigueur, volontaire, tandis que les excrétions que nous venons de citer ne le sont que jusqu’à un certain point.

Quelquefois cependant ce moucher est comme convulsif, et par conséquent involontaire : par exemple, dans l’éternuement, qui n'est qu’une expiration convulsive ; la muqueuse nasale irritée par le contact d’un corps étranger, excite le jeu convulsif de toutes les puissances inspiratrices; on commence par faire une grande inspiration, afin de rassembler beaucoup d’air dans le poumon; ensuite à cette inspiration succède bien vite une expiration forte et convulsive qui, projetant beaucoup d’air à travers les fosses nasales , en fait jaillir avec bruit ie liquide ou le corps étranger qui irrite la membrane.

2° Excrétion du cracher. Lamatière du cracher consiste, tantôt exclusivement dans les sucs de la bouche, mucus buccal et salive, tantôt dans les sucs du nez, du pharynx et du larynx. Dans ces divers cas, le mécanisme du cracher diffère un peu. Quand la sputation n’a à excréter qu’un superflu du mucus buccal et de la salive, sues qui le plus souvent sont avalés et suivent le sort des alimens , une sensation accuse la présence de trop d’hu-

SÉCRÉTION DES SUCS MUQUEUX. D01 midité dans la bouche; et alors les parois musculeuses de cette cavité, ainsi que la langue qui est dans son intérieur , se contractent de manière à rejeter ce superflu à travers l'ouverture béante des lèvres. Quelquefois celle-ci se rétrécit, pour imprimer au liquide une plus grande impulsion. L’air de l’expiration dirigé alors par la bouche et non par le nez, peut concourir aussi à imprimer au liquide le mouvement qui l’entraîne. Si c'est la salive qui est rejetée, quelquefois il y a de plus une contraction des conduits excréteurs des glandes salivaires , telle que ce fluide jaillit au loin.

Mais, si l’objet du cracher est d’évacuer des sucs qui viennent du nez, du pharynx ou du larynx, il faut d’abord que ces sucs soient amenés dans la bouche , et voici par quel mécanisme. En premier lieu, la matière du moucher peut tomber d’elle-même par l’ouverture postérieure des fosses nasales dans le pharynx; en second lieu , nous pouvons à volonté lui faire suivre cette voie , en faisant une forte inspiration, la bouche étant close, et le pharynx étant contracté de manière à empêcher toute entrée dans l’œsophage; enfin , parvenus ainsi dans le pharynx, cette matière et les sucs du pharynx lui-même , sont ramenés aisément dans la bouche par une contraction de ce pharynx, inverse de celle qu’il exécute dans l’acte de la déglutition, et par l’influence de cette inspiration. Quelquefois le mouvement qui entraîne ces sucs du pharynx dansla bouche, suffit pour les chasser au dehors; mais si cela n’est pas, le mouvement du cracher, tel que nous l’avons décrit d’abord, lui succède et les excrète tout-à-fait. Quant au mucus trachéal , le plus souvent l’air de l'expiration le dissout et l’entraîne avec lui; mais s’il est trop abon-

dant pour cela , il est ramené dans la bouche aussi, ei excrété par un mécanisme qui est susceptible de deux modes : tantôt il suflit d’une expiration assez forte pour que l'air rejeté entraîne avec lui tout ce qui est à la surface de la membrane bronchique; tantôt cette expiration à un caractère particulier et fonde ce qu’on appelle la toux. Dans la toux, la membrane muqueuse des bronches irritée par la présence du mucus , détermine le jeu convulsif des puissances de l'expiration ; l’airest aussi chassé avec rapidité, et balaic tout ce qui est à la surface de la membrane ; l’étroitesse de la gloite ne fait qu’ajouter à la rapidité avec laquelle il est projeté, ainsi que ce qu’il entraîne avec lui. Quelquefois cette toux est tout-à-fait involontaire ; d'autres fois, la volonté la met en jeu pour en obtenir le même résultat. Cette excrétion du mucus trachéal, quel que soit le mode selon lequelelle se fait, constitue ce qu'on appelle l'expectoration.

Ces différens sucs muqueux peuvent aussi être avalés , et alors ils seront de là, ou rejetés par vomissement , OU excrétés avec les matières alvines. Nous n'avons pas Desoin de nous arrêter à ces deux excrétions qui nous ont occupés ans le temps. Nous ferons remarquer seu- Jement celte précaution qu'a prise la nature, de placer successivement les uns au-dessus des autres les divers réservoirs où se rassemblent les mucus: le nez, par exemple ,recoil les sucs de l'œil, la bouche ceux du nez, et l'estomac ceux de tous les réservoirs supérieurs : il en résulte quesi leur excrétion ne se fait pas parles ouvertures supérieures, elle se fait par les subséquentes. Remarquons aussi que Ces SUCS suivent peut-être, en partie au le sort des matières étrangères qui traversent

MOINS ; les membranes muqueuses ; et, par exemple , sont

. dans l’estomac digérés avec les alimens. Aussi comp tent-ils parmi ceux que l’ancienne école appelait /luides récrément -excrémentitiels , c’est-à-dire qui sont en partie repris par l’absorption interne , et en partie excrétés.

$. III. Sécrétion des Larmes.

Quoique celle-ci reconnaisse pour agent un appareil glandulaire , l'humeur qui en est le produit remplit aussi un oflice de lubréfaction. Les larmes , en effet, servent à absterger l'œil, à l’entretenir humide et transparent. Nous ne ferons que la mentionner ici, son histoire ayant élé exposée avec détails à l’article de la vision. Nous ne signalerons qu’un seul trait, c’est qu’elle est, plus facilement que toute autre sécrétion, influencée par les affections de l’âme , et fonde un des phénomènes d’expression les plus fréquens , le pleurer. I est évidemment impossible d'évaluer la quantité des larmes , d’autant plus que beaucoup de circonstances éventuelles dans la vie peuvent en augmenter la sécrétion,

$. IV. Sécretions de la Salive et du suc Pancréatique.

