‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 59 sur 65 · DE LA SUEUR, G · texte numérisé non relu

DE LA SUEUR, G

la transpiration; on concevra combien de maladies doi vent reconnaître pour causes des modifications dans l’accomplissement de cette excrétion. Que la perspiration cutanée soit contrariée , souventalors la nature iransporte sur d’autres systèmes la matière dont cette excrétion devait débarrasser le corps ; et diverses maladies éclatent, ou des rhamatismes, ou des hydropisies, ou des dyssenteries, des catarrhes, selon que ce sont les systèmes musculaire, séreux, le canal intestinal , les membranes muqueuses, qui deviennent le point de la fluxion. De là le précepte de beaucoup soigner l’état de la peau dans ces affections , d’en exciter la transpiration. Le thérapeutiste enfin a! souvent à considérer la peau , comme siége d’une excrétion qui peut servir à la dépuration du sang : quel avantage retire souvent le mé- -decin de l’emploi des frictions cutanées, des vêtemens de laine , etc.

$. VIII. De la Sueur.

La peau estencore , mais en de certaines circonstances seulement, et non d’une manière continue , le siége d’une exhalation, dont le produit n’est plus une vapeur, un halitus, mais un liquide qui se montre en gouttes sur toute sa surface: c’est celle de la sueur. La sueur est-elle une sécrétion autre que la précédente, ou n'est-elle que la transpiration augmentée ? On croit généralement ce dernier point, et l’on regarde la sueur comme le produit de la surexcitation de l'action transpiratoire de la peau. Ge qu’il y a de sûr au moins, c’est qu'elle est sécrétée par les mêmes vaisseaux exhalans. Cependant il y à quelques différences dans sa nature ; le liquide de la sueur est généralement moins chargé d’a-

cide carbonique que la vapeur de la transpiration , mais plus riche en sels ; ceux-ci se déposent sur la peau et s’y montrent quelquefois sous forme d’écume ou de flocons blancs.

Le mécanisme de sa production est celui de toute exhalation quelconque , et son excrétion est le fait irrésistible de son versement à la surface externe de la peau. Mais cette exhalation n’a lieu qu’éventuellement , par l'influence d’une température chaude , d’une exCitation directe ou sympathique de la peau , et d’une excitation de la circulation. Nous avons dit que la transpiration était augmentée par l'influence d’un air plus chaud ; il est d'observation vulgaire que la chaleur porte cette exhalation au degré qui constitue la sueur. Une excitation directe ou sympathique de la peau a le même effet; ne l’excite-t-on pas par des frictions ? Que de fois dans la vie surviennent des sueurs sympathiques , comme dans les affections de l'âme, les maladies du poumon, de l'appareil digestif ! Enfin , on observe que out ce qui active la circulation en général , comme une course , des efforts musculaires, etc. , la produisent de même.

Du reste , toutes les parties de la peau ne sont pas également disposées à exhaler la sueur : celles où cette exhalation se montre le plus souvent sont le front , les aisselles, les aines, les mains , les pieds, en général joutes celles qui reçoivent une quantité plus considérable de sang, qui sont plus sensibles , et ont avec les autres organes des sympathies plus délicates et plus multiphiées.

Cette excrétion n'ayant lieu qu’accidentellement ne pouvait entrer primitivement dans le mouvement de

DE LA SUEUR. 627 décomposition du corps. Aussi y a-t-il moins de dangers à en provoquer la suppression ! Cependant on parle souvent des résultats funestes d’une sueur rentrée : ils sont réels en effet; maisils ne sont pas dus à la rétrocession d’une matière excrémentitielle dont l'expulsion importait à l’économie ; ils tiennent à ce que l’excitation qui se passait à la peau pour la production de la sueur , est tout à coup appelée sur un autre organe, et y détermineune congestion morbide : il y a eu métastase , non de la sueur, mais du mouvement vital, si on peut parler ainsi ; et si la sueur cesse alors de couler, c’est parce que deux parties de notre économie ne peuvent être à la fois en exaltation d’action. Par la même raison , on n’a pas fait pour en apprécier la quantité , les mêmes efforts que pour la transpiration. Elle est d’ailleurs aussi variable que cette excrétion ; sa quantité, sa susceptibilité à se produire varient mille fois selon les âges, les sexes , les tempéramens, l’état de santé ou de maladie, le degré de sensibilité de la peau, le besoin de dépuration du sang , etc. Généralement Ja sueur est plus facile dans la jeunesse. Du reste chacun à , à cet égard , sa Constitution propre; tel sue avec beaucoup de facilité et par les moindres efforts, tandis que tel autre ne sue Jamais.

Son utilité première paraît être de rafraîchir le Corps, en en absorbant le calorique , lorsqu'elle se vaporise. Cependant, comme en dernier résultat elle fonde pour l’homme une déperdition, elle se montre aussi solidaire des autres excrétions ; si celles-ci manquent , elle coule avec abondance ; si elles sont, au Contraire , considérables , elle est rare. À raison de l’extrême sensibilité de la peau, des nombreuses sympathies de cette membrane

avec tout le corps, la sueur est un des phénomènes les

plus fréquens pendant la vie, et, par exemple, un des symptômes les plus communs des maladies.

