POSE. RSS RAS SR IR ES RE OR PU RE RO LS RS ES A/R NE AS
SECTION Il.
De l'Etude de l'Homme en général.
Das la section précédente, en traitant de tous les corps de l’univers, sans paraître nous occuper d’une manière spéciale de l’homme, nous avons cependant fait connaître les principaux traits de l’histoire physique de cet être, ceux qui sont les plus importans, et sous
lesquels doivent-se ranger tous les détails que nous avons à présenter désormais. En ellet , par cela seul que l’homme est un être organisé, nous savons que son mode de structure est une organisation , et son mode d'existence ou d’activité une vie. Par cela seul qu’il est un animal, nous savons que les actes extérieurs qui commencent sa nutrition et sa reproduction sont laissés à sa volonté, et qu’ainsi il a, outre les facultés de se nourrir et de se reproduire , celles de sentir, de se mouvoir et d'exprimer ses sentimens et ses volontés. Enfin, par cela seul qu’il est un animal vertébré, et le premier de ces animaux, nous savons que son organisalion et sa vie présentent les plus hauts degrés de complication que nous ayons décrit.
Mais, maintenant , il faut aller au-delà de ces généralités , et détailler chaque objet relativement à l'homme, de manière qu’on connaisse pleinement le mécanisme de la vie de cet être. Suivons toujours notre premier ordre ; étudions successivement la composition matérielle de l'homme et ses actions.
GHA PLTRSE’ 17.
Considérations générales sur la Composition matérielle de l'Homme.
L'étude détaillée de l’organisation de l’homme est l’objet de l'anatomie humaine ; c’est cette science qui traite de la structure du corps humain. Un assemblage d’os unis entre eux , tantôt demanière à être immobiles, tantôt , au contraire , de manière à pouvoir se mouvoir les uns sur les autres, constituant ce qu’on appelle le
squelette, en forme la charpente profonde. La base de
ce squelette est une suite d’os appelés vertèbres, situés sur la ligne médiane, comprenant toute la longueur du tronc , et constituant une cavité dans laquelle sont logées les deux parties principales du système nerveux , Pencéphale et la moelle spinale. De chaque côté de cette partie médiane , sont disposées les autres parties osseuses qui sont paires , etsontappeléeslesappendices. Autour de ce squelette sont placés les muscles qui en meuvent les diverses parties, et effectuent la station et la progression de l'être. Le corps est évidemment partagé en tronc et membres. Le tronc, qui est la partie principale , est composé de trois cavités placées les unes au-dessus des autres , la téte , le thorax et l'abdomen , et qu’on appelle splanchniques, parce qu’elles contiennent les principaux organes , les viscères uécessaires à la vie , les parties qui exercent les fonctions de la sensibilité, de la digestion, de la respiration , etc. La tête , qui est la plus supérieure de ces cavités, se compose de la face qui recèle les organes de quatre sens , des sens de la vue, de l’ouïe, de l’odorat et du goût, et du crâne qui recèle l’encéphale, organe de l'esprit , et partie principale du système nerveux. Le thorax ou poitrine, estau-dessous de la tête, et contient les poumons , organes de la respiration, et le cœur organe principal de la circulation. L’abdomen, qui est de ces trois cavités celle qui est située plus bas, renferme les organes principaux de la digestion, ceux de la sécrétion urinaire et de la génération. Des membres, les supérieurs, sont suspendus de chaque côté du thorax, sont des instrumens ingénieux de préhension, et sont terminés par la main qui est l'agent du toucher. Les inférieurs, au contraire; sont placés au-dessous du tronc , sont les moyens de sustentation de tout le corps,
et les agens de sa progression. Des vaisseaux émanés du cœur , centre où se rassemble le fluide nutritif, se distribuent à toutes les parties, et y versent le fluide qui les vivifie et les recompose : d’autres vaisseaux reprennent dans ces parties les matériaux anciens qui les formaient , et les portent avec le produit de la digestion à l'organe respiratoire. Des nerfs, nécessaires aussi à la vivification des parties , s’y distribuent de même. . Enfin une membrane douée d’une sensibilité vive, la peau, sert d’enveloppe externe à tout le corps. C’est à l’anatomie , nous le répétons, à exposer avec détail toutes les particularités de cette racer ffllquee construction ; nous devons nous borner ici à des considérations générales indispensables. Commele corps humain, est composé de parties solides et de parties fluides , nous allons traiter successivement des unes et des autres, et nous terminerons par quelques traits relatifs au concours des unes et des autres.
ARTICLE [°
, Des Parties solides du Corps humain.
On appelle solide tout corps dont les molécules intégrantes adhèrentassez entre elles, pour qu "elles ne puissentse séparer par le fait seul de leur poids , mais- pour qu'il faille un effort extérieur afin d’ opérer cette séparation. Or; beaucoup des parties eonstiluantes du corps humain présentent ce caractère physique ; et ce sont celles-là qu’on appelle les solides organiques.
Le coup d’æil le plus superficiel, jeté sur ces parties solides , suffit pour faire remarquer entre elles des différences de forme, de composition, de solidité. Qui pourrait ,en effet, confondre un os et un muscle, un nerfet
un vaisseau ? non-seulement la forme êt la structure intime sont différentes , mais encore les usages ; et de là, la distinction faite dé toutes les parties solides du corps humain eñ plusieurs genres, caractérisés chacun par la forme éxtérieure , l’organisation profonde et la fonction qu'il remplit dans l’économie. Les anatomistes s’accordent presque tous aujourd’hui à ramiëéner ces genres à douze ; savoir { l'os , le cartilage, le muscle, le ligament, le vaissedu ; le nerf, le ganglion, le follicule , fai slañde , li miéribrane ; le tissu cellulaire où lamiheux, et ke viscère. ou
: L'osést le solide le plus dur du corps humain , et celui qui'eñ forine le squelette. Après lui vient le cartilage , organe d'uf blanc opale, d’un tissu fort élastique ; qui tantôt revêt les extrémités des os mobilés , et facilite leurs müuüvermenñs ; tantôt est ajouté ? à ces os pour les prolonger et aûgmenter leur longueur ; qui, enfin , forme ces os eux-mêmes dans leur origine, car tous sont cartilages avant d’être os : à cause de cela, ces cartilages sont subdivisés en cartilages articulaires ou d'encroutement , cartilages de prolongement et cartilages d’ossification. Les HÉRRGER sont de véritables chairs , des faisceaux de fibres roûgés et contractiles , étendus d’un os à l’autre, et qui sont l6s agents ‘de tous les mouvemens. Les ligamens sont dés sofdés d’un tissu fort résistant, fort PTT cile à rompre, ét qui, sous forme de cordons ou de membranes , servént à attacher lés unes aux autres diverses parties du corps, particulièrement les os et les muscles : : dc à leur partage ,en ligæmens des os , comme les” ginens proprement dits et les capsules fibreuses ; et en ligumièns dés Museles, comme les tendons et les
aponévroses. Les v&isseaux sont des solides qui ont l4,