Nous serons courts aussi relativement à ces deux sécrétions, parce que nous en avons traité à l’article de la fonction de la digestion , dont elles font partie en quelque sorte. Nous avons dit que de chaque côté de la bouche existent trois glandes dites salivaires , dont les conduits excréteurs sont ouverts dans celte cavité, et ÿ versent le suc albumineux appelé salive, si évidemment destiné à servir la gustation, la mastication , la déglutition des alimens et leur digestion en général. On concoit qu'il est encore impossible d'indiquer la quantité dans : 3. . 38

Ed

laquelle est sécrétée la salive. Nous en dirons autant à égard du suc pancréatique , dont l’organe sécréteur est le pancréas, et qui est versé dans l'intestin duodénum pour concourir sans qu’on sache comment à la chylification des alimens.

$&. V. De la Sécrétion de la Bile.

Nous devons , au contraire , faire ici avec détails l’histoire de la sécrétion de la bile, bien que son produit ait certainement le même office spécial que le suc pancréalique , savoir la chylification des alimens : mais nous n’avions fait que la mentionner à l’article dela digestion, parce que son histoire assez compliquée nous eût alors trop détourné de notre objet. Exposons successivement la disposition anatomique de l'appareil de la sécrétion biliaire, et ce que l’on sait du mécanisme de cette sécrétion.

1° Appareil de la sécrétion biliaire. Il se compose du foie, glande qui effectue la sécrétion; du canal hépatique, qui est le conduit excréteur par lequel la bile en coule ; de la vésicule biliaire , qui est un réservoir dans lequel une certaine quantité de la bile se met en dépôt ; du canal cystique, qui est le conduit excréteur de cette vésicule: et enfin du canal cholédoque, canal qui est formé par la réunion des canaux hépatique et cystique , et qui conduit la bileimmédiatement dans l'intestin duodénum.

Le foie existe en presque tous les animaux, d’abord dans tous les animaux vertébrés ; ensuite, dans les mollusques, les insectes et les animaux radiaires eux-mêmes : seulement, dans ces derniers , Les grains glanduleux qui le composent, au lieu d’être agglomérés en une seule masse, sont disposés en grappes ou En rameaux. Chez

l’homme, c’est un organe très-volumineux ; situé dans l’abdomen, au-dessous du diaphragme , au- dessus de l'estomac, de l’arc du colon, du duodénum , et derrière le rebord cartilagineux qui termine le thorax : remplissant dans celte cavité tout l’hypochondre droit et plus où moins de l’épigastre ; et fixé dans cette région par quatre replis du péritoine qui l’attachent au diaphragme et qui sont appelés le ligament suspenseur, les ligamens triangulaires et le ligament coronaire du foie. Sa figure est diflicile à caractériser: sa couleur d’un rouge obscur mêlé de jaune. Il est partagé en trois lobes, le droit, le gauche, et le lobule de Spigel. Sa face supérieure convexe touche partout à la voûte du diaphragme. Sa face inférieure concave correspond à l'estomac , au colon, au rein droit; c’est à cette face qu’adhère la vésicule biliaire dont nous parlerons ci-après : on ÿ observe deux scissures; l’une, dirigée de devant en arrière dans toute l'étendue du foie , et appelée la scissure horizontale ; autre , dirigée au contraire en travers de droite à gauche, coupant à angle droit la précédente , et par laquelle entrent et sortent les différens nerfs el vaisseaux qui forment le parenchyme du foie. Les élémens anatomiques de celui-ci sont : 1° une artère, dite hépatique, branche du tronc cœliaque ou opistogastrique , qui pénétrant dans le foie par la scissure transversale , se ramifie dans tous les points de sa substance. 2° La veine-porte, tronc commun de toutes les veines des organes digestifs et de la rate, qui, pénétrant par cette même scissure transversale, se distribue aussi au tissu du foie, suivant dans ses divisions toutes celles de l'artère hépatique. On voit que voilà deux systèmes vasculaires

sanguins qui se distribuent au foie, et qui, conséquem- 38*

ment, peuvent être considérés comme lui apportant les matériaux de la sécrétion. 3° Le système vasculaire sécréteur , qui naissant de toutes les parties du foie par des extrémités capillaires , aboutit enfin à deux ou trois gros trones qui sortent du foie par la scissure transversale , et au-delà se réunissent en un seul qu’on appelle le conduit hépatique : les divisions de ce système vasculaire sécréteur accompagnent aussi dans le parenchyme du foie toutes celles de l'artère hépatique et de la veineporte. 4° Des vaisseaux lymphatiques , qui sont en fort grand nombre , et qui affectent ici comme ailleurs deux plans, un superficiel et un profond. 5° Les nerfs, en assez petit nombre , eu égard au volume du foie, venant quelques - uns de la huitième paire , la plupart du plexus solaire, et suivant le trajet et les divisions de l'artère hépatique. 6° Des veines , dites sus-hépatiques , naissant dans le parenchyme du foie par des extrémités capillaires , communiquant avec les dernières ramifications de l’artère hépatique et de la veine-porte, reportant le superflu du sang qui a été distribué au foie par ces deux genres de vaisseaux, et se réduisant enfin à deux ou trois troncs et à six ou sepl branches qui s’ouvrent dans la veine-cave inférieure. Ges veines généralement se dirigent en convergeant vers le bord postérieur du foie, et croisent à angle droit les divisions de la veineporte. 7° Des débris de la veine ombilicale , qui dans le fœtus à pénétré par la scissure horizontale pour se ramifier dans le foie, mais qui dans l'adulte s’est oblitérée et changée en une substance ligamenteuse. Ces divers élémens s'associent dans le tissu du foie, pour former un parenchyme dont la texture intime est diflicile à caractériser ; à l'inspection, il se montre plus jaune in-

térieurement qu’extérieurement , et paraît poreux, gra: nulé : nous n’en pouvons rien assurer, sinon qu'il ÿ a de faciles communications entre l'artère hépatique et les vaisseaux sécréteurs d’une part, et entre la veine-porte et ces mêmes vaisseaux sécréteurs d'autre part. L’organe est en outre enveloppé de deux membranes; une plus extérieure, qui n’est que le péritoine qui s’est réfléchi des parties voisines pour entourer , mais non en entier , le foie ; une autre , située plus profondément, qui est la membrane propre du foie, et qui non-seulement en revêt toute la surface extérieure, mais encore à sa face concave forme des gaînes à chacun des vaisseaux et des nerfs qui pénétrent l’organe et les suit dans toutes leurs ramifications : une de ces gaînes accompagne ainsi l'artère hépatique , la veine-porte, le système vasculaire sécréteur, et les nerfs dans toutes leurs divisions, et fonde ce qu’on appelle la capsule de Glisson.