$. IX. Des exhalations muqueuses , et particulièrement de

la Perspiration pulmonaire.

Les membranes muqueuses , que nous aVON$ présentées tant de fois comme ayant beaucoup d’analogie de structure ‘et de fonction avec la peau, sont aussi comme cette membrane le siége d’une exhalation transpiratoire, dont le produit se mêle aussitôt aux matières ingérées ou destinées à être excrétées, qui sont en contact avec elles. Nous ne ferons que mentionner cette transpiration à l'égard de là muqueuse digestiveet de la muqueuse génito-urinaire - mais nous nous arrêterons un peu sur celle de la muqueuse respiratoire, parce que Son produit peut être recueilli séparément, et forme ce qu’on appelle Fa matière de la perspiration pulmonaire.

C’est la membrane muqueuse du poumon qui est l'agent de cette sécrétion. Long-temps on pensa que son produit était formé de toutes pièces dans l’acte de la respiration , par la combinaison de l’oxigène de l’air inspiré , avec l'hydrogène et le carbone du sang veineux. Mais à l’article de la respiration, nous avons réfuté tout ce point de doctrine : la combustion de l'hydrogène ne se fait jamais sans déflagration ; la matière de la perspiration pulmonaire est également obtenue , quand on respire des gaz quine contiennent pas d’oxigène , de l’azote ou de l'hydrogène, par exemple: cette matière n’est pas une vapeur aqueuse pure, mais une vapeur chargée d’une matière animale , car elle est putrescible. Aujour-

«D Es

DES EXHALATIONS MUQUEUSES. G29 d’hui elle est universellement attribuée à une sécrétion vitale.

Mais de quel sang provient-elle ? les uns disent que c'est du sang veineux de l'artère pulmonaire ; les autres, que c’est du sang artériel des artères bronchiques. Il est difficile de prononcer, car, les argumens des deux côtés sont les mêmes , ou également puissans : une injection poussée , soit dans l'artère pulmonaire, soit dans les arières bronchiques, vient également sourdre à la surface des bronches : la matière de la perspiration pulmonaire accuse la présence des substances étrangères portées dans le sang , aussi promptement que les autres excrétons ; nous avons cité, à l’article de la respiration , d'ingénieuses expériences de M. Magendie à cet égard. Nous pouvons renvoyer à ce lieu, pour tout ce qui est relatif à celte question.

Le produit de cette sécrétion est semblable à la matière de la transpiration cutanée; c’est un mélange de gaz acide carbonique , et d’une sérosité albumineuse à l'état de vapeur. Il est excrété avec l'air de l'expiration, qui le dissout en partie, et d’ailleurs l’entraîne avec lui. Il se voit en hiver , ou quand on expire sur un corps poli ou dans un vase entouré de glace, et qui la condense.

Les usages de cette sécrétion sont jugés plus ou moins importans , selon l'espèce de sang de laquelle on la dérive ; si on la dit alimentée par l'artère pulmonaire , elle servira à l'hématose ; si elle vient du sang des artères bronchiques , ce qui est plus probable, elle servira seu-lement à maintenir humide la membrane muqueuse du poumon, et peut - être à conserver à un degré fixe sa température.

Sa quantité fut d’abord confondue par Sanctorius ,

avec celle de la transpiration cutanée ; mais depuis oi a cherché à évaluer chacune d’elles en particulier. Lavoisier et Séguin s’enveloppèrent d’un grand étui de taffetas gommé, qui s’étendait au-dessus de leur tête, mais qui était garni d’un tube qui communiquait au dehors pour leur permettre de respirer : connaissant le poids de leur corps avant de commencer l’expérience , ils se pesèrent d’abord ayant l’étui, afin de voir de combien les matières des perspirations cutanée et pulmonaire augmentaient leur poids; ensuite ils se repesèrent de nouveau, ayant la tête dégagée de l’étui, de manière à ne recueillir que la matière de la transpiration cutanée ; dès lors , ce qui manquait à ce poids, pour égaler le précédent , leur parut être la quantité de la perspiration pulmonaire en un temps donné. Ils reconnurent ainsi que ces deux excrétions occasionaient , terme moyen , une perte de 2 livres 15 onces en un jour , dont une livre 14 onces pour la transpiration cutanée, et 15 onces pour la pulmonaire; la quantité de celle ci est de 7 grains par minute, 5 gros 6o grains par heure.

Mais nous pouvons appliquer à ces calculs les mêmes réflexions que nous avons faites pour la transpiration cutanée. La perspiration pulmonaire varie selon l’âge, le sexe , le tempérament , la constitution individuelle , le climat , la saison , l’excitation directe ou sympathique de la membrane muqueuse qui en est l’agent , l’état de santé ou de maladie , le besoin de dépuration du sang, l'état des autres excrétions avec lesquelles elle entre en solidarité , etc. ; et, à tous ces titres, on ne peut en donner qu’une évaluation approximative.

A l’occasion des exhalations muqueuses et cutanées

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