forme de canaux , et dans lesquels circulent des humeurs ; selon le fluide qu'ils charient, on les partage en chylifères, sanguins, artériels , veineux, lymphatiques , séeréteurs. Les nerfs sont des solides sous forme de cordon, qui émanés de l’une ou de l’autre des trois parties principales du système nerveux, encéphale , moelle spinale et grand sympathique , se ramifient dans l’intimité des différens solides, font jouir les uns de la sensibilité , les autres de la faculté de se mouvoir, donnent à tous leur vitalité propre, et établissent des liens entre tous les organes : de là leur partage en nerfs sensoriaux , qui président aux sensations, motoriaux , qui président aux mouyemens, et slaminaux qui perdus, en quelque sorte, dans la substance des organes, en dirigent les actions secrètes et profondes. Le ganglion estun solide, toujours placé sur le trajet d’un nerf ou d’un vaisseau, , qui paraît formé par un entrelacement inextricable des filamens du nerf ou des ramifications du vaisseau, qui, dans ce dernier cas , présente toujours dans sa substance des aréoles pleines d’un suc particulier, et qu’on croit destiné à faire subir une mixtion , une élaboration particulière , soit au fluide nerveux, soit à l'humeur qui circule dans les vaisseaux : d’après cela , on en a distingué de deux espèces , des ganglions nerveux et des ganglions vasculaires; et ces derniers même ont été subdivisés, d’après le genre de vaisseaux sur la route desquels ils sont , en chylifèxes, lymphatiques et sanguins. M. le professeur Chaussier a rattaché à ce genre de solides, “sous le nom de ganglions glandiformes, certains organes sur la nature et les fonctions desquels on n’est pas - encore fixé, mais que ce sayant croit être aussi des
organes de mixtion , d'élaboration des fluides , savoir, le *
thymus , la thyroïde , etc. La follicule ou cripte est un organe sécréteur , sous forme d’ampoule ou de vésicule membraneuse , toujours situé dans l'épaisseur d’une des membranes externes du corps, savoir , la peau, et les membranes muqueuses ; et qui sécrète une humeur destinée à lubrifier cette membrane : on en reconnaît de simples , de rapprochés et de composés, d’après leur volume , et le nombre dans lequel ils sont groupés et réunis. La glande est un autre organe sécréteur, mais qui diffère du précédent: d’une part , parce que ?humeur qu'il produit remplit un oflice bien plus important que celui, en quelque sorte, tout mécanique d’une lubréfaction; et d’autre part, parce que son organisation est plus complexe , et telle quel’humeur sécrétéeest ici versée par un Canal excréteur distinct. La membrane est un solide qui a la forme d’une toile, et qui, dans la structure de l’homme, sert à tapisser les cavités, les réservoirs, à former, soutenir et envelopper tous les organes : Bichat en distinguait de deux espèces , selon qu’elles étaient formées d’un seul ou de plusieurs feuiilets, des simples et des composées ; les premières étaient, d’aprèsleurnatureintime , séreuses , muqueuses ou fibreuses ; les secondes étaient formées par la réunion des précédentes, et se partageaient en séro-fibreuses, comme le péricarde , en séro-muqueuses, comme la vésicule biliaire à sa partie inférieure, et en ftbro-muqueuse; comme les uretères : M. Chaussier en fait six classes; les lamineuses, les museuleuses et les albugtnées ; d’après l'espèce de fibre primitive qui les constitue; les villeuses simples ou séreuses , et les villeuses compo- : sées ou follieuleuses, selon qu’elles contiennent en nes 4 des vaisseaux exhalans seulement , ou des follicules ;
enfin les couenneuses , qui résultent de la coagulation d’un suc albumineux qui a été sécrété au lieu où elles existent, comme l’épiderme. Le tissu cellulaire, ou lamineux est une sorte de spongiosité qui, d’un côté, forme le canevas , la trame de tous les solides , qui , de l’autre est jetée dans leurs intervalles pour remplir les vides , et servir tout à la fois à unir et séparer les organes. Enfin, Je viscère est le solide le plus complexe du corps humain , tant pour l’organisation intime que pour ses usages : c'est le nom qu’on donne aux parties situées dans les cavités splanchniques, et qui, exécutent les fonctions nécessaires à l'exercice, l'entretien ét la propagation de la vie : d’après la fonction de l’accomplissement de laquelle ils sont chargés, on en distingue six ordres: les sensoriaux , digestifs ; respiratoires, circulatoires, urinaires et génitaux. ES Cf
Tels sont les noms et les caractères des divers sokdes organiques qui composent le corps de l’homme ;: €’est à l’anatomie à donner sur eux plus de détails. Pour nous , nous sommes d'autant plus fondés à n’en. donner aucuns , qu'à l’article de chacune des fonctions à Jaquelle ils servent , nous rappellerons ce qu'il importe de connaître sur leur disposition générale. Disons seulement que la plupart d’entre eux:sont multiples, et que chacune de leurs divisions a souvent recu un nom particulier, Ainsi, il y a plusieurs os , plusieurs muscles , plusieurs glandes , plusieurs viscères , etc. , et chacun de ces os, de ces muscles, a souvent. un. nom spécial, de sorte que chaque partie solide du corps humain est dénommée. pa ;
Mais ce n’est point assez d’avoir spécifié les Ainéés solides organiques qui composent le corps humain , pré-
sentons quelques considérations générales sur leurs propriétés physiques , leur nature chimique, et leur organisation.
$. I". Propriétés physiques des Solides.
Ces solides du corps humain ont bien évidemment les conditions physiques générales qui constituent un solide , savoir, cette adhésion entre leurs molécules iniégrantes, telle que ces molécules ne se séparent pas par le fait seul de leur poids, mais exigent , pour s’écarter, l'influence d’un agent extérieur. Le moindre examen qu'on en fait, suflit aussi pour faire reconnaître que chacun d’eux a un degré de solidité différent ; l'os, par exemple, est plus dur que le muscle; le ligament plus résistant que le nerf; le cartilage ee élastique que le ligament , etc.
‘Mis une importante remarqué à faire sur la solidité de ces solides organiques , c’est qu’elle ne dépend pas des mêmes causes générales qui décident la solidité des corps inorganiques , mais bien de causes spéciales aux corps vivans, de l'influence de la wté. La solidité des divers corps inorganiques tient, comme on sait, à la proportion dans laquelle agissent dans ces corps deux forces antagonistes l’une de l’autre ; savoir: la force répulsive du calorique, qui, en écartant les molécules dés corps , tend à détruire leur solidité, et la force de cohésion , qui , en rapprochant ces molécules , tend, au coniraire , à l'établir. Les solides organiques , au contraire, doivent leur état à la vie, puissance inconnue .en ellemême ; mais dont le caractère évident est de soustraire aux foréés générales de Ja nature les masses matérielles qu'elle anime. Ge qui le prouve, e’est que si celte vie se
modifie, comme cela arrive par l’âge, l’état de maladie, le degré de solidité , ou ce qu’on appelle le ton des parties, change aussi ; que si elle s'éteint , ces solides se détruisent , comme le montre la putréfaction qui survient inévitablement à la mort.
S. II. Nature chimique des Solides.
Puisque l’homme est un être organisé , on conçoit que les parties solides qui forment son corps, ne sont pas des corps simples. On devine encore que les élémens auxquels on peut ramener ses solides organiques , seront de deux sortes ; des élémens chimiques ou inorganiques, ainsi nommés, parce que ce sont les mêmes qui forment les corps inorganiques ; et des élémens organiques, qui ne sont plus des corps simples , mais des corps déjà composés , et en outre des composés que la vie seule peut former et maintenir, et qui, néanmoins , entrent dans la composition de tous les solides du corps humain. Les premiers sont du phosphore, du soufre, du carbone, du fer , du manganèse , du potassium , du calcium, du sodium , du magnesium , dusilicium , del’aluminium , etc. ; de l’acide muriatique, de l’eau, de l’oxigène, de l’hydrogène, de l’azote , du calorique, du fluide électrique , etc. Quant aux seconds, d’abord, on n’en admit que quatre: la gélatine , la fibrine , l'albumineet l'huile. Mais depuis que la chimie animale a fait des progrès, on en a spécifié un bien plus grand nombre; et aujourd’hui on les partage en deux classes, ceux qui sont azotisés, c’est-à-dire qui contiennent de l’azote, comme l’albu- . mine, la gélatine , la fibrine , l’osmazome ,le mucus, etc.; et ceux qui ne sont pas azotisés , comme les acides acétique , oxalique , etc.