Le conduit hépatique est le tronc commun de tous les vaisseaux sécréteurs du foie; il sort de l’organe , à sa face concave, par la scissure transversale; et situé enire les deux feuillets de l’épiploon gastro-hépatique, dans le tissu cellulaire lâche qui unit tous les vaisseaux et nerfs qui entrent ou sortent par celle scissure , il descend obliquement en dedans, et après un pouce et demi de trajet , il se joint à angle aigu au canal de la vésicule, dit cystique , pour former au-delà, par sa réunion avec lui, le canal dit cholédoque.

La wésicule biliaire est une petite poche membraneuse, pyriforme , située à la face inférieure et concave du foie à laquelle elle est fixée , au-dessus du colon et du

duodénum , et dans laquelle se met en dépôt une cer-

taine quantité de bile. La partie la plus grosse, ou le fond, est tournée en avant, et même, lorsque la vésicule est pleine , souvent dépasse le bord antérieur du foie ; sa parte la plus étroite, ou le col, est tournée en arrière et se termine par le canal cystique. Extérieurement elle est recouverte, en partie au moins, par le péritoine qui l’attache au foie , auquel elle adhère en outre par du tissu cellulaire et des vaisseaux. En dedans, elle est très -rugueuse, et offre des aréoles ou mailles séparées les unes des autres par des rides superficielles. Elle est formée par la superposition detrois membranes; une extérieure , séreuse , prolongement du péritoine , mais n'enveloppant pas partout l'organe, ne se trouvant qu’à la face inférieure et à son fond ; une moyenne, celluleuse; et une interne, muqueuse ; c’est à celle-ci qu'appartiennent les rugosités et les mailles dont nous avons parlé plus haut. Hn’yarien dans la texture de cette vésicule qui soit musculeux; et on ne peut y découvrir non plus les petites glandes auxquelles on voulait rapporter la production de la bile qu’elle contient.

Le conduit cystique est un conduit du même genre que l’hépatique , naissant au col de la vésicule, garni en ce lieu de plusieurs valvules , et après un trajet d'un pouce et demi, venant se réunir, sous un angle très aigu , au canal hépatique.

Enfin, le canal cholédoque résulte de la réunion de ces deux conduits, hépatique et cystique; il paraît cependant être plutôt la continuation du premier : situé dans l'épaisseur de l’épiploon gastro-hépatique ; il va, après un trajet de quatre pouces, s'ouvrir dans le duodénum , à l’union dela seconde courbure avec la troisième ;

il ne perce que graduellement les trois tuniques de cet intestin , rampant quelques temps entre la musculeuse et la muqueuse , avant de traverser cette dernière.

La structure de ces canaux, hépatique, cystique et cholédoque , est la même : ils sont formés de deux membranes; une extérieure, épaisse, dense, forte, probablement de nature celluleuse ou albuginée, et une initrieure, muqueuse, comme celle qui tapisse la vésicule.

Beaucoup d’anatomistes rapportent encore à l’appareil biliaire, la rate, qu’ils disent destinée à préparer le sang qui fournit les matériaux de la sécrétion. Mais ayant décrit cet organe à l’article de la digestion, nous n'avons pas besoin d’y revenir.

a° Mécanisme de la sécrétion biliaire. C’est certainement par le mécanisme commun à toutes les sécrétions , que le foie sécrète la bile. Mais , comme cet organe reçoit deux systèmes vasculaires sanguins, deux espèces desang, celui de l'artère hépatique, et celui de la veine-porte, il se présente ici une première question, celle de savoir lequel de ces deux sangs fournit les matériaux de la sécrétion, ou si tous Les deux y concourent.

Cette question , à laquelle on ne peut répondre par des faits directs, exige préalablement pour être approfondie la solution de: deux autres, savoir , l'indication des usages de la rate et de ceux du système de la veineporte. Larate, en effet, fournit une grande part du sang de la veine-porte , de ce sang duquel on peut à bon droit dériver la bile; et l’on conçoit que l’idée que l’on se fera de la fonction de la rate, et des usages du système de la veine-porte , devra influer sur la manière dont on résoudra le problème que nous cherchons. Commençons donc par ces deux objets.

Goo FONCTION DES SÉCRÉTIONS.

Et d’abord, pour ce qui est de la rate, que d’usages divers attribués à cet organe, et dont nous avons mentionné successivement les principaux ! leur nombre seul prouve qu'aucun n’est démontré : nous en passerons sous silence plusieurs qui sont évidemment hypothétiques ; comme d’être le siége de l’âme sensitive, celui du rêve, de la mélancolie, du sommeil , des appétits vénériens ; d’être un contre-poids mécanique du foie, etc. Nous nous restreindrons à trois conjectures plusraisonnables , dans lesquelles on fait de la rate, un organe sécréteur , un ganglion, et un diverticulum du sang.

Dès long-temps, on a dit la rate un organe sécréteur, se fondant sur le volume énorme de l’arière splénique : tour-à-tour on lui fit sécréter l’atrabile: ou une humeur destinée à nourrir les nerfs ; ou le suc gastrique; ou enfin un fluide propre à tempérer la nature alkaline du chyle ou de Ja bile ,et qui était transmis, dans le premier cas, ou à l’estomac par les vaisseaux courts , ou au cœur par les veines ; et dans le deuxième cas, ou au foie par les lymphatiques et les veines, ou au duodénum par un canal particulier. Mais déjà, dans cette première conjecture , tout porte le cachet de l’hypothèse. En premier lieu, l'artère splénique est grosse sans doute, mais elle ne va pas à la rate seule; avant de pénétrer ce viscère, elle fournit des rameaux au pancréas et à l'estomac, toute la gastro-épiploïque gauche, les fameux vaisseaux courts; et ce n’est qu'’au-delà qu’il faut juger de son calibre relativement à la rate : ce calibre d’ailieurs n’est qu’une présomption, et qui s'applique autant aux hypothèses qui font de la rate un ganglion ou un diverticulum , qu’à celle qui la dit un organe sécréteur. En deuxième lieu,

quel genre d’organe sécréteur rapporter la rate ? ce

SÉCRÉTION DE LA BILE. Got ne peut être aux glandes , car elle n’a pas de canal sécréteur : ce serait donc aux follicules , mais elle n’en a pas la texture. Enfin, on devrait connaître au moins le fluide qui serait le produit de son travail sécrétoire; et il est évident que parmi ceux qu'on a mentionnés , les uns, comme l’atrabile , l'humeur nutritive des nerfs, n’existent pas; et les autres, comme le suc gastrique , Ont une autre origine.