C'est à la chimie à faire l'étude de ces divers élémens , tant chimiques qu’organiques , considérés en eux-mêmes, et à indiquer les procédés par lesquels on les extrait des parties solides du corps. Nousrappellerons seulement, ce que nous avions déjà dit pour tous les corps organisés en général , que ce ne sont pas les affinités chimiques générales qui , dans les solides de l’homme , retiennent unis ces élémens , mais la force toute opposée de la vie. Nous pouvons en donner pour preuves les mêmes faits que nous invoquions tout à l’heure à l'égard de la solidité des parties. La vie se modifie-t-elle, comme cela arrive par les âges , par les maladies ? non-seulementles proportions des élémens organiques qui forment les solides changent coïincidemment , ce qui devait être , puisque la vie seule peut produire ces élémens; mais encore les proportions des élémens chimiques changent aussi; le phosphate de chaux, par exemple, est dans les os en quantité plus ou moins grande. La vie s’éteint-elle complètement ? d'une part, les élémens organiques se détruisent , puisque Ja cause unique qui a pu les faire et peut les maintenir, la vie, n’agit plus; et d'autre part, les élémens chimiques eux-mêmes rompent les combinaisons qui les tenaient enchaînées, et forment celles que réclament les forces chimiques générales. La putréfaction , qui détruit constamment les partiessolides après la mort , n’est que le produit de ces changemens.
De là , nous conclurons , comme nous l’avons déjà fait , que la chimie est impuissante à nous faire pénétrer la composition des solides du corps humain. Les molécules qui forment ces solides , étant associées en vertu d’une affinité spéciale, dite vitale, et que les chimistes n'ont pas en main, comment ces chimistes pourraient-ils pré-
Al
tendre faire une analise de ces solides ? Ils ne font que les détruire , et les faire passer de l’état de matière organique à celui de matière inorganique ; et, ne pouvant pas saisir les lois qui ont présidé à la disgrégation des leurs élémens , ils ne peuvent en déduire celles de leur composition.
$. III. De l'Organisation des Solides.
Enfin, les anatomistes ne se sont pas bornés à établir , d’après la triple considération de la forme extérieure , de la texture intime et de la fonction , dans les diverses parties solides du corps humain , les douze genres d’organes que nous avons indiqués; ils ont cherché à remonter aux élémens profonds qui les forment ; ils ont tenté , non une décomposition chimique de ces solides, mais leur décomposition anatomique , si l’on peut parler ainsi. Voyant que tout solide organique quelconque est formé par l'agrégation de plusieurs filamens , tantôt simplement accolés les uns aux autres, tantôt formant entre eux un entrecroisement , ils ont cherché à pénétrer jusqu à ces filamens qui sont les fondemens primitifs de tout solide organique. Ils ont appelé ces filamens, qui sont de véritables élémens anatomiques, les uns fibres , les autres tissus ; chacun en a admis un plus ou moins grand nombre, et ensuite a expliqué diversement la manière dont ces fibres ou tissus forment, par leur association , les douze genres de solides organiques que nous avons désignés.
Ainsi , d’abord, les anciens admirent l’existence d’une seule fibre primitive, qui était le dernier filament que l'on pût, je ne dis pas seulement séparer, mais concevoir dans nos organes; ils l’appelèrent fbre élémentaire,
la dirent de même nature partout, formée de molécules tenues et unies par un gluten, et la considérèrent comme la base de toutes les parties. Ge qu’on appelle le tissu cellulaire en était le premier produit ; et ensuite ce tissu cellulaire formait tous les divers organes du corps; le degré divers de condensation de ses lames , constituait seul la différence qu’à la première apparence présentent entre eux ces organes.
Mais, depuis, les anatomistes modernes ont reconnu, 1° que la fibre élémentaire des anciens n’était qu’une pure abstraction de leur esprit ; 2° qu'il était impossible , au moins pour l’homme et les animaux supérieurs , de ramener tous les solides à la seule base du tissu cellulaire ; et, aujourd’hui , ils ramènent à trois ou à quatre les fibres primitives qu'ils considèrent comme les élémens anatomiques de toutes nos parties, savoir, les fibres celluleuse , musculeuse, nervale et albuginée. Jusqu’à présent aucun être vivant n’en a présenté d’autres dans sa structure ; mais tout être vivant ne les a pas toutes nécessairement ; les végétaux , et les derniers animaux , par exemple, n’ont que la celluleuse.
La fibre celluleuse ou laminatre est la plus essentielle à la vie , puisqu'elle existe en tout être vivant ; elle est un assemblage de lames minces, de filamens déliés, blanchâtres , extensibles, qui ne sont ni sensiblos , ni irritables, et qui sont composés de gélatine concrète. Son essenceest du reste impénétrable , et l’on ne peut connaître d’elle que son opposition avec la matière inorganique. La fibre musculeuse est déjà moins répandue, puisqu’elle manque dans les zoophites. C'estune fibrelinéaire, molle, tomenteuse , grisâtre ou rougeâtre, qui est irritable , c’est-à-dire qu’elle se meut d’une manière appa-
LA
rente, sous l'influence de stimulans mécaniques, chimiques et organiques ; et qui est composée essentiellement de fibrine. Son essence est inconnue aussi, et plus difficile encore à pénétrer que celle de la fibre lamineuse , puisqu'elle est plus éloignée que celle-ci de la matière inorganique. M. de Blainville dit, que jetée toujours dans d’épaisseur du corps des animaux, et aboutissant , d’un côté, à l'enveloppe cutanée , de l’autre à la peau interne ou membrane digestive , elle se développe toujours dans l'épaisseur dela fibre lamineuse. La fibre ner vale ou médullaire est encore moins répandue ; elle semble être une sorte de bouillie, de fibre molle et diffluente, mais qui est bien distincte, en ce que, composée essentiellement d’albumine unie à une matière grasse, elle est lorgane de la sensibilité, c'est-à-dire de la faculté de transmettre à l'âme les impressions. Sa nature est encore plus difficile à pénétrer; et, selon M. de Blainville, elle se développe dans la fibre musculaire , comme celle-ci s'était elle-même développée dans lafibre cellulaire. Enfin , la fibre albuginée est cette fibre blanche, comme satinée, très-résistante , de nature gélatineuse , qui n'est ni sensible ni irritable, et qui forme tous les organes destinés à remplir dans l'économie des offices de contention. Du reste, M. le professeur Chaussier seul l'admet, la plupart des anatomistes ne la considèrent que comme la fibre lamineuse très- con densée.
Ces fibres sont les élémens primitifs de toutes les parties. Elles forment d'abord des solides , qu'on doit appeler de premier ordre , parce qu'ils serviront ensuite à composer les autres; savoir : le tissu cellulaire proprement dit, les vaisseaux , les membranes, les nerfs, eic. La
fibre cellulaire , par exemple, s’aplatit en membranes, se roule en vaisseaux; la fibre musculeuse forme aussi des membranes, concourt à la formation des vaisseaux , et constitue les muscles; la fibre nervale produit les nerfs. Ensuite, ces mêmes fibres, en s’associant à ces premiers solides , forment tous les autres, quelque complexes qu'ils soient, comme les os, les glandes ; et même les organes qu’on appelle surcomposés, parce qu’ils résultent de l'association de beaucoup d’autres solides, comme les viscères. En effet, tout solide quelconque reconnaît d'abord pour base principale du tissu cellulaire ; lequel ensuite est pénétré d’une certaine quantité de vaisseaux, de nerfs. Les viscères , par exemple, sont des assemblages de vaisseaux et de nerfs, mille fois ramifiés et diversement disposés dans une trame celluleuse , et formant un tout, qu’enveloppe quelquefois une membrane. L’os est une trame celluleuse , pénétrée de vaisseaux, incrustée de phosphate de chaux, et que revêt une membrane. La même trame celluleuse , sous le nom de tissu cellulaire, remplit les vides des organes , et tout à la fois les unit et les sépare, s’insinue entre leurs parties composantes , les fibrilles des muscles , par exemple , les filets des nerfs , les lobules des glandes. En somme, c’est, d’abord, par le faconnement des fibres primitives en solides dits de premier ordre, tissu cellulaire, vaisseaux . membranes, nerfs ; ensuite, par l'association en des proportions , et sous des dispositions diverses de ces solides de premier ordre, que sont formés tous les organes du corps.
Bichat a présenté une décomposition encore plus détaillée des solides organiques , qu’il ramène à un certain nombre d’élémens qu'il appelle #issus. Ge mot n’est pas
tout à fait synonyme de celui de fibre. La fibre est l'élémentanatomique le plus simple , etilest établi seulement sur la forme et la nature : le tissu est déjà un élément anatomique plus composé, puisqu'ilest formé par la fibre; il n’en est pas moins un élément, puisqu'ilest la base de toutes les parties ; et il estétabli, non pas seulement sur sa forme et sa nature, mais encore sur son action. Bichat ramène tous les solides du corps à un certain nombre de ces tissus, qui, ense combinant , s’associant deux à deux, trois à trois, forment tous les organes. Ces tissus, au nombre de vingt-un, sont: les systèmes exhalant , absorbant , cellulaire, artériel, veineux, nerveux animal , nerveux organique, osseux , médullaire, cartilagineux, fibro-cartilagineux , fibreux, musculaire animal , mus culaire organique, muüqueux, séreux , synovial , glanduleux , dermoïde , épidermotïde et pileux. Le nom de ces tissus , qui sont en anatomie ce que les corps simples sont en chimie , indique assez les divers solides auxquels ils se rapportent.
De ces tissus, sept sont plus généralement répandus que tous les autres, et forment la trame de toutes les parties : ils sont appelés, à cause de cela, générateurs : ce sont les systèmes exhalant, absorbant, cellulaire, artériel, veineux, nerveux organique et nerveux animal. Ce n’est pas que, dans tout organe, ils existent tous; mais on y en trouve toujours quelques-uns. Les systèmes exhalant et absorbant, par exemple , sont partout; car ils sont les agens de la composition et de la décomposition des parties, du mouvement nutritif sans lequel on ne peut concevoir aucune partie vivante. Il en est de même du tissu cellulaire. Les artères et les veines, quoique existant dans la trame de presque toutes les parties.
cependant paraissent manquer dans plusieurs, les cartilages , par exemple. Enfin , les nerfs sont, des tissus générateurs, ceux qui sont le moins répandus.
Toutefois, ces systèmes générateurs se forment d’abord les uns les autres. Le tissu cellulaire, par exemple, est pénétré par des vaisseauxexhalans , absorbans , arté. riels, veineux , par des nerfs. Les vaisseaux reçoivent des nerfs, du tissu cellulaire , d’autres vaisseaux même dans leurs parois. Les nerfs recoivent des vaisseaux pour leur nutrition, et ont du tissu cellulaire qui leur forme une enveloppe générale, et unit dans leur intérieur les filets qui les composent. C’est, ainsi que le dit Bichat, un entrelacement où chacun donne et recoit.
Ensuite, ces tissus générateurs se combinent en nombre et en proportions diverses, pour former la trame, le parenchyme des autres tissus et de toutes les parties. En effet, 1° par l'anatomie, on réduit tout solide quelconque, à une trame cellulo-vasculo-nerveuse : qu’on dissèque une glande, par exemple, on n’y découvre que des vaisseaux , des nerfs ramifiés dans une trame cellulaire. 2° Par l’analise chimique , on parvient souvent à réduire à cette même trame commune un solide: qu’on mette, par exemple, un os dans l'acide nitrique, le sel terreux qui incruste le parenchyme est enlevé, et il ne reste que ‘ la même trame cellulo-vasculaire. 3° C’est une trame de ce genre qui se développe d’abord en toute cicatrisation , quelle que soit la partie du corps qui soit entamée : dans la fracture de l'os , du cartilage , commedans la plaie de la peau , du muscle , ce sont en eflet des bourgeons charnus qui se développent d’abord , et ces bourgeons sont dans tous ces cas semblables, jusqu’à ce que leur substance nutritive propre les incruste. Or, il est probable que le
PARTIES SOLIDES DU CORPS HUMAIN. 11i
mécanisme de la formation première de nos parties, est analogue à celui de leur réparation. 4° Enfin , dans les premiers jours de la conception , tout le corps n’estqu’une masse muqueuse , homogène, où nul organe n’est distinct, parce qu'il n'existe encore que Ce parenchyme commun , formé partout des mêmes tissus générateurs ; mais à mesure que chaque parenchyme s’incruste de sa substance nutritive spéciale , chaque solide s’isole : et, suivre les progrès de ces développemens dans le fœtus, c’est, en quelque sorte , assister au dépôt de ces mêmes substances nutritives dans les bourgeons charnus des diverses plaies.
Aussi ces tissus générateurs sont-ils plus précoces que les autres dans leur développement. La masse muqueuse sous laquelle se présente d’abord le fœtus, par exemple, n’est autre chose que du tissu cellulaire , et des vaisseaux exhalans et absorbans, qu'y démontre l’activité de la nutrition à cet âge. Ensuite , les vaisseaux et les nerfs sont les premières parties qui se laissent distinguer dans cette masse muqueuse.
Les quatorze autres tissus , au contraire; savoir, les systèmes osseux, médullaire , cartilagineux , fibreux, fibro-cartilagineux , musculaire animal , musculaire orgañique, muqueux , séreux, synovial, glanduleux,dermoïde, épidermoïde et pileux ; exigent toujours, pour leur formation , le concours des précédens, la trame commune que nous avons vu résulter de leur association , et sont, à cause de cela, appelés composés. Tous sont formés de ces tissus générateurs , qui seulement, dans chacun, s’associent en des proportions et en nombre différens, aflectent des dispositions diverses, et ‘par conséquent s’incrustent de substances nutritives spéciales. Le tissu os-
seux, par exemple, n’est que la trame commune incrustée de phosphate de chaux.
Alors tous ces Lissus, tant générateurs que composés , se réunissent pour former les divers solides indiqués. Un
os, par exemple , est un composé des tissus, osseux dans.
son corps , médullaire dans son intérieur, fibreux à son extérieur , cartilagineux à ses extrémités ; plus les divers tissus générateurs qui entrent dans la composition du parenchyme de chacun de ces tissus plus composés. Un organe n’est qu’un composé de plusieurs tissus,
Enfin, comme par l'association de plusieurs tissus, sont conçus avoir été faits les divers solides organiques ou les organes , on réunit généralement en un même groupe tous les organes qui concourent à l’accomplissement d’une même fonction ; et on appelle ce groupe appareil. On appelle , par exemple , appareil digestif l’ensemble de tous les organes qui exécutent la digestion.
Ainsi , l’on peut indiquer la composition des solides , à partir de leurs derniers élémens. Les fibres primitives, cellulairé , nervale , etc., forment d’abord les divers tissus: ces tissus ensuite, en s’associant en proportions et en nombre différens , en affectant des textures diverses, constituent les douze solides organiques spécifiés, ou les organes ; et enfin , les organes , en se groupant pour l’accomplissement d’une même fonction, forment les appareils. De cette manière , chaque partie du corps humain peut être dénommée, définie ; et le flambeau de l’analise est porté dans la structure de cet être, quel-
que complexe qu'elle soit. .
Mais, l'existence isolée des tissus n'est-elle pas une abstraction ? On ne les trouve pas tous séparés dans l’économie, et quelques-uns même n’ont jamais été aperçus:
les éxhalans et absorbans nutritifs , par exemple. Bichaë répond à cette objection par des considérations relatives à leur composition matérielle et à leurs actions.