L'hypothèse qui fait de la rate un ganglion vasculaire, ou lymphatique , ou sanguin , est beaucoup plus raisonnable, et est professée par la plupart des physiologistes actuels. Ainsi, nous avons dit que Gmelin et T'iédemann la considéraient comme un ganglion lymphatique, préparant un fluide qui servait à animaliser le chyle. M. Chaussier la mettant dans la classe des organes qu'il appelle ganglions glandiformes , et qu'il assimile aux ganglions lymphatiques , dit qu’il est exhalé dans son intérieur un suc, ou séreux , Ou sanguin, qui repris par Fabsorption, va concourir à la Iymphose. Enfin la plupart en font un ganglion sanguin , faisant subir au sang de l'artère splénique une élaboration , qui le dispose à fournir, à la sécrétion du suc gastrique selon quelques-uns, et à celle de la bile selon d’autres. Mais, si la rate estun ganglion, d’abord il n’est pas probable que ce soit un ganglion lymphatique; les vaisseaux de ce genre y sont en trop petit nombre , comparativement aux vaisseaux sanguins , etla rate n’est pas sur le trajet des vaisseaux lymphatiques. En second lieu, si elle est un ganglion sansuin, ce ne peut être pour préparer le sang duquel dérive le suc gastrique , car celui-ci est versé à la surface interne de l’estomac, et les vaisseaux sanguins qui, provenant de l'artère splénique , arrivent à ce viscère, sont

détachés de cette artère avant qu’elle ait abordé la rate. Reste enfin l’idée que la rate est un ganglion préparant le sang de la sécrétion biliaire : sans doute, elle peut être fondée; mais on ne peut la démontrer , et par conséquent on ne peut l’admettre que comme conjecture. Est-il certain en effet que le sang de la veine splénique diffère de celui de toute autre veine ? on le dit, depuis Haller , plus aqueux, plus albumineux, plus onctueux, plus noir, moins coagulable , moins riche en fibrine, et ayant une fibrine moins animalisée : mais ces différences sont si peu positives , que beaucoup d’auteurs les nient. Généralement les physiologistes ont eu ici le tort desupposer deux fois ce qui était en question ; pour justifier leur idée que c’est du sang de la veine-porte que provient la bile, ils présentent la rate comme un ganglion qui a travaillé à l'élaboration de ce sang; et pour appuyer leur idée que la rate estun ganglion, ils avancent que le sang qui vient d’elle alimente la sécrétion biliaire. C'est supposer tour à tour résolues les questions qui sont en litige.

Enfin , à l’article de la circulation , nous avons parlé des idées de Lieutaud, Rush et M. Broussais, qui font de la rate un diverticulum du sang, soit pour l’estomac seulement dans les intervalles des digestions , soit pour tout le système circulatoire , lors de quelques retards ou arrêts dans la circulation. Plusieurs considérations appuient , en effet, cet usage assigné à la rate, surtout en ce qui concerne l'estomac. La rate a dans toute la série des animaux , des connexions artérielles nombreuses avec l’estomac; c’est du même tronc, le cœliaque, que naissent les artères qui vont à ces deux viscères ; el bien qu'au premier aspect l'estomac ne paraisse recevoir

Er

que la plus petite division de ce tronc, cependant il reçoit la majeure partie du sang qui en provient , les deux autres divisions , c’est-à-dire les artères hépatique et splénique lui fournissant de nombreux rameaux. La rate en outre, offre des changemens de volume, selon les états de l’estomac, est plus grosse lors de sa vacuité, plus petite lors de sa plénitude. On a conclu de tout cela , que la rate était un organe placé à côté de l’estomac, pour Jui servir de diverticulum lors de ses intermittences d’action. Ajoutons que l'estomac , dont les fonctions sont évidemment intermittentes , ne doit pas recevoir en tout temps les mêmes quantités de sang ; lorsqu'il est plein , lirritation qu'exercent sur lui les alimens , doit y faire affluer ce liquide; lorsqu'il est vide, le sang doit y être appelé en moindre quantité. Or, les artères qui vivifient l'estomac sont trop grosses pour pouvoir se modifier , selon la quantité de sang que réclame le viscère; elles ne peuvent, par exemple , se rétrécir lorsqu'il n’agit pas, pour se dilater bientôt de nouveau lorsqu'il agira +: il fallait donc un artifice quelconque pour empêcher que lestomac , dans ses intermittenees obligées d’action, éprouyât une surcharge de sang; et c’est, selon les physiologistes dont nous exposons les idées , la rate qui remplit cet office. Il serait possible que cette action s’étendit aussi au foie et au pancréas , dont les actions sécrétoires n’ont pas non plus en tout temps la même activité. Dès long-temps, on avait pensé à ce reflux du sang de l’esiomac dans la rate ; mais on l'avait expliqué mécaniquement, on l'avait dit un effet de la compression; aujourd’hui on le conçoit d’après la doctrine de vitalité qui domine en physiologie. Nous ne contestons pas tout ce

qu’a de spécieux cette théorie; nous ne l’avons même rapportée en dernier lieu , que parce qu’elle nous a paru la plus vraisemblable : mais enfin elle ne porte pas plus que la précédente le caractère d’une démonstration absolue , et elle laisse l'esprit flottant entre l’une et l’autre.