Sous le rapport de la composition matérielle , en effet, 1° chaque tissu a généralement une forme différente ; le tissu cellulaire ressemble à une spongiosité ;.les tissus vasculaires ont la forme de canaux; le nerveux a celle de cordon; le musculaire , celle de faisceaux , etc. Cependant, ce premier caractère distinctifn’est pas absolu; car souvent des systèmes différens ont une même forme; et souvent aussi un même système a, dans divers endroits de son étendue, des formes différentes : les systèmes nerveux , osseux, fibreux , par exemple, ont également et à la fois les formes de cordon et de membrane; 2° chaque tissu a une organisation différente; dans chacun, en effet , le nombre des tissus générateurs , leurs proportions ne sont pas les mêmes ; chacun a une texture qui lui est propre , une nature chimique spéciale; chacun offre des propriétés physiques diverses : tous, enfin, se comportent différemment à la macération , à l’ébullition , dans leur putréfaction , à l’action des acides , des alkalis ; c’est ce qui résulte de nombreuses expériences que Bichata consignées dans son Anatomie générale, et qui étaient tentées moins pour découvrir la composition chimique de nos solides , que pour faire éclater la diversité d'organisation des différens tissus qui les composent.
Sous le rapport des actions, ces tissus sont encore plus distincts : 1° chacun a , pendant la santé, ses actions propres; le tissu nerveux a la sensibilité, le musculaire l'irritabilité , le système exhalant perspire , l’absorbant absorbe , le glanduleux sécrète ; chaque tissu surtout a son mouvement nutritif spécial par lequel il se maintient
ce qu'il est. 2° Les actions de santé qu’exerce un tissu , sont les mêmes dans les divers organes que ce tissu concourt à former. Le tissu séreux, par exemple , remplit la même action d’exhalation à l’arachnoïde , à la plèvre, au péritoine. 5° Chaque tissu a aussises maladies propres , le dermoïde a les divers exanthèmes , le muqueux les aphtes. 4° Les maladies propres à un tissu se manifestent avec les mêmes caractères , quel que soit l'organe dans la composition duquel ilentre : ainsi , l’inflammation du tissu séreux a partout la même nature, à l’arachnoïde, à la plèvre, au péritoine ; et l’arachnitis, la pleurésie et la péritonite , sont des maladies d’un même genre. 5° Les maladies communes à tous les tissus prennent , dans chacun ; une physionomie différente , l’inflammation, par exemple ; cette inflammation , en effet , n’est pas la même pour les symptômes , la durée, la terminaison , dans la peau, le muscle , la glande; combien de différences entre l’érysipèle , le phlegmon, le rhumatisme ? 6° Souvent dans les maladies , l'affection ne frappe pas tout un organe, mais seulement un des tissus qui le forment; c'est ainsi , par exemple, qu’on signale des affections isolées de l’arachnoïde et du cerveau, de lamembrane interne du cœur et du tissu propre de ce viscère , etc. 7° Enfin, un organe unique, composé de plusieurs tissus, peut être atteint à la fois de deux maladies différentes , mais qui seront fixées chacune sur un de ses tissus composans ; c’est ainsi qu’une affection aphteuse peut exister à la membrane muqueuse du laryax, tandis que le virus syphilitique attaque les cartilages de cet organe.
Ainsi, Bichat justifie la base sur laquelle repose la manière dont il décompose les solides organiques du
corps humain, et le public a confirmé son jugement. Sa doctrine anatomique est aujourd’hui la plus généralement professée ; aucune ne me semble préférable. Peut-être seulement a-tl trop particularisé et trop multiplié le nombre de ses systèmes ? Le système musculaire organique , par exemple, ne diffère du système musculaire animal que par les nerfs qui président à ses mouvemens ; le système synovial peut-être pourrait être rapporté au tissu séreux. On peut aussi regretter qu'il ait omis un tissu bien distinct, et par sa structure et par ses actions , le tissuérectile, qui forme toutes les parties dont le mode de motion consiste à se dilater et à se laisser pénétrer par plus de sang. Mais , il est facile de corriger ces légères imperfections , et Bichat aura toujours la gloire d’avoir le mieux décomposé les solides organiques, et d’avoir créé l'anatomie générale. Aujourd’hui , rectifiant sa doctrine, on ne reconnaît que douze systèmes primitifs ; le cellulaire; le vasculaire, qui se subdivise en artériel, veineux et lymphatique; le ner: veux , divisé en celuides ganglions et celui du cerveau ; l'osseux; le cartilagineux ; le fibreux, comprenant le fibreux proprement dit , le fibro-cartilagineux et le dermoïde ; le musculaire, divisé en musculaire volontaire, et musculaire involontaire ; l’érectile ; le muqueux; le séreux ; le corné ou épidermique , subdivisé en pileux et épidermoïde; enfin, le parenchymateux, qui forme les viscères , et auquel se rapporte le glanduleux.
Tels sont les différens solides qui composent le corps humain, et les élémens profonds qu’on y a signalés. Quelques anatomistes ont voulu pénétrer plus loin encore à l'aide du-microscope. Nous ne voulons pas parler des recherches faites avec cet instrument dans la vue de péné-
trer la texture particulière de quelques organes : par exemple, celle des fibres musculaire , nerveuse , etc. ; nous nous en occuperons à l’article de chacun de ces systèmes. Mais on a ; par le microscope, spécifié d’autres élémens communs de nos organes. J. F. Méckel, par exemple, dit que tous les solides comme les fluides du corps humain, sont formés de deux substances élémentaires : 1° des globules; 2° et une matière amorphe , qui est concrète dans les uns et liquide dans les autres. Mais, comme ceci est commun aux fluides ainsi qu'aux solides , nous remettons à en parler à l’article suivant.
ARTICLE Il.
Des Parties fluides du Corps humain.
On sait qu’on appelle fluide tout corps dont les molécules sont écartées et rendues peu adhérentes entreelles, à raison d’un autre corps qui est interposé entre elles, et qui est ce qu'on appelle l'agent de fluidification. Get agent de fluidification est le calorique. Qu’on fournisse du calorique à un corps , il devient fluide; qu’on lui en enlève , il redevient solide; nul corps ne passe de l’état solide à l’état fluide, sans absorber du calorique aux corps environnans ; et nul ne passe de l’état fluide à l’état solide, sans dégager du calorique. On sait encore qu'il y a trois espèces de fluides , d’après le degré d’écartement de leurs molécules et l’état dans lequel est en eux l’agent de fluidification , des liquides , des gaz ou fluides élastiques , et des vapeurs ; des liquides , quand leurs molécules se séparent par le fait seul de leurs poids , et tendent à se mettre de niveau , si elles sont abandonnées à ellesmêmes; des gaz, quand leurs molécules sont tellement
écartées par le calorique , qu'elles cessent tout-à-fait d’obéir à la force de cohésion, et qu’elles tendent , au contraire , à s’écarter toujours davantage ; enfin, des vapeurs , quand le calorique qui donne au corps la forme de gaz , n’est qu'interposé entre les molécules de ce corps ,et non combiné avec elles ; de sorte que, s’il est présenté à ce ealorique un autre corps qui ensoit meilleur conducteur , il le suit, laisse les molécules du premier se rapprocher, et la vapeur se condenser et redevenir liquide. Enfin , de même qu'il y avait des solides plus ou moins solides , il y a des liquides plus ou moins liquides , et des gaz plus ou moins gaz : l'instrument appelé aréomètre mesure les degrés de densité des liqueurs , et c’est sur la différence de densité des gaz qu’est fondé le phénomène des aérostats.