Un moyen que de bonne heure on dut tenter pour échapper à cette incertitude , était l’extirpation de la rate : Pline dit qu’elle a été faite sur des hommes vivans pour les rendre plus aptes à la course : il est sûr au moins qu’elle a été pratiquée sur des animaux ; mais chacun ayant accusé des résultats divers , la question est restée entière; et on n’a pu rien conclure , sinon que la rate n’était pas un organe prochainement nécessaire à la vie; la plupart des animaux, en effet, survivent, et ceux qui meurent succombent par les accidens de l’opération. Nous ne nous arrêterons pas sur les expériences de Malpighi, qui dit avoir vu l’extirpation suivie d’une augmentation de sécrétion urinaire ; sur celles de Dumas , qui vitles animaux manifester une faim vorace ; sur celles de Méad , Mayer, qui signalèrent une détérioration des digestions, des selles plus liquides ; une bile plus aqueuse; sur celles de Gmelin et T'iédemann, qui disent que le chyle leur parut plus clair et sans caillot, etc. Nous mentionnerons seulement celles qu’a faites à Paris M, Dupuytren.Get habile professeur a extirpé le même jour la rate à quarante chiens; bien qu'il ne liât aucuns vaisseaux, et qu'il se contentât de faire une suture à l’abdomen, il ne survint aucune hémorragie ; dans les huit premiers jours, la moitié des chiens opérés mourut d’une inflammation des viscères abdominaux, survenue accidentellement à l’occasion de l'opération ; on le

constata par l'ouverture des cadavres ; les vingt autres chiens guérirent sans accidens au bout de trois semaines au plus tard. [ls manifestèreut d’abord un appétit vorace : mais cet appétit revint bientôt à son degré naturel : ils usèrent des mêmes alimens , des mêmes boissons , en prirent en même quantité, et la digestion parut s’en faire en même temps ; les fèces avaient la même consistance , les mêmes apparences, et le chyle parut avoir la même nature. Les autres fonctions ne présentèrent non plus aucune modification. M. Dupuytren ,ouvrant plusieurs de ces chiens quelque temps après, s’assura qu'il n’y avait rien de changé dans la circulation abdominale , dans celle de l’estomac , de l’épiploon, du foie ; ce dernier organe, que les autres expérimentateurs avaient dit grossir, ne lui parut pas avoir plus de volume. La bile , seulement, lui sembla être un peu plus épaisse , et offrir un léger rudiment. Bien que l'expérience, comme on voit, nous laisse le même doute relativement aux divers usages qu’on peut, avec vraisemblance , attribuer à la rate , il nous semble cependant qu’elle est encore un argument qu’on peut faire valoir à l'appui de l’idée qui fait de cet organe un diverticulum. En effet, la rate , comme on voit , peut souvent être extirpée impunément : cela serait-il possible si elle était un ganglion ? ne devrait-elle pas alors avoir toute l’importance de la sécrétion dont elle préparerait les matériaux ? au contraire, on conçoit que comme diverticulum , qui peut-être n’est qu'une précaution de la nature, ou qui n’a à agirque d’intervalles en intervalles , elle peut davantage être enlevée ; le défaut d'équilibre qui pourra en résulter ne sera pas mortel. I est certain au moins que les maladies si fréquentes de la rate, contrastent

6o6 FONCTION DES SÉCRÉTIONS.

par leur innocuité , avec le danger qui accompagne celles du foie ; et c’est une raison de plus de douter que ces deux organes soient enchaînés dans une même fonction.

Il résulte toutefois de cette discussion , que l’on est encore en doute sur les usages réels de la rate, et l’on concoit que ce doute devra s'étendre à la question de savoir lequel des sangs de l'artère hépatique ou de la veine-porte alimente la sécrétion biliaire. On va voir qu'il en est malheureusement de même à l’égard des usages du système de la veine-porte.

Il est certain que cette veine présente une exception à la disposition générale du système veineux; formée par la réunion de toutes les veines qui reviennent des organes digestifs contenus dans l'abdomen et de la rate , elle devrait, selon la loi commune , aller aboutir en un tronc veineux plus gros qu’elle; et, au contraire, elle va se ramifier, à la manière d’une véritable artère, dans le tissu du foie. Quel est le but d’une si remarquable exception ? on l’ignore ; on ne peut faire à cet égard que des conjectures. 1° Avant qu’on n’eût découvert le système des vaisseaux chylifères , on croyait que c'était par les ramifications de cette veine dans l'intestin qu'était absorbé le produit utile des alimens; et l’on supposait que si cette veine , au lieu de se rendre directement au cœur, se distribuait au foie, c’est que le produit de la digesüon avait besoin de subir encore quelque élaboration dans cet organe. On appuyait cette manière de voir sur ce qui est dans le fœtus , chez lequel le sang puisé dans la mère et apporté par la veine ombilicale , est d’abord porté dans le foie, qui ainsi sémble être un organe d’hématose. Mais aujourd’hui qu’on a découvert le sys-

SÉCRÉTION DE LA BILE. Go7

ième chylifère, et la voie réelle que suit lechyle, peuton croire à cel usage attribué au système de la veineporte ? s° M. Magendie a renouvelé cette idée des Anciens , relativement aux boissons au moins; on à vu que c'était par les veines mésaraïques, et non par les chylifères, qu’il les fait absorber dans l'intestin ; mais on se rappelle aussi que nous avons dit, qu'il y avait d’égales raisons pour faire pénétrer les boissons par les deux sysièmes vasculaires absorbans qui sont dans l'intestin. 5° Partant de l’idée que la rate est un ganglion sanguin , on a dit la disposition de la veine-porte , une suite forcée de l'usage qu'avait à remplir ce viscère. En effet , la rate prépare t-elle le sang de la sécrétion biliaire ? il fallait bien que ce sang füt distribué au foie qui en est l’agent spécial. Prépare-t-elle, au contraire, le sang dans une vue générale à l’hématose P il fallait encore qu'il fût porté dans le système veineux, et le plus près possible du centre de ce système , du point où il va achever de se faire dans le poumon. Seulement, dans cette hypothèse, le foie serait un second ganglion élaborateur du sang , et serait, ainsi que la rate, un organe annexe du poumon. Quelques physiologistes recommandables ont mis en avant cette conjecture ; ils l’ont appuyée sur ce que dans le fœtus , Le foie est un des premiers organes formés , et paraît être un organe d’hématose ; sur ce que la veine splénique est trop grosse relativement à la petite quantité de bile qui est faite, ce qui porte à croire que le sang qu’elle rapporte a plus trait à l’hématose en général, qu’à la sécrétion biliaire; sur ce que, dans les animaux , le foie est dans des rapports de volume avéc le poumon, dont l'hypothèse le fait une annexe ; étant petit dans les oiseaux qui ont le poumon ke plus ‘gros,

Gos FONCTION DES SÉCRÉTIONS.