Or, il est dans la composition matérielle du corps humain beaucoup de parties qui, ayant les conditions physiques que nous venons de rappeler, méritent d’être dites des fluides : on les appelle fluides organiques ou humeurs. Nous avons dit plus haut que l'existence des fluides , dans le corps desêtres vivans , était commandée par le mode de conservation de ces êtres , qui est une nutrition. Une nutrition, en effet, suppose un mouvement de composition, et un mouvement de décomposition ; et, dans l’un et l’autre de ces mouvemens, c’est dans l'intimité des organes que s’appliquent les molécules qui composent, et de cette intimité que se détachent les molécules qui décomposent. Or , pour que ces molécules puissent ainsi, dans le premier cas, pénétrer la substance de l’être , et, dans le deuxième , s’en déta-
cher , il fallait bien nécessairement qu’elles aient l’état de fluides.
À ce titre, des fluides doivent exister dans.le corps humain; ils en forment une partie considérable , supérieure même à la masse des solides. Formés par les divers organes du corps, contenus dans des vaisseaux , des réservoirs, dans les vacuoles des tissus aréolaires qui composent les parties ; ces fluides offrent au plus léger examen les plus grandes différences sous le rapport de leurs propriétés physiques et chimiques ; que d’oppositions , par exemple ; entre le sang, qui est rouge, et le lait , quiest blanc; entre le sang , quiestriche en fibrine, et la {ymphe, qui est riche en albumine.
En ayant égard à l’ordre dans lequel ils dérivent les uns des autres , on peut les rapporter à trois classes : les humeurs des absorptions , ou destinées à faire le sang, l'humeur spécialement nutritive, ou le sang lui-même, et les humeurs sécrétées, ou provenant du sang.
1° Humeurs des absorptions. C’est une absorption , avons nous dit, qui saisit en premier lieu les matériaux propres à nous nourrir , et qui les élabore aussitôt , de manière à en faire un fluide. Il est donc convenable d’indiquéer d’abord les humeurs qui résultent de ces actions d’absorptions, puisque cés humeurs sont les premières faites, et en même temps celles desquelles dérivent toutes les autres. Or, dans l’homme, on peut séparer d’abord l’absorption externe, qui recueille les matériaux nutritifs provenant du dehors, et l'absorption interne, quirecueille ceux qui proviennent de l’économie elle-même ; ensuite cette absorption interne est double, lymphatique et veineuse : de là trois humeurs d’absorption , le chyle, la lymphe . et le sang veineux, Le chylé est un fluide généralement blanc, qu’un ordre de vaisseaux particuliers, appelés chylifères, puise dans l'in-
teslin, et qui, provenant des alimens , est l'humeur de l'absorption externe. La lymphe estun fluide blanc aussi, ou rosé, qui est rapporté de toutes les parties du corps par un autre ordre de vaisseaux absorbans, appelés lymphatiques , ét qui provenant, en partie au moins , de matériaux puisés dans l’économie elle-même, est une humeur de l’absorption interne. Enfin, le sang veineux est un fluide d’un rouge brun , rapporté aussi de toutes les parties du corps par un ordre de vaisseaux particuliers, appelés veines, et qui, comme la lymphe, provenant en partie au moins de matériaux pris dans les organes, doit être dit comme elle une humeur de l’absorption interne. Cestrois premières humeurs sont également destinées à former l’humeur immédiatement nutritive ; aussi confluent-elles l’une dans l'autre; et elles sontréunies, quand elles arrivent à l'organe respiratoire, qui est chargé de faire cette humeur nutritive : le chyle, par exemple, après un cours plus ou moins long, se mêle à la Iymphe; puis la lymphe aboutit au sang veineux.
2° Humeur immédiatement nutritive. Ges trois premières humeurs se changent dans l’organe respiratoire en celle qui seule peut vivifier Le corps et le nourrir; et, de là, la convenance de mettre en second ordre cette humeur , qui d’ailleurs , en même temps qu’elle dérive des précédentes , fournira la matière de toutes les autres. Cette humeur est le sang artériel, fluide rouge, qui se fait dans le poumon par l’action de l’air atmosphérique sur les humeurs des absorptions , est porté de là à toutes les parties du corps, ‘pour y servir aux nutritions , aux calorifications , aux sécrétions, et leur fournir le stimulus qui les fait vivre, et que seul il possède.
5° umeurs sécrétées. Enfin, du sang artériel éma-
nent par l’action des organes sécréteurs beaucoup d‘humeurs diverses, qu’il est bon conséquemment de n’indiquer qu’en dernier ordre. Celles-ci sont très -nombreuses ; et, tandis que les humeurs des deux premières classes avaient généralement pour but de former le fluide commun qui vivifie et nourrit toutes les parties, les humeurs sécrétées remplissent des usages très-divers, tantôt servent à la formation des fluides précédens , tantôt effectuent la décomposition, quelquefois la génération , dans certains cas ne font qu’assurer l'intégrité physique des parties. D’après la forme de l’orgene sécréteur qui les fabrique, on les subdivise en trois ordres: les humeurs perspirées ou exhalées , les folliculaires et les glandulaires.
A. Les humeurs sécrétées, exhalées ou perspirées, sont celles que fabrique avec le sangle genre d’organe sécréteur qu’on appelle organe exhalant , et dont nous indiquerons le caractère par la suite. [1 y en a un fort grand nombre ; elles sont sous forme de vapeurs, et diffèrent beaucoup les unes des autres par leurs propriétés physiques et chimiques , et par leurs usages. Elles sont distinguées surtout en ce que les unes ne sont pas rejetées au dehors, mais sont reprises par l’absorption lymphatique ou veineuse, et reportées dans le torrent circulatoire , ce qui les a fait nommer récrémentitielles ; tandis que les autres sont excrémentitielles, c’est-àdire, rejetées hors de l’économie.
Les premières sont toutes produites dans des cavités intérieures, qui ne communiquent pas au dehors. En voici l’énumération : 1° les humeurs séreuses, produites par les membranes séreuses qui tapissent les cavités splanchniques , et qui sont en même nombre que ces membranes ;
savoir : les humeurs séreuses de l’arachnoïde, de la pleure , du péricarde , du péritoine , de la tunique vaginale ; 2° la synovie, produite par la membrane interne des articulations mobiles ; 3° la sérosité du tissu lamineux, qui est aux lames de ce tissu ce que sont les sucs séreux à leurs membranes propres ; 4°la graisse, humeur formée par un tissu particulier, appelé tissu adipeux, qui remplit divers usages mécaniques relatifs aux parties qu’elle entoure, et qui, peut-être, est une provision mise en réserve pour la nutrition ; 5° la moelle etle suc médullaire, humeurs du genre de la graisse, existant dans les os, et utiles à la conservation de ce genre d'organes ; 6° l'humeur colorante de la peau, versée à la surface du derme, sous l’épiderme, et à laquelle cette membrane doit sa couleur ; 7° les humeurs colorantes de l'iris, de l’uvée et de la choroïde dans l'œil , qui ont beaucoup d’analogie avec la précédente , et qui remplissent, sans doute , un usage physique relatif à la vision ; 8° les trois humeurs de l'œil, humeur aqueuse, cristallin, et corps vitré, qui font dans cet organe l'office de verres réfringeans ; 9° la l{ymphe de Cotugno , humeur très-limpide qui remplit le labyrinthe, et sert à l'audition; 10° l'humeur des ganglions lymphatiques et glandiformes, suc gélatino-albumineux, ou lactescent, ou rougeâtre, qui existe dans le tissu spongieux de ces organes; 11° enfin , l'humeur perspirée à la surface interne de tout vaisseau ; mais on à quelques motifs de douter de l’existence de cette dernière. A ces humeurs perspirées récrémentilielles , on peut encore ajouter celles qui existent dans l'œuf humain, savoir: l'eau de l’amnios , dans laquelle est plongé le fœtus ; l'eau du chorion, qui n'existe que dans les premiers
mois de la grossesse, et est rassemblée entre le chorion
et l’amnios ; et l’eau de la vésiculeombilicale, que Von assimile au jaune de l'œuf, et qu’on croit destinée à nourrir le petit embryon avant le développement du placenta.
Les humeurs perspirées excrémentitielles , au conitraire, aboutissent toutes à des surfaces externes du corps ; à la peau; et aux membranes muqueuses , qui , ayant une communication avec le dehors par des ouvertures naturelles , peuvent , à cet égard, être considérées comme surface externe. La peau n’en offre que deux, l'humeur de la perspiration cutanée, où transpiration insensible, une des principales excrétions du corps, et l'humeur de la sueur. Les membranes muqueuses en présentent un plus grand nombre; et on peut les distinguer comme le sont ces membranes elles-mêmes ; savoir : 1° les humeurs petspirées de l'appareil respiraloire, Vapeurs analogues à celle de la transpiration cutanée, exhalées à la surface de la conjonctive, dans les cavités nasales, au larynx , à la trachée-artère, et dans les vésicules bronchiques ; peut-être elles diffèrent en ces divers lieux ; c’est à elles que se rapporte l’humeur de la perspiration pulmonaire; 9° les humeurs perspirées de l'appareil digestif , vapeurs de même genre, exhalées à la surface des membranes de la bouche, du pharynx , de l’œsophage, de l’estomac et de l'intestin , et qui remplissent dans chacune de ces parties des usages divers : à l’estomac, par exemple , cette vapeur concourt, sans doute, à la composition du prétendu sue gastrique, qu’on a dif s’accumuler dans ce viscère pour la digestion des alimens. À ces humeurs aussi, doivent être rapportées celles qui sont perspirées dans l’intérieur de la caisse du tympan et des cellules mastoïdiennes ,
dans l’intérieur des conduits excréteurs des glandes salivaires , du pancréas , du foie et de la vésicule biliaire ; 5° les humeurs perspirées de l'appareil urinaire, qui sont produites à la surface interne des uretères, de la vessie et de J’urètre; 4° enfin, les humeurs perspirées de l'appareil génital , que produit la surface interne des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs dans l'homme, et de utérus et du vagin dans la femme. Chez la femme, cette exhalation devient, pendant tout le temps de la fécondité , de mois en mois, durant quatre ou cinq jours , un écoulement sañguin, qu’on appelle règles où menstrues; et, après l’accouchement, cette même exhalation , devenue plus abondante et ayant pris un autre caractère , fournit l'humeur des lochtes, liquide d’abord sanguin, et qui devient graduellement séreux et puriforme.
B. Les humeurs sécrétées folliculaires sont celles qui sont sécrétées par le genre d’organe sécréteur , appelé follicule, dont nous indiquerons aussi le caractère à l’article des sécrétions. Elles sont en grand nombre aussi, mais toutes excrémentitielles , et par conséquent, aboutissent également et exclusivement aux deux surfaces externes du corps, à la peau et aux membranes muqueuses. La peau n’en offre qu’une, Fhumeur sébacée, huile douce et muqueuse , que produisent les follicules qui sont dans l'épaisseur de cette membrane , et qui sert à en entretenir le liant et la souplesse ; elle varie un peu dans les différentes régions de la peau. On peut lui rapporter : 1° le cérumen, substance oléo-muqueuse , qui est sécrétée dans le conduit auditif externe, pour éloigner, par son amertume , les insectes qui seraient tentés d'y pénétrer; 2° l'humeur ciliaire ou de Meïbo-
mius qui, versée à la base de chaque cil, entretient le bon état de ce petit organe ; 3° l’humeur de la caruncule lacrymale, qui , sécrétée par le follicule de ce nom, lubrélie les points lacrymaux ; 4° enfin, l'humeur onctueuse, odorante , qui est sécrétée à la base du gland chez l’homme, et à la face interne de,la vulve chez la femme. Les humeurs folliculaires qui sont versées sur les surfaces muqueuses portent le nom générique de mucus; bien qu’analogues entre elles, on les distingue aussi en mucusde l'appareil respiratoire , qui forment les matières du moucher et de l’expectorer; mucus de l’appareil digestif, qui sont peut-être différens aux diverses régions de ce grand appareil; mucus de l'appareil urinaire; et mucus de l'appareil génital. À ces derniers , se rapportent l'humeur de la prostate, et celle des glandes de Coowper, follicules composés et glandiformes, qui existent dans les voies excrétoires de l’appareil génital; et aux mucus de l’appareil digestif se rapporte l'humeur des tonsiles, follicules composés, qui sont situés dans le pharynx.
C. Enfin, les humeurs sécrétées glandulaires sont celles que sécrète le genre d'organes sécréteurs appelé glande. Elles sont au nombre de sept : 1° l’humeur lacrymale , qui est limpide, et versée à la surface antérieure de l’œil, pour absterger cet organe; 2° l'humeur salivaire , qui est versée dans la bouche, pour faciliter la gustation, la mastication, la déglutition et la digestion des alimens ; 5°l’humeur pancréatique, qui est versée dans l'intestin duodenum, pour la digestion ; 4° la bile, sécrétée par le foie, et versée dans le même lieu pour le même usage; 5° l’urine, fluide que sécrètent les reins, et qui eflectue la décomposition du corps :
PARTIES FLUIDES DU CORPS HUMAIN. 129 6° le sperme, fluide qui, dans la génération, avive le germe; 7° enfin, le lait, fluide sécrété par la glande mammaire , consécutivement à l’accouchement, et destiné à servir d’aliment à l'enfant qui vient de naître.
Telles sont toutes les humeurs du corps humain. Ge n’est pas ici le lieu de donner sur chacune d’elles les détails relatifs à leur mode de formation , leur nature chimique , leurs usages; ces détails seront offerts à l’article de la fonction à laquelle ces humeurs appartiennent. Ici nous allons nous borner , comme nous l’avons fait pour les solides , à quelques considérations générales.
D'abord, les humeurs du corps humain ont bien toutes les conditions physiques qui les constituent des fluides , c’est-à-dire, des corps dont les molécules ont peu de cohérence , et sont mobiles les unes sur les autres. Elles sont aussi, ou des liquides, ou des gaz, ou des vapeurs. Mais , nous dirons d’elles ce que nous avons dit des solides , que leur fluidité ne lient pas aux forces générales de la matière, mais à celles de la vie. En effet, la vie se modifie-t-elle pendant le cours de l'existence ? La fluidité et les autres propriétés physiques des humeurs changent aussi ; le sang, par exemple, est très-liquide ou très-épais , la graisse compacte ou coulante, etc. De même la vie s’éteint-elle, y a-t-il mort? les humeurs se détruisent, comme les solides se putréfient.
Ensuite, les humeurs du corps humain ne sont pasplus des corps simples que les solides organiques : de même, on trouve en eux deux espèces d’élémens , des élémens chimiques et des élémens organiques : et enfin, ces élémens sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués à l'égard des solides. Cela devait être, en effet, puisque dans la nutrition, ce sont les fluides qui,
d’une part, fournissent les matériaux qui composent Îles solides, et qui, de l’autre, exportent ceux dont ces solides se dépouillent. Ajoutons encore que ce ne sont pas les aflinités chimiques ordinaires qui associent ces élémens pour former les humeurs , mais bien les forces de la vie; de sorte que la chimie est également incapable de faire pénétrer le secret de leur formation. Ce sont les mêmes considéralions que celles que nous avons présentées à l’article des solides.