moyen dans les mammifères qui ont le poumon d’une médiocre grosseur, el très-gros dans les poissons qui ont l’appareil respiratoire petit; enfin, sur ce que l’appareil biliaire modifie tellement l’économie par sa prédominance , qu’il a mérité de constituer la base d’un tempérament, ce qu'il ne peut faire que par un ofhice général et plus important que celui de la sécrétion biliaire. Mais d’abord toute cette doctrine repose sur l’idée que la rate est un ganglion, et cette idée n’étant qu’une conjecture , il en résulte que la doctrine ne peut que l’être elle -même. Ensuite , à supposer que la rate soit un ganglion, est-ce vraiment pour l’hématose générale qu’elle élabore le sang ? le sang qui subit l’élaboration est celui de l’artère splénique ; or, ce sang est le même que celui qui nourrit tous les organes , et qui par consé quent est parfait : quelle nouvelle mixtion a-t-il donc besoin de subir ? L’extirpation de la rate devrait avoir des suites bien plus funestes. La présomption tirée de l’état du foie dans le fœtus est d'autant moins forte, qu’à cet âge, la veine-porte est plus petite, et que la partie du foie qui est volumineuse , est celle à laquelle la veine ombilicale se distribue , et non celle qui recoit la veineporte. Le gros volume de la veine splénique se conçoit tout aussi bien dans l’idée qui fait de la rate un diverticulum; et, quant à l'influence exercée par l'appareil biliaire sur toute la constitution , elle peut tenir à la part qu’a la sécrétion de la bile sur la crâse du sang, quel que soitle sang qui alimente:cette sécrétion, point sur lequel. nous reviendrons ci-après. Toute cette doctrine est. done aussi peu admissible que Les précédentes. 4° Enfin , M. Broussais ; sectateur de l'idée que la rate est un. diverticulum , veut que le système de la veine-porte

SÉCRÉTION DE LA BILE. Gog

ait aussi cet usage, et que le sang trouve dans le tissu du foie un nouveau lieu à se mettre en dépôt , lors des retards ou arrêts de la circulation , ou d’un reflux abon.dant sur la rate. il ajoute que le système capillaire du foie devient une nouvelle cause d’impulsion pour ce liquide , ayant à traverser ainsi une série de systèmes capillaires. Dans cette hypothèse, on concevrait pourquoi il n’y aurait que les organes digestifs abdominaux qui concourraient à former la veine-porte, ce nouveau diverticulum étant une suite de celui que fait la rate , et devant conséquemment avoir les mêmes relations. Quelque ingénieuse que soit cette idée, on est forcé d’avouer qu’elle n’est encore qu’une conjecture; et l’on voit que nous sommes, à l'égard des usages du système veineux abdominal , dans une ignorance plus grande encore qu'à l'égard de ceux de Ia rate.

Or , qui ne pressent que notre ignorance sur ces deux points doit s'étendre à la question qui concerne spécialement la sécrétion biliaire? les physiologistes sont dissidens à son égard; de part et d’autre on n’invoque que des raisonnemens, et ces raisonnemens sont tels qu'ils commandent le doute à tout esprit sage ; aucun ne la résout d’une manière absolue, comme on va le voir. |

Par exemple, l'opinion, tout à la fois la plus générale et la plus ancienne , est que la bile provient du sang de la veine-porte, et voici les raisons sur lesquelles on se fonde : 1° le sang de la veine-porte paraît plus propre que le sang artériel à faire la bile, car il est veineux, chargé comme tel de plus de carbone et d’hydrogène, et conséquemment plus capable de faire une humeur aussi grasse et aussi huileuse que l’est la bile. On

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610 FONCTION DES SÉGRÉTIONS.

a même cru que pour cet effet, ce sang se chargeait de graisse en traversant l’épiploon; que c'était pour cela aussi que sa circulation était si lente, la veine- porte étant sans valvule. »° La veine-porte se distribue dans le foie à la manière d’une artère, et a des communications manifestes avec les vaisseaux sécréteurs de la bile. 3° Elle est plus grosse que l’artère hépatique , beaucoup plus en proportion pour son volume avec celui des sécréteurs , et l'artère hépatique ne semble être pour le foie que l'artère de la nutrition, que ce que sont les artères bronchiques pour le poumon. 4° Enfin, si la rate est un ganglion sanguin, ce ne peut être que pour préparer le sang de la sécrétion biliaire ; et l’on a quelques raisons de croire qu'il en est ainsi, quand on voit que la veine splénique forme la moitié de la veine-porte, et que la rate se montre généralement dans la série des animaux , en raison du développement du foie, et surtout de l’activité de la sécrétion biliaire. Îl est certain , par exemple, que dans le fœtus, chez lequel la sécrétion biliaire est nulle , ou au moins peu abondante, tandis que l'artère hépatique est grosse, la rate et la veine splénique sont petites ; dansle fœtus, cette veine ne fait qu’une petite partie de la veine-porte , celle-ci est elleinême fort petite, et ne se distribue qu’au lobe droit du foie , et ce n’est qu’à la naissance que se fait l’accroissement de toutes ces parties.

Mais qui ne voit que ces raisons n€ fondent pas une démonstration rigoureuse , et que plusieurs même peuvent être invoquées pour justifier l’assertion inverse , c’est-à-dire l’idée que la bile dérive du sang de l’artère hépatique ? 1° On ne voit pas pourquoi la bile aurait plus besoin d’être dérivée d’un sang veineux, que les autres

SÉCRÉTION DE LA BILE. Gi

humeurs graisseuse et huileuse, la moelle, la graisse , par exemple. On a ici été séduit par l'application vicieuse des notions chimiques , croyant pouvoir expliquer plus facilement la formation d’une humeur grasse, en la faisant dériver d’un sang plus riche en carbone et en hydrogène. Mais le sang de la veine-porte est-il réellement plus riche en carbone et en hydrogène ? la graisse et la moelle , qui ne sont pas des humeurs moins grasses que la bile, ne proviennent-elles pas d’un sang artériel ? y a-t-il, chimiquement parlant, plus de rapports entre la bile et le sang de la veine-porte, qu'entre la graisse et le sang artériel ? dans toutes les sécrétions , n'y a-t-il pas transformation du sang, d’après des lois différentes de celles qui fondent la chimie générale ? Nous ne parlons pas de l’absorption de la graisse de l’épiploon par le sang de la veine-porte , et de la présence de la graisse dans ce sang ; ce sont trop évidemment des suppositions gratuites. 2° Si la veine-porte se distribue dans le foie 9 à la manière d’une artère, est-il bien sûr que ce soit pour servir à la sécrétion biliaire ? Nous avons indiqué les diverses conjectures faites sur les usages de la veineporte, et plusieurs sont étrangères à la sécrétion de la bile. Plusieurs faits montrentmême le système de la veine-porte isolé de cette sécrétion ; par exemple , ce système existe dans le fœtus , chez lequel la sécrétion biliaire est nulle encore, ou peu abondante ;: il manque, à partir des animaux invertébrés , bien que le foie, et par conséquent la sécrétion biliaire, se montrent dans tous les animaux jusqu'aux radiaires. Au moins le doute dans lequel on est relativement aux usages de la veine-porte, doit empêcher de prononcer aflirmativement que c’est pour Ja 39*