Enfin, les humeurs composées de molécules qui roulent facilement les unes sur les autres, n’ont pu , comme les solides , être ramences à des parties élémentaires primitives. On s’est seulement livré à des recherches microscopiques , qui les a fait voir généralement composés de globules nageant dans un fluide. A l’histoire de chaque fluide en particulier , du chyle, du sang, par exempie, nous dirons ce qu'ont appris ces recherches microscopiques. Nous nous bornerons ici à rappeler que, selon J. F. Meckel, onretrouve, dans les humeurs , les deux mêmes substances élémentaires des solides , des globules, et une matière amorphe liquide , dans laquelle les globules sont suspendus. De même que certains solides n’ont paru formés que par la substance amorphe concrète , et ne pas contenir de globules, le tissu cellulaire , par exemple , les parties fibreuses ; de même certains fluidés sont aussi sans globules, et formés par la seule substance amorphe, qui seulement est liquide. Dans d’autres solides et fluides, au contraire , on a trouvé à la fois, et des globules , et la matière amorphe, concrète dans les uns, et liquide dans les autres. Mais les globules varient un peu dans les divers solides et fluides, et dans une même partie selon les âges. Ceux du sang , par exemple,
sont composés d’une partie centrale solide , et d’une enveloppe extérieure colorée. Geux du chyle ne paraissent être que la première partie centrale sans l'enveloppe colorée. Ceux de la fibre musculaire semblent être ceux du sang; ceux des nerfs, de la substance cérébrale aussi, sinon qu'ils sont plus petits. Ceux des reins sont plus petits que ceux de la rate, etc. Dans les premiers temps de la conception ces globules n’existent pas encore; mais bieniôt ils se forment , et sont plus distincts alors qu'ils ne le seront par la suite.
Terminons cette histoire des fluides par quelques considérations sur les classifications selon lesquelles les auteurs les ont disposées.
D'abord , les Anciens rapportaient toutes les humeurs à quatre : le sang , la bile , le phlegme ou pituite, et l’atrabile. À la prédominance de chacune d’elles , ils faisaient correspondre un des âges , une des saisons , un des climats, un des tempéramens. [1 y avait prédominance du sang dans la jeunesse , au printemps , dans les pays de montagne et froids, et dans le tempérament sanguin ou inflammatoire. La prédominance de la pituite existait au contraire dans la vieillesse, l’hiver , les pays bas et humides, et dans le tempérament lymphatique. Celle de la bile s’observait dans l’âge mur , l'été, les pays chauds, le tempérament bilieux. Enfin , la prédominance de l'atrabile était l’attribut de l’âge mur plus avancé , de l'automne , des pays équatoriaux et du tempérament mélancolique. Tel était leur grand système humoral. Mais d’abord, l’atrabile n’existe pas ; les capsules surrénales, que l’on disait être les organes sécréteurs de cette humeur , sont des ganglions Iymphatiques glandiformes ; ‘les humeurs noires , que l’on trouve quelquefois dans l’es-
tomac et que l’on vomit, ne sont que de la bile altérée. Ensuite , qu'est-ce que la pituite ? est-ce la lymphe ? ou, sous ce nom, comprenait-on tous les sucs blanes ? Enfin, que d’objections à faire à l'application qu’avaient faite les Anciens de ces humeurs à la doctrine des âges et des tempéramens , et que ce n’est pas ici le lieu d'exposer ?
Ensuite , on classa les humeurs d’après leurs propriétés physiques et chimiques : par exemple, on les partagea en liquides, en vapeurs et en gaz; en acides , alkalines et neutres ; en épaisses et en ténues / Pitcarn et Michelot }; en aqueuses , mucilagineuses, gélatineuses et huileuses (Haller) ; en salines , huileuses , savonneuses, muqueuses, albnmineuses et fibrineuses {Vicq-d’'Azyr et Fourcroy ), etc. Mais en quoi une classification de ce genre peut-elle servir la connaissance du mécanisme de la vie? De la notion de la nature chimique d’une humeur , on peut rarement en conclure sa fonction. La chimie , d’ailleurs, est-elle assez puissante pour pouvoir constater la composition chimique de chaque humeur ?
Enfin, on a cherché à classer les humeurs d’après leurs usages dans l’économie de l’homme ; et , sous ce rapport, on en a fait deux classes, selon qu’elles effectuent la composition ou la décomposition du corps ; humeurs de composition , alimentaires et nutritives ; et humeurs de décomposition , secondaires, excrémentitielles. Ayant égard à ce qu’elles deviennent au sortir de l’organe qui les a fabriquées , on en a fait trois classes ; selon qu’elles sont en totalité rejetées hors du corps , ou en totalité reportées par l'absorption dans le torrent circulatoire, ou en partie excrétées et en partie résorbées. C’est sur ce fondement que reposait cette division, qui a si long-temps régné dans les écoles, des humeurs exeré-
ts
mentitielles , récrémentitielles , et excrément-récrémenzitielles. Bichat croit que cette dernière classe doit être rejetée , et que toute humeur est , ou excrémentitielle , ou récrémentitielle. M. Richerand, au contraire , pense que toute humeur est excrément-récrémentitielle; que le chyle, par exemple , qui paraît le plus évidemment une humeur récrémentitielle, a des parties hétérogènes
“dont il se dépure : et que l’urine, qui semble entièrement excrémentitielle , a quelques-uns de ses principes qui sont résorbés.
On a vu la classification d’après laquelle nous avons fait l’'énumération de toutes les humeurs du corps humain; nous l’avons prise : et dans Blumenbach , qui a partagé les humeurs en humeurs crues, en sang, et en humeurs sécrétées; et dans Dumas , qui a établi des humeurs de première , deuxième et troisième formation. On peut choisir entre elle et celle de M. le professeur Chaussier , qui fait cinq classes d’humeurs : celles produites par l’action digestive (le chyme et le chyle) ; les humeurs circulantes (la lymphe et le sang) ; les humeurs perspirées, les humeurs folliculaires et les humeurs glandulaires.
. AnTicse IL
Considérations générales sur le concours des Solides
et des Fluides.
: Gonnaissant maintenant les solides et les fluides organiques qui composent le corps humain ,il faut noter quelques faits qui sont relatifs à leur concours dans l’économie; savoir ; leur situation, leurs usages et leurs proportions respectives.
1° Situation. Gomme les molécules des liquides ont
peu de cohérence entre elles , on conçoit que les liquides doivent être les parties contenues , et les solides , au contraire , les parties contenantes. Aussi , est-ce pour cela queces solides sont figurés en vaisseaux , en réservoirs ; qu'ils laissent entre eux et dans eux des aréoles , des vacuoles , où sont recueillis les fluides.
2° Usages. Les solides et les fluides remplissent , à
l'égard les uns des autres, des usages réciproques, et:
entre lesquels il est difficile d'établir une priorité. D’une part , en effet, ce sont les solides qui forment les humeurs. Ce sont les vaisseaux absorbans divérs , chyleux, lymphatiques et veineux, qui font chacune des trois humeurs de la première classe , au des absorptions. C’est le poumon, qui, dans l’acte de la respiration , fait l'humeur de la seconde classe, ou le sang artériel. Enfin , les humeurs de la troisième classe ou sécrétées, sont formées chacune par l’action d’organes particuliers , les organes sécréteurs. Toute humeur est donc le produit de l’action d’un organe ; aucune n’est simplement un fluide qui , par la voie de l'absorption externe, aurait pénétré du dehors dans l’économie. Souvent, à la vérité, les matériaux en sont pris au dehors, mais il faut que
ces matériaux soient élaborés par un solide pour que.
l'humeur soit faite. Enfin, lorsque mêmeune humeur va en s’élaborant et se perfectionnant successivement, à mesure qu’elle chemine dans l'appareil vasculaire qui lui est destiné ( comme on verra que cela est du chyle, de la lymphe), c’est encore un solide qui opère en elle ce perfectionnement ; il n’est pas dû , comme on pourrait le croire , à la réaction spontanée des principes composans de l’humeur les uns sur les autres, à un mouvement intestin et de fermentation de cette humeur.