sécrétion biliaire que cette veine se distribue au foie. Enfin , l'artère hépatique y aboutit de même, et a d'aussi faciles communications avec les sécréteurs de la bile, 3° Si la veine-porte est plus en rapport avec le volume du foie que l’artère hépatique, celle-ci est plus en rapport avec la quantité de bile qui est sécrétée. Il ne faut pas, en effet, juger de l'abondance de la sécrétion par le volume du foie ; il est possible que ce viscère ait encore d’autres usages , ainsi que nous l’avons dit , comme de servir de passage aux boissons absorbées, de diverticulum au sang dans les embarras de la circulation, etc. On en juge mieux par la capacité de la vésicule bihaire, et il est sûr que d’après cette base, la veine-porte est trop grosse, et qu’au contraire l'artère hépatique a le volume suffisant. 4° Enfin, l’argument tiré de l’usage de la rate , et des rapports de cet organe avec la sécrétion biliaire, n’est pas plus absolu. D’un côté, l’idée que la rate est un ganglion®n’est qu'une conjecture , et nous

avons vu qu’on pouvait avec autant de vraisemblance

attribuer d’autres usages à cet organe. D’ un autre côté ,

les rapports entre la rate et le He ne sont pas aussi grands qu’on l’a dit, et par exemple, sont moindres que ceux qui existent entre la rate et l’estomac. Ainsi, le foie existe en presque tous les animaux, et la rate, au contraire, n’existe plus au-delà des vertébrés; on trouve, comme l’a dit aller, une grosse rate avec un petit foie, et vice versà ; il n’y a pas davantage de relation entre ces organes sous le rapport des maladies, et rien de plus fréquent que de voir le foie malade et la rate saine , ou le foie sain et la rate malade; enfin, nous avons déjà dit que la rate change de volume selon que

l'estomac est vide ou plein , et que dans tous les animaux qui la possèdent, elle a avec ce viscère des connexions artérielles plus intimes qu'avec le foie.

La question est donc non résolue encore ; pour la terminer , il faudrait, dans des expériences séparées , lier sur des animaux vivans , la veine-porte sur l’un, l’artère hépatique sur l’autre, et juger les effets qui s’ensuivraient sur la sécrétion biliaire. Or, ces expériences n’ont pas été faites, et, à supposer qu’on puisse les faire , il est probable que la mort arriverait trop promptement pour qu'on puisse en tirer quelques conséquences. Dans le doute où l’on est , les physiologistes ont plus ou moins tranché la question : la plupart ont fait dériver la bile du sang de la veine-porte; Bichat et M. Broussais, au contraire , la font provenir du sang de artère hépatique , et ceux-ci ont pour eux l’analogie de toutes les autres sécrétions, et ce qu’a de plus spécieux l’idée qui fait de la rate un diverticulum : enfin, M. Magendie la dérive à la fois des deux sources.

Ayant exposé tout ce qui a trait à cette importante discussion , nous n’avons presque plus rien à dire sur la sécrétion biliaire , la plupart des autres détails ayant été donnés à l’article de la digestion. L’un ou l’autre des deux sangs afférens , ou peut-être les deux , étant arrivés dans le tissu da foie, le système vasculaire sécréteur s’en empare, les élabore et en fait la bile : celleci chemine alors dans la série des vaisseaux sécréteurs, et arrive au canal hépatique qui en est l’aboutissant. Sa circulation, dans ce trajet , est assez lente, puisque quelquefois elle s’y épaissit au point de former des calculs. Les causes de sa progression sont la continuité de sa sécrétion , l’action contractile des radicules sécréteurs,

le secours des battemens des artères voisines , des mouvemens de la respiration. Dans ce trajet, elle s’épaissit un peu , étant dépouillée par l’absorption de ses parties aqueuses. Enfin, arrivée au conduit hépatique, elle est portée, ou dans le duodénum, ou dans la vésicule biliaire. On peut revoir à l’article de la digestion ce que nous avons dit du mécanisme de son excrétion , et de sa nature chimique. On ne peut évaluer rigoureusement sa quantité ; il y a des différences individuelles , et d’autres qui sont dépendantes de l’excitation directe ou sympathique que recoit le foie consécutivement à l’alimentation dont on use.

Quant aux usages de la bile, nous avons vu que cette humeur est le principal agent de la chylification. Mais beaucoup de physiologistes pensent qu'en même temps qu’elle remplit cet office local, elle concourt aussi en quelque chose à la constitution du sang : ils se fondent | sur Ja grande influence qu’exerce sur l'économie l’appareil biliaire, influence que ne présente aucun autre organe sécréteur, si ce n'est le testicule, et qui est telle MN que la prédominance de cet appareil a sufli pour con- | stituer un tempérament. Ceux qui ont fait provenir la bile du sang de la veine-porte, ont dit que cette sécrétion était un moyen qu’employait la nature pour débarrasser le sang veineux, même avant qu'il parvint au poumon , du carbone et de l’hydrogène qui le surchargent. Sans admettre cette dernière idée, qui est évidemment une suite de Ja mauvaise théorie des chimistes sur la respiration, on pourrait concevoir que la sécrétion de la bile influât sur la crâse du sang, quand bien même elle serait alimentée par lartère hépatique. Et , en effet , la sécrétion urinaire n’exerce- t-elle pas à l'égard

du sang une dépuration bien importante ? et n’émanet-elle pas cependant du sang artériel ? On dira peut être que le produit de cette sécrétion est rejelé au dehors du corps ; mais il en est de même d’une partie de la bile au moins ; il est sùr que la plus grande partie de cette humeur s'attache aux fèces, est la cause de leur couleur et est excrétée avec eux. Toutefois, quel que soit le genre de modification que fasse subir au sang la sécrétion biliaire, il ya, pour y croire, plusieurs raisons autres que celles que nous avons données déjà : par exemple, la couleur de la peau se modifie consécutivement à tous les changemens qui surviennent dans la sécrétion biliaire ; quand la sécrétion biliaire est supprimée , indépendamment des troubles locaux relatifs à la digestion, on en observe de généraux. Or, nous ne connaissons que l’état du sang et l'appareil nerveux qui puissent développer dans économie des phénomènes généraux , comme nous le verrons en traitant des conpexions de fonctions.

$. VI. Sécrétions excrémentitielles génitales.

Trois sécrétions importantes appartiennent à la fonction de la génération , une exclusive à l’homme, et les deux autres propres à la femme. La première, est la sécrétion du sperme , de ce fluide qui avive et féconde le germe. La seconde, est l’exhalation des menstrues , qui se fait pendant quelques jours de chaque mois par la surface interne de l'utérus, pendant tout le temps que les femmes sont aptes à devenir mères. La troisième enfin , est la sécrétion du lait, fluide destiné à servir

- d’aliment à l’enfant nouveau-né. Mais, de même que

plusieurs des sécrétions précédentes avaient été expo-

sées à l’article des fonctions auxquelles elles appartenaient; de même aussi nous croyons devoir renvoyer à l’article de la génération l’étude des troïs sécrétions que nous venons de nommer , leur histoire exigeant des notions que nous n'avons pas encore, et que nous ne pouvons donner ici sans nous exposer à des répétitions.

$. VIT. Exhalation cutanée , ou transpiration dite insensible.

Par toute la surface externe de la peau , se fait d’une manière continue l'écoulement d’un fluide vaporeux, d’un halitus albumineux, qui, perdu aussitôt dans l’air, paraît d’abord ne pouvoir être apprécié. C’est là ce qu’on appelle la transpiration insensible. Cette expression est impropre, car la matière qui la constitue tombe sous les sens de plusieurs manières ; elle est, par exemple , manifestée par son odeur; dans certains cas, on peut la voir , comme lorsqu'on se place devant une glace ou devant un mur récemment blanchi; quelquefois on la voit se dégager en fumée ; T'achenius, en s’enveloppant d’un linge trempé d'huile, en a recueilli assez promptement jusqu’à quatre onces ; enfin, nous dirons tout à l’heure qu’on l’a pesée : elle est donc très-appréciable par les sens , et il faut l'appeler la transpiration cutanée.

Plusieurs Savans, et entre autres M. Ædwards a récemment émis cette idée, croient que dans la transpiration, il y a deux actions; une physique, consistant dans l’évaporation par l’air des parties liquides du corps humain, en vertu de [a loi générale qui amène.une semblable évaporation dans tous les corps qui sont mouilléset en contact avec l’air ; et une vitale , consistant dans une véritable exhalation excrémentitielle effectuée par la peau. Ils arguent surtout du dessèchement auquel par-

EXIALATION CUTANÉE. 617

viennent les batraciens et les poissons , par suite de leur séjour prolongé dans l'air, dessèchement qui chez les deruiers amène promptement la mort, et qui à de certaines limites de température est toujours en raison du degré de sécheresse de l’air. Ils ont cherché enfin à séparer, ce qui dans la transpiration est del’action physique de l’évaporation, et ce qui est de l’action organique de l’exhalation. Plaçant un animal à sang froid dans un air très-humide , et tel que l’action physique de l’évaporation ne pouvait plus se faire, dans un air d’une température égale à celle de l’animal , ils ont reconnu que l’animal avait perdu six fois moins de poids que dans l’air ordinaire , d’où ils ont conclu que c'était l’action physique de l’évaporation qui avait la plus grande part dans les pertes que fait faire la transpiration. Sans doute , nous croyons que les lois générales conservent encore un peu d’empire sur les corps vivans, que beaucoup de phénomènes physiques tendent encore à se produire en eux; que cela est, par exemple, des phénomènes d’imbibition en certaines circonstances, et peut-être de ceux d'évaporation dont il est question ici. Mais je crois que M. Edivards à fait ici à l'homme une fausse application de ce qui a lieu dans les animaux aquatiques ; et que si une action physique d’évaporation a quelque part à la transpiration , c’est la plus petite, et que l’action organique de l’exhalation est celle qui y concourt le plus. Toutefois, c’est de celle - ci dont nous avons surtout à nous oCCuper ici.

Nous avons , à l’article du sens dutact, indiqué la texture de la peau ; conséquemment il est inutile d’y revenirici : on sait qu’à la surface de cette membrane aboutissent les orifices de vaisseaux exhalans , qui y sont dis-

posés comme dans toules membranes exhalantes quel conques. Or, ces vaisseaux exhalent d’une manière continue une matière sous forme de vapeur , qu’aussitôt l'air dissout, ou que les vêtemens absorbent , qui fait comme une atmosphère autour du corps, et qui en même temps qu’elle fonde une perte pour le corps et fait de sa sécrétion un émonctoire de la nutrition , paraît être un des moyens par lesquels se maintient notre température à un degré fixe.

Cette matière est incolore, plus pesante que l’eau, et selon M. Thénard, composée de beaucoup d’eau, d’une petite quantité d’acide acétique libre, de muriates de soude et de potasse, de très-peu de phosphate de chaux et d’oxide de fer, et d’une quantité plus petite encore d’une matière animale particulière approchant de la gélatine. M. Berzelius dit que l'acide de la transpiration n’est pas de l’acide acétique , mais de l’acide lactique : il y a aussi de l'acide carbonique.

Son excrétion est la conséquence irrésistible de sa production, puisque les exhalans de la peau aboutissent à la surface externe de cette membrane.

Sa quantité ne peut être appréciée directement, puisqu’on ne peut la recueillir en entier et la peser : mais on a cherché à la connaître par des moyens indirects. Il est de fait que si on se porte bien, et qu'en même temps on n’engraisse ni ne croisse, le corps revient à un même poids après un certain intervalle de temps. C'est une preuve que, dans le même intervalle de temps, les excrétions ont égalé en quantité les ingestions , c’est-à-dire, que le corps a rejeté hors delui, autant de matière qu'il enavaitpris au dehors. Or, il était possible de connaître la quantité des ingestions, en pesant tous les alimens et

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